Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Jean-Marc Souvira

Jeudi 5 novembre dernier, quelques lecteurs de Babelio ont été invités à voyager par-delà leurs convictions… Une vingtaine d’entre eux a eu la chance de rencontrer l’auteur des Sirènes noires, Jean-Marc Souvira,dans les locaux de Fleuve Editions.

Ce thriller, troisième roman de l’écrivain, présente les nouvelles aventures du commissaire Ludovic Mistral. Alors que des cadavres d’albinos découpés sont retrouvés dans le quartier de la Goutte d’or, d’influents sorciers livrent des jeunes Africaines à l’enfer de la prostitution et “le violeur des parkings” frappe sans relâche dans Paris. Ciblé par l’IGS et opposé à un ancien commissaire de police radié avide de vengeance, Mistral n’est pas au bout de ses peines…

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Il était un titre

La séance de questions s’ouvre sur l’origine du titre du roman, Les sirènes noires, dont la poésie a frappé la majorité des lecteurs présents. Référence aux jeunes femmes africaines rapatriées en France par les réseaux de prostitutions, Jean-Marc Souvira a cherché pour désigner celles qui ne survivent pas au voyage, un titre beau, à leur image, et triste, faisant écho à la lugubre réalité de leur destin. A cette occasion, l’auteur nous dévoile l’un de ses secrets d’écriture : le titre de ses romans constitue leur point de départ : “Je ne suis pas en mesure d’écrire un livre si je n’ai pas le titre en tête. Il est le fil conducteur de mon écriture.”

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Dépasser l’entendement

Nombreux sont les lecteurs à avoir été interpellés par la réalité vaudou présentée dans le roman. “La prostitution africaine est très importante en France. Pour aller aux sources du problème, je me suis directement rendu en Afrique.” Dans certains pays du continent, la magie occupe une place forte dans les croyances communes. “Nombreux sont les villages où le sorcier est également le médecin. Malheureusement, certains d’entre eux profitent de leur position afin de faire fonctionner les réseaux de prostitution. Après avoir envoûté les jeunes filles vendues par leur mère, il les envoie en France où elles se retrouvent piégées.” Jean-Marc Souvira confie avoir pu assister et filmer l’endoctrinement d’une adolescente au sud du Nigéria et dénonce non sans émotion l’incompréhension totale dans laquelle ce phénomène l’a plongé “Moi, policier cartésien, j’ai été confronté à ces choses qui dépassent mon entendement. Les réseaux de prostitution dévoient cette magie et manipulent les jeunes femmes qui ne sont pas en mesure de se défendre.”

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Une magie bien réelle

Quelques lecteurs, choqués par cette description, peinent à croire qu’il s’agit là d’une réalité et demandent à Jean-Marc Souvira d’en dire plus sur ce triste phénomène. “Les sorciers ont une véritable emprise sur les jeunes femmes. Une fois qu’elles leur ont été vendues, ils procèdent à une cérémonie vaudou qui consiste à envoûter une amulette, représentant le pouvoir du sorcier sur la jeune fille. Une fois le rituel terminé, elles sont définitivement prisonnières.” Le plus terrible de tout cela est que ce sont souvent les mères des jeunes filles qui décident de les vendre aux sorciers, persuadées de les envoyer exercer des métiers comme coiffeuse ou esthéticienne en Europe. Le plus difficile à accepter selon Jean-Marc Souvira, c’est qu’il est impossible pour un étranger de neutraliser ce système, alors même qu’un réseau pourrait être démantelé “La croyance en ces rituels est telle que les femmes refusent de parler et de rentrer chez elles si le sorcier lui-même n’a pas rompu le sort. En 2015, la magie est bien une réalité contre laquelle nous n’avons pas encore trouvé de solution efficace.” L’auteur évoque également à ce sujet les albinos, chassés en Afrique où ils sont considérés comme des créatures mystiques au sang magique et dont il met la traque également en scène dans son roman. C’est cette réalité que l’auteur a voulu dénoncer dans ce roman, afin de faire savoir au grand public ce que pour beaucoup il ignore.

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Jongleries

Les questions s’orientent ensuite vers la construction du roman et le choix effectué par l’auteur d’avoir entremêlé plusieurs enquêtes. “Je souhaitais par ce biais montrer la réalité du quotidien d’un enquêteur. Dans mon ancien service, nous devions gérer 530 affaires alors que nous n’étions que 80. La réalité est bien différente des romans dans lesquels les policiers ne font souvent face qu’à une seule enquête à la fois !” Il rajoute “Un service criminel c’est un peu comme le cirque du soleil, il faut jongler avec les affaires.” Si les enquêtes du roman reflètent la réalité d’un service criminel, leur écriture n’est pas non plus étrangère à cette démarche “J’écris au fur et à mesure. J’ai un point de départ pour chaque enquête, mais lorsque je commence à rédiger je n’ai pas la moindre idée de leur aboutissement. D’ailleurs, il arrive souvent que je me dise à moi-même “Ah ! Je ne l’avais pas vu venir !”

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Un roman réaliste

A propos de réalisme, Jean-Marc Souvira explique que c’est cette faible distance avec le réel qui lui permet d’écrire “Je suis guidé par ma propre connaissance du métier, même si c’est inconscient. Je serai incapable d’écrire un roman irréaliste.” Bien sûr, il affirme que cette démarche ne l’empêche en aucun cas d’apprécier des histoires plus romanesques : “Du moment que je passe un bon moment en tant que lecteur, alors le réalisme est secondaire.”

A ce sujet, une lectrice remarque que ces dernières années, beaucoup de policiers ont décidé de prendre la plume. Pour Jean-Marc Souvira, l’ambition est générationnelle : “Notre génération de policiers est cinéphile, lectrice. Notre métier ne nous empêche plus de nous créer une culture et l’ambition d’écrire est bien plus réalisable depuis que nous nous sommes affranchis de la tutelle d’une éventuelle censure.”

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Go Fast

Plus tard, les lecteurs interrogent l’écrivain à propos de son expérience d’écriture scénaristique pour le film Go Fast, sorti en 2008 et réalisé par Olivier Van Hoofstadt. Inspiré par l’image décadente du policier véhiculée par les médias depuis plusieurs années, le futur écrivain a décidé de dénoncer grâce au film cette vision bornée du corps policier. C’est ainsi qu’il se lance dans l’écriture d’un scénario, sur un coup de tête : “Le format scénaristique est très calibré. Il s’agit d’un exercice malgré tout difficile, d’autant que près de 15 personnes interprètent ce document, ce qui rend souvent les discussions compliquées pour le scénariste !” Trop contraint par cette forme éditoriale, l’écrivain a décidé de pousser plus loin son envie de décrire le monde policier et c’est ainsi qu’est né Le Magicien, son premier roman. “L’expérience du scénario reste malgré tout amusante. Actuellement je participe à l’écriture de la 4e saison de la série Braquo et je prends beaucoup de plaisir à le faire.”

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L’écriture du “je”

Enfin, les lecteurs interrogent Jean-Marc Souvira sur son rapport avec le commissaire Mistral. “Dans les premières aventures, il est sans aspérités. Comme il s’agissait de ma première expérience d’écriture, je ne parvenais pas à le détacher de ma propre personnalité.” Au fil des romans, l’auteur explique qu’il lui devient plus facile de s’échapper de ses personnages. Cependant pour lui, l’écriture à la première personne demeure un exercice encore difficilement envisageable “Je ne vois pas comment il est possible de tenir 400 pages avec le “je”.” Il nous confie à cette occasion préparer un quatrième roman, dans lequel le commissaire Mistral n’apparaîtra pas, dans le but pour l’auteur d’explorer de nouveaux procédés narratifs. Les lecteurs ont beau avoir insisté pour en savoir davantage, Jean-Marc Souvira n’a pas souhaité en dire plus sur le sujet et à conclu la soirée avec l’habituelle séance de dédicace, pendant laquelle les lecteurs ont pu échanger personnellement avec lui.

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Retrouvez Les sirènes noires de Jean-Marc Souvira, publié chez Fleuve Editions.

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