Quand les écrivains défendent les animaux

La consommation de viande ne cesse d’augmenter dans le monde. Pourtant, depuis de nombreuses années mais avec peut-être une certaine accélération ces derniers temps, le camp des végétariens et des vegans ne cesse en parallèle de gagner de la visibilité et de convaincre petit à petit certains consommateurs de ce qui se cache, pour eux, derrière la consommation de la viande. Parmi ces groupes de résistants à l’industrie agro-alimentaire/ces militants, de plus en plus d’écrivains ont non seulement pris la paroles en public mais ont également écrit des livres pour combattre avec leurs propres armes, c’est à dire les mots, une industrie qui tue chaque seconde des milliers d’animaux à travers le monde.

On vous propose un petit tour d’horizon de quelques-uns de ces auteurs engagés pour la cause animale avec 5 livres publiés relativement récemment et qui, à leur sortie, ont provoqué le débat. N’hésitez pas à en débattre justement avec nous en commentaire.

Faut-il manger les animaux ?  de Jonathan Safran Foer


A tout seigneur, tout honneur.
Faut-il manger les animaux ? (éditions de L’Olivier) de Jonathan Safran Foer est un ouvrage capital pour de nombreux lecteurs intéressés par ce sujet. Publié en 2009, ce plaidoyer végétarien est l’un des livres les plus cités par les personnes qui ont arrêté, ces dernières années, de consommer de la viande. C’est le livre qui a fait de Natalie Portman, selon ses propres dires, non pas une végétarienne (elle l’était déjà) mais une militante convaincue. Elle a d’ailleurs depuis produit une adaptation du livre en un documentaire.

Si le roman commence par une question a priori ouverte, l’auteur de Extrêmement fort et incroyablement près la referme très vite. On peut manger des animaux mais il ne faut pas, selon lui, se voiler la face sur tout ce que cela implique. Il détruit ainsi une à une les images qu’a le grand public de l’industrie. Non, les poulets qui terminent dans nos assiettes n’ont pas été élevés au grand air par un fermier qui tuerait honorablement ses bêtes : “Il n’y a plus de fermiers, mais des managers, des usines d’élevage, d’abattage, de découpe et de conditionnement dont les responsables n’ont plus aucune notion de ce qu’est un animal. Ils n’ont qu’une pensée : comment gagner plus en dépensant moins, et s’ils pensent que des animaux malades leur feront gagner plus que des animaux sains, ils le font.”

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C’est à l’élevage industriel dans son ensemble que s’attaque l’écrivain qui insiste sur le fait que les animaux sont aujourd’hui tout simplement torturés. C’est le système entier qui veut cela : “Lorsque nous mangeons de la viande issue de l’élevage industriel, nous nous nourrissons littéralement de chair torturée. Et, de plus en plus, cette chair devient la nôtre.”

Le livre est construit autour de plusieurs arguments, avec pour les lecteurs français, une grande faiblesse : l’auteur ne s’engage que sur ce qu’il connaît, les Etats-unis. Les lecteurs non américains peuvent ainsi penser que le bien-être des animaux est certainement bien plus contrôlé/respecté en Europe…

Deux kilos deux de Gil Batholeyns


C’est l’écriture de
ce roman (JC Lattès) qui oppose un vétérinaire et un éleveur de poulet en Belgique qui a fait de Gil Bartholeyns un végétarien. L’écriture de l’intrigue, qui se déroule dans un élevage de poulet, supposait une certaine documentation et des recherches de la part de l’auteur. Ces recherches, en Europe donc, l’ont convaincu qu’il était impossible d’aimer les animaux et de les manger quand on voit la façon dont ils sont élevés pour se faire abattre. Il a vu la torture que cela implique malgré la meilleure volonté du monde des éleveurs. Dans son roman, l’éleveur respecte scrupuleusement les consignes sanitaires européennes et l’auteur lui donne même la parole, nous fait voir son point de vue. Las, les lois ne protègent que les consommateurs, pas les animaux et le vétérinaire du roman est bien démuni face au malheur de ces poulets promis à une mort précoce.

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Le personnage, tout au long du roman, s’interroge : comment aimer autant nos animaux de compagnie et accorder aussi peu d’intérêt aux autres animaux pourtant aussi sensibles et parfois plus intelligents ? Une question  que s’est également posée mariech : “Une très belle réflexion sur notre monde actuel , sur les questions de productivité à tout prix , sur notre rapport aux animaux, voilà qui fait la force de ce roman , une réflexion intelligente sans aucun jugement.”


Comment j’ai arrêté de manger les animaux de Hugo Clément

A la manière de Gil Batholeyns, qui est devenu végétarien en travaillant sur son livre et en découvrant l’industrie avicole, c’est également au cours de ses reportages que Hugo Clément a décidé d’arrêter de manger de la viande. Le journaliste et reporter aime pourtant la viande et n’est pas un grand amoureux des animaux. Las, les conditions terribles d’élevage et d’abattage dont il a été témoin l’ont convaincu qu’une autre voie était, pour lui, non seulement souhaitable mais indispensable. C’est tout le propos de son livre Comment j’ai arrêté de manger les animaux publié au Seuil.

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Alors que Gil Batholeyns faisait parler un vétérinaire de fiction, Hugo Clément fait parler dans son livre, un ancien vétérinaire traumatisé par son travail qui n’a jamais eu pour but de sauver les animaux mais simplement de veiller à la santé du consommateur : “Tant qu’il n’y a pas de fuites, de photos ou de vidéos, déclare l’ancien vétérinaire Jean-Luc, ça continue. Moi je signalais plein de trucs aux services vétérinaires pendant mes visites, mais ils ne se bougeaient pas. Une fois, je les avais appelés pour des moutons assoiffés. Ils attendaient d‘être tués dans un enclos en plein soleil et n’en pouvaient plus. J’avais demandé qu’on donne de l’eau à ces pauvres bêtes. Le gars m’avais répondu : je ne vais pas me déplacer pour trois moutons.”

Le livre d’Hugo Clément fourmille d’anecdotes terribles, de témoignages personnels édifiants et de chiffres sur l’industrie. Le livre apparaîtra à cet égard insoutenable à certains, essentiel pour d’autres comme Anlixelle : “Ni manifeste, ni livre d’action, Comment j’ai arrêté de manger les animaux m’a donc permis d’envisager mes actes du quotidien dans leur globalité en leur donnant le temps et l’attention qu’ils requièrent pour que cela change la donne.”

Règne animal de Jean Baptiste Del Amo

Insoutenables, certaines scènes de Règne animal (Gallimard) de Jean-Baptiste Del Amo le sont. L’écrivain, membre de l’association L214 comme Hugo Clément, retrace dans ce roman multi-primé, un siècle d’activité d’une porcherie familiale. Et dans ce roman que certains n’ont pas hésité de qualifier de zolien, le lecteur n’est absolument jamais épargné. Del Amo tient à ce que l’on ressente physiquement la façon dont ces bêtes sont maltraitées, violentées, torturées : “A chaque occasion, l’auteur impose la pire description, la plus insupportable possible, provoquant l’effroi par le simple fait que fiction et informations bien réelles se confondent, témoigne Cardabelle. Je pense surtout à l’élevage industriel de porcs et aux descriptions par le menu du martyre de ces pauvres bêtes.”
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C’est là encore, décidément, de la visite d’un bâtiment d’élevage en compagnie de Tristan Garcia qu’est née l’idée du livre alors que les deux écrivains sont accueillis dans cet endroit par un concert de hurlement des bêtes. Le roman commence par un élevage à l’ancienne, traditionnel, alors que le contact avec les animaux est encore présent. Puis, le contact se perd de génération en génération. Les animaux deviennent des objets et la violence s’est transmise, et même amplifiée au fil des années.

A noter que l’écrivain ne s’est pas arrêté à ce texte pour défendre la cause des animaux. Auteur chez Athaud d’un portrait de l’association L214 dont il est membre, il a également écrit Comme toi (Gallimard Jeunesse), un livre à destination des enfants à travers lequel l’auteur montre à quel point nous sommes proches des animaux. 

 

Nous, animaux et humains : Actualité de Jérémy Bentham par Tristan Garcia

L’écrivain et philosophe Tristan Garcia a lui aussi écrit autour de la condition animale et du lien qui nous unit aux animaux. Un lien défait ? C’est le sujet de son essai Nous, animaux et humains : Actualité de Jeremy Bentham (François Bourin éditeur). Pour Aude Lancelin dans Bibliobs l’écrivain “se penche en essayiste sur la culpabilité que nous sommes de plus en plus nombreux à ressentir face aux bêtes transformées en simples ressources, achevées dans l’obscurité sociale. Pour cela il remonte au penseur anglais Jeremy Bentham, le premier à avoir comparé la cruauté à l’égard des animaux à la réduction en esclavage d’Africains de l’Ouest”.

La souffrance animale, Tristan Garcia s’y est penché tardivement mais cela est venu comme une révélation : “Ce qui a compté pour moi ces dernières années, dit-il dans un entretien pour Les Inrockuptibles publié en 2017, c’est l’éthique animale et la défense des droits des animaux. Je pensais être progressiste et universaliste, je croyais à l’égalité. Or, il y avait un point aveugle : mon universalisme se limitait à l’espèce humaine. J’avais laissé derrière mon dos des créatures sensibles, souffrantes, sur le dos desquelles on avait bâti l’image du progrès.”

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L’auteur rappelle dans son livre que nous sommes bien plus proches que nous le pensons souvent des animaux, et que notre humanité devrait justement nous permettre de sortir des “lois de la nature”, au lieu d’asseoir sans cesse notre supériorité via notamment la maltraitance des animaux. L’occasion également de s’interroger, sans forcément apporter de réponse toute faite, sur la question de la protection des animaux : faut-il contraindre par le droit ? ou simplement réexplorer notre part d’animalité ? et quels sont, scientifiquement, les ressorts de la souffrance animale ? Partant ainsi du philosophe Jeremy Bentham et de ses idées très avant-gardistes au XVIIIe siècle – ce n’est pas un hasard s’il est devenu très influent récemment auprès des antispécistes -, Tristan Garcia pose les bases d’une nouvelle humanité, qui respecterait le vivant avant tout par amour et intelligence, que par la contrainte.

Bonus : le plaidoyer d’Emile Zola pour les animaux

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Grand amoureux des animaux, Emile Zola à écrit un plaidoyer en leur faveur que l’on peut retrouver en intégralité et gratuitement sur le site d’archives Retronews.

Il revient non seulement sur son amour des bêtes plus faibles que nous et qui ne peuvent se défendre : « Pour moi, lorsque je m’interroge, je crois bien que ma charité pour les bêtes est faite, comme je le disais, de ce qu’elles ne peuvent parler, expliquer leurs besoins, indiquer leurs maux. Une créature qui souffre et qui n’a aucun moyen de nous faire entendre comment et pourquoi elle souffre, n’est-ce pas affreux, n’est-ce pas angoissant ? »

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L’écrivain, à l’instar de Tristan Garcia, revient sur leur souffrance et l’amour que l’être humain devrait lui porter comme s’il s’agissait de son frère : « Les bêtes n’ont pas encore de patrie. Il n’y a pas encore des chiens allemands, des chiens italiens et des chiens français. Il n’y a partout que des chiens qui souffrent quand on leur allonge des coups de canne. Alors, est-ce qu’on ne pourrait pas, de nation à nation, commencer par tomber d’accord sur l’amour qu’on doit aux bêtes ? De cet amour universel des bêtes, par-dessus les frontières, peut-être en arriverait-on à l’universel amour des hommes. » 

 

Autre bonus : ce que l’abattoir fait aux humains

Jusqu'à la bête par Demeillers
Il a (logiquement) beaucoup été question dans cette sélection de la maltraitance animale organisée par les humains. Mais qu’en est-il de la souffrance humaine engendrée par la souffrance animale – ou quand la cruauté devient un piège qui se referme sur son instigateur ? Et si l’homme est un cousin de l’animal, comment peut-il supporter de travailler à la chaîne, dans les cadences infernales des abattoirs, et transformer du vivant en viande ? C’est la question que se pose
Timothée Demeillers dans son roman noir Jusqu’à la bête, paru en 2017 aux éditions Apshalte. 

Timothée Demeillers
Soit l’histoire d’Erwan, ouvrier dans un abattoir près d’Angers qui fait l’expérience du délitement des rapports sociaux et humains dans un lieu déjà largement inhumain. Voici ce qu’en disait l’auteur dans
une interview Babelio à retrouver ici : À partir du moment où les ouvriers sont poussés à une cadence de plus en plus rapide, l’animal devient une simple marchandise à transformer dans un temps imparti. Il n’y a pas de place pour prendre en compte la souffrance animale ou humaine. Sur la chaîne, l’animal devient un matériau déshumanisé à abattre, découper, dépecer et transformer le plus rapidement possible en steak haché.” Et à propos des réactions violentes vis-à-vis des employés d’abattoirs, suite à la diffusion de vidéos par L214 : “Je dois dire que ces vidéos dont on a beaucoup parlé dans la presse, bien qu`elles soient sans doute nécessaires pour faire avancer le débat, ont pu me déranger par certaines réactions qu’elles ont générées et l’opprobre qu’elles ont jeté, sûrement à leur insu, sur les ouvriers d’abattoirs déjà profondément déconsidérés socialement et auxquels on a rajouté la suspicion d’être des sadiques, s’amusant de la douleur des bêtes. Je comprends tout à fait que ces vidéos « choc » fassent avancer la cause animale, mais il faudrait peut-être davantage chercher la racine de cette souffrance animale, non pas dans les comportements dérangeants d’une poignée d’individus marbrés qui semblent s’amuser à violenter des bêtes, mais plutôt à notre échelle, dans notre surconsommation de viande, qu’on achète à tout petit prix, et qui légitime ce système de production absurde et violent, l’entretient et le perpétue.” 

On s’en doute, ça ne finit pas très bien pour Erwan. Et tout le mérite du livre de Timothée Demeillers est justement de montrer que la question de la souffrance animale ne peut pas être dé-corélée d’autres sujets, comme l’industrie de la viande liée à nos modes de consommation et les ravages sociaux qu’elle implique.

Voilà cinq livres (et un plaidoyer + un roman noir !)  autour de la condition animale amenés à faire débat. Avez-vous lu ces livres ? Qu’en avez-vous pensé ? Quels autres livres – qui ne vont peut-être pas forcément dans le même sens -, recommandez-vous ? 

 

10 (excellents) livres adaptés en 10 (excellentes) séries

En ces temps de confinement et de fermeture des cinémas, on vous propose une petite liste de séries télé diffusées récemment et adaptées de romans. Vous pourrez ainsi alterner littérature et petit écran pour les longues heures qui vous attendent à la maison ! On a essayé de représenter différents genres (vous trouverez du polar, des super-héros, du fantastique mais aussi des séries jeunesse) et différentes plateformes de vod/streaming.

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Il s’agit d’une liste en cours de construction. Si vous avez des idées d’adaptations réussies disponibles facilement, n’hésitez pas à nous les recommander en commentaire. Nous proposerons une mise à jour de l’article prochainement. 

Le Complot contre l’Amérique

C’est Philip Roth lui-même, décédé en 2018, qui confia les manettes de l’adaptation de son roman à David Simon, ancien journaliste, écrivain et créateur de séries de prestige chez HBO comme The Wire (la plus célèbre), mais aussi Treme, Show Me a Hero ou encore The Deuce.
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Le Complot contre l’Amérique, publié en 2006 chez Gallimard en France, raconte l’ascension politique de Charles Lindbergh, figure de l’aviation et pur héros américain. Dans cette uchronie que ne renierait pas Philip K. Dick, Lindbergh, sympathisant nazi, devient président des Etats-Unis en 1941…

Certes, Lindbergh ne s’est en réalité jamais présenté à des élections américaines et le président démocrate Franklin Delano Roosevelt a bien été réélu quatre fois avant de s’éteindre suite à une maladie en 1945. Roth imagine pourtant une uchronie extrêmement réaliste à partir de données réelles : l’antisémitisme proclamé d’une figure majeure des Etats-Unis et la montée du fascisme en Amérique. Une Amérique qui accueillait alors, à l’occasion et jusqu’à la déclaration de guerre des Etats-Unis à l’Allemagne en 1941, de grands rassemblements de sympathisants nazis. 

 

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Des sympathisants nazis au Madison Square Garden en février 1939.

 

Le récit a poussé la quasi totalité de ses lecteurs à imaginer le pire, à réfléchir sur les conséquences qu’aurait pu avoir une telle élection non seulement à l’échelle du monde mais également à l’échelle d’une famille puisque l’angle de vue du roman est celui d’un petit garçon juif vivant aux Etats-Unis (Philip Roth lui-même ?). MarieC recommande vivement la lecture du roman : « Portée par le réalisme du récit, la réflexion est d’une efficacité redoutable… Un livre à recommander tant à ceux qui réfléchissent sur le fascisme, qu’à ceux qui aiment tout simplement la littérature. »

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L’adaptation, en mini-série, est donc signée David Simon aidé du fidèle Ed Burns, ancien policier et scénariste co-créateur de The Wire. Si la série ne sera diffusé sur OCS que le 17 mars et que le public n’a pas encore eu l’occasion de s’exprimer, les premières critiques saluent une oeuvre extrêmement proche du roman de Philip Roth et évidemment, éminemment politique : « C’est fou à quel point (le roman) est une allégorie de notre époque politique, raconte David Simon dans des propos reportés par La Presse. Je suis convaincu que […] nous sommes sur une trajectoire qui nous mène à un basculement vers l’autoritarisme. Si nous ne prenons pas conscience de notre vulnérabilité et de la fragilité de la démocratie. »

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Voir la fiche du livre sur Babelio.

Voir la bande-annonce de la mini-série :

Le Maître du Haut Château

En parlant d’uchronie politique, comment ne pas parler du roman phare de Philip K. Dick, Le Maître du Haut Château, publié en France chez OPTA en 1970 puis chez J’ai Lu ?

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L’écrivain de SF place les curseurs un peu plus loin que Philip Roth dans Le Complot contre l’Amérique. Dans ce roman, les nazis ont gagné la guerre et, depuis dix ans quand le récit commence, se partagent l’Amérique avec l’armée japonaise. Seule une zone neutre sépare les deux territoires d’occupation.

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Comme pour de nombreuses uchronies ou oeuvres de science-fiction, le postulat de base incite autant l’auteur que ses lecteurs à réfléchir non pas tant sur la partie fictionnelle que sur le monde actuel (celui du monde occidental des années 1960 pour K. Dick) poussé dans ses retranchements. C’est notamment ce qu’a retenu Athalenthe de sa lecture du livre : « Dans ce monde parallèle dominé par les nazis, c’est bien du sien, si éloigné et en même temps si proche, que l’auteur traite : Juliana nous le révèle « Que voulait donc dire Abendsen ? Rien sur le monde qu’il a inventé. Il nous parle de notre monde à nous. de ça. Ce qui nous entoure en ce moment même. Il veut qu’on voie les choses telles qu’elles sont ».

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Le livre a été adapté sur Amazon Prime par Frank Spotnitz en une série de quatre saisons très appréciées des spectateurs et objet, comme le roman avant elle, de nombreuses analyses critiques et politiques.

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Là encore, le créateur de la série a voulu le plus possible interroger le spectateur sur ce qui se passe dans le monde actuel. Interrogé par Télérama, Frank Spotnitz a présenté ainsi sa série : « The Man in the High Castle [titre de la série en VO] tente de nous faire réfléchir aux valeurs occidentales. » Plus loin : « Cette série est improbable historiquement, c’est une fiction, un songe, mais un songe qui doit être pris au sérieux car il nous offre un autre regard sur le monde. »

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Voici la bande-annonce de la série :

Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire

Vous êtes bloqués avec vos enfants pour une durée indéterminée ? Pourquoi ne pas leur faire lire un des classiques de la littérature jeunesse puis, puisqu’on va être confinés un moment :), regarder ensemble l’adaptation de la saga sur Netflix ?

Les Desastreuses Aventures DES Orphelins Baudelaire: Vol. 1/Tout Commence Mal

Cette saga, écrite par un certain Lemony Snicket, se détache des autres productions littéraires destinées à la jeunesse par son ton. Terriblement pessimiste, ce Lemony Snicket (en réalité l’écrivain Daniel Handler) ne cesse de s’adresser aux lecteurs pour leur dire à quel point tout cela va mal finir. Il faut dire que tout commence mal dès le départ (c’est d’ailleurs le titre du premier tome), puisque l’histoire est celle d’une fratrie d’orphelins en proie aux manigances du Comte Olaf, prêt à absolument tout pour s’approprier leur fortune. On dénombre treize tomes publiés chez Nathan dès 2002, tous plus désespérément drôles les uns que les autres.

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Cette narration a séduit plus d’un lecteur – puisqu’on parle de près de 60 millions de livres vendus -, parmi lesquels Phoenicia : « Plus que l’histoire, déjà originale en soi, c’est la narration qui me séduit tant dans cette série. En effet, « l’auteur », Lemony Snicket est un personnage à lui tout seul de cette série. Il s’agit d’un enquêteur qui se doit de retracer les funestes aventures des Orphelins. A chaque tome, dans le résumé comme dans l’histoire, Lemony Snicket nous enjoint à refermer le livre pour se tourner vers des lectures plus réjouissantes. »
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Si un film de Brad Silberling avec Jim Carrey dans le rôle du Comte Olaf avait séduit en 2004 de nombreux spectateurs, le succès n’avait pas suffisamment été au rendez-vous pour adapter l’ensemble de la saga au cinéma. Peut-être qu’une série était plus appropriée pour reprendre l’esprit des livres sans rien sacrifier de leur ton ? C’est sans doute ce que se sont dit Mark Hudis et Barry Sonnenfeld en proposant une adaptation sur Netflix. La série se veut très fidèle aux livres. Daniel Handler en est d’ailleurs producteur.

Les adultes réfractaires seront sans doute contents de retrouver, dans le rôle du comte, Neil-  wait for it- Patrick Harris qui prend visiblement un malin plaisir à se déguiser pour ce rôle.

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Voir la fiche du premier tome sur Babelio.

Voici la bande-annonce de la série :

Watchmen

On ne reviendra pas ici trop longtemps sur les nombreuses polémiques qui accompagnent chaque adaptation de l’oeuvre du barde de Northampton. On le sait, Alan Moore refuse depuis de nombreuses années que son nom soit associé de près ou de loin aux adaptations de son oeuvre. Il ne veut pas toucher un seul centime d’Hollywood et se met carrément en colère dès qu’on lui en parle.Résultat de recherche d'images pour "watchmen comics yellow"

Publié au milieu des années 1980 (chez Zenda en France), la série de comics Watchmen, illustrée par Dave Gibbons, a immédiatement remporté un immense succès. Cette vision réaliste et très noire des super-héros en pleine Guerre Froide a même, pour beaucoup, révolutionné le médium comics à l’instar du Maus d’Art Spiegelman.

Alan Moore voulait montrer, parmi mille autres choses, que la bande dessinée permettait de raconter une histoire comme aucun autre support. Que la BD avait un avantage sur le cinéma. Que son histoire ne pouvait se raconter autrement que par la BD. Résultat de recherche d'images pour "watchmen comics"

Hélas pour lui, le succès sans précédent de la BD a incité de nombreux studios à tenter d’acheter les droits (qui n’ont jamais appartenu à Alan Moore) pour en faire des adaptations.

Un premier film a été réalisé en 2009 par Zack Snyder. Il a ses fiers partisans et ses farouches détracteurs. Les premiers saluent la fidélité de la réalisation qui reprend plan par plan les dessins de Dave Gibbons (associé à la production). Les seconds reprochent au réalisateur de n’avoir rien compris aux propos d’Alan Moore et d’avoir carrément inversé le message initial.

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Le succès mitigé de l’adaptation n’a pas empêché HBO de lancer, quelques années plus tard, la sienne. Approché plusieurs fois, Damon Lindelof, auteur de LOST et de The Leftovers, a finalement accepté d’adapter son oeuvre favorite sur le petit écran, sans l’aval de son héros Alan Moore. Il s’en explique sur Instagram. Les personnages, une fois posés sur le papier, n’appartiennent plus à leurs auteurs. Tant pis si l’écrivain anglais n’est pas d’accord. Il veut montrer sa version de Watchmen. Il précise que sa version n’aura rien ni d’une suite exacte ni d’une adaptation. Ce sera un « remix » situé aujourd’hui et non en pleine Guerre Froide.

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Diffusée sur HBO aux Etats-Unis et sur OCS en France, la série a conquis la plupart des réfractaires et a été saluée aussi bien par la presse que par le public, la chaîne enregistrant semaine après semaine quelques unes de ses meilleures audiences. On retrouve certains des personnages mais aussi de nouveaux. Il est question de racisme dans l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui et plus généralement de transmission. Transmet-on ses traumatismes ? Que faire d’un héritage fait de violence et de haine ? Ce sont quelques-unes des questions que pose Damon Lindelof dans ce Watchmen remixé dont l’identité visuelle reste très proche de celle des comics.

Voir la fiche de l’intégrale sur Babelio.

Voir la bande-annonce de la série :

The Witcher

Quel succès pour The Witcher… La série de romans et de nouvelles connaît tout d’abord un immense succès en libraire. En Pologne d’abord, pays de son auteur Andrzej Sapkowski puis dans le monde entier. En France les livres sont publiés chez Bragelonne sous le titre Le Sorceleur.

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La saga connaît ensuite une nouvelle vie en jeu vidéo (nous en parlions d’ailleurs ici). Après deux jeux très appréciés, la saga vidéoludique du sorceleur a pris une nouvelle dimension avec un troisième jeu qui a explosé de nombreux records de ventes et permis à CD Projekt – studio polonais également – de devenir en quelques années seulement, le deuxième plus grand studio européen derrière Ubisoft.

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Le succès ne s’arrête cependant pas là pour The Witcher. Développée par Lauren Schmidt Hissrich pour Netflix, la série qui revient dans sa première saison aux origines de plusieurs personnages de la saga, rencontre à son tour un immense succès qui propulse de nouveau les livres mais aussi les jeux dans les classements des meilleures ventes… 

Où s’arrêtera The Witcher ? Il se murmure qu’un nouveau jeu sera développé par CD Projekt après leur ambitieux projet Cyberpunk 2077 et on sait d’ores et déjà que la saison 2 de la série sur Netflix est en cours de réalisation. 

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Revenons quelques instants tout de même à l’histoire de cette saga. Située dans un monde médiéval rempli de dragons et de magie, l’histoire raconte les mésaventures d’un mutant payé en échange de quelques pièces, pour débarrasser le continent de monstres en tout genre. Tout le sel des romans vient en grande partie de ce personnage Geralt de Riv, un mercenaire un brin cynique souvent plus proche des monstres solitaires qu’il chasse que des villageois qui le méprisent (qui sont les vrais monstres ?). Si on est très loin des intrigues de cour de Game of Thrones, les questions familiales sont au centre du récit. C’est une réussite pour Crazynath qui salue également le personnage principal : “Geralt de Riv, genre vieux loup solitaire (…), est attachant. Bien que plus tout à fait humain, il en possède les valeurs et ne manque pas de le rappeler à ceux qui veulent l’exploiter pour faire toute sorte de sale boulot. Il est un tueur de monstres, pas un tueur à gages…”

Résultat de recherche d'images pour "the witcher netflix"Voir la fiche du premier livre sur Babelio.

Voir la bande-annonce de la série :

Good Omens/De bons présages 


Et si on se moquait ensemble joyeusement de la fin du monde ? C’était le parti pris de Terry Pratchett et de Neil Gaiman quand ils ont co-écrit au début des années 1990, leur livre De bons présages, publié en France chez J’ai Lu en 1995. Une collaboration unique et inespérée pour tous les amateurs de fantastique et lecteurs respectifs de ces deux auteurs qui ont chacun marqué les littératures de l’imaginaire de leur empreinte. Avec un Terry Pratchett aux manettes, il est bien évident pour tout le monde que s’il est question de démons, de mort et de fin du monde, le rire sera également de la partie !

Résultat de recherche d'images pour "livre de bons présages"Le roman narre l’association entre un démon et un ange bien décidés à arrêter l’Apocalypse à venir. Après de nombreuses années à traîner sur terre, ils ont en effet pris goût à la vie ici-bas et entendent bien faire entendre raison à l’Antéchrist !

Après la mort de Terry Pratchett, Neil Gaiman s’est juré de porter ce roman à l’écran le plus fidèlement possible. Il est ainsi le showrunner d’une série à l’impressionnant casting : David Tennant, Michael Sheen, Frances McDormand, Jon Hamm & Benedict Cumberbatch s’en donnent à coeur-joie.

 
A noter que Neil Gaiman a promis de rester fidèle au livre et de ne pas proposer plusieurs saisons afin d’exploiter inutilement le filon. Une seule saison est et sera disponible. Damned !

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Voir la bande-annonce de la série :

 

The Outsider/L’Outsider

Vous reprendrez bien un peu de Stephen King ?

On ne compte plus les adaptations transmédia des oeuvres du romancier, roi du thriller horrifique, encore (très) prolifique à l’âge de 72 ans : sur grand écran, un grand nombre de ces adaptations sont aujourd’hui des incontournables du genre. On nommera Shining, un huis clos qui voit sombrer dans la folie un Jack Nicholson en gardien d’hôtel désormais mythique, mais également le multi-adapté dyptique Ça, ou encore Christine, Misery… En bande dessinée, Le Fléau (à l’intrigue dangereusement actuelle…) publié en France chez Delcourt dans la collection Contrebande, a connu un franc succès. On ne fera pas mention des courts métrages, opéras et autres parodies…

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Depuis plusieurs années maintenant, ces adaptations se font de manière accrue sous la forme de séries télévisées (et ce, avec plus ou moins de réussite). En mai 2018 (janvier 2019 en France), Stephen King publie L’Outsider, un nouveau roman d’horreur qui prend pour point de départ la résolution impossible du meurtre d’un garçon de 11 ans. Le succès est au rendez-vous : le roman entre directement à la première place de la sacro-sainte liste des best-sellers du New York Times et y tient cette même place pendant deux semaines.

L’adaptation en format télévisuel ne tarde pas à voir le jour : dès janvier 2020, la chaîne HBO aux Etats-Unis et la chaîne OCS City en France diffusent une mini-série homonyme de 10 épisodes, directement inspirée du roman et produite par Richard Price et Jason Bateman (qui interprète également le principal accusé, Terry Maitland).

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La série dresse le portrait d’une Amérique sanglante si particulièrement décrite par King, et fait l’objet d’un approfondissement des personnages de Ralph Anderson et Holly Gibney, détectives aux méthodes atypiques et hantés par leurs propres démons. Comme toujours dans un roman et/ou une adaptation de Stephen King, le suspense et l’horreur sont au rendez-vous… pour notre plus grand plaisir. 

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Voir la bande-annonce de la mini-série :

 

Outlander

Tout a commencé en 1945… ou plutôt deux cents ans plus tôt. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Claire, une infirmière de guerre, profite de sa seconde lune de miel dans le nord de l’Écosse. Au cours d’une balade, elle est comme attirée par d’étranges pierres ancestrales : à leur contact, elle se retrouve transportée en 1743, en plein coeur du conflit jacobite qui oppose les peuples anglais et écossais…

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Outlander, c’est le projet inattendu de Diana Gabaldon, docteur en écologie, biologie marine et professeur en sciences numériques à l’Université d’Arizona. En 1988, elle décide d’écrire un roman : ses premiers essais sont publiés sur un forum d’écriture, le CompuServe Literary Forum, où elle reçoit une offre d’une maison d’édition : l’aventure commence.

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Après un premier tome publié en 1991, la saga littéraire compte aujourd’hui 8 tomes distincts, découpés en 10 (chez J’ai Lu) et 12 volumes (chez Libre Expression) pour les éditions française et québécoise. Un 9e tome est à paraître, et même si la date de sortie n’a pas encore été communiquée, Diana Gabaldon ne manque pas de tenir informés ses lecteurs sur son blog officiel où elle poste des « Daily Lines », à savoir des extraits exclusifs de son prochain roman…

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La série télévisée, adaptée par la chaîne américaine Starz depuis 2014, est un savoureux mélange de fiction historique, romance et voyage dans le temps et connaît un succès international. En France, toutes les saisons sont d’ores et déjà disponibles et la saison 5 est actuellement en cours de diffusion en J+1 sur Netflix : aucune raison de résister à l’appel de cette fresque passionnante !

Voir la fiche du premier livre sur Babelio 

Voir la bande-annonce de la série :

Les Œufs verts au jambon

Alors que vos prochains repas seront sans doute essentiellement constitués de féculents, on vous propose de notre côté des Oeufs verts au jambon, un plat concocté spécialement pour vous et pour vos enfants par le fameux Dr Seuss !


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 Livre illustré à destination de la jeunesse ultra-célèbre outre-Atlantique, Les Oeufs verts au jambon est la drôle d’histoire d’un certain Stan-est-mon-nom ou Sam-c’est-moi selon les traductions qui tente par tous les moyens de faire goûter son plat à son grognon compagnon. L’album, composé de 50 mots de vocabulaire dans sa version originale suite à un pari entre Dr Seuss et son éditeur, est avant tout destiné aux plus jeunes lecteurs. Peut-être reconnaîtront-ils la plume du créateur du Grinch !

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Jared Stern et Ellen DeGeneres ont respectivement créé et produit une adaptation ambitieuse de l’album pour Netflix (on parle de la série d’animation la plus chère à produire, chaque épisode coûtant environ 6 millions de dollars). Une pléiade de stars (Michael Douglas, Jeffrey Wright, Diane Keaton, John Turturro) prêtent leurs voix aux différents personnages dans la version originale et donnent vie à des dessins très colorés.

Et si vous avalez un peu trop vite cette première saison, réjouissez-vous, une deuxième a été récemment commandée par Netflix.

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Voir la fiche du livre sur Babelio.
Voir la bande annonce de la série : 

 

Zéro Zéro Zéro


Si le succès du livre Gomorra (Gallimard) puis son adaptation en série télé ont valu à Roberto Saviano d’avoir sa tête mise à prix par la mafia italienne, cela n’a nullement empêché le journaliste de faire son métier : enquêter dans les milieux de la grande criminalité.

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Extra pur, son troisième livre toujours chez Gallimard, est une exploration approfondie du marché de la drogue, de sa production en Amérique latine jusqu’à sa consommation frivole et décomplexée en Europe. Dans le sillage de ce narcotrafic en continuelle progression ? Des litres de sang et de vies brisées. Saviano ne recule devant aucun chiffre, aucun détail. Il est question de tortures, d’assassinats en masse, de billets glissés, d’yeux fermés.

Manuel Contreras (Harold Torres), à la tête d’une unité de forces spéciales de l’armée mexicaine.

C’en est presque trop pour Carré : “Le livre égrène jusqu’à plus soif, toute une liste de noms, de familles, tout un lot de meurtres, de tortures, d’exactions abominables et terrifiantes. Des pages et des pages de guerre de clans, de pressions, d’horreurs insoutenables. Saviano patiemment, méthodiquement remonte aux origines du mal. Il y a certainement plus de morts que de mots dans cette terrifiante plongée.” C’est que, pour montrer la mondialisation absolue de ce trafic qui ne connaît aucune frontière et ne s’oppose à quasiment aucun pouvoir, l’auteur s’est rendu sur place, a interrogé les protagonistes de ce lucratif marché : “Il a voyagé dans le monde entier, nous dit Killing79 dans sa critique du livre, a rencontré un grand nombre de protagonistes, a recensé tous les chiffres, dans le but de nous faire entrer dans l’univers des stupéfiants. Lorsque j’imaginais le trafic de cocaïne, je résumais ça au dealer colombien vendant sa marchandise à des pauvres drogués dans des rues sombres. Mais à la fermeture de ce livre, ma vision s’est vraiment élargie et le plan d’ensemble que j’ai découvert, est plutôt effrayant.

 

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C’est également cette vision globale du marché qui intéressait Stefano Sollima pour l’adaptation du livre en série sur Canal + : “Il s’agissait, nous renseigne un article du journal Le Monde, de faire réaliser par trois cinéastes différents huit épisodes, dans cinq pays répartis sur trois continents, en une demi-douzaine de langues et dialectes, de l’espagnol mexicain au calabrais, en passant par le wolof et l’arabe marocain.” Vous vouliez du dépaysement ?

La série vient d’être mise en ligne par la chaîne cryptée qui est exceptionnellement en clair pendant la période du confinement. Aucune raison donc de rater cette série saluée par la critique non seulement pour ses édifiantes et désespérantes conclusions mais aussi pour son écriture. C’est ainsi, pour Télérama, “une épopée puissante et hyper réaliste [qui] nous entraîne sur les routes sanguinaires du narcotrafic. Époustouflante de beauté, spectaculaire de violence, elle scelle les retrouvailles de l’équipe de la série Gomorra.” 

Voir la fiche du livre sur Babelio.

Voir la bande-annonce de la série :


Et vous, qu’allez vous lire et regarder à la télé ? Venez partager ici vos coups de cœur télévisuels (attention, on s’intéresse ici uniquement aux adaptations de livres ! )

Nuit de la lecture 2020 : partager le goût des livres

Dans Voyage au bout de la solitude, Jon Krakauer écrit que « le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ». La lecture, activité pourtant individuelle et solitaire, n’échappe pas à cette règle. S’il suffit d’une paire d’yeux et d’un peu d’imagination pour faire danser dans notre esprit des mots imprimés sur une page, l’appréciation réelle d’une œuvre ne se révèle souvent qu’à travers le partage de notre lecture intime.

La Nuit de la lecture, dont nous vous présentions la deuxième édition il y a deux ans déjà, a fait de cet échange littéraire sa raison d’être. Pour sa quatrième édition prévue le 18 janvier prochain, l’événement culturel devenu annuel a fait le choix de promouvoir, par la lecture, une valeur universelle cruellement nécessaire à l’aube d’une décennie déjà conflictuelle : le partage. Cette orientation thématique s’inscrit dans les valeurs portées, d’année en année, par la jeune manifestation s’articulant autour du livre et de ses richesses.

Lire, faire lire, conter, découvrir, échanger, c’est en effet toute l’ambition portée par cette Nuit de la lecture. Franck Riester, le Ministre de la Culture, y a mis un point d’honneur dans l’éditorial officiel publié sur le site de l’événement : « Susciter l’envie et partager le plaisir de lire seront plus que jamais au cœur de cette Nuit qui promet d’être riche en expériences et découvertes : lectures à voix haute, en musique, balades contées, spectacles, quiz littéraires, chasses au trésor et bien sûr rencontres avec des auteurs. »

© Unsplash

Cette dynamique de la transmission et du partage est au cœur même de la manifestation depuis sa création en 2017. Mais alors qu’elle ne concernait que les contrées francophones lors de sa première édition, la nuit la plus littéraire de l’année traverse aujourd’hui les frontières culturelles et linguistiques françaises pour toucher un public international : avec 10 pays participants en 2018 et 31 l’année suivante, il est attendu que ces chiffres suivent la même progression lors de l’édition 2020. Ce sont quelque 5100 événements, d’ores et déjà organisés à l’Institut Français du Vietnam, à l’Alliance Française Abou Dabi ou encore à la Librairie française de Munich, qui annoncent une édition aux couleurs de la diversité.

Bibliothèque de la Sorbonne à Paris © Lise Hébuterne – Agence Façon de penser

Il y a deux ans déjà, on lui souhaitait la plus grande des réussites, c’est aujourd’hui chose faite : l’événement proposé et mis en place par le ministère de la Culture prend cette année plus d’ampleur. Ce samedi 18 janvier, c’est dans votre bibliothèque, librairie ou établissement culturel participant le plus proche qu’il faudra vous rendre pour profiter d’une nuit placée sous le signe de la lecture partagée.

Découvrez le programme complet de cette édition 2020 juste ici.

Les 25 plus belles couvertures de livres de 2019

Cette année, en parallèle de nos classements habituels, on avait envie de vous proposer une rétrospective plus visuelle de 2019. D’où l’idée de réunir dans cet article 25 couvertures de romans qui ont particulièrement marqué nos rétines. Voici donc un top très subjectif, avec seulement trois constantes : tous ces livres sont des romans ou récits, (re)parus en France dans l’année, dont les couvertures sont des œuvres graphiques excluant la photographie.

Vous trouverez donc ici des éditeurs indépendants et des mastodontes du secteur, des auteurs français et étrangers, plus ou moins célèbres, tous réunis pour le soin apporté aux couvertures des ouvrages présentés. Ces livres sont classés par ordre alphabétique d’auteur, et agrémentés à chaque fois d’une critique d’un(e) Babelionaute.

Pour une fois, on s’est donc permis de juger un livre à sa couverture, et on espère que cela vous fera également découvrir de très bons textes ! N’hésitez pas à partager en commentaire vos couvs coup de cœur de cette année…

Nina Allan, La Fracture (Tristram)

La Fracture

Illustrations Tissen/Shutterstock

L’avis de Charybde2 :
« Nina Allan […] nous offre un magnifique roman, placé résolument sous le signe conjoint d’Henry James et de Joseph Conrad, irrigué par une profonde connaissance pratique et technique de la grande science-fiction et de toute une pop culture foisonnante, pour nous rappeler, en abîme, que, comme les rongeurs de taille inhabituelle, « l’ordinaire, je ne crois pas que ça existe ». »

Maïlys de Babelio vous parle de ce livre dans notre vidéo d’actus de décembre 2019

Nathalie Bernard, Sauvages (Thierry Magnier)

Sauvages

Illustration signée Tom Haugomat

L’avis de ogmios :
« C’est un prodigieux roman qui a valeur de témoignage historique sur l’existence de ces sinistres lieux qui ont participé à l’éradication des Amérindiens canadiens. Une plaie ouverte dans l’histoire du Québec pour lequel le 1er ministre Justin Trudeau à demandé pardon au peuple autochtone en 2015. Outre le fonds historique, ce qui fait l’intérêt de ce roman, c’est la qualité de l’écriture de Nathalie Bernard et son talent pour bâtir une intrigue qui prend aux tripes… et ce n’est pas qu’une façon de parler ! »

Laurent Binet, Civilizations (Grasset)

Civilizations

Illustration d’après Charles de Habsbourg dit Charles Quint (1605)
par Juan Pantoja de la Cruz

L’avis de LiliGalipette :
« Et si les Vikings s’étaient installés en Amérique du Sud ? Et Si Christophe Colomb n’était jamais revenu de son voyage vers les Indes ? Et si les Incas avaient traversé l’Atlantique avant les conquistadors ? Et s’ils avaient établi leur domination sur l’Europe ? […] Saga nordique, journal intime, épopée élégiaque, correspondance entre grands de ce monde, narration au long court, Laurent Binet explore divers genres littéraires pour constituer son Histoire inventée de l’Europe. C’est brillant, souvent jouissif tant on se régale des trouvailles historiques de l’auteur. »

Julien Blanc-Gras, Comme à la guerre (Stock)

Comme à la guerre

Illustration signée Marysia Machulska

L’avis de Sallyrose :
« Julien est un jeune papa de presque 40 ans. Alors qu’il assiste émerveillé à l’éclosion de la vitalité de son enfant, les journalistes de Charlie Hebdo sont massacrés. Quelques mois plus tard ce sera plus d’une centaine de quidams, au Bataclan et sur les terrasses de certains cafés parisiens. […] L’auteur a un talent de haut niveau dans le maniement de l’humour, de l’ironie et du cynisme (pas très grinçant malgré tout). Son style est très fluide, celui des pensées qui vagabondent en apparence mais qui montre du doigt les turpitudes de l’homme occidental contemporain en usant les ficelles de l’argumentation. C’est donc un portrait tout en nuances que l’auteur brosse avec un rire, une pensée profonde, une mise en perspective. »

Cathy Bonidan, Chambre 128 (La Martinière)

Chambre 128

Illustration signée Jeanne Pois-Fournier

L’avis de Zabouille :
« Après avoir lu ce livre, la prochaine fois que vous irez séjourner dans une chambre d’hôtel, vous penserez à cette histoire. Et en ouvrant le tiroir de votre table de chevet, peut-être vous amuserez-vous à espérer y trouver un manuscrit. Ce fut ainsi que débuta la quête fabuleuse d’Anne-Lise. A travers ce roman épistolaire, genre littéraire que j’affectionne, Cathy Bonidan lance son personnage principal dans une sacrée aventure. […] J’ai terminé ma lecture, enchantée, charmée par cette histoire et son intrigue. »

Jamey Bradbury, Sauvage (Gallmeister)

Sauvage

Illustration signée Andrey Spiry

L’avis de Kirzy :
« Fin fond de l’Alaska, Tracy, 17 ans, en colère, rebelle, renvoyée de son établissement scolaire pour s’être battue avec un camarade, mère décédée, un père qui tente de la canaliser en lui interdisant ce pour quoi elle vit : prendre soin de ses chiens de traîneau, faire du mushing, sortir dans les bois, chasser. Ce n’est pas seulement une envie d’être à l’extérieur, elle en a organiquement besoin. […] Entre thriller psychologique, conte initiatique avec une pointe de fantastique. Un incroyable roman, original, intense et hypnotique qui palpite encore une fois ses pages refermées. Une bombe ! »

Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

Délius

Illustration signée Cindy Canévet

L’avis de ileane :
« Le résumé de ce roman pourrait ressembler à une blague : un tueur en série, un botaniste, des fées et Arthur Conan Doyle entrent dans un bar… Personnellement, c’était plutôt pour m’attirer, et je peux dire que je n’ai pas été déçue, bien au contraire. […] Il y avait longtemps que je ne m’étais pas délectée autant d’une lecture, prise par surprise et entraînée dans cette aventure, je ne lâchai le livre qu’à contrecœur. Je ne saurais trop vous conseiller de sauter le pas et de vous laisser tenter par ce voyage, vous laisser guider par la prose de Sabrina Calvo. »

Mircea Cartarescu, Solénoïde (Noir sur Blanc)

Solénoïde

L’avis de EtienneF :
« Solénoïde est le journal des « anomalies » d’un homme dont l’existence n’est qu’un labyrinthe de souvenirs pour les uns vécus, pour les autres hallucinés, et enfin pour certains rêvés. […] Ce journal est une expérience de littérature comme il y en a peu. On rentre dans la tête d’un homme qui a décidé d’aller au bout de sa folie et, si le chemin peut paraître repoussant et difficile, il renverse toutes nos certitudes établies, nos frontières du réel. Dans la lignée de Kafka et de Proust, une langue exceptionnelle, instinctive, hallucinée : un auteur d’exception. »

Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

Nécropolitains

Illustration signée Aurélien Police

L’avis de Dup :
« J’ai adoré ce roman, englouti ces 700 pages avec avidité, oui, moi qui n’aime pas les zombies. Il faut dire qu’on a peu à faire avec eux. Ils sont là, ils sont une donne qu’on ne peut oublier car omniprésents de l’autre côté des barricades, mais hormis les trajets de Franck, tout le roman se passe loin d’eux. Et on se rend très vite compte que les plus grands dangers viennent de l’homme… »

Découvrez notre interview de Rodolphe Casso à propos de Nécropolitains

Fabrice Colin, La Bonne Aventure (Talents Hauts)

La Bonne Aventure

L’avis de Les_lectures_de_Sophie :
« La Bonne Aventure est un roman à l’univers très fort. Un roman d’ambiance qui met en scène deux personnages un peu perdus, très touchants, dans un Paris fantasmé. Tout au long de ma lecture, je n’ai souhaité que deux choses : que la vie d’Ondine et Pierre s’éclaire enfin, et ne pas quitter cet univers incroyable. Fabrice Colin a créé un écrin de rêve pour son histoire. Une aventure immersive à tenter. »

Bérengère Cournut, De pierre et d’os (Le Tripode)

De pierre et d'os

Illustration signée Juliette Maroni

L’avis de sandrine57 :
« Roman initiatique, écologique, poétique, onirique, ethnologique, chamanique mais aussi roman envoûtant, hypnotique, magnifique… De pierre et d’os est tout cela mais c’est aussi un voyage dans le Grand Nord, aux confins du monde, dans un paysage blanc et glacial et une totale immersion dans la culture inuit au côté d’une femme parmi les hommes et les esprits. C’est un monde cruel que nous présente Bérengère Cournut, où l’on tue pour ne pas être tué, où il faut lutter contre les éléments mais on y trouve aussi de la poésie dans la façon d’appréhender la nature, dans les chants et les rites. »

Christelle Dabos, La Passe-Miroir tome 4 : La Tempête des échos (Gallimard Jeunesse)

La Passe-Miroir La Tempête des échos

Illustration signée Laurent Gapaillard

L’avis de Latetedansleslivres :
« Si le premier tome me faisait beaucoup penser à plein d’univers déjà connus comme ceux des films d’animation de Miyazaki l’auteure a su totalement créer ses propres références et faire vivre un monde unique au fil des pages et des tomes. C’est le genre de saga qu’il faut lire et relire car chaque relecture est un enchantement et des moments qui passent inaperçus au premier abord prennent ensuite un nouveau sens. »

Carys Davies, West (Seuil)

west

L’avis de liberliber :
« Roman qu’on pourrait rapprocher du genre « nature writing », West est un joli livre sur la liberté, le sens de la vie, la réalisation de soi… A la manière d’un conte, le récit de Carys Davies évoque un magnifique amour entre une fille, formidable et courageuse Bess, et un père. L’enfant puise sa force dans l’espoir du retour de Bellman, trompant l’attente en inventant des rituels qui seraient autant d’heureux présages. C’est juste, sensible et émouvant.

Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

Ceux que je suis

L’avis de SophieLesBasBleus :
« Pudeur et délicatesse caractérisent ce récit écrit tout simplement, tout joliment, sans aucune affectation, et j’ai beaucoup apprécié cette manière subtile et légère d’aborder un sujet grave. Car, l’air de rien, le roman d’Olivier Dorchamps soulève des vagues d’interrogations essentielles et y répond avec générosité et humanisme. Certes, il y est question d’exil, de nationalité et d’intégration, mais Ceux que je suis sonde les répercussions individuelles et familiales de ces questions incessamment posées par l’actualité, dramatisées par les médias. En privilégiant la simplicité et la clarté de la narration et de l’écriture pour traiter le thème inextricablement complexe de l’identité, l’auteur parvient à nous émouvoir, mais surtout il réussit à nous faire appréhender l’irréductible paradoxe de l’unicité d’un être malgré (grâce à ?) l’hétérogénéité des éléments qui le composent et des histoires dont il hérite. Un roman plein d’humanité et de douceur dont la lecture m’a procuré un grand plaisir. »

Découvrez notre interview d’Olivier Dorchamps à propos de Ceux que je suis

Laura Fernandez, Connerland (Actes Sud)

connerland

Illustration signée Léa Chassagne

L’avis de Shan-Ze :
« Voss van Conner, un écrivain de science-fiction, est mort alors qu’il utilisait son sèche-cheveux dans sa salle de bains. Tel est le point de départ de ce roman complètement farfelu. […] C’est ce genre d’histoire que j’aime lire, comme dans Bienvenue à Rovaniemi, où les personnages sont nombreux et avec une intrigue tout de même prenante. Il faut un certain talent pour cela. Connerland est un hommage à Kurt Vonnegut et Philip K. Dick, écrivains américains de science-fiction très connus. »

Jon McGregor, Réservoir 13 (Christian Bourgois)

Réservoir 13

Illustration signée Daniel Horowitz

L’avis de LePamplemousse :
« Une jeune fille disparaît dès le début du roman, et son souvenir, telle une odeur légère mais tenace, va imprégner tout le roman, malgré de vaines recherches. […] Avec une écriture simple mais puissante, l’auteur nous décrit la vie de tout un village, nos vies, faites de tout petits riens, à la fois complètement insignifiantes mais tellement fragiles et précieuses. Je me suis laissée entraîner dans cette litanie lancinante qui égrène les jours, qui décrit le cycle de la nature, qui nous révèle les failles et les espoirs de chacun, qui nous montre ce que peut être la joie mais aussi la douleur, le chagrin tout autant que le désir. Un roman que j’ai dégusté en prenant mon temps pour mieux le savourer. »

Patrick McSpare, Totem Tom : Necropolis (Gulf Stream)

Totem Tom Nécropolis

Illustration signée Marie Bergeron

L’avis de verauxinelle :
« Tom, ado vivant à Londres, se retrouve sur une terre ravagée et désolée. Cauchemar…ou réalité ? Paysage apocalyptique, cavaliers noirs, le mystérieux Styx et sa bande armée jusqu’au dents, un monstre terrifiant… à qui se fier ? […] Il s’agit cette fois du premier tome d’une trilogie dark fantasy urbaine dystopique (rien que ça 😛). Une quête de liberté contre un pouvoir maléfique, entre guérilla et mythologie celtique… L’univers est très riche (et j’espère le découvrir plus en profondeur dans le tome 2…), et très hostile, très fantasy, avec je trouve un petit côté Mad Max très sympa. Efficace et toujours à 100 à l’heure, on ne souffle pas une seconde ! »

Valérie Nimal, Nous ne sommes pas de mauvaises filles (Anne Carrière)

nous ne sommes pas de mauvaies filles

L’avis de audeLOUISETROSSAT :
« Un livre sur les relations mères/filles si difficiles, qui peuvent être si destructrices. J’ai beaucoup aimé la plume de Valérie Nimal, elle est juste, pleine d’émotion, fluide et tellement triste par moment. Comment une mère peut à ce point délaisser ses enfants ? Comment se construire avec une mère qui ne pense qu’à elle ? Pour se rendre compte qu’au final elles ne sont pas de mauvaises filles et arriver à pardonner. Un livre sur la résilience, plein de réalisme, percutant et bouleversant. »

Ada Palmer, Terra Ignota, tome 1 : Trop semblable à l’éclair (Le Bélial’)

Trop semblable à l'éclair

Illustration signée Victor Mosquera

L’avis de JustAWord :
« En l’état, Trop semblable à l’éclair est une promesse. Pensé comme le premier opus d’un dyptique (qu’il forme avec Sept redditions), le roman pose une myriade de questions, donne quelques pistes au lecteur… mais laisse tout le reste en suspens. Ada Palmer se doit donc de tenir toutes ses promesses avec la suite pour que son récit soit pleinement convaincant. Pourtant, inutile de tergiverser, ce premier opus de la série Terra Ignota est un coup de génie au worldbuilding fabuleux, à l’érudition vertigineuse et à l’audace de tous les instants. Une entrée en matière éblouissante. »

Sylvia Plath, Mary Ventura et le neuvième royaume (La Table Ronde)

Mary Ventura

Illustration signée Cheeri

L’avis de lecottageauxlivresFanny :
« Sylvia Plath qualifiait cette nouvelle de « vague conte symbolique ». Ce récit qui semble tout d’abord assez léger se complexifie au fil des pages pour s’enrichir d’une lecture symbolique. Ce voyage en train d’une jeune fille devient la métaphore de diverses interprétations. Mary Ventura et le neuvième royaume est une nouvelle captivante dont la chute est inattendue. Le lecteur trouve déjà en germe les qualités et la complexité de La Cloche de détresse. La plume de Sylvia Plath ne laisse pas le lecteur au repos, il retient son souffle et lit d’une traite ce récit. Mary Ventura et le neuvième royaume est une très belle lecture pour les amoureux de Sylvia Plath et pour ceux qui voudraient la découvrir. »

Branimir Scepanovic, La Bouche pleine de terre (Tusitala)

La Bouche pleine de terre

Illustration signée Bruno Tolić

L’avis de AugustineBarthelemy :
« Avec La Bouche pleine de terre, Branimir Šćepanović propose un texte puissant et inquiétant, entre le roman allégorique et la fable, sur le rapport entre l’individu et la collectivité. Dans une écriture implacable de simplicité, il décrit l’effrayant mécanisme de haine qui se met en place entre « Il » et « Nous », une foule rendue hystérique sur un simple malentendu et qui, même consciente de l’absurdité de la tâche, n’arrive pas à surmonter sa déraison et poursuit sa traque. Au plus près des personnages grâce à la double narration qui alterne les points de vue, le récit nous dévoile toute la complexité de l’âme humaine. Seul face à lui-même, l’individu s’approche alors dangereusement de la vérité de son être. »

Diane Schmidt, L’Autre Chambre (Envolume)

L'Autre Chambre

Illustration signée Diane Schmidt

L’avis de paroles :
« Voilà un court roman inclassable, une écriture poétique et violente, des phrases lancées comme des flèches piquantes et acérées. Deux personnages de femmes aux destins douloureux, mal dans leur peau, luttant pour leur survie. C’est formidablement triste et bien écrit ! C’est un roman très court et très pudique malgré le sujet abordé, le désir ou son absence et sa place dans nos vies. C’est un texte que j’ai lu puis relu à voix haute pour mieux ressentir les douleurs partagées. L’absence de désir pour l’une (Marine) mais l’envie de vivre malgré tout qui est là, différente certes mais tellement présente et douloureuse, et encore plus après l’avoir connue. Et pour la plus jeune (Ondine), l’envie d’être aimée et d’aimer malgré les coups portés à l’âme et au corps par sa famille d’abord et par son amant ensuite qui l’a placée comme danseuse dans un night-club. »

Allan Stratton, La Maison des oiseaux (Milan)

La Maison des oiseaux

L’avis de Lire-une-passion :
« C’est un roman qui a su me toucher par la justesse de ses mots, par ses messages et par l’amour qu’il véhicule. C’est une histoire belle, touchante, qui m’a autant bouleversée qu’ému. Un roman que je conseille à tous de découvrir. Pour le combat que mène cette adolescente pour ne pas voir sa grand-mère dépérir dans une maison de retraite et pour comprendre ce que peut vivre une personne âgée quand tout le monde (ou presque) est contre elle. Lisez-le. »

Tade Thompson, Rosewater Insurrection (Nouveaux Millénaires)

Rose Water Insurrection

Illustration signée Ernst Haeckel

L’avis de SagnesSy :
« Ce deuxième volet de la trilogie Rosewater est encore meilleur que le premier (si tant est que cela soit possible) et une fois la dernière page tournée on se voit en train d’écumer le net pour connaître la date de parution de la suite (pas trouvé), tout en se réjouissant de l’idée de pouvoir se replonger un jour dans cet univers extrêmement captivant. […] Sur un rythme vif et nerveux, on passe d’un protagoniste à un autre et on ne trouve tout simplement pas de bon moment pour faire une pause. On veut la suite, tout le temps, les pages s’ajoutent les unes aux autres et quand on relève le nez, des heures se sont enfuies sans qu’on les aie senties. C’est tellement rare ! Une SF comme je les aime. »

Stuart Turton, Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle (Sonatine)

Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle

L’avis de Sosoominouxxx :
« Atypique et passionnant. Si ce premier roman de Stuart Turton répond à ces deux adjectifs, ils sont loin de suffire à le définir. Commençons par les ingrédients : une sinistre demeure laissée à l’abandon où doit se tenir un bal, une famille pleine de secrets, des invités tous plus étranges les uns que les autres, une pièce de jeu d’échecs, un médecin de peste énigmatique, un valet de pied effrayant, et des trahisons échafaudées derrière chaque porte. Ajoutez-y un meurtre qui n’a pas encore eu lieu, des disparitions inquiétantes, une météo effroyable, une forêt inquiétante… et une journée qui n’en finit pas. Ou, pour être plus exacte, qui ne cesse de recommencer… Et vous obtenez l’ovni littéraire que l’auteur nous offre. […] Ce n’est pas seulement un premier roman époustouflant, c’est une oeuvre qui pourrait devenir un classique du genre. À lire absolument et à garder précieusement, comme l’objet livre qui le renferme. »

C’est tout pour cette année ! Et en attendant le top des couvertures de livres 2020, n’hésitez pas à partager vos coups de cœur graphiques en commentaire…

Où l’on vous présente les 19 livres les plus populaires de l’année 2019

Quels ont été les livres francophones les plus populaires de l’année 2019 ?

Comme chaque année, nous vous proposons de découvrir, à l’approche de la période des fêtes, les livres les plus populaires de l’année sur Babelio. L’occasion rêvée de dresser un tableau des tendances littéraires de l’année 2019 mais aussi de préparer sa liste de cadeaux de Noël.

Attention, cette année nous n’avons pris en compte que les ouvrages francophones, ultra majoritaires dans nos classements annuels. Nous vous proposerons, spoiler alert, d’autres classements dans les semaines et mois à venir  !

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L’Imaginaire frappe à la porte

On regrettait, l’année dernière, l’absence remarquée de la science-fiction, du fantastique ou de la fantasy, genres pourtant omniprésents au cinéma, dans les séries télé ou dans les jeux vidéo. Il y a du mieux cette année grâce à deux auteurs extrêmement appréciés des lecteurs : Mathias Malzieu d’un côté, auteur d’une oeuvre onirique prête à enchanter les lecteurs et Alain Damasio de l’autre, étoile du Nord de la science-fiction à la française, c’est à dire engagée et foisonnante.

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On espère que ce n’est là que la première vague d’un raz-de-marée à venir et que les littératures de l’imaginaire vont de nouveau s’installer en force dans nos classements futurs.

Le prix Babelio aux premières places 

Résultat de recherche d'images pour "babelio prix"Immense fierté pour l’équipe de Babelio mais aussi, on l’espère ses milliers de membres,  les livres lauréats de notre (premier) prix Babelio occupent les premières places de notre classement !

Franck Bouysse, dont on suspectait l’immense succès dès la sortie de son livre – qui fut d’ailleurs accompagnée d’un entretien, et Olivier Norek qui n’en finit plus de gagner des médailles dans la compétition pourtant de plus en plus féroce du polar, occupent respectivement les deux premières places de notre classement.

Ces deux premières places témoignent quoi qu’il en soit de la place majeure qu’occupent ces deux auteurs aujourd’hui dans le paysage littéraire français.

La diversité de la littérature française et francophone

img_9792.jpgSi le polar et l’imaginaire sont présents cette année, il serait difficile de ne pas saluer l’incroyable diversité de la littérature dite « blanche ».

De Joseph Ponthus, qui ouvre notre classement avec un premier roman que personne n’attendait à Delphine de Vigan, auteure régulièrement présente dans nos classement, la littérature aussi qualifiée de « générale » ne s’est jamais aussi bien portée et n’a jamais semblé aussi diversifiée. Usines, vies (pas si) privées des écrivains, paradis naturels autoproclamés, chemins de croix, asiles de fous (et de folles), palais de la femme, ou encore cabinets d’orthophonistes, les auteurs ont cette année multiplié les territoires littéraires.

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Pour information, nous entendons par “livres les plus populaires” ceux qui ont le plus été ajoutés dans les bibliothèques de nos membres. Comme toujours, n’hésitez pas à commenter l’article et nous faire part des ouvrages qui auraient dû, selon vous, y figurer.

19. À la ligne : Feuillets d’usine de Joseph Ponthus

À la ligne : Feuillets d'usine par PonthusSi certains libraires perspicaces avaient anticipé le coup, le premier roman de Joseph Ponthus a été l’une des premières surprises de l’année. Publié le 3 janvier 2019 aux éditions de La Table Ronde, A la ligne a enthousiasmé les lecteurs mais aussi la presse et les jurés des différents prix littéraires. Tous ont été aussi bien séduits par le fond, l’histoire d’un ouvrier aux gestes quotidiens forcéments répétitifs, que par la forme qui traduit justement cette répétition aliénante des gestes par un jeu original sur la syntaxe et la ponctuation.

C’est pour Kirzy, “un livre qui secoue, et pas uniquement parce qu’il chamboule la syntaxe habituelle, aucune ponctuation, des retours à la ligne comme dans une poésie, des vers libres sans rime”, un avis partagé par les lecteurs puisque la moyenne du livre grimpe à 4,31/5. “Ce roman comporte autant de portes d’entrée que de retours de lectrices et de lecteurs”, nous avait confié l’auteur dans un entretien sur Babelio : “ouvriers, psychanalystes, poètes, chômeurs, professeurs, autres. Tous sont lecteurs et y raccrochent leur sensibilité. Ce livre ne m’appartient plus et c’est une dépossession bienheureuse”.

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  1. Une sirène à Paris de Mathias Malzieu 

Une sirène à Paris par MalzieuPremier lauréat du prix Babelio dans la catégorie Imaginaire, Mathias Malzieu a réussi une nouvelle fois à laisser filtrer quelques rayons de sa débordante imagination à travers l’écriture.

Après les succès de ses précédents romans comme La Mécanique du coeur ou Le Plus Petit Baiser jamais recensé, Une sirène à Paris, publié chez Albin Michel apporte une nouvelle pierre littéraire à une oeuvre pourtant largement protéiforme. Ecrivain mais aussi chanteur et compositeur pour le groupe Dionysos, mais aussi réalisateur, Mathias Malzieu est du genre à s’immerger profondément et totalement dans un océan créatif pour y trouver matière : “Je prends tout à bras le cœur avec appétit et passion, nous avait-il déclaré : “A partir du moment où je suis tombé amoureux d’une idée, je suis comme le pêcheur qui ferre son poisson. En l’occurrence, c’est une sirène qui gigotait dans ma tête. Je n’ai pas lâché. J’ai vécu en immersion avec cette sirène 24h sur 24.”

Les lecteurs ont une nouvelle fois été sous le charme de son écriture, telle Janessane : “Lire un ouvrage de Mathias Malzieu, c’est aussi ça : accepter de se laisser transporter et vivre une belle histoire, hors normes et loin de toutes les certitudes justement. C’est surtout accepter et reconnaître que la vie nous réserve bien des surprises”.

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  1. Les Choses humaines de Karine Tuil

Les choses humaines par TuilEn auscultant la société française de l’après #metoo, Karine Tuil ne comptait peut-être pas se faire des amis. C’est en effet sans prendre parti que l’auteure a choisi, dans son roman Les Choses humaines (Gallimard), de parler d’un homme à la carrière brillante subitement accusé de viol… Cette absence de position et de jugement est un tour de force pour hcdahlem  : “Karine Tuil décrit avec précision les étapes, de l’incarcération au procès, et met en parallèle les deux versions qui s’opposent, sans prendre parti. Ce qui donne encore davantage de force au roman. Comme le rappelle le juge aux jurés, «Il n’y a pas une seule vérité. On peut assister à la même scène, voir la même chose et l’interpréter de manière différente”. »

Si la plume de Karine Tuil est appréciée depuis longtemps ce sont peut-être à la fois cet angle et cette réflexion sur un sujet majeur de notre temps qui ont doublement séduit les jurés cette année. Le livre a en effet remporté le prix Interallié mais également le Goncourt des Lycéens.

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  1. Deux sœurs de David Foenkinos

Deux soeurs par FoenkinosLargement habitué de nos classements annuels, David Foenkinos est revenu en force cette année avec un roman dans lequel il est question de douloureuses ruptures amoureuses. Thriller psychologique à l’humour noir et aux coups de théâtre réguliers, Deux soeurs (Gallimard) avait de quoi surprendre nombre de ses lecteurs. Ils ont cependant été au rendez-vous, en témoigne la place du livre dans notre classement.

Le propos a notamment séduit Jeunejane : “L’analyse de la chute psychologique de Mathilde est absolument bien décrite, bien analysée par David Foenkinos avec des mots très précis, une écriture très abordable, un style qui fait mouche.”

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  1. Une bête au Paradis de Cécile Coulon 

Une bête au paradis par CoulonTrès attendu par ses lecteurs, de plus en plus nombreux, le nouveau roman de Cécile Coulon publié chez L’Iconoclaste a su créer l’événement. Située dans une ferme isolée appelée le Paradis, l’action de son livre Une bête au Paradis avait de quoi titiller l’imagination des lecteurs et leur proposer un récit à plusieurs lectures où il est aussi bien question de terre nourricière que de vengeances sanglantes.

Une interprétation multiple qui a impressionné les lecteurs tels que JustaWord : “Une bête au Paradis tord le cou au banal pour en tirer un drame et des histoires tout sauf ordinaires, sublimés par l’écriture divine d’une Cécile Coulon qui semble bel et bien toucher le Paradis du doigt (et de la plume).”

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  1. Une évidence d’Agnès Martin-Lugand

Une évidence par Martin-LugandUne évidence, la présence d’Agnès Martin Lugand dans notre classement annuel ? L’auteure aux plus de 3 millions d’exemplaires vendus était déjà présente dans plusieurs de nos classements antérieurs : À la lumière du petit matin figurait dans notre classement 2018 et  Désolée, je suis attendue dans celui de 2017. Alors oui, voir le dernier livre d’Agnès Martin-Lugand publié chez Michel Lafon dans notre classement 2019 a tout d’une évidence. D’ailleurs avec une moyenne de 4 sur 5, Une évidence a séduit les lecteurs autour d’une question qui hante Reine, le personnage principal : “Faut-il se délivrer du passé pour écrire l’avenir ?”  


C’est un nouveau roman réussi pour besath qui y a trouvé tous les éléments qu’elle attendait : “Au-delà de ces personnages tous plus attachants les uns que les autres, nous sommes amenés à nous interroger sur les notions de culpabilité, d’amour filial, d’Amour avec un grand A à l’adolescence puis à toutes les étapes de la vie.”


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  1. Les Victorieuses de Laetitia Colombani

Les victorieuses par ColombaniAprès avoir enchanté ses lecteurs avec La Tresse en 2017, Laetitia Colombani revient cette année avec Les Victorieuses (Grasset) qui confirme le succès fulgurant de cette nouvelle auteure phare du paysage littéraire francophone. Deux femmes, deux époques, deux parcours marqués par l’entraide et la solidarité : Blanche Peyron, fondatrice du Palais de la Femme au début du XXe siècle et Solène, de nos jours, qui à la suite d’un burn-out décide de faire du volontariat auprès de femmes en difficulté. 

Un roman bouleversant selon isabelleisapure, lectrice Babelio : “Les Victorieuses parle de femmes d’hier et d’aujourd’hui. Des femmes qui se battent pour leur vie et d’autres qui donnent leur vie pour les aider. […] Un roman où se mêlent petite et grande histoire, solidarité, échec et réussite. Un roman contemporain qui nous apprend ou nous rappelle le combat de certains. Malgré la dureté du sujet, Lætitia Colombani réussit à nous livrer un roman lumineux et plein d’espoir.”

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12. Soif d’Amélie Nothomb

Soif par NothombAttendue chaque année comme le messie de la rentrée littéraire, la cuvée 2019 d’Amélie Nothomb nous fait justement entrer dans le corps et les pensée du Christ. C’est sur son chemin de croix que plonge directement le lecteur dans Soif (Albin Michel). Le Christ se confie sur sa vision du monde, à la première personne. Un choix audacieux qui a surpris certain des fidèles de l’auteure belge mais qui lui a valu d’être parmi les finalistes du prix Goncourt

Un pari risqué mais réussi pour Celinesolveig : “Personnellement pour moi c’est un pari gagnant, j’ai adoré. Je m’en suis délecté. Non seulement il y a la lecture du livre mais aussi la deuxième lecture, plus profonde, qui se lit entre les lignes, et qui explique le titre… « pour éprouver la soif il faut être vivant ».”

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  1. Quand nos souvenirs viendront danser de Virginie Grimaldi

Quand nos souvenirs viendront danser par GrimaldiFaisant partie des dix romanciers français les plus lus en 2018, Virginie Grimaldi revient en 2019 avec son nouveau livre Quand nos souvenirs viendront danser (Fayard), qui vous a beaucoup plu et vient se glisser à la 11e place de notre classement. Il faut dire que certains lecteurs de Babelio ont eu la chance de rencontrer l’auteur pour un moment privilégié.

Le livre raconte l’histoire de Marceline, Anatole, Gustave, Joséphine, Marius et Rosalie, sur le point d’être délogés de l’impasse dans laquelle ils vivent depuis 63 ans. 

Un beau texte sur l’amitié, la solidarité et rempli d’émotion selon Saiwhisper, lectrice Babelio : “On a là un beau récit mettant en avant la solidarité, les relations intergénérationnelles, la maladie, la famille et le cycle de la vie. Le résultat est très sympathique ! La joyeuse bande d’« Octogéniaux » va me manquer. Je vous recommande ce livre si vous cherchez une lecture divertissante et touchante.”

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  1. J’ai dû rêver trop fort de Michel Bussi

J'ai dû rêver trop fort par BussiMichel Bussi est un auteur français très prolifique qui nous propose année après année des romans passionnants et surprenants avec des twists finaux qui laissent sans voix. Cette année avec J’ai dû rêver trop fort (Les Presses de la Cité), Michel Bussi signe une grande histoire d’amour aux accents de roman policier. Entre amour de jeunesse et coïncidences mystérieuses, embarquez pour un voyage aux quatre coins du monde entre Montréal, San Diego, Barcelone et Jakarta. 

Les lecteurs comme JIEMDE sont heureux de retrouver l’auteur pour un roman qui fait voyager : “Comme d’habitude, c’est rythmé, remarquablement documenté et sans abus de twists faciles et répétés. On y retrouve la patte Bussi, qui au-delà de l’intrigue, soigne sa géographie et distille çà et là de nombreuses références passionnées à la chanson, au cinéma ou à la littérature. Et puis il y a l’amour, omniprésent, prétexte à quelques réflexions profondes sur l’unicité amoureuse et la passion.”

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  1. Les Furtifs d’Alain Damasio 

Les Furtifs par DamasioVous le connaissez sûrement grâce à son chef-d’oeuvre La Horde du contrevent, Alain Damasio, maître français de la science-fiction, revient cette année avec Les Furtifs (La Volte). L’auteur nous subjugue une fois de plus par son univers dystopique et la richesse du vocabulaire et diverses inventions typographiques dont il a le secret. Quant à l’histoire, Alain Damasio propose un roman d’anticipation où un père part à la recherche de sa fille disparue. 

Une histoire qui a beaucoup plu aux lecteurs Babelio : “Avec cette écriture de haut vol qu’on lui connaît, l’auteur nous offre le loisir de rêver tout en réfléchissant à notre société. […] J’ai découvert dans ce roman une histoire touchante qui nous parle aussi bien de famille et d’amour, que de politique et d’engagement. Une histoire de vitesse et de mouvement bouleversante. Un roman qui prend aux tripes.” (missalyss)

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  1. Luca de Franck Thilliez

Luca par ThilliezUne envie de polar ? Embarquez dans un roman policier sombre et technologique avec Luca le dernier roman de Franck Thilliez publié chez Fleuve. Les deux enquêteurs fétiches de l’auteur, Franck Sharko et Lucie Henebelle, sont toujours au rendez-vous pour une enquête glaçante autour des thèmes très actuels de l’intelligence artificielle, du transhumanisme et du futur de l’humanité. Tout un programme pour un roman qui a déjà séduit de très nombreux lecteurs et qui confirme la place de Franck Thilliez comme auteur incontournable du polar. 

Comme Frederic524, préparez-vous à une lecture addictive : “C’est prodigieux de voir avec quel plaisir Thilliez nous mène en bateau. Brouillant les pistes, on suit avec un plaisir de lecture total les circonvolutions de son esprit qui crée là encore une histoire sans temps mort et qui nous emmène très loin dans une réflexion sur le devenir de l’homme. Les questions éthiques sont au coeur de ce livre qui manie des sujets complexes sans que l’on ne soit jamais perdu dans les méandres de ce pavé de 550 pages.”

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  1. Le Bal des folles de Victoria Mas

Le bal des folles par MasCarton plein pour la primo-romancière Victoria Mas, qui avec Le Bal des folles (Albin Michel), signe un roman puissant ayant reçu un très bel accueil en librairie. Direction l’hôpital de la Salpêtrière à Paris au XIXe siècle où les médecins (avec la figure emblématique du Professeur Charcot) se livrent à des expérimentations sur la psychiatrie féminine. Le récit se concentre sur le récit de ces femmes injustement internées victimes de pratiques médicales plus que douteuses. 

Récompensé par le prix Renaudot des lycéens, Le Bal des folles est également un grand coup de coeur chez les lecteurs, qui comme Canetille, louent la qualité de l’écriture et des thèmes abordés : “Entre condition féminine, perception de la folie par contraste avec une certaine idée de la conformité sociale, expérimentation médicale et dignité humaine, abus de pouvoir sur personnes assujetties, Victoria Mas a choisi une thématique historique qui ne peut laisser indifférent. La curiosité du lecteur se retrouve par ailleurs aiguillonnée par la tension maintenue tout au long du récit, qui, porté par une écriture agréable et fluide, coule jusqu’à son dénouement sans que jamais ne fléchisse le plaisir de lecture.”

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  1. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon par DuboisHeureux lauréat du prix Goncourt 2019, Jean-Paul Dubois se fait une place de choix dans notre classement des livres les plus populaires de l’année. Habile mélange d’humour noir, de bienveillance et de philosophie, l’auteur dépeint dans Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (Editions de l’Olivier) un personnage malchanceux incarcéré dans une prison au Canada s’occupant à faire un point sur sa vie. Un roman qui a séduit autant les aficionados de l’oeuvre de Jean-Paul Dubois que les nouveaux lecteurs découvrant une écriture fluide et un sens du récit certain.

Latina, lectrice Babelio, est conquise : “Vraiment, je recommande la lecture de ce roman, pour la bienveillance dont Paul Hansen fait preuve, bienveillance qu’il tient de son père pasteur, malgré la vie qui n’est pas facile et les coups du sort. Pour l’humour. Pour la vivacité d’esprit et les références littéraires que tout le monde connait et qui nous font sourire. Pour l’amour. Pour cette connaissance sans concession des êtres humains, qui n’habitent pas le monde de la même façon, évidemment.”

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  1. La Vie secrète des écrivains de Guillaume Musso

La vie secrète des écrivains par MussoVoilà un autre grand habitué du Top de fin d’année Babelio. Et pour cause : depuis 2004, Guillaume Musso sort avec une régularité métronomique un livre par an, d’abord chez XO Editions, et depuis 2018 chez Calmann-Lévy. Et puisque son lectorat est fidèle et enthousiaste, en plus d’être bien représenté sur Babelio, on le retrouve chaque année dans ce bilan des livres plébiscités par les Babelionautes, depuis le premier classement de ce type en 2012. En 2014, il prenait même la tête du classement avec Central Park.

Classé 5e en 2019, il totalise une moyenne de 3,68/5 pour 646 notes avec son petit dernier, La Vie secrète des écrivains. Un roman dans lequel les éléments autobiographiques et fictionnels s’entremêlent : un célèbre écrivain, Nathan Fawles, annonce qu’il arrête d’écrire et se retire sur une île sauvage sublime au large des côtes de la Méditerranée. Vingt ans plus tard, une jeune journaliste débarque sur l’île, bien déterminée à percer son secret. Pour Hippocampelephantocamelos, “Guillaume Musso réussit une jolie mise en abyme. Un roman dans un roman, entrecoupé de réflexions sur le métier d’écrivain. Les personnages prennent tant de place dans votre esprit, que vous aurez envie d’en découvrir plus sur ce Nathan Fawles…”

La plupart des lecteurs ayant apprécié ce livre soulignent au passage la complexité de l’intrigue, et son caractère addictif (dont l’auteur est coutumier) : une fois commencé, impossible de le lâcher. Pas étonnant avec tout ça que Guillaume Musso domine les ventes de livres en France depuis 7 ans, avec 1 617 000 exemplaires vendus rien que pour l’année 2018. Mais qui détrônera le roi ?

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  1. Sérotonine de Michel Houellebecq

Sérotonine par HouellebecqLe football français a son classico (l’incontournable match entre PSG et Marseille), la musique son nouvel album de Beyoncé, et la littérature sa livraison épisodique d’un nouveau roman de Michel Houellebecq – 7 romans en 25 ans pour le moment. Comme à chaque fois, le monde des lettres a tressailli, fulminé, plaisanté et fait pas mal de plans sur la comète en attendant Sérotonine (Flammarion). Deux médias, sans doute trop fiévreux, n’ont d’ailleurs pas réussi à respecter l’embargo sur le contenu du livre, demandé “très solennellement” par l’éditeur aux journalistes. Bref, rien de bien exceptionnel pour la parution d’un livre du plus clivant des auteurs français contemporains.

Mais au fait, qu’a-t-il dans le ventre, ce dernier Houellebecq ? Pour la Babelionaute AgatheDumaurier, c’est un roman très ancré dans le présent et incroyablement lucide : “Un arrêt sur image d’une civilisation en crise, une pierre en plus dans le mausolée de granit gris que Houellebecq construit peu à peu pour notre époque, l’Occident post-apocalyptique des désastres mondiaux du XXe siècle, où nous avons perdu notre âme.” Pour jbicrel, le son de cloche est bien différent : “J’ai lu à peu près la moitié avec obstination pour ne pas refermer trop tôt mais j’abandonne. Le bovarysme au masculin teinté de provocation, de misogynie, d’homophobie même si ça veut passer pour de l’humour, je n’en peux plus. C’est à croire que l’auteur publie ce livre car son éditeur le presse de produire quelque chose.” 

On dirait bien qu’entre les pro- et les anti-, ceux qui supportent l’humour parfois limite de l’écrivain et ceux qui n’en peuvent plus des portraits de dépressifs, le fossé ne sera jamais comblé. Sérotonine reste pourtant globalement un “événement littéraire” et un livre fort apprécié des Babelionautes, qui se retrouve donc logiquement parmi les premiers titres de notre classement 2019.

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  1. Les Gratitudes de Delphine de Vigan

Les gratitudes par ViganDifficile de savoir combien de larmes auront été versées à la lecture de ce nouveau roman de Delphine de Vigan. On sait en revanche que la note moyenne de ce livre est l’une des plus élevées de l’année sur Babelio : 3,94 sur 5, pour près de 1000 notes. Et pour cause, voici ce qu’en dit Fandol : “Après Rien ne s’oppose à la nuit, D’après une histoire vraie et Les Loyautés (lire notre interview ici à propos de ce livre), j’ai aimé lire Les Gratitudes, aimé être dérangé, bouleversé, ému, attendri par ces choses de la vie devant lesquelles nous passons trop souvent sans faire attention.”

Car l’un des grands talents de Delphine de Vigan, c’est certainement de nous faire réinvestir nos émotions, nous amener à comprendre ce qui fait de nous des êtres humains, et pointer du doigt les errements de nos vies. Michka, cette petite vieille qui souffre d’aphasie mais ne se laisse pas abattre, c’est nous. Ses anges-gardiens, Marie sa voisine et Jérôme l’orthophoniste, c’est encore nous. Les Gratitudes (JC Lattès) est sans doute de ces livres qui aident à mieux vivre, et prouve s’il le fallait encore que la littérature reste largement en prise avec le réel, et la lecture une forme d’humanisme solitaire.

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  1. Surface d’Olivier Norek

Surface par NorekVoilà un livre qui était certainement l’un des plus attendus des amateurs de polars – mais pas seulement – cette année. Arrivé sur les tables des librairies au mois d’avril, Surface (Michel Lafon) s’est en effet vite imposé comme un succès de librairie. Il faut dire que depuis Entre deux mondes en 2017 (lire notre interview ici à propos de ce livre), la carrière littéraire d’Olivier Norek a pris une autre tournure, et qu’il fait aujourd’hui figure de plume incontournable parmi les flics/écrivains français (dont Danielle Thiéry, Hervé Jourdain ou encore Laurent Guillaume). A croire que délaisser le capitaine Coste, héros de sa trilogie Code 93TerritoiresSurtensions, a finalement plutôt réussi à l’ex. lieutenant de Police Judiciaire en Seine-Saint-Denis.

Dans Surface, on suit la capitaine Noémie Chastain, mise à l’écart par sa hiérarchie après une intervention lors de laquelle elle a pris une balle en pleine tête. Paris ne veut plus d’elle, alors on l’envoie “se mettre au vert” dans l’Aveyron. Mais voilà, Chastain est une dure à cuire, et trouve bien vite un cold case à se mettre sous la dent. Un scénario simple et efficace, pour un livre que de nombreux Babelionautes n’ont pas pu lâcher avant d’en avoir lu le dernier mot. En plus de recevoir le Prix Babelio Polar et Thriller en 2019, l’auteur s’est vu décerner le Prix des Maisons de la Presse et le Prix Relay des Lecteurs pour Surface.

Plus que jamais célébré, plus que jamais attendu pour son prochain livre, Olivier Norek s’impose définitivement comme l’un des porte-étendards du polar réaliste à la française. Et pourtant, une question subsiste : reverra-t-on un jour le capitaine Coste à l’oeuvre ?

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1. Né d’aucune femme de Franck Bouysse
Né d’aucune femme par BouysseEt si 2019 était l’année Franck Bouysse, côté littérature ? En plus d’être le livre préféré des Babelionautes cette année, il a reçu durant ces 12 mois une palanquée de prix prestigieux, à commencer par le premier Prix Babelio, catégorie littérature française – mais aussi le Grand Prix des lectrices du magazine Elle ou le Prix des Libraires. Une chose est sûre : Né d’aucune femme, publié par La Manufacture de livres, l’aura révélé à un lectorat bien plus étendu avec une histoire pourtant très dure. Celle de Rose, jeune femme vendue par son père au notable de son village, dont on découvre le destin à travers les carnets qu’elle écrit, mais aussi le récit qu’en font d’autres personnages comme son père, son enfant, ou encore le Père Gabriel. 

Un roman choral et différent styles d’écriture donc, pour explorer une fois de plus les obsessions de l’auteur : “Je pense que pour ceux qui ont déjà lu Né d`aucune femme, l`incarnation parmi mes personnages de l’ogre et de la sorcière est assez évidente. Jamais je n’avais poussé ce thème aussi loin et je crois que je suis arrivé à une limite extrême. Il s’agissait en effet de parler de la lutte contre le mal, qui pourrait être aussi comme je l’ai découvert dans ce roman une lutte de la féminité contre le mâle”, comme il nous le confiait plus tôt dans l’année dans une interview à retrouver sur Babelio.

Né d’aucune femme est aussi et peut-être avant tout l’histoire d’une femme qui va utiliser l’écriture pour lutter contre l’oubli et, simplement, exister. Un livre sur le pouvoir de la littérature. Un roman presque méta-littéraire finalement, dont on comprend dès lors aisément pourquoi il a plu à autant de lecteurs passionnés (plus de 100 000 exemplaires du grand format vendus depuis janvier), qui n’oublieront probablement pas Rose de sitôt.

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Quels livres manquent à l’appel selon vous ? Quels auteurs mériteraient d’y figurer ? (ou d’en sortir 🙂 ? )

Quand Babelio rencontre les éditions Akata

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Si le manga souffre encore d’un manque de légitimité en France – malgré un nombre de lecteurs toujours plus conséquent -, certains acteurs n’hésitent pas à prendre des risques et proposer des parutions sur des sujets de société ultra-contemporains, à la manière japonaise. Akata est de ces éditeurs qui, comme le précise l’éditeur/directeur de collection Bruno Pham, « aime[nt] beaucoup publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies » ». Et ça réussit visiblement bien à cette maison d’édition devenue indépendante en 2013.

Alors qu’Akata s’est lancé depuis quelques mois dans l’édition de romans à travers deux collections, nous avons voulu en savoir plus sur ce secteur et ses enjeux, en interviewant Bruno Pham. Il nous a répondu longuement ci-dessous.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet et l’équipe des éditions Akata, depuis sa prise d’indépendance vis à vis de Delcourt en 2013 ? Quel bilan faites-vous aujourd’hui de ces quelques années en tant qu’éditeur de manga indépendant ?

Akata est une maison d’édition indépendante, installée dans la campagne du Limousin. La prise d’indépendance a été, d’une certaine manière, faite d’un commun accord. Nous n’avions plus les mêmes envies, éditorialement parlant. Nous, on se sentait à l’étroit – ce qui est assez paradoxal – en travaillant avec un grand groupe, et finalement ne pas renouveler le contrat avec les Editions Delcourt est une des meilleures choses qui a pu nous arriver. Cela nous a redonné une grande liberté, aussi bien au niveau du choix des ouvrages à publier que du ton à adopter pour le faire. Le projet, c’était surtout d’être « libre » et de faire de partager des livres qui nous tiennent à cœur, d’être nous-mêmes sans trahir nos convictions. Souvent, quand je parle avec des éditeurs japonais qui ne nous connaissent pas encore, je dis qu’on aime beaucoup publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies ». Ça peut faire un peu pompeux, dit comme ça, mais je crois profondément dans le soutien émotionnel que peut apporter la Culture, au sens large du terme… Et du coup, je crois que tout notre éditorial est inspiré de cette volonté.

En 2019, on finit donc notre sixième année en tant qu’éditeur indépendant. Le bilan est de notre côté très positif. Même si le quotidien d’un éditeur indépendant est, on ne va pas se le cacher, épuisant, et que c’est souvent une lutte quotidienne. Mais on aime les livres qu’on publie, on reçoit des retours très positifs, autant des lecteurs que des journalistes, des libraires ou les documentalistes. Des éditeurs japonais m’ont dit, à plusieurs reprises, que quand on publiait un manga chez Akata, souvent, peu de temps après, ils avaient des demandes de publication pour d’autres pays européens… Des gros éditeurs de mangas commencent à lancer des collections qui ressemblent « étrangement » à ce qu’on peut proposer… Je crois que ça veut bien dire ce que ça veut dire… En tout cas, on est très contents des ouvrages qu’on publie, de ce qu’ils racontent et de comment ils sont accueillis… Les mois qui viennent s’annoncent très excitants, et on a hâte de dévoiler nos nouveautés de 2020.

Quel est votre rôle au quotidien chez Akata ?

Je suis officiellement « directeur de collection », c’est à dire que je « choisis » les ouvrages que nous publions. Mais en réalité, cela se déroule souvent de manière assez collégiale, et on en discute toujours en équipe. Au-delà de ça, parce qu’on est une petite équipe, nous sommes tous multi-tâches. Je touche à beaucoup de choses… En premier, évidemment, tous les rapports avec les ayant-droits japonais (auteurs ou éditeurs), qui est une partie centrale de mon travail. Mais je gère aussi une partie des rapports avec notre distributeur-diffuseur, avec l’imprimeur, en partie avec les équipes de freelances (traducteurs, graphistes…). Ca m’arrive de traduire ponctuellement certains mangas aussi, et je m’occupe des réseaux sociaux d’Akata, ainsi que du contenu du site web, et globalement d’une partie de la communication publique. Les journées sont souvent très différentes les unes des autres.

UNE-ORANGE

Ces derniers mois vous avez décidé d’étoffer les parutions de romans, via les collections So Shôjo (light novels illustrées) ou Young Novel (romans jeunes adultes). D’où est venue cette idée et quel est l’objectif ? L’ADN d’Akata est visiblement en train de muter…

Je pense que cette volonté s’est faite en deux étapes. Tout a commencé quand le manga orange (notre gros best seller) a été adapté au Japon en roman jeunesse. Du coup, forcément, on s’est posé des questions… De ce que j’ai pu constater, il y a encore des parents qui sont réfractaires au format « manga », qui considèrent ça comme un « sous-produit » culturel, et qui rechignent à en acheter pour leurs enfants. Mais comme je le disais, on aime proposer des livres qui peuvent sauver des vies, et orange fait littéralement partie de ceux-là. C’est un titre rare, et vraiment précieux, généreux. Et d’une certaine manière, c’était assez frustrant de se dire que son impact pourrait être limité. L’adaptation en roman était une superbe opportunité de toucher un autre lectorat, avec ce contenu si précieux. Et était aussi une porte d’entrée vers l’univers du manga, pour des parents qui auraient encore pu y être réfractaires.

Et après ça, tout s’est enchaîné. Il fallait bien créer une collection pour publier des romans, d’où la création du label « So Shôjo » (destiné à un lectorat à partir de 12-13 ans). Suite à ça, très vite, on a trouvé d’autres ouvrages, mais qui s’adressaient à un public âgé. Il fallait créer le cadre adapté pour les proposer. Ce que je dis souvent, c’est que chez Akata, on ne crée pas des collections « marketing » pour les remplir au forceps et de manière souvent artificielle, mais plutôt l’inverse : on a des coups de cœur sur des ouvrages, et on essaie de créer le cadre adéquat pour les proposer. C’est exactement ce qui s’est passé pour les romans.

Dans le fond, je ne crois pas du tout que notre « ADN » soit en train de muter. Au contraire, je crois qu’il s’affirme. Parce que justement, ce qui compte et a toujours compté pour Akata, c’est le fond des histoires et ce qu’elles racontent. Notre éditorial invite justement à exploser les limites, à ne pas coller des étiquettes enfermantes, à mettre plus d’importance sur l’intériorité que l’apparence… De ce point de vue-là, donc, le fond des mangas qu’on publie ou des romans qu’on publie est assez proche et cohérent. D’ailleurs, les mangas comme la littérature « young adult » souffrent d’une même image de « sous-culture ». Les problématiques à ce niveau-là sont donc assez connexes.

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Akata a une image assez militante et engagée parmi les éditeurs de manga, notamment à travers les sujets traités dans les parutions ; une caractéristique que l’on retrouve dans les romans (par exemple avec Je ne suis pas un gay de fiction de Naoto Asahara qui parle d’homosexualité ou Ce qu’il n’est pas de Bingo Morihashi sur un homme transgenre). Est-ce le reflet d’une volonté éditoriale, ou plutôt d’une production japonaise très étendue sur les problématiques contemporaines ?

C’est un reflet des deux, je pense. L’éditorial japonais a toujours été très dense et aborde presque tous les sujets possibles. Il y a peu de tabou… Il y en a, mais j’ai l’impression qu’il y en a moins qu’en France. Et du coup, c’est un éditorial très riche. Mais évidemment, si on publie et qu’on réunit plusieurs ouvrages de société et engagés, c’est bien parce qu’on a envie de le faire. On pourrait aller sur ce qui est plus « tendance » et « facile à vendre » (j’insiste sur les guillemets). Mais on envisage la publication de nos romans avec la même démarche que nos mangas. Comme je l’ai dit, on aime publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies ».

De fait, on est convaincu de l’importance de la « représentation » dans les œuvres de « fiction ». Des plus ou moins jeunes lecteur.ices ont besoin de pouvoir se retrouver dans des personnages variés, moins uniformisés et monolithiques que ce qu’on peut trouver trop souvent. Et ce qui est super stimulant, quand on travaille sur des romans japonais, c’est que d’emblée, on est sur des personnages asiatiques. Il y a un vrai manque de représentation de personnes asiatiques en France, et c’est souvent assez… Hmm… Pour être gentil, on va dire assez « fantasmé ». En tout cas, cette volonté de représentation passe donc aussi par des personnages LGBTQ+. De toute façon, globalement, notre éditorial invite souvent à comprendre « l’altérité », la différence, à dépasser les clichés et l’ignorance, à aller vers l’autre et lui tendre la main. Ça passe aussi par des thématiques comme le racisme (Un pont entre les étoiles), mais aussi le validisme (Perfect World, Running Girl).

Comment naissent les projets de romans ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

On ne travaille pas en direct avec les auteurs japonais. Mais toujours via leurs agents des services droits internationaux des éditeurs japonais. Il peut arriver qu’on trouve un ouvrage nous-mêmes, et qu’on leur en parle (aux agents). Et parfois, c’est l’inverse. Je dois avouer que sur les romans, ils ont été très pertinents… Ils nous connaissaient déjà très bien, avec notre éditorial manga, et ils savaient parfaitement le genre d’ouvrages qu’on aime et qu’on a vocation à publier. Du coup, ils sont arrivés avec les valises pleines en me présentant plein de choses très stimulantes. Mais forcément, on a dû faire un gros tri. D’abord parce qu’on doit avancer très prudemment, sur ce secteur encore très fragile, et aussi parce qu’on reste une petite structure. Il y énormément de sagas avec des volumes « à n’en plus finir ». Ça nous a semblé d’emblée rédhibitoire et trop risqué.

On a pris ce risque simplement sur Ce qu’il n’est pas, car l’histoire se déroule dans le même univers que notre manga Celle que je suis, et ça faisait un complément vraiment parfait. Avec 6 tomes, ça reste relativement raisonnable. En tout cas, le choix se fait de la même manière que pour nos mangas : les thématiques portées par les ouvrages, et le traitement de celles-ci. Après, on essaie de voir si le risque (financier) de publication n’est pas trop élevé. Car c’est toujours un risque. Ce qui est compliqué, c’est que souvent, sur les « light novels » japonais, le lectorat cible est masculin-hétéro, alors qu’en France, il semblerait que sur le « young adult », on est plutôt sur un public féminin. Ça peut paraître bête, mais avec des narrateurs désabusés, assez représentatifs du désarroi d’une génération de lecteurs japonais, je crois que ça peut rebuter certain.es lecteur.ices en France. Ces personnages, au premier abord, peuvent paraître assez antipathiques. Puis ils se dévoilent, ils évoluent, ils grandissent. Parfois trop tard mais… Enfin bref, tout ça pour dire qu’on essaie de voir si ce type de personnages va quand même « parler » un minimum aux personnes ici.

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La plupart des titres sont traduits du japonais, mais vous avez aussi sorti récemment Run Away de Mathieu Guibé (dont vous pouvez retrouver notre interview à propos de ce livre ici), illustré par Sinath. Pouvez-vous nous parler un peu de la genèse de cette light novel ?

Alors ça, c’est toute une aventure ! A l’origine, Run Away était un projet très différent… Mais être éditeur, ça suppose d’être flexible, et de savoir s’adapter. Run Away, c’est vraiment une succession d’évènements, de petites choses, d’heureux hasards et de rencontres, de transformations et d’êtres humains qui grandissent. D’un côté, il y avait Sinath et Mathieu Guibé, qui se connaissaient depuis longtemps, et qui un jour se sont retrouvés par hasard en salon, et de là est née leur envie de réaliser ensemble un projet de « manga ». D’un autre côté, à mon retour du Japon, quand je me suis installé en France pour travailler pour Akata, j’ai rencontré Sinath dans une médiathèque de banlieue parisienne où je donnais une conférence. On s’est très vite entendu… Puis entre temps, Akata est devenu indépendant. Ca nous a donné la possibilité de faire de la « création », et on a donc signé le projet Run Away avec Mathieu et Sinath, alors sous la forme de manga. Mais après ça, Sinath a eu une remise en cause artistique, et ses envies ont changé. Pendant ce temps, Mathieu, lui, se faisait une place aux côtés de Nine Gorman avec leur bestseller Ashes falling for the sky. De notre côté, le « hasard » faisait qu’on se lançait avec notre première collection de roman. Et comme on s’était attaché au projet, à ses personnages, et à ce qu’ils véhiculaient, qu’on avait envie de continuer à le porter, l’idée de transformer Run Away en roman a fini par germer. A la base, de toute façon, Mathieu avait pensé le scénario comme une très courte nouvelle (qu’on avait prévu d’inclure dans une version collector du « manga »). Il a réalisé un travail exceptionnel pour le transformer en récit bien plus long. Bref, comme vous le voyez, tout a été question de timing. Dans un timing différent, avec le moindre grain de sable dans la machine, le projet n’aurait jamais vu le jour. D’une certaine manière, il y a quelque chose d’assez fluide, presque magique, dans tout ça.

Avez-vous prévu de faire plus de créations de romans directement en français dans les années à venir ?

Pour le moment, nous n’avons rien de « signé », mais comme je l’expliquais, l’édition est une aventure, et je pense qu’il est important de rester ouvert d’esprit. On est complètement ouvert à cette idée, si les projets qu’on reçoit sont en phase avec ce qu’on publie. Peu importe l’origine, en réalité. Ce qui compte, c’est d’abord le fond. Donc affaire à suivre… Rien de concret, mais la porte est entrouverte !

Pouvez-vous nous expliquer les enjeux de la traduction de romans, le travail avec les traducteurs du japonais au français et leurs implications culturelles ? Est-ce une tâche très différente pour vous lorsqu’il s’agit de manga ou de roman ?

Les problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes. Sur le manga, on a des contraintes liées à la taille des bulles, au découpage des cases… Et comme le japonais et le français ont des structures grammaticales très inversées, il faut parfois se torturer l’esprit pour avoir une phrase qui dévoile la bonne information au bon moment. Le style d’un auteur est moins dans le texte que dans la narration, et dans un manga, il peut y avoir une foultitude de niveaux de langages différents. Comme si les personnages et leurs manières de parler prenaient le dessus sur la manière de parler de l’auteur. Il y a des auteurs de mangas chez qui les mots (et notamment les monologues de pensées) ont un impact plus important que chez d’autres.

Pour un roman qui aurait moins de dialogues, c’est moins les personnages qui parlent que l’auteur. Mais sur ce qu’on appelle pour des raisons « marketing » le « light novel » (expression que je n’aime pas beaucoup), il y a tout de même beaucoup de dialogues. Donc, on est vraiment sur un entre-deux qui est assez complexe à gérer. Surtout que les langues japonaises et françaises ne fonctionnent pas du tout sur la même dynamique, la même poésie, et les mêmes types de rythme ou de sous-entendus. C’est très complexe. Parfois, sur les romans, il faut vraiment fusionner plusieurs phrases, mais aussi supprimer des répétitions de vocabulaire. La langue japonaise aime beaucoup la répétition, en français, ça peut vite devenir très lourd. Donc, il faut trouver un vrai juste équilibre, et c’est un exercice différent pour chaque ouvrage. Car chaque ouvrage a un ton différent. En tout cas, on s’efforce de cherche des traducteur.ices flexibles et ouvert.es d’esprit, qui comprendront les problématiques des personnages, sans les juger, pour les exprimer en français. En tout cas, si les lecteur.ices veulent des textes qui ressembleraient à la littérature française, je ne suis pas sûr qu’ils s’y retrouvent. Quand on prend un roman étranger, je crois qu’on doit être prêt à accepter une marge « d’inconnu », ou en tout cas d’être déstabilisé. Que ce soit par le ton, le contenu, le texte… Au final, je trouve les réactions de lecture très intéressantes. Sur le tome 1 de Ce qu’il n’est pas, j’ai vu un avis qui disait que le style était trop pompeux, et un autre qui disait qu’il trouvait ça écrit de manière trop sommaire. Ça prouve parfaitement mon propos, je crois…

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Lorsqu’Akata est devenu indépendant, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement, des modèles ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

On est devenu indépendant car ça devenait compliqué de publier en restant nous-mêmes et de manière libre. Donc, c’était ça le seul objectif. Plutôt que d’écouter « l’extérieur », et le bruit parasite qui peut aller avec, je crois que c’est important d’être à l’écoute de soi-même. De ce qu’on souhaite vraiment, et je ne parle pas de faux désirs. Devenir indépendant, c’était d’abord cette quête-là, ce besoin viscéral de se sentir plus « libre », plus en accord avec soi. Même si ça n’a pas été un choix simple, à bien des niveaux. Mais du coup, avoir des « modèles », non, je ne crois pas… Bien sûr, dit comme ça, ça peut paraître très égocentrique. Ce n’est pas du tout ce que je veux exprimer. Tout ça, c’est une question d’équilibre. En fait, c’est un peu comme un auteur… A travers son œuvre, il se livre. Mais s’il ne touche aucun lecteur, c’est qu’il y a eu un problème quelque part. Donc, même si je dis que notre modèle, c’était plutôt « être soi-même », à l’inverse, ce qui est à éviter, c’est de rester dans « l’entre-soi ». Parce qu’en tant qu’éditeur, on publie d’abord pour les lecteur.ices. Ce jonglage-là, qui consiste à trouver l’équilibre entre un soi authentique sans se fermer aux autres, je crois que c’est ça qui nous anime.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition de mangas et de romans young adult ?

On connaissait déjà le monde de l’édition de manga. A ce niveau-là, ça ne nous a pas appris tant de choses que ça. Enfin, on s’est formé sur le tas dans certains métiers quand même. Mais on n’a pas eu de surprises sur les dessous du manga ou les fonctionnements. On était déjà des acteurs très actifs de ce « milieu ».

Pour le roman… c’est une toute autre histoire par contre ! C’est encore récent, et en réalité, on est encore en apprentissage là-dessus. De mon impression, le secteur global du « young adult », ou plus généralement de la littérature « jeunes adultes » (au sens très large) est encore très mal défini. Pour le moment, il y a « la littérature générale », et la « littérature jeunesse », qui est un gros fourre-tout parfois assez incompréhensible. Les catégories usuelles sont assez segmentantes, et bizarrement trop larges. Si on regarde les « romans jeunesse », on voit trois segmentations : « romans tout-petits », « romans 8-12 ans » et « romans 13+ ». La plus compliquée, à mes yeux, c’est vraiment le « romans 13+ ». Parce que dans les bases de données officielles, la catégorie « young adult » rentre dans cette catégorie. Et entre 13 ans et 20 ans, la différence est énorme. C’est probablement la période de sa vie où on change le plus vite. Donc je crois que sur cet aspect bien précis, toute la profession (enfin, toutes les professions) ont un énorme chantier à mettre en route.

Sinon, de mon ressenti, j’ai l’impression qu’il y a une espèce d’hypocrisie assez forte sur ce qu’on peut aborder dans la « littérature jeunesse ». Dans le manga, on aborde assez facilement tous les sujets. Mais dans la littérature jeunesse, il y a clairement des tabous… Pour moi, rien n’est tabou, tout est question de traitement. La sexualité, notamment, semble faire grincer des dents. Avec l’évocation des parties génitales, par exemple. Si on parle de maladie, on peut décrire le corps de manière très détaillée, y compris de manière parfois très « dégoûtante ». Pareil pour la violence, j’ai la sensation qu’il y a une certaine forme de tolérance, y compris dans la description de tout ce qui est gore. Ça peut aller très loin parfois, y compris de manière gratuite… Par contre, dès qu’on parle de sexualité, ça bloque. Il faut évoquer les choses avec un « langage fleuri ». Ce que je trouve assez malhonnête, en fait. Comme si on prenait les lecteurs et lectrices pour des idiots attardés. Mais avec le développement d’Internet et de la pornographie gratuite pas toujours très saine, je crois profondément que la littérature jeunesse doit s’emparer de ce genre de sujets. Mais je vois bien comment ça réagit quand j’évoque certains livres ou certaines thématiques. Certains librairies jeunesse refusent d’emblée des livres qui abordent des thématiques LGBT, par exemple. Je trouve ça grave, et profondément problématique à la fois.

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Globalement, comment voyez-vous l’évolution du marché du manga ces dernières années ? Quels objectifs vous fixez-vous ?

Je l’envisage en tout cas avec vigilance. Il y a beaucoup de nouveaux acteurs, et beaucoup de livres qui sortent. On parle d’une augmentation du marché sur l’année 2019, mais j’avoue que je n’aime pas trop parler comme ça. En fait, ce qui compte le plus pour moi, c’est de savoir si les projets sont rentables, au cas par cas. Le « marché » étant en augmentation, c’est censé être positif. Mais l’écart entre ce qui se vend et ce qui ne se vend pas peut être énorme, et les bides commerciaux peuvent se faire parfois aux dépends des lecteurs et des auteurs. Ça, ça m’inquiète. Et avec l’ultra-concurrence (pour l’achat des licences, pour la visibilité, etc.), tout devient plus cher, plus compliqué, et donc plus risqué financièrement. On reste une petite structure indépendante, et donc, plus que les grosses entreprises, on doit être particulièrement vigilants. Je ne suis pas foncièrement inquiet, justement parce que plus que quiconque, on a conscience du risque. Donc, on réfléchit à tous nos choix. Même si ça ne se voit pas forcément. Mais du coup, en gros, notre objectif est simple : continuer à publier des ouvrages qu’on aime et qu’on a envie de partager, sans trahir notre vision éditoriale et nos convictions intimes. Si possible, en réussissant à se reposer un peu aussi pour trouver un équilibre dans nos vies personnelles… Ça, ce n’est hélas pas encore gagné…

Trois livres pour découvrir Akata

pour-trois-jours-miakiPour trois jours de bonheur, j’ai vendu le reste de ma vie, de Sugaru Miaki

Un héros au premier abord très imbu de lui-même, mais qui après avoir enchaîné les pires choix possible, va réaliser le sens de ce qu’est vraiment le « bonheur ». Je pense que c’est un ouvrage qui arrive à capter un vrai malaise générationnel, avec des jeunes qui ont grandi en entendant quotidiennement que l’avenir ne leur réserve rien de positif. Il y a des gros twists dans l’histoires, et cette romance aux airs parfois fantastiques gagne vraiment en puissance au fil des pages…

je-ne-suis-pas-gay-fictionJe ne suis pas un gay de fiction, de Naoto Asahara

A ne pas mettre entre toutes les mains, car les thématiques abordées sont parfois dures et très frontales, mais c’est un ouvrage important. L’auteur est lui-même gay (#OwnVoice), et il parle du quotidien d’un jeune gay au Japon. Mais aussi de la fétichisation qu’ils subissent parfois à travers les boy’s love et homo-romances. C’est assez cru, assez frontal, et il y a des relations pas très saines, mais qui ne sont pas idéalisées. On ressent le mal-être du héros, très profondément, mais pas seulement le sien. Le personnage féminin qui l’accompagne est aussi (d)écrit avec intelligence. Ca parle de la pression sociale, du moule, de la « normalité », du bonheur…

vie-devant-toiLa vie devant toi, de Hideki Arai et Taichi Yamada

J’ai quand même eu envie de mettre un manga… Pas forcément le plus connu, mais qui est une œuvre si généreuse. On suit la vie et les interactions de trois délaissés de la société. Un jeune adulte aide-soignant qui a démissionné de son travail, une assistante sociale quadragénaire et célibataire,  et un vieux retraité malade en fin de vie. La rencontre de ces trois-là va faire des miracles, d’une certaine manière. Ca regarde sans détourner les yeux les défauts des personnages, mais c’est une vraie invitation à tendre la main vers autrui. Un gros one-shot qui ne peut pas laisser indifférent !

Merci à Bruno Pham pour ses réponses.

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

Quand Babelio rencontre les éditions B2

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L’errance et la curiosité sont les deux mamelles de la découverte. C’est en se laissant guider par celles-ci, en plein pilotage automatique, qu’un jour de mars 2019 nous foulions la piste des éditions B2, au détour du stand Île-de-France du Salon du Livre de Paris. Un éditeur passé sous nos radars jusque-là – mais quoi de plus normal pour une maison au nom de bombardier furtif ?

Après consultation, achat et lecture de quelques-uns de leurs livres, passionnants dans le fond comme dans la forme, nous avons eu envie de vous faire partager un parcours d’éditeur plein de turbulences, celui de Nikola Jankovic. Ou comment relier livre et architecture dans des constellations thématiques toujours plus vastes et étonnantes.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet des éditions B2, son équipe ? Quels sont les territoires couverts et l’idée ayant présidé à la création de cette maison d’édition ?

Nikola Jankovic : Avec presque 100 titres à ce jour et aucun salarié depuis 8 ans, B2 se veut un « cabinet de curiosités architecturales » parcourant le temps et l’espace : du néolithique à nos jours en abscisse, et de Los Angeles à Vladivostok en ordonnée (exception faite de quelques items sur la Lune et l’Espace, date anniversaire oblige)… Cabinet donc, mais aussi bien « cosmogonie portative », un cluster d’espèces d’espaces et d’hétérotopies où l’intention (le projet) et parfois sa réalisation architecturales deviennent l’attestation, entre histoire culturelle et économie matérielle, d’un « ça a été » de nos humanités. Unités de temps, d’espace et d’action délimitent ainsi une myriade d’« histoires » recoupant l’Histoire…

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Ce qui frappe d’emblée quand on découvre les éditions B2, ce sont les choix graphiques très forts des première et quatrième de couverture. Comment avez-vous conçu ces maquettes accroche-rétine, immédiatement reconnaissables ?

Dois-je bien le prendre !?! Bien sûr l’apparence, la première de couverture et l’ergonomie générale de l’extérieur (puis de l’intérieur) ont leur importance ! Mais le contenu en a davantage… j’y reviendrai. Architecte de formation et longtemps pigiste dans la presse magazine art-architecture-design, je ne connaissais rien ou presque au graphisme à la création de B2 en 2011. Par contre, je savais ce que je voulais : garder le meilleur du livre et du périodique. D’abord un rythme de parution de 12 titres par an, mais un dos carré-collé que l’on ne jette pas mais que l’on range dans une bibliothèque ; ensuite, cette cadence devait induire une sérialité proliférante et des codes-couleurs pour l’organiser. Or, partant du constat d’une érosion de la lecture et d’une augmentation des mobilités, le « petit livre de poche » s’est aussi imposé pour répartir les risques en alternative à l’édition d’un gros long seller académique me faisant de suite déposer le bilan. Optimisé au vu des standards d’imprimeur, le format 10×15 s’est ainsi justifié pour devenir réellement à la taille d’une « poche » – à glisser dans une veste, un sac à main voire une poche de pantalon.

Vu le lectorat visé et mon budget, le « chic-et-pas-cher » (évalué à une place de cinéma ou deux bières en terrasse) m’a semblé un critère important : donc couvertures noires – peu onéreux, mais toujours sobre, classe et sérieux. La réponse fut donc très simple : mélange de Pop Art warholien racoleur et du velours utilisé par les diamantaires d’Anvers (pour laisser à une pierre tout loisir d’exprimer sa coloration), les couleurs de l’arc-en-ciel permettaient d’organiser sept « codes-couleurs » thématiques. L’impression offset en bichromie à « couleur directe » serait même plus lumineuse (plutôt qu’une impression en quadrichromie). J’avais pensé à tout – la déclinaison de couleurs et de formats – puis ai fabriqué mes premiers prototypes seul. J’ai proposé à un ancien de mes élèves aux Arts Déco de m’aider, avant de former mon « écurie » de jeunes graphistes. Partant d’une notoriété nulle et d’un catalogue balbutiant, la reconnaissance a démarré lentement ; mais deux ans plus tard, avec une vingtaine d’ouvrages au catalogue et une refonte de l’identité visuelle née des commentaires de lecteurs, 2013 a été l’année de bascule : un célèbre bureau de graphisme a même éhontément « emprunté » (contrefait) mon système original pour le transposer à des guides de voyages d’un célèbre malletier à monogramme. David contre Goliath : choqué, mais plutôt flatté ! Plus tard, ces gens ont poursuivi leur méfait en déclinant ma gamme de formats medium, large et extra-large ; il y a quelques semaines, et sans vergogne, ils m’ont même proposé leurs services !

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Pourquoi avoir choisi le nom de « B2 », tiré du bombardier furtif lancé par l’US Air Force en 1989 – auquel vous consacrez d’ailleurs le livre Fatal Beauty, signé Jan Kovac ?

À cause du groupe U2, de l’Institut national de la propriété intellectuelle, des querelles entre chapelles d’architectes ! Je m’explique : lorsque l’on dépose une marque semi-figurative à l’Institut national de propriété intellectuelle (INPI), on privilégie un nom court, une aisance d’élocution, en français voire en d’autres langues. Côté logo, si le mot « bâtiment » renvoie spontanément à l’architecture terrestre ou navale, la silhouette si iconique du bombardier furtif permettait d’enjamber toute appartenance à telle ou telle chapelle ; en outre, elle me permettait d’embrasser un spectre de conception « architecturale » bien plus vaste… Eh oui, bien que naguère objecteur de conscience, nous avons effectivement consacré à ce superbe appareil de destruction une petite édition numérotée : Jan est un passionné de design spatial et militaire ; fort de 500 visuels d’archives, il vient de sortir un très bel essai sur le programme Apollo, vue de toutes ses infrastructures et bureaux d’études mobilisés pendant quinze ans sur le sol américain, On va marcher sur la Lune. D’ailleurs dès 2016, nous avons décliné le logo unique de la « marque B2 » en des logos propres à chaque format, avec le détourage d’autres appareils furtifs. Le B2 à l’envergure d’A380 est donc resté le logo du plus petit format, mais aussi de la marque protégée !

Comment naissent les projets de livres ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

Il n’existe aucune règle. La feuille de route initiale a été respectée pour les 2 ou 3 premiers titres de chaque code-couleur : un cocktail en trois tiers. 1/3 de titres du domaine public (enrichis par une édition scientifique augmentée justifiant la ressortie d’un sujet ancien) ; 1/3 de titres d’auteurs francophones actuels ; puis 1/3 de traductions, option onéreuse pour de la micro-édition indépendante, mais nécessaire, non seulement pour un cabinet de curiosités, mais aussi pour publier des spécialistes étrangers, souvent enseignants dans de grandes universités nord-américaines. Dans un second temps, il a fallu faire de nouveaux tris, économiques, prioritaires, stratégiques : restreindre les projets coûteux ou sans chance de succès ; oser contacter prioritairement quelques auteurs admirés, confirmés ou en devenir, français (Patrick Boucheron, peu avant sa nomination au Collège de France) ou étrangers (professeurs à Harvard, Columbia, Princeton, UCLA), souvent sollicités pour un article ancien réarrangé et à titre gracieux – je reste admiratif de leur générosité intellectuelle et leur en reste redevable.

Au-delà d’une certaine masse critique, non seulement la « nation arc-en-ciel » des titres du catalogue prenait vie, mais elle permettait désormais une nouvelle étape épistémologique de ce qui n’était alors que de petites briques taxinomiques éparses : l’interconnexion et la prolifération des titres, sujets et auteurs. Cette triangulation pouvait se faire au sein d’une même « collection » ou en arborescences transversales, par capillarité, d’une section l’autre, pour former une « constellation de constellations » interconnectées. Cela complète sa dimension « Galaxie Gutenberg ». Enfin, une troisième étape surgit avec un début de notoriété, consistant à gérer le système, le mettre à jour et l’adapter aux inputs, absents au départ : des auteurs vous sollicitant avec un manuscrit, de prétendues aides ou subventions (environ 10 % de nos titres), gérer la pénurie, le calendrier, les déficits… J’ai une vision très pessimiste de mon avenir professionnel, citoyen, humain…

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Vous semblez avoir une définition très particulière, ou du moins assez large, de ce que peut recouvrir le terme « architecture » – c’est du moins ce que votre catalogue laisse entendre…

Vous trouvez ? À lire le nom des collections, j’y trouve une grande cohérence : tout repose précisément sur cette compréhension extensive de l’« architecture » entre ses tracas du quotidien (art, politique, économie) et ses retombées humaines, sociales voire civilisationnelles. Transposée dans la matrice B2, elle fédère un champ épistémique incluant le design (rouge), l’actualité (orange), toutes sortes de « territoires » (jaune), des aspects plus sociétaux (vert) ou contre-culturels (bleu), mais aussi de patrimoine (rose) et de « fac-similés » attestant de documents oubliés (violet). À quoi il faut ajouter une huitième « couleur », une encre métallique bronze, sur le conseil d’un graphiste qui me dissuada d’utiliser le sépia initialement souhaité pour la collection « Flashback », des monographies-testament d’architectes en fin de vie sur une seule de leur œuvre : pour lui, cette évocation rétro était too much, alors que la seule encre métallique bronze transcendait une carrière d’Immortels ! Et il n’avait vraiment pas tort !

Toutefois il est vrai que le nombre des acceptions du mot « architecture » n’a d’égal que la richesse du verbe to design en anglais, sans même parler des sens plus ou moins extensifs ou spécialisés qu’en auront un artiste, un ingénieur, un philosophe ou informaticien – qui tous donnent au mot « architecture » un sens spécifique. À l’ère du big data et du réchauffement climatique, les trois points de Vitruve « Utilité, Solidité, Beauté » obligent de surcroît à une compréhension plus systémique et environnementale des artefacts intentionnels ou involontaires que nous, humains, habitons et aménageons auprès des non-humains…

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Votre catalogue regroupe pas moins de 15 collections : est-ce que ça n’induit pas un problème de gestion de votre côté, et de segmentation trop importante pour les lecteurs ?

Assurément, vous n’avez pas tort : 15, c’est trop – sauf à hiérarchiser ¾ des titres dans 8 collections thématiques, et le dernier ¼ dans 3 collections de formats et 4 autres vraiment plus marginales. Au départ, la taxinomie des mots et des choses de mon projet était simplement d’agréger des micro-histoires que la restriction pédagogique et temporelle tend à supprimer dans un manuel embrassant l’Architecture « de l’Antiquité à nos jours » : en allant de la pyramide égyptienne à la Renaissance puis à Le Corbusier en 26 leçons/chapitres, on oublie l’histoire culturelle de la « pelouse américaine » ou de l’incidence sur l’« architecture » du Spoutnik et du fondateur de Playboy magazine proposée par Beatriz Colomina ; on zappe le projet cybernétique pour piloter le Chili de Salvador Allende ou l’odyssée des modules Apollo et des combinaisons spatiales Playtex. Et puis, comme la construction méticuleuse d’un Kubrick ou d’un Hergé, j’aime unifier dans un temps rapproché hippies californiens et projets nazis, ikebana post-Hiroshima et bulldozers israéliens, tribu d’Amazonie et architecture corporate IBM, ou bien faire cohabiter Néolithique, Moyen Age, Renaissance et smart cities dans la longue durée. Pour le meilleur comme pour le pire, cela nous montre qui « nous » sommes… ou n’avons pas été.

Les fonctions d’editor et de publisher, qui font de moi un « éditeur » devant rendre public en « publiant », m’ont incité à délaisser une ligne éditoriale par titre/ISBN au profit d’une organisation par collection/ISSN fédérant un système ouvert, croisé et encore en expansion. Structurant, le cloisonnement par collection maintient toutefois encore une démarche encyclopédique apposant des entrées et des renvois transversaux ; et d’un certain point de vue, elle l’est. Mais la finitude des éditions imprimées de l’Universalis est morte le jour où Wikipédia est né et survit difficilement !

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui, forcément, un éditeur est par essence d’abord un lecteur. Mon projet s’est évidemment inspiré des « modèles », à suivre et à ne pas suivre : des Que sais-je ?, des petits livrets Allia ou de l’intéressante expérience (mais avortée) des petits livres de poche Points2 du Seuil dont le très bon spot en ligne moquait les pubs sensuelles de l’iPad. Tous mes projets numériques n’ont jamais démarré, mais j’ai encore des discussions passionnées sur le sujet – et des projets à moyen terme. D’ailleurs, depuis l’invasion de Netflix et le déclin de la télévision linéaire, la « convergence » est décidément d’actualités, y compris dans l’édition – ainsi qu’en témoigne l’étrange stratégie de Vivendi/Editis selon Arnaud de Puyfontaine et dans la continuité de Jean-Marie Messier…

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Après, je le mesure empiriquement : happé par les manuscrits et le flux de la presse écrite, je ne lis quasiment plus de livres. Je regrette cette cadence stakhanoviste de notre quotidien, tout comme l’offre pléthorique et marketée des industries culturelles dictées par les écrans, les forfaits illimités, les lieux d’exposition ou les supports d’éditions textuelles ou audiovisuelles : qu’il était simple le monde analogique d’avant, avec des livres convenus, de jeux de société en bois ou carton, de quelques films de producteurs établis et trois chaînes d’Etat en noir et blanc ! Au départ, en 2011, mon capital social n’était que de 10 000 euros : la sortie d’un seul fiasco immédiat ou long seller de 600 pages invendu sur quinze ans mettait d’emblée fin à l’histoire ; et puis mon projet initial était l’édition électronique pour iPad, acheté dès sa première sortie au printemps 2010. Son, vidéo, agrandissement des images sur un écran tactile, bookmarks, annotations, hyperliens, moteurs de recherche, un monde nouveau s’ouvre… s’est soudainement refermé : à l’instar de mon arrière-grand-oncle Nikola Tesla (dont un B2 raconte l’impasse philanthropique de son rêve de gratuité d’électricité mondiale face à son business angel, le banquier John P. Morgan, féru de compteurs, box et forfaits pour « accès illimités »), les G, A, F et A de Californie ont tout de suite bridé, verrouillé les interfaces et les licences aux consommateurs, imposé leurs diktats à l’édition et aux médias. Les quotidiens, hebdos, mensuels et éditeurs de romans ou de beaux livres ont tous cherché peu ou prou l’équilibre entre potentiel technologique, modèle économique et contrefeu juridique : maigre bilan. We are the world : les hippies du Summer of Love ont donné vie aux libertariens 2.0 et à la nouvelle Silicon Valley, tandis que l’utopie socialiste et éducative a buté à la réalité oligarchique et capitaliste. Donc oui, à court terme il existe des œuvres d’éditeurs et de graphistes à suivre, assurément… mais la nouvelle Frontière n’est pas là !

Quels objectifs vous fixez-vous pour les années à venir ?

Rester vivant ! Autant dire : un vœu-pieu, car c’est impossible sans le parapluie d’un plus puissant que soi. Si l’on exclut les secteurs bien-être / BD-manga-fantasy, le secteur de l’édition au sens traditionnel stagne, voire décline. L’architecture est un sous-genre de l’édition d’art, mais souvent perçue comme trop spécialisée ou technique. En France, les programmes d’aides et subventions ne lui sont guère favorables. Moins de 10 % de mon catalogue a été aidé, jamais par le CNL et aucun dispositif n’existe à la Culture pour l’architecture (sauf à coéditer des ouvrages d’écoles). Quant aux institutions publiques et muséales, elles sont elles mêmes fragiles et sous perfusion… Récemment, les éditions B2 ont bénéficié d’une subvention américaine : elle sera versée trop tard et n’épongera pas le déficit. Avant même d’imprimer, je sais que ce titre me fera perdre de l’argent. Alors, quel objectif ? Gagner au loto ; malheureusement je n’y joue pas…

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition d’essais/non-fiction ?

Je viens de vous répondre. Bénéficier des largesses d’un mécène qui n’existe pas (et n’a d’ailleurs pas le droit d’aider une société commerciale) ; vivre sous la protection d’un puissant suzerain qui verrait en B2 ou en son éditeur l’opportunité de renforcer son secteur « architecture » (il en existe moins de trois) ; gagner au loto (à condition de tenter sa chance) ; ou mourir plus ou moins rapidement. Pour le moment, et parce qu’avec aucun salarié mes déficits restent très « raisonnables », j’ai opté par défaut pour cette solution finale…

 

 

Quatre livres (et autant de constellations) pour découvrir les éditions B2

Vous l’avez compris, même si je fraye avec les graphistes et les imprimeurs, je reste un architecte docteur en géographie. À ce titre, je suis, à titre personnel davantage un editor (ou « directeur de collection ») qu’un publisher. L’échelle à laquelle je me sens à l’aide est non pas le « livre » en soi, mais l’agencement de titres s’interconnectant en collections.

Pour filer la métaphore neurologique ou informatique, les livres sont des « terminaux », des unités individuelles ou terminaisons synaptiques. Moi c’est les réseaux qui se prolongent derrière que j’aime passionnément, fiévreusement « collectionner ». Vous citer trois titres pouvant chacun participer d’un rhizome d’un catalogue lui-même en expansion n’a guère d’intérêt ; par contre, articuler l’éloquence architecturale dans la Renaissance italienne (Patrick Boucheron) à la « topologie » des cartes et des territoires de Michel Houellebecq (Clémentin Rachet) ou à l’histoire culturelle de la pelouse américaine (Beatriz Colomina) tout en suivant image par image les treize missions spatiale d’Apollo (Jankovic & Vadé) et d’une émulation intellectuelle – surtout pour penser les prochaines décennies !

 

Merci à Nikola Jankovic pour ses réponses

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

5 livres jeunesse à découvrir pour le Mois de l’Imaginaire

Après vous avoir fait découvrir une librairie spécialisée dans la SFFF ainsi qu’une librairie dédiée à la bande dessinée à l’occasion du Mois de l’Imaginaire, nous vous proposons aujourd’hui de faire un tour du côté de la jeunesse avec 5 livres pour cultiver l’imagination des plus jeunes.

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La librairie L’enfant Lyre est tenue depuis presque un an par Maria au 17 rue Saint-Sébastien dans le 11e arrondissement de Paris. Dans cette librairie, de nombreux ouvrages de jeunesse sont classés par thématiques pour faire plaisir aux tout-petits comme aux plus grands. Vous pourrez également y retrouver un rayon dédié à la parentalité, à la psychopédagogie et une section pédagogie pour les enseignants.

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Paul Martin et Jean-Baptiste Bourgois, Violette Hurlevent et le jardin sauvage (Sarbacane)

« Ce livre est mon coup de cœur ! C’est un livre bien écrit et facile à lire, idéal quand on cherche de la littérature jeunesse accessible et de qualité. Un voyage au côté d’une héroïne attachante qui nous entraîne à l’aventure dans son jardin sauvage imaginé. Un livre à dévorer à partir de 9 ans, on accroche du début de l’histoire jusqu’à sa fin. »

Retrouvez notre interview avec Paul Martin et Jean-Baptiste Bourgois à propos de ce livre

 

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Laura Gallego Garcia, La Légende du roi errant (La Joie de lire)

« Je conseille ce livre à partir de 10 ans. Il nous emmène au royaume des mille et une nuits. C’est l’histoire d’un prince poète et orgueilleux qui, vaincu par un autre lors de plusieurs concours de poésie, voudra se venger. Tout au long du roman, il essayera de réparer ses erreurs et devra surmonter d’innombrables épreuves. L’histoire nous tient en haleine du début à la fin ! »

 

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Pierrette Dubé et Audrey Malo, Les Fables extravagantes de Conrad le corbeau (Les 400 Coups)

« Dans ce livre, un corbeau nous conte des fables aux morales farfelues et improbables. On y fait par exemple la connaissance de la moule qui voulait apprendre à écrire et qui cherchait un crayon au fond de l’océan. Ce livre met en scène, à travers des textes courts, divers animaux et personnages imaginés de toutes parts. Un livre que l’on peut raconter aux enfants à partir de 5 ans et qui peut être lu de manière autonome à partir de 7 ans. »

 

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Jean-Pierre Kerloc’h et Kaa Illustration, La Mythologie : Persée et Méduse (Glénat jeunesse)

« Ce livre fait partie d’une collection à lire et écouter très appréciée par nos clients. Idéale pour initier nos petits à la mythologie dès 5 ans. On est transportés au fil des aventures racontées par un conteur de talent et très joliment illustrées. J’aime beaucoup cette collection. »

 

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Claude Ponti, L’Album d’Adèle (Gallimard)

« Quand on me dit “imaginaire” c’est l’album auquel je pense en premier. C’est l’un de mes préférés. L’enfant plonge doucement dans l’histoire qu’il pourra suivre du bout du doigt au fil des illustrations. Claude Ponti nous entraîne comme personne au pays de l’imaginaire ! Pour ce genre spécifique, je pense que cet auteur est vraiment une référence incontournable. »

 

Poursuivez avec…

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Les 5 romans de l’imaginaire choisis par Julien de La Dimension Fantastique

 

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Les 5 BD d’imaginaire sélectionnées par Nicolas de la librairie Refuge

Les Nouveaux Auteurs : l’art du roman noir selon 3 écrivains

Pour la sortie de leur nouvelle gamme « NA puissance 2 », les éditions Les Nouveaux Auteurs et Babelio vous proposaient le jeudi 11 octobre une rencontre avec quelques auteurs de la maison d’édition. Retour sur une soirée sous le signe du polar.

 

Maison fondée en 2007 par Jean-Laurent Poitevin, Les Nouveaux Auteurs se sont donné pour ambition de lancer des auteurs de premier roman grâce à une communauté de lecteurs inscrits sur leur site. La nouvelle gamme « NA puissance 2 » permet ensuite d’accompagner les auteurs dénichés par Nouveaux Auteurs dans leurs prochains romans. Trois auteurs étaient présents à cette rencontre : Frank Leduc, Christophe Vasse et Nicolas Druart ; l’occasion d’en savoir un peu plus sur leur parcours et sur leur travail d’écrivain.

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Trois auteurs pour trois romans noirs

Avec Cléa, Frank Leduc (gagnant du Grand Prix Femme Actuelle 2018) nous emmène au Vatican, cadre de meurtres, de complots, d’enquêtes et de mystères à la suite de l’élection d’un nouveau pape. Christophe Vasse (gagnant du Prix Femme Actuelle 2018) nous propose avec La Porte de Bosch un thriller haletant autour d’un mystérieux tableau de Jérôme Bosch dont les créatures semblent prendre vie. Enfin, le troisième livre présenté est Jeu de dames de Nicolas Druart (gagnant du Prix du Suspense Psychologique 2018) qui met en scène trois témoins d’un meurtre à une sortie de périphérique à Toulouse où sévit un tueur en série.

Avec trois polars, la question se pose de savoir si les trois auteurs ont une appétence particulière pour ce genre en question. Nicolas Druart et Christophe Vasse se définissent eux-mêmes comme de grands lecteurs de polars, thrillers et romans noir, ce qui explique leur envie en tant qu’auteur de baigner dans cet univers pour leurs propres romans. Frank Leduc a une conception plus particulière du thriller et conçoit ses intrigues comme des ascenseurs émotionnels : « Il y a peu de sang, peu de violence, peu de sexe, pas de poursuites en avion. J’essaie de susciter l’intérêt par la réflexion et l’émotion plus que par l’action. »

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Chaque auteur a été marqué par une scène ou par une thématique particulière qui leur a inspiré leur roman. Pour Christophe Vasse, il s’agit de sa passion pour le peintre flamand du XVe siècle : « Devant un tableau de Jérôme Bosch, je pourrais passer des heures. C’est noir, c’est sombre, il peint des créatures fantastiques complètement délirantes, c’est juste fascinant. C’est en restant bouche bée devant un tableau de Jérôme Bosch que m’est venue l’idée de ce thriller. » L’idée de départ du roman de Nicolas Druart est un lieu particulier, une sortie de périphérique à Toulouse qu’il empruntait très régulièrement pour aller travailler. Toute l’histoire s’est ensuite articulée autour de ce cadre où trois personnes sont témoins d’un meurtre. Pour Frank Leduc, l’idée du roman est tiré d’une scène à laquelle il a réellement assisté en visitant la basilique Saint-Pierre au Vatican : « Je suis tombé sur une messe privée de l’ancien pape Jean Paul II, de manière complètement fortuite. Il y avait une cinquantaine de personnes pour un baptême, cela m’avait marqué. Je me suis inspiré de cette anecdote pour écrire la première scène de Cléa. »

Comment écrit-on un polar ?

Lors de la rencontre, les auteurs ont pu partager leurs méthodes d’écriture. Les trois se rejoignent sur l’importance des recherches en amont de l’écriture de leurs livres. Christophe Vasse relève notamment l’accessibilité à l’information et l’infinité de support disponibles, que ce soit sur Internet ou en bibliothèque. Il partage également l’idée que les recherches doivent être constantes pendant l’écriture du roman et ne se limitent pas aux recherches préalables pour s’imprégner d’un univers : « Si c’est pour écrire quelques lignes sur la foudre par exemple, je vais m’arrêter dans mon histoire et je vais prendre une journée ou une demi-journée pour faire des recherches sur le sujet, même si ce n’est que pour écrire seulement 2-3 lignes dessus. »

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Pour son roman, Jeu de dames, Nicolas Druart est également passé par la phase de recherches : « Mes recherches se sont surtout portées sur les procédures judiciaires. Je n’y connaissais pas grand-chose mais j’ai eu la chance de rencontrer des commissaires de police dont les réponses m’ont aidé à être le plus exact possible. »

Frank Leduc, quant à lui, est un passionné d’histoire et de théologie et utilise ses connaissances pour écrire ses romans ainsi que diverses recherches pour étoffer son texte : « Lorsque j’écris, je trace un cadre sur mon intrigue puis je vais l’alimenter en travaillant comme un historien, plus par rapport à des livres que sur Internet. Je cherche des informations précises mais je cherche surtout à m’imprégner d’une vision, d’un contexte, d’une époque. » Son objectif, en parlant d’un sujet aussi pointu, était de vulgariser le sujet, de le rendre accessible à tous les lecteurs et de leur donner le sentiment de connaître le sujet après quelques pages.

Trouver l’inspiration…

Les sources d’inspiration des trois auteurs sont variées. Pour l’atmosphère, Christophe Vasse a notamment pris pour référence le film culte Le Nom de la rose : « J’espère avoir donné ce genre d’atmosphère à mon roman. Tous ces films et séries qui rappellent cet univers fantastique et d’épouvante (comme The Haunting of Hill House plus récemment) sont des sources d’inspirations constantes. » Pour la préparation de son livre, Nicolas Druart s’est mis à la lecture de romans policiers écrits par des policiers eux-mêmes ou par des anciens membres de la police. L’influence des films et des séries est également citée par Nicolas Druart mais un auteur précis constitue une source d’inspiration majeure : « Il y a un auteur qui m’inspire en particulier, il s’agit de Franck Thilliez. Je me suis inscrit au prix du suspense psychologique parce que c’était Franck Thilliez qui le présidait. Je lis principalement en français, pour éviter la barrière de la traduction, cela m’aide en tant qu’écrivain à enrichir mon vocabulaire et mes phrases. » De la même manière selon Frank Leduc, l’influence est partout et un roman ne peut pas être écrit en partant d’absolument rien.

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Galerie de personnages

Les trois romans mettent en scène des personnages forts qui sont confrontés à des situations peu communes. Dans Cléa, Frank Leduc introduit le personnage d’Adrian Sandgate, un théologien écossais un peu has been qui a fait ses heures de gloire en dénonçant les dérives de christianisme et qui est convoqué au Vatican à cause de la disparition d’une jeune adolescente. Avec Jeu de dames, Nicolas Druart a préféré prendre des personnes assez quelconques. Pour reprendre une formule de Stephen King, toute l’ambition de son roman est de prendre des personnages ordinaires pour les mettre dans des situations extraordinaires : « Ce sont trois personnes prises au hasard qui se retrouvent à cette sortie de périphérique. Ce sont des profils quelconques, comme n’importe qui. Ce ne sont pas des super-héros mais plutôt des personnages que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours ». Pour écrire le personnage de Rebecca Decker dans La Porte de Bosch, Christophe Vasse s’est inspiré d’une personne de son entourage qui lisait dans les cartes. L’auteur insiste également sur le caractère de son personnage : « Généralement, j’aime bien que mes personnages principaux soient des fortes têtes, des têtes de mules, des gens qui ne se laissent pas faire et qui ont la niaque ». Il utilise également quelques références à la littérature fantastique comme son personnage nommé Van Helsing qui emprunte son nom au célèbre chasseur de vampires.

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Il n’est pas exclu que les personnages puissent avoir une volonté propre au cours de l’écriture, comme nous l’explique Nicolas Druart : « Parfois, je suis surpris par la réaction des personnages quand j’écris et je me laisse emporter. Ce sont des personnages en mouvement. » Pour Frank Leduc, la psychologie des personnages secondaires peut également évoluer au fil de l’écriture, sans l’avoir prévu initialement dans son plan. A l’inverse, Christophe Vasse est rarement surpris par les égarements de ses personnages : « Je ne me sens pas complètement possédé par mes personnages, dans le sens où j’ai déjà une très bonne idée de leur psychologie au départ. Pour moi dès le début ils sont capables de n’importe quoi. »

Certains de ces personnages se retrouveront peut être dans les prochains ouvrages des trois auteurs, ces derniers ayant évoqué la possibilité de faire de leurs « héros » des « témoins » qui passeraient d’un roman à un autre, comme un lien entre les livres.

Retrouvez les livres de Frank Leduc, Nicolas Druart et Christophe Vasse sur Babelio.

5 BD à découvrir pour le Mois de l’Imaginaire

Pour poursuivre notre exploration des univers de la science-fiction et du fantastique à l’occasion du Mois de l’Imaginaire – et en savoir un peu plus sur les sorties du moment à ne rater sous aucun prétexte -, nous sommes allés demander conseil non pas à un libraire spécialisé SFFF comme c’était le cas en début de mois, mais cette fois à un libraire BD (avant de vous présenter un libraire jeunesse en fin de mois) !

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Nicolas tient la librairie Refuge depuis septembre 2012. Refuge ou caverne d’Ali Baba, sa librairie située au 40 rue Faidherbe dans le 11e est un joyeux foutoir dans lequel les lecteurs peuvent se perdre des heures durant pour trouver pépite sur pépite. Ici, aucun type de BD n’est plus mis en valeur qu’un autre et les zones de démarcation entre les genres sont volontairement floues : on passe facilement du manga à la BD franco-belge, des comics à la BD indépendante et des classiques aux toutes dernières nouveautés. De quoi traverser les genres et susciter sans cesse la curiosité des lecteurs.

C’est pourtant bien sur l’imaginaire que nous avons interrogé notre libraire. Quels sont les récits de science-fiction, de fantasy ou de fantastique qu’il recommande aux lecteurs en ce moment ? Il nous en a choisi cinq en précisant bien qu’ils peuvent chacun s’adresser au connaisseur le plus aguerri comme au néophyte le plus complet.

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Gou Tanabe, Dans l’abîme du temps (Ki-oon)

« Gou Tanabe continue d’adapter l’oeuvre de H.P. Lovecraft en manga chez Ki-oon après Les Montagnes hallucinées. Ce manga, qui peut tout à fait se lire indépendamment de ses autres adaptations, raconte l’histoire d’un professeur de fac – comme souvent chez Lovecraft – qui va se réveiller 5 ans après un malaise. Il n’a aucune idée, aucun souvenir de ce qui lui est arrivé pendant ces 5 ans alors il se met à enquêter mais ses recherches sur son mal profond vont l’emmener à se questionner sur la folie mais aussi sur l’existence même de l’Homme. Les interrogations éternelles de Lovecraft sont appuyées par les superbes dessins de Gou Tanabe. On retrouve de superbes planches avec des architectures incroyables. Et puis, l’ouvrage est somptueux. »

 

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Ugo Bienvenu, Préférence Système (Denoël)

« Ugo Bienvenu est en train de créer une oeuvre très intéressante sur le futur. Il s’attaque ici aux « banques de mémoires » ou « Data centers ». On est plongés dans un monde qui ressemble au nôtre. On croît être dans une démocratie mais on se retrouve assez vite chez Orwell. Le monde est focalisé sur la mémoire et surtout le manque de mémoire, d’espace pour la stocker. Le comité de censure est amené à faire disparaître des œuvres artistiques. Yves, le personnage principal, travaille justement pour ce comité – Le Bureau des essentiels – qui doit par exemple faire disparaître 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick afin de faire un peu de place pour stocker les photos que les gens s’échangent ou leurs souvenirs personnels… La résistance viendra-t-elle des robots domestiques qui accompagnent les humains ? »

 

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Xavier Dorison et Félix Delep, Le Château des animaux (Casterman)

« J’étais un peu méfiant envers ce projet. J’avais peur d’une énième BD animalière et pourtant je me suis immédiatement plongé dans cette histoire qui fait évidemment référence à La Ferme des animaux de George Orwell. On découvre petit à petit les différents personnages et leurs situations comme Miss B. La chatte qui élève seule ses petits puis un lapin dragueur que l’on croit tout d’abord peu touché par le système totalitaire dans lequel ils sont pourtant tous plongés. Le château est en effet administré par un taureau despotique. Comment s’en sortir face à la puissance de l’animal le plus fort du château ? Les dessins sont magnifiques et sont d’autant plus impressionnants qu’il s’agit de la première BD de Félix Delep… »

 

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Ludovic Debeurme, Epiphania tome 3 (Casterman)

« Ludovic Debeurme est un artiste qui vient de la BD indépendante et dont Epiphania est peut-être la première série grand public. On est, dans Epiphania, et malgré les couleurs flashy des cases, dans un monde malade, en train de mourir. Quelque chose qui pourrait alors apparaître comme une aberration – des enfants qui naissent avec des attributs animaux – va en réalité peut-être se révéler être une chance pour la planète. Ce troisième tome marque la fin d’une trilogie très réussie. Ludovic Debeurme est un dessinateur qui travaille beaucoup le corps. On pense, en le lisant, à David Cronenberg mais aussi à des auteurs américains comme Daniel Clowes. »

 

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Tillie Walden, Dans un rayon de soleil (Gallimard)

« Une BD de science-fiction pour finir et attention, c’est plus de 500 pages qui vous attendent. Malgré sa taille, et son poids, ce roman graphique ce lit cependant très vite tant on est plongés dans l’histoire. On suit une jeune femme qui part aux confins de la galaxie restaurer des vestiges architecturales. Assez rapidement cependant, lui remontent en mémoire des souvenirs de son histoire d’amour avec une certaine Grace.
C’est une histoire très fine, très subtile dans un univers presque entièrement peuplé de femmes. S’il s’agit de SF et de vaisseaux spatiaux, on reste dans le registre de l’intime. »

 

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Les 5 romans de l’imaginaire choisis par Julien de La Dimension Fantastique

 

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Les 5 livres jeunesse d’imaginaire choisis par Maria de L’Enfant Lyre