Quand Babelio rencontre les éditions Akata

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Si le manga souffre encore d’un manque de légitimité en France – malgré un nombre de lecteurs toujours plus conséquent -, certains acteurs n’hésitent pas à prendre des risques et proposer des parutions sur des sujets de société ultra-contemporains, à la manière japonaise. Akata est de ces éditeurs qui, comme le précise l’éditeur/directeur de collection Bruno Pham, « aime[nt] beaucoup publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies » ». Et ça réussit visiblement bien à cette maison d’édition devenue indépendante en 2013.

Alors qu’Akata s’est lancé depuis quelques mois dans l’édition de romans à travers deux collections, nous avons voulu en savoir plus sur ce secteur et ses enjeux, en interviewant Bruno Pham. Il nous a répondu longuement ci-dessous.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet et l’équipe des éditions Akata, depuis sa prise d’indépendance vis à vis de Delcourt en 2013 ? Quel bilan faites-vous aujourd’hui de ces quelques années en tant qu’éditeur de manga indépendant ?

Akata est une maison d’édition indépendante, installée dans la campagne du Limousin. La prise d’indépendance a été, d’une certaine manière, faite d’un commun accord. Nous n’avions plus les mêmes envies, éditorialement parlant. Nous, on se sentait à l’étroit – ce qui est assez paradoxal – en travaillant avec un grand groupe, et finalement ne pas renouveler le contrat avec les Editions Delcourt est une des meilleures choses qui a pu nous arriver. Cela nous a redonné une grande liberté, aussi bien au niveau du choix des ouvrages à publier que du ton à adopter pour le faire. Le projet, c’était surtout d’être « libre » et de faire de partager des livres qui nous tiennent à cœur, d’être nous-mêmes sans trahir nos convictions. Souvent, quand je parle avec des éditeurs japonais qui ne nous connaissent pas encore, je dis qu’on aime beaucoup publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies ». Ça peut faire un peu pompeux, dit comme ça, mais je crois profondément dans le soutien émotionnel que peut apporter la Culture, au sens large du terme… Et du coup, je crois que tout notre éditorial est inspiré de cette volonté.

En 2019, on finit donc notre sixième année en tant qu’éditeur indépendant. Le bilan est de notre côté très positif. Même si le quotidien d’un éditeur indépendant est, on ne va pas se le cacher, épuisant, et que c’est souvent une lutte quotidienne. Mais on aime les livres qu’on publie, on reçoit des retours très positifs, autant des lecteurs que des journalistes, des libraires ou les documentalistes. Des éditeurs japonais m’ont dit, à plusieurs reprises, que quand on publiait un manga chez Akata, souvent, peu de temps après, ils avaient des demandes de publication pour d’autres pays européens… Des gros éditeurs de mangas commencent à lancer des collections qui ressemblent « étrangement » à ce qu’on peut proposer… Je crois que ça veut bien dire ce que ça veut dire… En tout cas, on est très contents des ouvrages qu’on publie, de ce qu’ils racontent et de comment ils sont accueillis… Les mois qui viennent s’annoncent très excitants, et on a hâte de dévoiler nos nouveautés de 2020.

Quel est votre rôle au quotidien chez Akata ?

Je suis officiellement « directeur de collection », c’est à dire que je « choisis » les ouvrages que nous publions. Mais en réalité, cela se déroule souvent de manière assez collégiale, et on en discute toujours en équipe. Au-delà de ça, parce qu’on est une petite équipe, nous sommes tous multi-tâches. Je touche à beaucoup de choses… En premier, évidemment, tous les rapports avec les ayant-droits japonais (auteurs ou éditeurs), qui est une partie centrale de mon travail. Mais je gère aussi une partie des rapports avec notre distributeur-diffuseur, avec l’imprimeur, en partie avec les équipes de freelances (traducteurs, graphistes…). Ca m’arrive de traduire ponctuellement certains mangas aussi, et je m’occupe des réseaux sociaux d’Akata, ainsi que du contenu du site web, et globalement d’une partie de la communication publique. Les journées sont souvent très différentes les unes des autres.

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Ces derniers mois vous avez décidé d’étoffer les parutions de romans, via les collections So Shôjo (light novels illustrées) ou Young Novel (romans jeunes adultes). D’où est venue cette idée et quel est l’objectif ? L’ADN d’Akata est visiblement en train de muter…

Je pense que cette volonté s’est faite en deux étapes. Tout a commencé quand le manga orange (notre gros best seller) a été adapté au Japon en roman jeunesse. Du coup, forcément, on s’est posé des questions… De ce que j’ai pu constater, il y a encore des parents qui sont réfractaires au format « manga », qui considèrent ça comme un « sous-produit » culturel, et qui rechignent à en acheter pour leurs enfants. Mais comme je le disais, on aime proposer des livres qui peuvent sauver des vies, et orange fait littéralement partie de ceux-là. C’est un titre rare, et vraiment précieux, généreux. Et d’une certaine manière, c’était assez frustrant de se dire que son impact pourrait être limité. L’adaptation en roman était une superbe opportunité de toucher un autre lectorat, avec ce contenu si précieux. Et était aussi une porte d’entrée vers l’univers du manga, pour des parents qui auraient encore pu y être réfractaires.

Et après ça, tout s’est enchaîné. Il fallait bien créer une collection pour publier des romans, d’où la création du label « So Shôjo » (destiné à un lectorat à partir de 12-13 ans). Suite à ça, très vite, on a trouvé d’autres ouvrages, mais qui s’adressaient à un public âgé. Il fallait créer le cadre adapté pour les proposer. Ce que je dis souvent, c’est que chez Akata, on ne crée pas des collections « marketing » pour les remplir au forceps et de manière souvent artificielle, mais plutôt l’inverse : on a des coups de cœur sur des ouvrages, et on essaie de créer le cadre adéquat pour les proposer. C’est exactement ce qui s’est passé pour les romans.

Dans le fond, je ne crois pas du tout que notre « ADN » soit en train de muter. Au contraire, je crois qu’il s’affirme. Parce que justement, ce qui compte et a toujours compté pour Akata, c’est le fond des histoires et ce qu’elles racontent. Notre éditorial invite justement à exploser les limites, à ne pas coller des étiquettes enfermantes, à mettre plus d’importance sur l’intériorité que l’apparence… De ce point de vue-là, donc, le fond des mangas qu’on publie ou des romans qu’on publie est assez proche et cohérent. D’ailleurs, les mangas comme la littérature « young adult » souffrent d’une même image de « sous-culture ». Les problématiques à ce niveau-là sont donc assez connexes.

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Akata a une image assez militante et engagée parmi les éditeurs de manga, notamment à travers les sujets traités dans les parutions ; une caractéristique que l’on retrouve dans les romans (par exemple avec Je ne suis pas un gay de fiction de Naoto Asahara qui parle d’homosexualité ou Ce qu’il n’est pas de Bingo Morihashi sur un homme transgenre). Est-ce le reflet d’une volonté éditoriale, ou plutôt d’une production japonaise très étendue sur les problématiques contemporaines ?

C’est un reflet des deux, je pense. L’éditorial japonais a toujours été très dense et aborde presque tous les sujets possibles. Il y a peu de tabou… Il y en a, mais j’ai l’impression qu’il y en a moins qu’en France. Et du coup, c’est un éditorial très riche. Mais évidemment, si on publie et qu’on réunit plusieurs ouvrages de société et engagés, c’est bien parce qu’on a envie de le faire. On pourrait aller sur ce qui est plus « tendance » et « facile à vendre » (j’insiste sur les guillemets). Mais on envisage la publication de nos romans avec la même démarche que nos mangas. Comme je l’ai dit, on aime publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies ».

De fait, on est convaincu de l’importance de la « représentation » dans les œuvres de « fiction ». Des plus ou moins jeunes lecteur.ices ont besoin de pouvoir se retrouver dans des personnages variés, moins uniformisés et monolithiques que ce qu’on peut trouver trop souvent. Et ce qui est super stimulant, quand on travaille sur des romans japonais, c’est que d’emblée, on est sur des personnages asiatiques. Il y a un vrai manque de représentation de personnes asiatiques en France, et c’est souvent assez… Hmm… Pour être gentil, on va dire assez « fantasmé ». En tout cas, cette volonté de représentation passe donc aussi par des personnages LGBTQ+. De toute façon, globalement, notre éditorial invite souvent à comprendre « l’altérité », la différence, à dépasser les clichés et l’ignorance, à aller vers l’autre et lui tendre la main. Ça passe aussi par des thématiques comme le racisme (Un pont entre les étoiles), mais aussi le validisme (Perfect World, Running Girl).

Comment naissent les projets de romans ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

On ne travaille pas en direct avec les auteurs japonais. Mais toujours via leurs agents des services droits internationaux des éditeurs japonais. Il peut arriver qu’on trouve un ouvrage nous-mêmes, et qu’on leur en parle (aux agents). Et parfois, c’est l’inverse. Je dois avouer que sur les romans, ils ont été très pertinents… Ils nous connaissaient déjà très bien, avec notre éditorial manga, et ils savaient parfaitement le genre d’ouvrages qu’on aime et qu’on a vocation à publier. Du coup, ils sont arrivés avec les valises pleines en me présentant plein de choses très stimulantes. Mais forcément, on a dû faire un gros tri. D’abord parce qu’on doit avancer très prudemment, sur ce secteur encore très fragile, et aussi parce qu’on reste une petite structure. Il y énormément de sagas avec des volumes « à n’en plus finir ». Ça nous a semblé d’emblée rédhibitoire et trop risqué.

On a pris ce risque simplement sur Ce qu’il n’est pas, car l’histoire se déroule dans le même univers que notre manga Celle que je suis, et ça faisait un complément vraiment parfait. Avec 6 tomes, ça reste relativement raisonnable. En tout cas, le choix se fait de la même manière que pour nos mangas : les thématiques portées par les ouvrages, et le traitement de celles-ci. Après, on essaie de voir si le risque (financier) de publication n’est pas trop élevé. Car c’est toujours un risque. Ce qui est compliqué, c’est que souvent, sur les « light novels » japonais, le lectorat cible est masculin-hétéro, alors qu’en France, il semblerait que sur le « young adult », on est plutôt sur un public féminin. Ça peut paraître bête, mais avec des narrateurs désabusés, assez représentatifs du désarroi d’une génération de lecteurs japonais, je crois que ça peut rebuter certain.es lecteur.ices en France. Ces personnages, au premier abord, peuvent paraître assez antipathiques. Puis ils se dévoilent, ils évoluent, ils grandissent. Parfois trop tard mais… Enfin bref, tout ça pour dire qu’on essaie de voir si ce type de personnages va quand même « parler » un minimum aux personnes ici.

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La plupart des titres sont traduits du japonais, mais vous avez aussi sorti récemment Run Away de Mathieu Guibé (dont vous pouvez retrouver notre interview à propos de ce livre ici), illustré par Sinath. Pouvez-vous nous parler un peu de la genèse de cette light novel ?

Alors ça, c’est toute une aventure ! A l’origine, Run Away était un projet très différent… Mais être éditeur, ça suppose d’être flexible, et de savoir s’adapter. Run Away, c’est vraiment une succession d’évènements, de petites choses, d’heureux hasards et de rencontres, de transformations et d’êtres humains qui grandissent. D’un côté, il y avait Sinath et Mathieu Guibé, qui se connaissaient depuis longtemps, et qui un jour se sont retrouvés par hasard en salon, et de là est née leur envie de réaliser ensemble un projet de « manga ». D’un autre côté, à mon retour du Japon, quand je me suis installé en France pour travailler pour Akata, j’ai rencontré Sinath dans une médiathèque de banlieue parisienne où je donnais une conférence. On s’est très vite entendu… Puis entre temps, Akata est devenu indépendant. Ca nous a donné la possibilité de faire de la « création », et on a donc signé le projet Run Away avec Mathieu et Sinath, alors sous la forme de manga. Mais après ça, Sinath a eu une remise en cause artistique, et ses envies ont changé. Pendant ce temps, Mathieu, lui, se faisait une place aux côtés de Nine Gorman avec leur bestseller Ashes falling for the sky. De notre côté, le « hasard » faisait qu’on se lançait avec notre première collection de roman. Et comme on s’était attaché au projet, à ses personnages, et à ce qu’ils véhiculaient, qu’on avait envie de continuer à le porter, l’idée de transformer Run Away en roman a fini par germer. A la base, de toute façon, Mathieu avait pensé le scénario comme une très courte nouvelle (qu’on avait prévu d’inclure dans une version collector du « manga »). Il a réalisé un travail exceptionnel pour le transformer en récit bien plus long. Bref, comme vous le voyez, tout a été question de timing. Dans un timing différent, avec le moindre grain de sable dans la machine, le projet n’aurait jamais vu le jour. D’une certaine manière, il y a quelque chose d’assez fluide, presque magique, dans tout ça.

Avez-vous prévu de faire plus de créations de romans directement en français dans les années à venir ?

Pour le moment, nous n’avons rien de « signé », mais comme je l’expliquais, l’édition est une aventure, et je pense qu’il est important de rester ouvert d’esprit. On est complètement ouvert à cette idée, si les projets qu’on reçoit sont en phase avec ce qu’on publie. Peu importe l’origine, en réalité. Ce qui compte, c’est d’abord le fond. Donc affaire à suivre… Rien de concret, mais la porte est entrouverte !

Pouvez-vous nous expliquer les enjeux de la traduction de romans, le travail avec les traducteurs du japonais au français et leurs implications culturelles ? Est-ce une tâche très différente pour vous lorsqu’il s’agit de manga ou de roman ?

Les problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes. Sur le manga, on a des contraintes liées à la taille des bulles, au découpage des cases… Et comme le japonais et le français ont des structures grammaticales très inversées, il faut parfois se torturer l’esprit pour avoir une phrase qui dévoile la bonne information au bon moment. Le style d’un auteur est moins dans le texte que dans la narration, et dans un manga, il peut y avoir une foultitude de niveaux de langages différents. Comme si les personnages et leurs manières de parler prenaient le dessus sur la manière de parler de l’auteur. Il y a des auteurs de mangas chez qui les mots (et notamment les monologues de pensées) ont un impact plus important que chez d’autres.

Pour un roman qui aurait moins de dialogues, c’est moins les personnages qui parlent que l’auteur. Mais sur ce qu’on appelle pour des raisons « marketing » le « light novel » (expression que je n’aime pas beaucoup), il y a tout de même beaucoup de dialogues. Donc, on est vraiment sur un entre-deux qui est assez complexe à gérer. Surtout que les langues japonaises et françaises ne fonctionnent pas du tout sur la même dynamique, la même poésie, et les mêmes types de rythme ou de sous-entendus. C’est très complexe. Parfois, sur les romans, il faut vraiment fusionner plusieurs phrases, mais aussi supprimer des répétitions de vocabulaire. La langue japonaise aime beaucoup la répétition, en français, ça peut vite devenir très lourd. Donc, il faut trouver un vrai juste équilibre, et c’est un exercice différent pour chaque ouvrage. Car chaque ouvrage a un ton différent. En tout cas, on s’efforce de cherche des traducteur.ices flexibles et ouvert.es d’esprit, qui comprendront les problématiques des personnages, sans les juger, pour les exprimer en français. En tout cas, si les lecteur.ices veulent des textes qui ressembleraient à la littérature française, je ne suis pas sûr qu’ils s’y retrouvent. Quand on prend un roman étranger, je crois qu’on doit être prêt à accepter une marge « d’inconnu », ou en tout cas d’être déstabilisé. Que ce soit par le ton, le contenu, le texte… Au final, je trouve les réactions de lecture très intéressantes. Sur le tome 1 de Ce qu’il n’est pas, j’ai vu un avis qui disait que le style était trop pompeux, et un autre qui disait qu’il trouvait ça écrit de manière trop sommaire. Ça prouve parfaitement mon propos, je crois…

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Lorsqu’Akata est devenu indépendant, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement, des modèles ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

On est devenu indépendant car ça devenait compliqué de publier en restant nous-mêmes et de manière libre. Donc, c’était ça le seul objectif. Plutôt que d’écouter « l’extérieur », et le bruit parasite qui peut aller avec, je crois que c’est important d’être à l’écoute de soi-même. De ce qu’on souhaite vraiment, et je ne parle pas de faux désirs. Devenir indépendant, c’était d’abord cette quête-là, ce besoin viscéral de se sentir plus « libre », plus en accord avec soi. Même si ça n’a pas été un choix simple, à bien des niveaux. Mais du coup, avoir des « modèles », non, je ne crois pas… Bien sûr, dit comme ça, ça peut paraître très égocentrique. Ce n’est pas du tout ce que je veux exprimer. Tout ça, c’est une question d’équilibre. En fait, c’est un peu comme un auteur… A travers son œuvre, il se livre. Mais s’il ne touche aucun lecteur, c’est qu’il y a eu un problème quelque part. Donc, même si je dis que notre modèle, c’était plutôt « être soi-même », à l’inverse, ce qui est à éviter, c’est de rester dans « l’entre-soi ». Parce qu’en tant qu’éditeur, on publie d’abord pour les lecteur.ices. Ce jonglage-là, qui consiste à trouver l’équilibre entre un soi authentique sans se fermer aux autres, je crois que c’est ça qui nous anime.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition de mangas et de romans young adult ?

On connaissait déjà le monde de l’édition de manga. A ce niveau-là, ça ne nous a pas appris tant de choses que ça. Enfin, on s’est formé sur le tas dans certains métiers quand même. Mais on n’a pas eu de surprises sur les dessous du manga ou les fonctionnements. On était déjà des acteurs très actifs de ce « milieu ».

Pour le roman… c’est une toute autre histoire par contre ! C’est encore récent, et en réalité, on est encore en apprentissage là-dessus. De mon impression, le secteur global du « young adult », ou plus généralement de la littérature « jeunes adultes » (au sens très large) est encore très mal défini. Pour le moment, il y a « la littérature générale », et la « littérature jeunesse », qui est un gros fourre-tout parfois assez incompréhensible. Les catégories usuelles sont assez segmentantes, et bizarrement trop larges. Si on regarde les « romans jeunesse », on voit trois segmentations : « romans tout-petits », « romans 8-12 ans » et « romans 13+ ». La plus compliquée, à mes yeux, c’est vraiment le « romans 13+ ». Parce que dans les bases de données officielles, la catégorie « young adult » rentre dans cette catégorie. Et entre 13 ans et 20 ans, la différence est énorme. C’est probablement la période de sa vie où on change le plus vite. Donc je crois que sur cet aspect bien précis, toute la profession (enfin, toutes les professions) ont un énorme chantier à mettre en route.

Sinon, de mon ressenti, j’ai l’impression qu’il y a une espèce d’hypocrisie assez forte sur ce qu’on peut aborder dans la « littérature jeunesse ». Dans le manga, on aborde assez facilement tous les sujets. Mais dans la littérature jeunesse, il y a clairement des tabous… Pour moi, rien n’est tabou, tout est question de traitement. La sexualité, notamment, semble faire grincer des dents. Avec l’évocation des parties génitales, par exemple. Si on parle de maladie, on peut décrire le corps de manière très détaillée, y compris de manière parfois très « dégoûtante ». Pareil pour la violence, j’ai la sensation qu’il y a une certaine forme de tolérance, y compris dans la description de tout ce qui est gore. Ça peut aller très loin parfois, y compris de manière gratuite… Par contre, dès qu’on parle de sexualité, ça bloque. Il faut évoquer les choses avec un « langage fleuri ». Ce que je trouve assez malhonnête, en fait. Comme si on prenait les lecteurs et lectrices pour des idiots attardés. Mais avec le développement d’Internet et de la pornographie gratuite pas toujours très saine, je crois profondément que la littérature jeunesse doit s’emparer de ce genre de sujets. Mais je vois bien comment ça réagit quand j’évoque certains livres ou certaines thématiques. Certains librairies jeunesse refusent d’emblée des livres qui abordent des thématiques LGBT, par exemple. Je trouve ça grave, et profondément problématique à la fois.

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Globalement, comment voyez-vous l’évolution du marché du manga ces dernières années ? Quels objectifs vous fixez-vous ?

Je l’envisage en tout cas avec vigilance. Il y a beaucoup de nouveaux acteurs, et beaucoup de livres qui sortent. On parle d’une augmentation du marché sur l’année 2019, mais j’avoue que je n’aime pas trop parler comme ça. En fait, ce qui compte le plus pour moi, c’est de savoir si les projets sont rentables, au cas par cas. Le « marché » étant en augmentation, c’est censé être positif. Mais l’écart entre ce qui se vend et ce qui ne se vend pas peut être énorme, et les bides commerciaux peuvent se faire parfois aux dépends des lecteurs et des auteurs. Ça, ça m’inquiète. Et avec l’ultra-concurrence (pour l’achat des licences, pour la visibilité, etc.), tout devient plus cher, plus compliqué, et donc plus risqué financièrement. On reste une petite structure indépendante, et donc, plus que les grosses entreprises, on doit être particulièrement vigilants. Je ne suis pas foncièrement inquiet, justement parce que plus que quiconque, on a conscience du risque. Donc, on réfléchit à tous nos choix. Même si ça ne se voit pas forcément. Mais du coup, en gros, notre objectif est simple : continuer à publier des ouvrages qu’on aime et qu’on a envie de partager, sans trahir notre vision éditoriale et nos convictions intimes. Si possible, en réussissant à se reposer un peu aussi pour trouver un équilibre dans nos vies personnelles… Ça, ce n’est hélas pas encore gagné…

Trois livres pour découvrir Akata

pour-trois-jours-miakiPour trois jours de bonheur, j’ai vendu le reste de ma vie, de Sugaru Miaki

Un héros au premier abord très imbu de lui-même, mais qui après avoir enchaîné les pires choix possible, va réaliser le sens de ce qu’est vraiment le « bonheur ». Je pense que c’est un ouvrage qui arrive à capter un vrai malaise générationnel, avec des jeunes qui ont grandi en entendant quotidiennement que l’avenir ne leur réserve rien de positif. Il y a des gros twists dans l’histoires, et cette romance aux airs parfois fantastiques gagne vraiment en puissance au fil des pages…

je-ne-suis-pas-gay-fictionJe ne suis pas un gay de fiction, de Naoto Asahara

A ne pas mettre entre toutes les mains, car les thématiques abordées sont parfois dures et très frontales, mais c’est un ouvrage important. L’auteur est lui-même gay (#OwnVoice), et il parle du quotidien d’un jeune gay au Japon. Mais aussi de la fétichisation qu’ils subissent parfois à travers les boy’s love et homo-romances. C’est assez cru, assez frontal, et il y a des relations pas très saines, mais qui ne sont pas idéalisées. On ressent le mal-être du héros, très profondément, mais pas seulement le sien. Le personnage féminin qui l’accompagne est aussi (d)écrit avec intelligence. Ca parle de la pression sociale, du moule, de la « normalité », du bonheur…

vie-devant-toiLa vie devant toi, de Hideki Arai et Taichi Yamada

J’ai quand même eu envie de mettre un manga… Pas forcément le plus connu, mais qui est une œuvre si généreuse. On suit la vie et les interactions de trois délaissés de la société. Un jeune adulte aide-soignant qui a démissionné de son travail, une assistante sociale quadragénaire et célibataire,  et un vieux retraité malade en fin de vie. La rencontre de ces trois-là va faire des miracles, d’une certaine manière. Ca regarde sans détourner les yeux les défauts des personnages, mais c’est une vraie invitation à tendre la main vers autrui. Un gros one-shot qui ne peut pas laisser indifférent !

Merci à Bruno Pham pour ses réponses.

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

Quand Babelio rencontre les éditions B2

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L’errance et la curiosité sont les deux mamelles de la découverte. C’est en se laissant guider par celles-ci, en plein pilotage automatique, qu’un jour de mars 2019 nous foulions la piste des éditions B2, au détour du stand Île-de-France du Salon du Livre de Paris. Un éditeur passé sous nos radars jusque-là – mais quoi de plus normal pour une maison au nom de bombardier furtif ?

Après consultation, achat et lecture de quelques-uns de leurs livres, passionnants dans le fond comme dans la forme, nous avons eu envie de vous faire partager un parcours d’éditeur plein de turbulences, celui de Nikola Jankovic. Ou comment relier livre et architecture dans des constellations thématiques toujours plus vastes et étonnantes.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet des éditions B2, son équipe ? Quels sont les territoires couverts et l’idée ayant présidé à la création de cette maison d’édition ?

Nikola Jankovic : Avec presque 100 titres à ce jour et aucun salarié depuis 8 ans, B2 se veut un « cabinet de curiosités architecturales » parcourant le temps et l’espace : du néolithique à nos jours en abscisse, et de Los Angeles à Vladivostok en ordonnée (exception faite de quelques items sur la Lune et l’Espace, date anniversaire oblige)… Cabinet donc, mais aussi bien « cosmogonie portative », un cluster d’espèces d’espaces et d’hétérotopies où l’intention (le projet) et parfois sa réalisation architecturales deviennent l’attestation, entre histoire culturelle et économie matérielle, d’un « ça a été » de nos humanités. Unités de temps, d’espace et d’action délimitent ainsi une myriade d’« histoires » recoupant l’Histoire…

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Ce qui frappe d’emblée quand on découvre les éditions B2, ce sont les choix graphiques très forts des première et quatrième de couverture. Comment avez-vous conçu ces maquettes accroche-rétine, immédiatement reconnaissables ?

Dois-je bien le prendre !?! Bien sûr l’apparence, la première de couverture et l’ergonomie générale de l’extérieur (puis de l’intérieur) ont leur importance ! Mais le contenu en a davantage… j’y reviendrai. Architecte de formation et longtemps pigiste dans la presse magazine art-architecture-design, je ne connaissais rien ou presque au graphisme à la création de B2 en 2011. Par contre, je savais ce que je voulais : garder le meilleur du livre et du périodique. D’abord un rythme de parution de 12 titres par an, mais un dos carré-collé que l’on ne jette pas mais que l’on range dans une bibliothèque ; ensuite, cette cadence devait induire une sérialité proliférante et des codes-couleurs pour l’organiser. Or, partant du constat d’une érosion de la lecture et d’une augmentation des mobilités, le « petit livre de poche » s’est aussi imposé pour répartir les risques en alternative à l’édition d’un gros long seller académique me faisant de suite déposer le bilan. Optimisé au vu des standards d’imprimeur, le format 10×15 s’est ainsi justifié pour devenir réellement à la taille d’une « poche » – à glisser dans une veste, un sac à main voire une poche de pantalon.

Vu le lectorat visé et mon budget, le « chic-et-pas-cher » (évalué à une place de cinéma ou deux bières en terrasse) m’a semblé un critère important : donc couvertures noires – peu onéreux, mais toujours sobre, classe et sérieux. La réponse fut donc très simple : mélange de Pop Art warholien racoleur et du velours utilisé par les diamantaires d’Anvers (pour laisser à une pierre tout loisir d’exprimer sa coloration), les couleurs de l’arc-en-ciel permettaient d’organiser sept « codes-couleurs » thématiques. L’impression offset en bichromie à « couleur directe » serait même plus lumineuse (plutôt qu’une impression en quadrichromie). J’avais pensé à tout – la déclinaison de couleurs et de formats – puis ai fabriqué mes premiers prototypes seul. J’ai proposé à un ancien de mes élèves aux Arts Déco de m’aider, avant de former mon « écurie » de jeunes graphistes. Partant d’une notoriété nulle et d’un catalogue balbutiant, la reconnaissance a démarré lentement ; mais deux ans plus tard, avec une vingtaine d’ouvrages au catalogue et une refonte de l’identité visuelle née des commentaires de lecteurs, 2013 a été l’année de bascule : un célèbre bureau de graphisme a même éhontément « emprunté » (contrefait) mon système original pour le transposer à des guides de voyages d’un célèbre malletier à monogramme. David contre Goliath : choqué, mais plutôt flatté ! Plus tard, ces gens ont poursuivi leur méfait en déclinant ma gamme de formats medium, large et extra-large ; il y a quelques semaines, et sans vergogne, ils m’ont même proposé leurs services !

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Pourquoi avoir choisi le nom de « B2 », tiré du bombardier furtif lancé par l’US Air Force en 1989 – auquel vous consacrez d’ailleurs le livre Fatal Beauty, signé Jan Kovac ?

À cause du groupe U2, de l’Institut national de la propriété intellectuelle, des querelles entre chapelles d’architectes ! Je m’explique : lorsque l’on dépose une marque semi-figurative à l’Institut national de propriété intellectuelle (INPI), on privilégie un nom court, une aisance d’élocution, en français voire en d’autres langues. Côté logo, si le mot « bâtiment » renvoie spontanément à l’architecture terrestre ou navale, la silhouette si iconique du bombardier furtif permettait d’enjamber toute appartenance à telle ou telle chapelle ; en outre, elle me permettait d’embrasser un spectre de conception « architecturale » bien plus vaste… Eh oui, bien que naguère objecteur de conscience, nous avons effectivement consacré à ce superbe appareil de destruction une petite édition numérotée : Jan est un passionné de design spatial et militaire ; fort de 500 visuels d’archives, il vient de sortir un très bel essai sur le programme Apollo, vue de toutes ses infrastructures et bureaux d’études mobilisés pendant quinze ans sur le sol américain, On va marcher sur la Lune. D’ailleurs dès 2016, nous avons décliné le logo unique de la « marque B2 » en des logos propres à chaque format, avec le détourage d’autres appareils furtifs. Le B2 à l’envergure d’A380 est donc resté le logo du plus petit format, mais aussi de la marque protégée !

Comment naissent les projets de livres ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

Il n’existe aucune règle. La feuille de route initiale a été respectée pour les 2 ou 3 premiers titres de chaque code-couleur : un cocktail en trois tiers. 1/3 de titres du domaine public (enrichis par une édition scientifique augmentée justifiant la ressortie d’un sujet ancien) ; 1/3 de titres d’auteurs francophones actuels ; puis 1/3 de traductions, option onéreuse pour de la micro-édition indépendante, mais nécessaire, non seulement pour un cabinet de curiosités, mais aussi pour publier des spécialistes étrangers, souvent enseignants dans de grandes universités nord-américaines. Dans un second temps, il a fallu faire de nouveaux tris, économiques, prioritaires, stratégiques : restreindre les projets coûteux ou sans chance de succès ; oser contacter prioritairement quelques auteurs admirés, confirmés ou en devenir, français (Patrick Boucheron, peu avant sa nomination au Collège de France) ou étrangers (professeurs à Harvard, Columbia, Princeton, UCLA), souvent sollicités pour un article ancien réarrangé et à titre gracieux – je reste admiratif de leur générosité intellectuelle et leur en reste redevable.

Au-delà d’une certaine masse critique, non seulement la « nation arc-en-ciel » des titres du catalogue prenait vie, mais elle permettait désormais une nouvelle étape épistémologique de ce qui n’était alors que de petites briques taxinomiques éparses : l’interconnexion et la prolifération des titres, sujets et auteurs. Cette triangulation pouvait se faire au sein d’une même « collection » ou en arborescences transversales, par capillarité, d’une section l’autre, pour former une « constellation de constellations » interconnectées. Cela complète sa dimension « Galaxie Gutenberg ». Enfin, une troisième étape surgit avec un début de notoriété, consistant à gérer le système, le mettre à jour et l’adapter aux inputs, absents au départ : des auteurs vous sollicitant avec un manuscrit, de prétendues aides ou subventions (environ 10 % de nos titres), gérer la pénurie, le calendrier, les déficits… J’ai une vision très pessimiste de mon avenir professionnel, citoyen, humain…

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Vous semblez avoir une définition très particulière, ou du moins assez large, de ce que peut recouvrir le terme « architecture » – c’est du moins ce que votre catalogue laisse entendre…

Vous trouvez ? À lire le nom des collections, j’y trouve une grande cohérence : tout repose précisément sur cette compréhension extensive de l’« architecture » entre ses tracas du quotidien (art, politique, économie) et ses retombées humaines, sociales voire civilisationnelles. Transposée dans la matrice B2, elle fédère un champ épistémique incluant le design (rouge), l’actualité (orange), toutes sortes de « territoires » (jaune), des aspects plus sociétaux (vert) ou contre-culturels (bleu), mais aussi de patrimoine (rose) et de « fac-similés » attestant de documents oubliés (violet). À quoi il faut ajouter une huitième « couleur », une encre métallique bronze, sur le conseil d’un graphiste qui me dissuada d’utiliser le sépia initialement souhaité pour la collection « Flashback », des monographies-testament d’architectes en fin de vie sur une seule de leur œuvre : pour lui, cette évocation rétro était too much, alors que la seule encre métallique bronze transcendait une carrière d’Immortels ! Et il n’avait vraiment pas tort !

Toutefois il est vrai que le nombre des acceptions du mot « architecture » n’a d’égal que la richesse du verbe to design en anglais, sans même parler des sens plus ou moins extensifs ou spécialisés qu’en auront un artiste, un ingénieur, un philosophe ou informaticien – qui tous donnent au mot « architecture » un sens spécifique. À l’ère du big data et du réchauffement climatique, les trois points de Vitruve « Utilité, Solidité, Beauté » obligent de surcroît à une compréhension plus systémique et environnementale des artefacts intentionnels ou involontaires que nous, humains, habitons et aménageons auprès des non-humains…

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Votre catalogue regroupe pas moins de 15 collections : est-ce que ça n’induit pas un problème de gestion de votre côté, et de segmentation trop importante pour les lecteurs ?

Assurément, vous n’avez pas tort : 15, c’est trop – sauf à hiérarchiser ¾ des titres dans 8 collections thématiques, et le dernier ¼ dans 3 collections de formats et 4 autres vraiment plus marginales. Au départ, la taxinomie des mots et des choses de mon projet était simplement d’agréger des micro-histoires que la restriction pédagogique et temporelle tend à supprimer dans un manuel embrassant l’Architecture « de l’Antiquité à nos jours » : en allant de la pyramide égyptienne à la Renaissance puis à Le Corbusier en 26 leçons/chapitres, on oublie l’histoire culturelle de la « pelouse américaine » ou de l’incidence sur l’« architecture » du Spoutnik et du fondateur de Playboy magazine proposée par Beatriz Colomina ; on zappe le projet cybernétique pour piloter le Chili de Salvador Allende ou l’odyssée des modules Apollo et des combinaisons spatiales Playtex. Et puis, comme la construction méticuleuse d’un Kubrick ou d’un Hergé, j’aime unifier dans un temps rapproché hippies californiens et projets nazis, ikebana post-Hiroshima et bulldozers israéliens, tribu d’Amazonie et architecture corporate IBM, ou bien faire cohabiter Néolithique, Moyen Age, Renaissance et smart cities dans la longue durée. Pour le meilleur comme pour le pire, cela nous montre qui « nous » sommes… ou n’avons pas été.

Les fonctions d’editor et de publisher, qui font de moi un « éditeur » devant rendre public en « publiant », m’ont incité à délaisser une ligne éditoriale par titre/ISBN au profit d’une organisation par collection/ISSN fédérant un système ouvert, croisé et encore en expansion. Structurant, le cloisonnement par collection maintient toutefois encore une démarche encyclopédique apposant des entrées et des renvois transversaux ; et d’un certain point de vue, elle l’est. Mais la finitude des éditions imprimées de l’Universalis est morte le jour où Wikipédia est né et survit difficilement !

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui, forcément, un éditeur est par essence d’abord un lecteur. Mon projet s’est évidemment inspiré des « modèles », à suivre et à ne pas suivre : des Que sais-je ?, des petits livrets Allia ou de l’intéressante expérience (mais avortée) des petits livres de poche Points2 du Seuil dont le très bon spot en ligne moquait les pubs sensuelles de l’iPad. Tous mes projets numériques n’ont jamais démarré, mais j’ai encore des discussions passionnées sur le sujet – et des projets à moyen terme. D’ailleurs, depuis l’invasion de Netflix et le déclin de la télévision linéaire, la « convergence » est décidément d’actualités, y compris dans l’édition – ainsi qu’en témoigne l’étrange stratégie de Vivendi/Editis selon Arnaud de Puyfontaine et dans la continuité de Jean-Marie Messier…

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Après, je le mesure empiriquement : happé par les manuscrits et le flux de la presse écrite, je ne lis quasiment plus de livres. Je regrette cette cadence stakhanoviste de notre quotidien, tout comme l’offre pléthorique et marketée des industries culturelles dictées par les écrans, les forfaits illimités, les lieux d’exposition ou les supports d’éditions textuelles ou audiovisuelles : qu’il était simple le monde analogique d’avant, avec des livres convenus, de jeux de société en bois ou carton, de quelques films de producteurs établis et trois chaînes d’Etat en noir et blanc ! Au départ, en 2011, mon capital social n’était que de 10 000 euros : la sortie d’un seul fiasco immédiat ou long seller de 600 pages invendu sur quinze ans mettait d’emblée fin à l’histoire ; et puis mon projet initial était l’édition électronique pour iPad, acheté dès sa première sortie au printemps 2010. Son, vidéo, agrandissement des images sur un écran tactile, bookmarks, annotations, hyperliens, moteurs de recherche, un monde nouveau s’ouvre… s’est soudainement refermé : à l’instar de mon arrière-grand-oncle Nikola Tesla (dont un B2 raconte l’impasse philanthropique de son rêve de gratuité d’électricité mondiale face à son business angel, le banquier John P. Morgan, féru de compteurs, box et forfaits pour « accès illimités »), les G, A, F et A de Californie ont tout de suite bridé, verrouillé les interfaces et les licences aux consommateurs, imposé leurs diktats à l’édition et aux médias. Les quotidiens, hebdos, mensuels et éditeurs de romans ou de beaux livres ont tous cherché peu ou prou l’équilibre entre potentiel technologique, modèle économique et contrefeu juridique : maigre bilan. We are the world : les hippies du Summer of Love ont donné vie aux libertariens 2.0 et à la nouvelle Silicon Valley, tandis que l’utopie socialiste et éducative a buté à la réalité oligarchique et capitaliste. Donc oui, à court terme il existe des œuvres d’éditeurs et de graphistes à suivre, assurément… mais la nouvelle Frontière n’est pas là !

Quels objectifs vous fixez-vous pour les années à venir ?

Rester vivant ! Autant dire : un vœu-pieu, car c’est impossible sans le parapluie d’un plus puissant que soi. Si l’on exclut les secteurs bien-être / BD-manga-fantasy, le secteur de l’édition au sens traditionnel stagne, voire décline. L’architecture est un sous-genre de l’édition d’art, mais souvent perçue comme trop spécialisée ou technique. En France, les programmes d’aides et subventions ne lui sont guère favorables. Moins de 10 % de mon catalogue a été aidé, jamais par le CNL et aucun dispositif n’existe à la Culture pour l’architecture (sauf à coéditer des ouvrages d’écoles). Quant aux institutions publiques et muséales, elles sont elles mêmes fragiles et sous perfusion… Récemment, les éditions B2 ont bénéficié d’une subvention américaine : elle sera versée trop tard et n’épongera pas le déficit. Avant même d’imprimer, je sais que ce titre me fera perdre de l’argent. Alors, quel objectif ? Gagner au loto ; malheureusement je n’y joue pas…

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition d’essais/non-fiction ?

Je viens de vous répondre. Bénéficier des largesses d’un mécène qui n’existe pas (et n’a d’ailleurs pas le droit d’aider une société commerciale) ; vivre sous la protection d’un puissant suzerain qui verrait en B2 ou en son éditeur l’opportunité de renforcer son secteur « architecture » (il en existe moins de trois) ; gagner au loto (à condition de tenter sa chance) ; ou mourir plus ou moins rapidement. Pour le moment, et parce qu’avec aucun salarié mes déficits restent très « raisonnables », j’ai opté par défaut pour cette solution finale…

 

 

Quatre livres (et autant de constellations) pour découvrir les éditions B2

Vous l’avez compris, même si je fraye avec les graphistes et les imprimeurs, je reste un architecte docteur en géographie. À ce titre, je suis, à titre personnel davantage un editor (ou « directeur de collection ») qu’un publisher. L’échelle à laquelle je me sens à l’aide est non pas le « livre » en soi, mais l’agencement de titres s’interconnectant en collections.

Pour filer la métaphore neurologique ou informatique, les livres sont des « terminaux », des unités individuelles ou terminaisons synaptiques. Moi c’est les réseaux qui se prolongent derrière que j’aime passionnément, fiévreusement « collectionner ». Vous citer trois titres pouvant chacun participer d’un rhizome d’un catalogue lui-même en expansion n’a guère d’intérêt ; par contre, articuler l’éloquence architecturale dans la Renaissance italienne (Patrick Boucheron) à la « topologie » des cartes et des territoires de Michel Houellebecq (Clémentin Rachet) ou à l’histoire culturelle de la pelouse américaine (Beatriz Colomina) tout en suivant image par image les treize missions spatiale d’Apollo (Jankovic & Vadé) et d’une émulation intellectuelle – surtout pour penser les prochaines décennies !

 

Merci à Nikola Jankovic pour ses réponses

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

5 livres jeunesse à découvrir pour le Mois de l’Imaginaire

Après vous avoir fait découvrir une librairie spécialisée dans la SFFF ainsi qu’une librairie dédiée à la bande dessinée à l’occasion du Mois de l’Imaginaire, nous vous proposons aujourd’hui de faire un tour du côté de la jeunesse avec 5 livres pour cultiver l’imagination des plus jeunes.

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La librairie L’enfant Lyre est tenue depuis presque un an par Maria au 17 rue Saint-Sébastien dans le 11e arrondissement de Paris. Dans cette librairie, de nombreux ouvrages de jeunesse sont classés par thématiques pour faire plaisir aux tout-petits comme aux plus grands. Vous pourrez également y retrouver un rayon dédié à la parentalité, à la psychopédagogie et une section pédagogie pour les enseignants.

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Paul Martin et Jean-Baptiste Bourgois, Violette Hurlevent et le jardin sauvage (Sarbacane)

« Ce livre est mon coup de cœur ! C’est un livre bien écrit et facile à lire, idéal quand on cherche de la littérature jeunesse accessible et de qualité. Un voyage au côté d’une héroïne attachante qui nous entraîne à l’aventure dans son jardin sauvage imaginé. Un livre à dévorer à partir de 9 ans, on accroche du début de l’histoire jusqu’à sa fin. »

Retrouvez notre interview avec Paul Martin et Jean-Baptiste Bourgois à propos de ce livre

 

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Laura Gallego Garcia, La Légende du roi errant (La Joie de lire)

« Je conseille ce livre à partir de 10 ans. Il nous emmène au royaume des mille et une nuits. C’est l’histoire d’un prince poète et orgueilleux qui, vaincu par un autre lors de plusieurs concours de poésie, voudra se venger. Tout au long du roman, il essayera de réparer ses erreurs et devra surmonter d’innombrables épreuves. L’histoire nous tient en haleine du début à la fin ! »

 

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Pierrette Dubé et Audrey Malo, Les Fables extravagantes de Conrad le corbeau (Les 400 Coups)

« Dans ce livre, un corbeau nous conte des fables aux morales farfelues et improbables. On y fait par exemple la connaissance de la moule qui voulait apprendre à écrire et qui cherchait un crayon au fond de l’océan. Ce livre met en scène, à travers des textes courts, divers animaux et personnages imaginés de toutes parts. Un livre que l’on peut raconter aux enfants à partir de 5 ans et qui peut être lu de manière autonome à partir de 7 ans. »

 

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Jean-Pierre Kerloc’h et Kaa Illustration, La Mythologie : Persée et Méduse (Glénat jeunesse)

« Ce livre fait partie d’une collection à lire et écouter très appréciée par nos clients. Idéale pour initier nos petits à la mythologie dès 5 ans. On est transportés au fil des aventures racontées par un conteur de talent et très joliment illustrées. J’aime beaucoup cette collection. »

 

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Claude Ponti, L’Album d’Adèle (Gallimard)

« Quand on me dit “imaginaire” c’est l’album auquel je pense en premier. C’est l’un de mes préférés. L’enfant plonge doucement dans l’histoire qu’il pourra suivre du bout du doigt au fil des illustrations. Claude Ponti nous entraîne comme personne au pays de l’imaginaire ! Pour ce genre spécifique, je pense que cet auteur est vraiment une référence incontournable. »

 

Poursuivez avec…

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Les 5 romans de l’imaginaire choisis par Julien de La Dimension Fantastique

 

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Les 5 BD d’imaginaire sélectionnées par Nicolas de la librairie Refuge

Les Nouveaux Auteurs : l’art du roman noir selon 3 écrivains

Pour la sortie de leur nouvelle gamme « NA puissance 2 », les éditions Les Nouveaux Auteurs et Babelio vous proposaient le jeudi 11 octobre une rencontre avec quelques auteurs de la maison d’édition. Retour sur une soirée sous le signe du polar.

 

Maison fondée en 2007 par Jean-Laurent Poitevin, Les Nouveaux Auteurs se sont donné pour ambition de lancer des auteurs de premier roman grâce à une communauté de lecteurs inscrits sur leur site. La nouvelle gamme « NA puissance 2 » permet ensuite d’accompagner les auteurs dénichés par Nouveaux Auteurs dans leurs prochains romans. Trois auteurs étaient présents à cette rencontre : Frank Leduc, Christophe Vasse et Nicolas Druart ; l’occasion d’en savoir un peu plus sur leur parcours et sur leur travail d’écrivain.

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Trois auteurs pour trois romans noirs

Avec Cléa, Frank Leduc (gagnant du Grand Prix Femme Actuelle 2018) nous emmène au Vatican, cadre de meurtres, de complots, d’enquêtes et de mystères à la suite de l’élection d’un nouveau pape. Christophe Vasse (gagnant du Prix Femme Actuelle 2018) nous propose avec La Porte de Bosch un thriller haletant autour d’un mystérieux tableau de Jérôme Bosch dont les créatures semblent prendre vie. Enfin, le troisième livre présenté est Jeu de dames de Nicolas Druart (gagnant du Prix du Suspense Psychologique 2018) qui met en scène trois témoins d’un meurtre à une sortie de périphérique à Toulouse où sévit un tueur en série.

Avec trois polars, la question se pose de savoir si les trois auteurs ont une appétence particulière pour ce genre en question. Nicolas Druart et Christophe Vasse se définissent eux-mêmes comme de grands lecteurs de polars, thrillers et romans noir, ce qui explique leur envie en tant qu’auteur de baigner dans cet univers pour leurs propres romans. Frank Leduc a une conception plus particulière du thriller et conçoit ses intrigues comme des ascenseurs émotionnels : « Il y a peu de sang, peu de violence, peu de sexe, pas de poursuites en avion. J’essaie de susciter l’intérêt par la réflexion et l’émotion plus que par l’action. »

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Chaque auteur a été marqué par une scène ou par une thématique particulière qui leur a inspiré leur roman. Pour Christophe Vasse, il s’agit de sa passion pour le peintre flamand du XVe siècle : « Devant un tableau de Jérôme Bosch, je pourrais passer des heures. C’est noir, c’est sombre, il peint des créatures fantastiques complètement délirantes, c’est juste fascinant. C’est en restant bouche bée devant un tableau de Jérôme Bosch que m’est venue l’idée de ce thriller. » L’idée de départ du roman de Nicolas Druart est un lieu particulier, une sortie de périphérique à Toulouse qu’il empruntait très régulièrement pour aller travailler. Toute l’histoire s’est ensuite articulée autour de ce cadre où trois personnes sont témoins d’un meurtre. Pour Frank Leduc, l’idée du roman est tiré d’une scène à laquelle il a réellement assisté en visitant la basilique Saint-Pierre au Vatican : « Je suis tombé sur une messe privée de l’ancien pape Jean Paul II, de manière complètement fortuite. Il y avait une cinquantaine de personnes pour un baptême, cela m’avait marqué. Je me suis inspiré de cette anecdote pour écrire la première scène de Cléa. »

Comment écrit-on un polar ?

Lors de la rencontre, les auteurs ont pu partager leurs méthodes d’écriture. Les trois se rejoignent sur l’importance des recherches en amont de l’écriture de leurs livres. Christophe Vasse relève notamment l’accessibilité à l’information et l’infinité de support disponibles, que ce soit sur Internet ou en bibliothèque. Il partage également l’idée que les recherches doivent être constantes pendant l’écriture du roman et ne se limitent pas aux recherches préalables pour s’imprégner d’un univers : « Si c’est pour écrire quelques lignes sur la foudre par exemple, je vais m’arrêter dans mon histoire et je vais prendre une journée ou une demi-journée pour faire des recherches sur le sujet, même si ce n’est que pour écrire seulement 2-3 lignes dessus. »

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Pour son roman, Jeu de dames, Nicolas Druart est également passé par la phase de recherches : « Mes recherches se sont surtout portées sur les procédures judiciaires. Je n’y connaissais pas grand-chose mais j’ai eu la chance de rencontrer des commissaires de police dont les réponses m’ont aidé à être le plus exact possible. »

Frank Leduc, quant à lui, est un passionné d’histoire et de théologie et utilise ses connaissances pour écrire ses romans ainsi que diverses recherches pour étoffer son texte : « Lorsque j’écris, je trace un cadre sur mon intrigue puis je vais l’alimenter en travaillant comme un historien, plus par rapport à des livres que sur Internet. Je cherche des informations précises mais je cherche surtout à m’imprégner d’une vision, d’un contexte, d’une époque. » Son objectif, en parlant d’un sujet aussi pointu, était de vulgariser le sujet, de le rendre accessible à tous les lecteurs et de leur donner le sentiment de connaître le sujet après quelques pages.

Trouver l’inspiration…

Les sources d’inspiration des trois auteurs sont variées. Pour l’atmosphère, Christophe Vasse a notamment pris pour référence le film culte Le Nom de la rose : « J’espère avoir donné ce genre d’atmosphère à mon roman. Tous ces films et séries qui rappellent cet univers fantastique et d’épouvante (comme The Haunting of Hill House plus récemment) sont des sources d’inspirations constantes. » Pour la préparation de son livre, Nicolas Druart s’est mis à la lecture de romans policiers écrits par des policiers eux-mêmes ou par des anciens membres de la police. L’influence des films et des séries est également citée par Nicolas Druart mais un auteur précis constitue une source d’inspiration majeure : « Il y a un auteur qui m’inspire en particulier, il s’agit de Franck Thilliez. Je me suis inscrit au prix du suspense psychologique parce que c’était Franck Thilliez qui le présidait. Je lis principalement en français, pour éviter la barrière de la traduction, cela m’aide en tant qu’écrivain à enrichir mon vocabulaire et mes phrases. » De la même manière selon Frank Leduc, l’influence est partout et un roman ne peut pas être écrit en partant d’absolument rien.

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Galerie de personnages

Les trois romans mettent en scène des personnages forts qui sont confrontés à des situations peu communes. Dans Cléa, Frank Leduc introduit le personnage d’Adrian Sandgate, un théologien écossais un peu has been qui a fait ses heures de gloire en dénonçant les dérives de christianisme et qui est convoqué au Vatican à cause de la disparition d’une jeune adolescente. Avec Jeu de dames, Nicolas Druart a préféré prendre des personnes assez quelconques. Pour reprendre une formule de Stephen King, toute l’ambition de son roman est de prendre des personnages ordinaires pour les mettre dans des situations extraordinaires : « Ce sont trois personnes prises au hasard qui se retrouvent à cette sortie de périphérique. Ce sont des profils quelconques, comme n’importe qui. Ce ne sont pas des super-héros mais plutôt des personnages que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours ». Pour écrire le personnage de Rebecca Decker dans La Porte de Bosch, Christophe Vasse s’est inspiré d’une personne de son entourage qui lisait dans les cartes. L’auteur insiste également sur le caractère de son personnage : « Généralement, j’aime bien que mes personnages principaux soient des fortes têtes, des têtes de mules, des gens qui ne se laissent pas faire et qui ont la niaque ». Il utilise également quelques références à la littérature fantastique comme son personnage nommé Van Helsing qui emprunte son nom au célèbre chasseur de vampires.

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Il n’est pas exclu que les personnages puissent avoir une volonté propre au cours de l’écriture, comme nous l’explique Nicolas Druart : « Parfois, je suis surpris par la réaction des personnages quand j’écris et je me laisse emporter. Ce sont des personnages en mouvement. » Pour Frank Leduc, la psychologie des personnages secondaires peut également évoluer au fil de l’écriture, sans l’avoir prévu initialement dans son plan. A l’inverse, Christophe Vasse est rarement surpris par les égarements de ses personnages : « Je ne me sens pas complètement possédé par mes personnages, dans le sens où j’ai déjà une très bonne idée de leur psychologie au départ. Pour moi dès le début ils sont capables de n’importe quoi. »

Certains de ces personnages se retrouveront peut être dans les prochains ouvrages des trois auteurs, ces derniers ayant évoqué la possibilité de faire de leurs « héros » des « témoins » qui passeraient d’un roman à un autre, comme un lien entre les livres.

Retrouvez les livres de Frank Leduc, Nicolas Druart et Christophe Vasse sur Babelio.

5 BD à découvrir pour le Mois de l’Imaginaire

Pour poursuivre notre exploration des univers de la science-fiction et du fantastique à l’occasion du Mois de l’Imaginaire – et en savoir un peu plus sur les sorties du moment à ne rater sous aucun prétexte -, nous sommes allés demander conseil non pas à un libraire spécialisé SFFF comme c’était le cas en début de mois, mais cette fois à un libraire BD (avant de vous présenter un libraire jeunesse en fin de mois) !

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Nicolas tient la librairie Refuge depuis septembre 2012. Refuge ou caverne d’Ali Baba, sa librairie située au 40 rue Faidherbe dans le 11e est un joyeux foutoir dans lequel les lecteurs peuvent se perdre des heures durant pour trouver pépite sur pépite. Ici, aucun type de BD n’est plus mis en valeur qu’un autre et les zones de démarcation entre les genres sont volontairement floues : on passe facilement du manga à la BD franco-belge, des comics à la BD indépendante et des classiques aux toutes dernières nouveautés. De quoi traverser les genres et susciter sans cesse la curiosité des lecteurs.

C’est pourtant bien sur l’imaginaire que nous avons interrogé notre libraire. Quels sont les récits de science-fiction, de fantasy ou de fantastique qu’il recommande aux lecteurs en ce moment ? Il nous en a choisi cinq en précisant bien qu’ils peuvent chacun s’adresser au connaisseur le plus aguerri comme au néophyte le plus complet.

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Gou Tanabe, Dans l’abîme du temps (Ki-oon)

« Gou Tanabe continue d’adapter l’oeuvre de H.P. Lovecraft en manga chez Ki-oon après Les Montagnes hallucinées. Ce manga, qui peut tout à fait se lire indépendamment de ses autres adaptations, raconte l’histoire d’un professeur de fac – comme souvent chez Lovecraft – qui va se réveiller 5 ans après un malaise. Il n’a aucune idée, aucun souvenir de ce qui lui est arrivé pendant ces 5 ans alors il se met à enquêter mais ses recherches sur son mal profond vont l’emmener à se questionner sur la folie mais aussi sur l’existence même de l’Homme. Les interrogations éternelles de Lovecraft sont appuyées par les superbes dessins de Gou Tanabe. On retrouve de superbes planches avec des architectures incroyables. Et puis, l’ouvrage est somptueux. »

 

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Ugo Bienvenu, Préférence Système (Denoël)

« Ugo Bienvenu est en train de créer une oeuvre très intéressante sur le futur. Il s’attaque ici aux « banques de mémoires » ou « Data centers ». On est plongés dans un monde qui ressemble au nôtre. On croît être dans une démocratie mais on se retrouve assez vite chez Orwell. Le monde est focalisé sur la mémoire et surtout le manque de mémoire, d’espace pour la stocker. Le comité de censure est amené à faire disparaître des œuvres artistiques. Yves, le personnage principal, travaille justement pour ce comité – Le Bureau des essentiels – qui doit par exemple faire disparaître 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick afin de faire un peu de place pour stocker les photos que les gens s’échangent ou leurs souvenirs personnels… La résistance viendra-t-elle des robots domestiques qui accompagnent les humains ? »

 

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Xavier Dorison et Félix Delep, Le Château des animaux (Casterman)

« J’étais un peu méfiant envers ce projet. J’avais peur d’une énième BD animalière et pourtant je me suis immédiatement plongé dans cette histoire qui fait évidemment référence à La Ferme des animaux de George Orwell. On découvre petit à petit les différents personnages et leurs situations comme Miss B. La chatte qui élève seule ses petits puis un lapin dragueur que l’on croit tout d’abord peu touché par le système totalitaire dans lequel ils sont pourtant tous plongés. Le château est en effet administré par un taureau despotique. Comment s’en sortir face à la puissance de l’animal le plus fort du château ? Les dessins sont magnifiques et sont d’autant plus impressionnants qu’il s’agit de la première BD de Félix Delep… »

 

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Ludovic Debeurme, Epiphania tome 3 (Casterman)

« Ludovic Debeurme est un artiste qui vient de la BD indépendante et dont Epiphania est peut-être la première série grand public. On est, dans Epiphania, et malgré les couleurs flashy des cases, dans un monde malade, en train de mourir. Quelque chose qui pourrait alors apparaître comme une aberration – des enfants qui naissent avec des attributs animaux – va en réalité peut-être se révéler être une chance pour la planète. Ce troisième tome marque la fin d’une trilogie très réussie. Ludovic Debeurme est un dessinateur qui travaille beaucoup le corps. On pense, en le lisant, à David Cronenberg mais aussi à des auteurs américains comme Daniel Clowes. »

 

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Tillie Walden, Dans un rayon de soleil (Gallimard)

« Une BD de science-fiction pour finir et attention, c’est plus de 500 pages qui vous attendent. Malgré sa taille, et son poids, ce roman graphique ce lit cependant très vite tant on est plongés dans l’histoire. On suit une jeune femme qui part aux confins de la galaxie restaurer des vestiges architecturales. Assez rapidement cependant, lui remontent en mémoire des souvenirs de son histoire d’amour avec une certaine Grace.
C’est une histoire très fine, très subtile dans un univers presque entièrement peuplé de femmes. S’il s’agit de SF et de vaisseaux spatiaux, on reste dans le registre de l’intime. »

 

Poursuivez avec…

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Les 5 romans de l’imaginaire choisis par Julien de La Dimension Fantastique

 

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Les 5 livres jeunesse d’imaginaire choisis par Maria de L’Enfant Lyre

Quand Babelio rencontre les éditions Critic

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2019 est une année très spéciale pour Critic. En plus de fêter ses 10 ans, la maison d’édition rennaise publie le deuxième livre très attendu de l’un de ses auteurs phares : Nécropolitains de Rodolphe Casso. Un deuxième roman qui porte à près de 100 parutions le catalogue de Critic. Pas mal pour un éditeur de l’imaginaire également libraire spécialisé à Rennes, à temps plein ! Nous avons rencontré Eric Marcelin pour en savoir plus sur sa fièvre d’éditer, mais aussi sur ses auteurs et les objectifs poursuivis avec sa maison d’édition. En 10 questions comme autant de bougies à souffler…

L’histoire de Critic a commencé au début du nouveau millénaire, avec l’ouverture en 2000 d’une librairie à Rennes. Neuf ans plus tard, vous lanciez la maison d’édition du même nom avec Simon Pinel. Qu’est-ce qui vous a poussé, en 2009, à tenter l’aventure ?

Pour la petite histoire, lorsque j’ai créé la librairie Critic (spécialisée en bande dessinée et littératures de l’Imaginaire) en août 2000, j’avais déjà cette idée en tête. Après avoir rendu viable cette première entreprise, après avoir commencé à créer une image de marque et après avoir fait la rencontre de Simon Pinel, qui a réalisé son master édition à Rennes, les éléments étaient réunis pour lancer cette maison d’édition, sous le même nom et logo que la librairie. Et puis les éléments étaient parfaitement alignés puisque j’avais déjà le texte à publier, promis par mon libraire et écrivain Xavier Dollo (Thomas Geha).

Pour tout dire, au départ, cette seconde activité ne devait être qu’une marotte. Le truc c’est que l’on se prend vite au jeu et, voilà qu’aujourd’hui, nous allons atteindre les 100 titres au catalogue.

Vous éditez aussi bien des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy et fantastique) que des polars. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces deux pôles (parfois appelés « mauvais genres ») ? Est-il plus fonction de contraintes économiques ou de votre appétit/vos découvertes du moment ?

Nous publions essentiellement des ouvrages sur coup de cœur, par rapport à nos appétences et selon quelques textes reçus. (La sélection est rude et il y a peu d’élus sur les plus de 1000 manuscrits reçus à l’année…) Nous avons essayé à une époque d’équilibrer entre SF, fantasy, polar… Mais il y a des années où il y a plus de science-fiction, ou de fantasy… Soit parce qu’il y a plus de textes de ce genre reçus sur une année soit, comme cela s’est déjà produit, des auteurs dont nous attendions un texte de SF qui ont finalement envie d’essayer un autre genre.

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Si j’ai bien suivi, Critic publie uniquement des auteurs français (francophones ?). Pourquoi ce choix ? Pensez-vous un jour ouvrir votre catalogue à des traductions ?

Oui, effectivement. Cela a tout de suite été la ligne de départ. Nous avons des auteurs français de grand talent, qui n’ont rien à envier aux Anglo-Saxons, et nous nous efforçons au fil des années de convaincre libraires, bibliothécaires et lecteurs de ce fait avéré.

Comme nous fonctionnons beaucoup au coup de cœur, nous ne  nous fermons pas à explorer la possibilité de publier des auteurs venant d’autres pays, du moment que le texte est intelligent, divertissant et qu’il emporte notre imaginaire. D’ailleurs nous sommes très fiers de notre premier texte traduit et de rendre de nouveau disponible à la vente la saga de Brian Stableford, Grainger des étoiles, dont la première intégrale arrive à la fin du mois et la deuxième en novembre.

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Comment découvrez-vous les auteurs que vous publiez ? Avez-vous une ligne éditoriale très arrêtée, au-delà du genre ?

Par connaissances, par connaissances interposées, les manuscrits que nous recevons… La ligne éditoriale est effectivement très arrêtée… Que des coups de cœur ! Ce qui laisse de la place pour des projets un peu à côté du genre, que nous publions en Hors Collection.

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui,  nous étions très inspirés de ce que pouvait faire la collection Fleuve Noir Anticipation, ou encore la collection Rivière Blanche des éditions Black Coat Press, et également de la fougue et créativité des éditions Bragelonne. Et le travers a éviter : ne pas s’emballer trop vite, garder la tête froide et le cap à tenir.

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Ce double métier de libraire et éditeur doit bien remplir vos semaines. Comment gérez-vous le temps passé à la librairie, et sur vos projets de livres ?

C’est un savant équilibre à trouver. Ne jamais paniquer, garder la tête froide (encore), se dire que tout va bien se passer. Il y a un côté schizophrénique que j’ai dû apprendre à gérer car il faut pouvoir passer d’un sujet à un autre en essayant de ne pas perdre le fil, décider quelle urgence à traiter est la plus « urgente »… Et tenter de ne rien oublier.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition, en 10 ans, et plus particulièrement de l’édition de littératures de l’imaginaire ?

Qu’il est toujours difficile de faire émerger de nouveaux talents, qu’il faut beaucoup d’efforts pour réussir à vendre plus de 1000 ex. d’un titre, qu’il faut toujours garder la passion de la découverte et rester curieux, que la littérature de l’Imaginaire est une littérature de niche. C’est un exploit, comme pour  beaucoup d’autres maisons d’édition, de toujours être là. Mais, on sent du changement, ne serait-ce déjà que par la volonté affichée par tous les éditeurs du domaine qui se sont, depuis 3 ans, réunis en association pour défendre et mettre en avant cette littérature lors du Mois de l’Imaginaire.

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Pouvez-vous nous dire quelques mots du nouveau et très attendu livre de Rodolphe Casso, Nécropolitains ? L’enjeu est-il cette fois très différent pour vous, par rapport à son précédent, PariZ ?

Achetez-le ! Offrez-le ! Nous avons décidé avec Simon Pinel d’en faire le livre porte bannière des éditions Critic. Parce que ce livre peut faire bouger les barrières et prouver que la « littérature d’Imaginaire » est tout simplement de la littérature, que l’on peut avoir des zombies dans un roman, qu’il peut y avoir eu l’apocalypse, et que ce ne soit qu’un prétexte à un roman social imaginant 3 modèles de sociétés au travers de 3 communautés qui tentent d’imaginer un avenir après la fin du monde. Le tout en ayant des répliques drôles, un rythme enlevé et un regard sarcastique sur notre monde actuel.

Ce n’est pas toujours ce que nous recherchons dans les livres que nous publions, mais une chose est certaine, comme l’indique notre slogan, nous voulons publier « des romans que vous ne lâcherez pas ! ». Facile à dire.

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Quel bilan tirez-vous de ces 10 ans d’édition, par rapport aux objectifs que vous vous étiez fixés ? Et quels sont vos projets avec Critic pour les années qui viennent ?

Le bilan est plus que positif, puisqu’au départ l’objectif de publier 2 à 3 titres par an, voire pas du tout si rien ne retenait notre attention, s’est transformé en une vraie et reconnue maison d’édition. Il y a 10 ans si une personne m’avait dit qu’il y aurait 100 titres à notre catalogue en 2019 j’aurais pensé qu’elle était folle. Et je pense qu’effectivement il faut être un peu dingue pour mener une librairie et une maison d’édition de front…

C’est pour ça, comme nous avons encore du temps… que pour les années à venir, vous allez voir la naissance dès 2020 de nos premiers titres BD en collaboration avec les Humanoïdes associés sous le double label des 2 maisons d’édition. Adaptation d’une partie de nos romans et quelques projets inédits dont « L’Histoire de la Science-fiction en bande dessinée » réalisée par Xavier Dollo au scénario et Djibril Morissette au dessin. Et, également, le lancement d’une nouvelle collection en numérique, sorte de laboratoire d’expérimentation, terrain de jeu, pour les auteurs.

Quoiqu’il en soit nous allons nous efforcer de continuer à publier des textes que « vous ne lâcherez pas ! ». Enfin, c’est le but.

Trois livres pour découvrir Critic

Alors là, voici une question bien cruelle, et puis cela va faire des jaloux… Je vous ai dit qu’on était un éditeur de coups de cœur… Bon… Puisqu’il faut trancher :

CVT_Des-sorciers-et-des-hommes_5058Je vous aurais bien dit Le Sabre de sang de Thomas Geha, notre premier livre, très emblématique de ce que nous sommes en tant qu’éditeur, mais l’intégrale ne paraîtra au final qu’en novembre 2020, aussi rabattez-vous sur Des sorciers et des hommes du même auteur. Je vous garantis du plaisir à suivre les aventures de Hent Guer et Pic Caram, deux antihéros qui vont entraîneront dans une fantasy sombre et cynique fort plaisante.

 

critic09-2013Point Zéro d’Antoine Tracqui, car ce manuscrit m’a tout de suite emporté par le ton donné. Antoine Tracqui, c’est un peu notre Jules Verne des temps modernes. Il nous entraîne dans des aventures dingues qui mélangent à la fois histoire, science-fiction, voyage et un côté super-héroïque complètement assumé et jubilatoire qui fait que même au bout de 900 pages, on en redemande ! Malheureusement, l’auteur se fait trop rare et nous attendons son troisième et dernier tome des aventures de la Hard Rescue avec impatience. Petite confidence… il arrive fin 2020 !

41aY-DMKdML._SX210_Dominium Mundi de François Baranger parce que lire ce dyptique complètement dingue de plus de 1300 pages, que l’auteur a mis 10 ans à écrire, c’est comme s’installer dans une spacieuse et confortable salle de cinéma, avec son Dolby atmos 7.1, et s’embarquer pour un space-opéra/planète opéra digne des plus grandes superproductions. Rien que le pitch donne envie. Imaginez une terre où le Pape est redevenu tout puissant et a réinstauré le Dominium Mundi… Où nous sommes revenus à un mode de vie médiéval, mais avec une technologie de pointe… Où des missionnaires découvrent, sur une planète indigène, les restes du Christ. Les vrais. Imaginez une nouvelle croisade… Un vaisseau capable d’accueillir un million d’hommes à son bord…Imaginez encore et encore, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

CVT_Gurvan-lintegrale_6534Et… Oui, je sais… Vous aviez dit trois titres mais, juste en quelques mots, car je suis également très heureux de proposer la réédition de l’œuvre de Paul-Jean Hérault. C’est un grand monsieur se la SF populaire française qui a fait les heures de gloire de la mythique collection Fleuve Noir Anticipation. Et, pour notre plus grande joie, il continue à fédérer d’anciens fans et continue de recruter des lecteurs. Quoi vous ne connaissiez pas encore… Eh bien, un conseil entrez dans l’univers P.-J. avec Gurvan ou encore Le Chineur de l’espace.

 

Merci à Eric Marcelin pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

5 romans d’imaginaire pour retourner vers le futur

Elles sont encore trop rares, ces librairies spécialisées dans les littératures de l’imaginaire comme Critic à Rennes, Omerveilles à Grenoble ou L’Octopus à Epinal. Et quand on sait la (minuscule) place laissée à la science-fiction, la fantasy et au fantastique dans les librairies généralistes, il y a vraiment de quoi invoquer Cthulhu… Pourtant, l’intérêt des lecteurs semble inversement proportionnel à ce manque de visibilité dans les circuits traditionnels.

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C’est pourquoi, en ce début de mois d’octobre qui voit s’ouvrir une troisième édition du Mois de l’imaginaire, nous sommes allés rendre visite à une autre fameuse librairie consacrée à ces genres « maudits » : La Dimension Fantastique à Paris. Depuis 2014, cette belle boutique du 10e arrondissement (au 106 rue Lafayette) défend avec conviction la SFFF dans ses rayonnages bien sûr, mais aussi à travers un club de lecture, de nombreuses dédicaces tout au long de l’année, et le salon Imagibière, associant littérature et orge malté, en association avec la Brasserie de l’Etre (réservez votre 19 octobre dès maintenant).

On a donc demandé à Julien de nous conseiller et présenter 5 romans sortis récemment. Auteurs français ou étrangers ; fantastique, SF ou fantasy ; one-shot ou trilogie… voilà une sélection variée qui devrait vous réserver de bonnes heures de lecture.

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Katherine Arden, La Fille dans la tour (Denoël Lunes d’encre)

« C’est le deuxième tome de la Trilogie d’une nuit d’hiver de cette auteure américaine, après son remarqué L’Ours et le Rossignol. On reste dans un récit fantastique qui s’inspire des contes et légendes russes, que Katherine Arden a beaucoup étudiés – elle a d’ailleurs vécu un temps en Russie. C’est vraiment rafraîchissant, bien écrit, on est plongés dans ces univers-là, c’est dépaysant aussi. On parle de trilogie mais chaque tome est indépendant et se lit comme une histoire complète, on ne sent pas forcément que ça donnera lieu à une suite quand on achève sa lecture. Le troisième tome sort l’année prochaine, si mes souvenirs sont bons. »

 

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Franck Ferric, Le Chant mortel du soleil (Albin Michel Imaginaire)

« Voilà un auteur français qu’on suit depuis quelque temps, chez plusieurs éditeurs. Son précédent Trois Oboles pour Charon avait été finaliste du Grand Prix de l’Imaginaire. Franck Ferric revient ici avec un récit autour des dieux, dans lequel on suit un groupe qui ressemble à une peuplade mongole, qui part affronter et tuer le dernier dieu existant. Il y a pas mal d’action et d’aventure, avec en même temps une réflexion métaphysique. C’est riche et bien écrit, plein de surprises, et on est content de retrouver cet auteur, l’un des rares français publiés chez cet éditeur. »

 

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Tade Thompson, Rosewater – Insurrection (Nouveaux Millénaires)

« Et pourquoi ne pas continuer avec un peu de SF, et le deuxième tome d’une trilogie ? L’action se passe en Afrique du Sud, et pour ceux qui l’ont vu ça rappelle immanquablement District 9, le film de Neill Blomkamp. Le premier tome mettait en place l’univers de manière habile, dans un style très fluide et original. Pour moi Tade Thompson fait partie de cette génération d’auteurs étrangers contemporains qui forment une sorte de Nouvelle Vague : dès le premier roman ils se lancent dans une trilogie, et dans le deuxième on a souvent de l’action à fond les ballons. C’est très prenant, on a hâte que le troisième sorte et heureusement l’éditeur ne nous fait pas trop patienter entre chaque volet. Au passage, l’auteur sera aux Utopiales cette année, et il aura certainement pas mal de choses à raconter. »

 

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Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

« Là on est sur une réédition, pas une vraie nouveauté. Pas sûr que ce livre soit très connu d’ailleurs, même des amateurs de l’auteure, puisqu’il était uniquement sorti chez J’ai Lu sous l’ancien nom de Sabrina Calvo, David, avant qu’il change de sexe. On a là un texte très fort, avec une certaine poésie, je suis content de le voir réédité et à nouveau en librairie. Il y a un petit côté roman noir, thriller avec un fond historique, le tout dans un univers fictif. Et toujours un fond étrange. Je le recommande souvent à mes clients. »

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

« Une jolie brique pour finir, qu’on attendait depuis un moment – même si on préfère évidemment que l’auteur prenne son temps pour aller vers un texte abouti. Il sort officiellement le 3 octobre, on fait le lancement le 4 à La Dimension Fantastique. L’éditeur est aussi libraire à Rennes, et fête ses 10 ans cette année, et pour eux c’est LA sortie de leur année anniversaire. On est dans la ligne directe en termes de style de son premier roman PariZ, mais ils peuvent se lire indépendamment sans problème. L’action se passe un an après les conflits qui ont ravagé Paris et l’invasion de zombies qui a secoué le monde. On va suivre trois bastions de survie dans la capitale, dans des quartiers assez différents, ce qui permet à l’auteur de jouer sur les codes et clichés autour de Paris, aussi bien du point de vue des Parisiens eux-mêmes que des provinciaux. Ca va sûrement faire partie des gros coups de cœur de fin d’année dans le genre, un peu partout ! »

 

Poursuivez avec…

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Les 5 BD d’imaginaire sélectionnées par Nicolas de la librairie Refuge

 

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Les 5 livres jeunesse d’imaginaire choisis par Maria de L’Enfant Lyre

La rentrée littéraire Auzou romans, une collection jeunesse riche en découvertes

Lundi 9 septembre avait lieu chez Babelio la présentation de rentrée de la collection romans des éditions Auzou. Animée par la responsable éditoriale, Krysia Roginski, cette matinée fut l’occasion de présenter un catalogue audacieux et diversifié en présence de quatre auteurs prestigieux : Yaël Hassan, Erik L’Homme, Yann Rambaud et Eric Sanvoisin. Devant un public de lecteurs et de libraires, chaque écrivain a pu parler de son nouveau livre, le tout dans une ambiance conviviale et complice.

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Les éditions Auzou sont d’ailleurs particulièrement attachées à la création littéraire française, puisque leur catalogue compte 90 % d’auteurs francophones. Pour la responsable éditoriale, toute la particularité des éditions Auzou tient dans leur volonté de promouvoir un plaisir de lecture à travers des histoires fortes, émouvantes et drôles avec des illustrations attrayantes et de qualité. Retour sur les romans mis en avant.

Eric Sanvoisin, écrire une préquelle de fantasy

Eric Sanvoisin est notamment connu pour avoir imaginé la Saga des dragons. Son dernier roman L’Homme-dragon (paru le 22 août) en est la préquelle et raconte l’histoire des parents du héros de la saga dans un contexte de guerre acharnée entre les dragons et les hommes. L’Homme-dragon s’adresse aux jeunes lecteurs dès 9-10 ans. Le fait d’écrire une préquelle est une nouveauté pour lui : « Quand j’écris, j’aime bien me lancer des défis parce que ça m’aide à écrire et ça me donne encore plus envie d’écrireEcrire une préquelle, je n’ai jamais fait ça de ma vie. Je le fais parce que ça m’amuse. »

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Par ailleurs bibliothécaire en Bretagne, Eric Sanvoisin raconte sa double expérience : « En tant que bibliothécaire, forcément on a envie que les enfants aiment le livre, on sait bien que ce n’est pas toujours facile. Moi quand j’écris, l’idée que j’ai derrière la tête, c’est d’arriver à séduire des gamins qui n’aiment pas les livres. »

Yaël Hassan, deux romans jeunesse pour la rentrée

Pour cette rentrée, Yaël Hassan nous propose deux romans jeunesse dans des genres assez différents. Le premier, Mytho (paru le 22 août) est coécrit avec Pascal Brissy qui a proposé l’histoire de cette jeune fille menteuse, Yaël Hassan ayant, elle, créé le personnage de la vieille dame écrivaine. « C’est une belle rencontre, à la fois avec l’écriture de Pascal et avec cette histoire que j’ai beaucoup aimé écrire. J’aime bien faire des rencontres improbables. Quand deux personnes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, font un bout de chemin ensemble et se révèlent. »

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Avec Lilou ensuite (paru le 12 septembre), Yaël Hassan avait envie de s’adresser aux plus jeunes et inaugure une nouvelle tranche d’âge (9-11 ans) avec les aventures d’une petite fille en fauteuil roulant. « Je n’avais pas du tout envie de faire quelque chose de larmoyant, de pathétique. Je voulais que cette petite fille incarne la joie de vivre, soit extrêmement positive et se lance des défis inatteignables pour elle. » En écrivant les aventures de Lilou, l’auteure a décidé d’en faire une série pour continuer à décliner tous les objectifs que cette petite fille voulait atteindre. Vous pourrez retrouver prochainement Lilou dans d’autres tomes à paraître.

L’idéal sociétal de Yann Rambaud

L’idée derrière L’Epopée de Sem, dernier roman de Yann Rambaud (paru le 12 septembre), vient d’une nouvelle qu’il a écrite il y a quelques années. Avec ce roman, l’auteur développe cette idée avec un univers fantastique que l’on peut dater à l’Age de fer, où la nature reprend ses droits et où les humains sont plus des proies que des prédateurs. « J’ai l’impression que dans la littérature et les arts, il y a deux grands thèmes dont tout est dérivé : c’est l’amour et la mort, qu’on retrouve partout et qui nous agitent en tant qu’êtres humains. Dans Sem, le récit est devenu presque quelque chose de shakespearien, d’épique. »

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Bien que le cadre soit très primitif, le roman met en scène un personnage vivant dans une communauté d’environ trois cents personnes aux lois égalitaires : « Comme je suis travailleur social, j’avais envie de mettre dans cette société mon idéal au niveau sociétal, c’est-à-dire une parité parfaite, une solidarité, une tolérance… ». Le rapport à la nature est également très présent à travers la religion animiste, sur le modèle des peuples amérindiens. L’ouvrage est destiné aux enfants à partir de 10-11 ans mais également aux jeunes adultes et aux adultes grâce aux deux niveaux de lecture proposés. L’univers ainsi créé par Yann Rambaud se déclinera sur deux tomes dont vous pouvez retrouver le premier tome en librairie dès à présent.

Erik L’Homme ou comment conjuguer l’amour de la nature et la passion pour la littérature

Pour sa première contribution à un recueil de nouvelles avec Au cœur de la forêt, Erik L’Homme est très fier de participer à cet ensemble de textes sur le thème des arbres et de la forêt. Il s’agit en effet d’une thématique qui le touche particulièrement en tant qu’amoureux des arbres. Le recueil comprend un ensemble de dix nouvelles qui abordent la forêt et les arbres sous des angles très différents. Erik L’Homme a choisi lui de surprendre, et au lieu de choisir un genre fantastique a préféré écrire une nouvelle réaliste, inspirée d’une histoire vraie. « Ce qui me plaît dans ce thème de l’arbre et de la forêt c’est que l’arbre peut avoir un côté utile avec l’oxygène et l’ombre qu’il apporte, mais l’arbre c’est aussi bien davantage. Le jour où il n’y aura plus d’arbres, il n’y aura plus d’hommes. Je suis farouchement persuadé que l’homme reste humain grâce aux arbres. Il y a un petit peu de végétal au fond de nos gènes et ce n’est pas pour rien, nous sommes intrinsèquement liés aux arbres et à la forêt. »

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Les éditions Auzou s’inscrivent également dans une démarche écologique puisque l’ensemble des droits d’auteurs de ce recueil seront reversés à l’association Up2Green Reforestation qui œuvre pour la plantation d’arbres fruitiers en Inde. Selon Gauthier Auzou, directeur des éditions Auzou et également présent ce matin-là : « Le seul bémol du métier d’éditeur, c’est d’être obligé d’abattre des arbres pour publier des livres », d’où la volonté de s’impliquer davantage dans la protection de l’environnement à travers cette démarche.

Quelques conseils d’écrivains…

Réunir quatre écrivains autour d’une même table, c’était l’occasion rêvée pour parler d’écriture et partager quelques anecdotes amusantes sur le métier d’auteur.

Chaque auteur a sa propre méthode d’écriture. Yaël Hassan préfère écrire ses livres à la main : « J’ai toujours dit que le verbe « écrire » c’est tenir un crayon et noircir des pages. Sur un ordinateur on tape un texte. Moi je n’ai pas envie de taper mon texte, il ne m’a rien fait. C’est une torture de taper un texte. » Erik L’Homme préfère, quant à lui, écrire à l’ordinateur bien qu’il ait débuté l’écriture avec une machine à écrire : « Aujourd’hui ce qui est très amusant c’est que j’ai gardé toutes les habitudes que j’avais avec ces vieilles machines. Bien que je dispose d’un ordinateur dernier cri qui appelle l’effleurement des touches, je tape encore comme un malade ! En bibliothèque, ça me pose des problèmes et les gens viennent me voir pour me demander d’arrêter de faire du bruit. »

La rencontre se conclut avec la métaphore de l’architecte et du jardinier pour décrire les méthodes d’écriture de chacun. Explication : « On peut classer les écrivains en deux catégories même si l’on n’est pas forcément tout l’un ou tout l’autre. Le jardinier plante sa graine qui pousse sans que l’on ne sache où cela va aller alors que l’architecte ne démarre rien s’il n’a pas fait son plan avant. » Autour de la table, Yaël Hassan et Eric Sanvoisin s’identifient plus aux jardiniers tandis que Yann Rambaud et Erik L’Homme se considèrent comme des écrivains architectes… A chacun sa méthode !

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Revivez en images la matinée de rentrée des éditions Auzou avec notre vidéo :

Nos interviews de la rentrée littéraire 2019

En cette rentrée littéraire 2019, vous pouvez découvrir sur les tables des librairies plus de 500 romans français et étrangers parus entre août et octobre. Une moisson de bonnes feuilles impressionnante, dans lesquelles nous nous sommes plongés pour vous proposer une sélection aussi subjective que variée.

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Nous vous proposons ainsi de retrouver dans cet article nos interviews écrites et vidéo des livres que l’on a eu envie de lire et de vous faire (re)découvrir à travers les mots de leurs auteurs. Cet article sera actualisé régulièrement avec de nouvelles interviews et contenus jusqu’à la fin de l’année 2019, donc n’hésitez pas à visiter cette page régulièrement.

Et comme à chaque rentrée, on vous propose de tenter de lire ensemble tous les livres de la rentrée parus et à paraître (!), dans notre défi de lecture annuel. Puisque « l’union fait la force » et que Babelio compte désormais plus de 800 000 membres, voilà une mission qui semble loin d’être impossible. Alors bonnes lectures à vous !

 

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Miriam Toews, Ce qu’elles disent (Buchet-Chastel)

Le 21 juin dernier, nous recevions chez Babelio l’auteure canadienne Miriam Toews pour une soirée autour de son dernier livre. Un roman écrit après la découverte d’un fait divers effroyable : le viol de 130 femmes et filles au sein d’une communauté mennonite bolivienne, par d’autres membres de cette communauté. Avec Ce qu’elles disent, Miriam Toews – elle-même issue d’une famille mennonite – imagine un après pour ces femmes, à travers trois jours de discussions autour de l’avenir qu’elles décident de se choisir : ne rien faire ; rester et se battre ; partir.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette soirée lors de laquelle l’auteure a pu rencontrer 30 de ses lecteurs

 

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Irina Teodorescu, Ni poète ni animal (Flammarion)

 

Comment parler de ce qui fait les révolutions, des ferments qui poussent un peuple à se soulever contre un pouvoir en place ? A cette question, Irina Teodorescu répond dans son dernier livre en mettent en scène trois générations de femmes (une grand-mère, une mère et une fille) dans la Roumanie de 1989, peu avant la chute du couple Ceausescu. Un texte composite fait de comptes-rendus d’enregistrements, d’entretiens, et du récit de souvenirs pour raconter le destin d’un pays et d’une famille.

Retrouvez notre interview d’Irina Teodorescu

 

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Christophe Tison, Journal de L. (Editions Goutte d’Or)

 

Près de 65 ans après la publication en France du célèbre Lolita de Vladimir Nabokov, Christophe Tison donne enfin une voix à son personnage éponyme. Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, l’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 1950, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille. Un changement de perspective qui nous permet d’appréhender ce personnage différemment, loin de ce que le terme « lolita » laisse aujourd’hui entendre.

Retrouvez notre interview de Christophe Tison

 

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Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

 

Dans son premier roman, Olivier Dorchamps présente le deuil comme une sorte de voyage initiatique à travers le personnage d’un fils (Marwan) qui ne comprend pas pourquoi son père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Commence alors pour lui une quête des origines dans un pays qu’il connaît mal, et qui va pourtant lui permettre de comprendre d’où il vient et qui il veut être.

Retrouvez notre interview d’Olivier Dorchamps

 

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Victor Jestin, La Chaleur (Flammarion)

 

Le crissement des tongs sur le sable, la musique minable de la sono. Les couleurs criardes des tentes. Le bonheur factice des vacanciers. Voilà ce que Victor Jestin nous donne à voir d’un camping du Sud de la France, à travers les yeux d’un adolescent en pleine crise, mutique et hermétique aux plaisirs préfabriqués de l’été. Jusqu’à cette nuit durant laquelle il regarde mourir Oscar, avant de l’enterrer. Un premier roman houellebecquien, comme un frisson dans le dos en pleine canicule.

Retrouvez notre interview de Victor Jestin

 

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Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB (Editions de Minuit)

 

La Clé USB ouvre un nouveau cycle romanesque dans l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint. Voilà un livre qui se joue des genres et dévoile d’autres facettes du talent de l’auteur : s’il débute comme un roman policier avec un fonctionnaire de la Commission européenne qui mène l’enquête sur une fraude aux bitcoins, c’est finalement un événement bien plus intime qui clôt le récit. Pour dire le monde contemporain, l’auteur de La Vérité sur Marie choisit une fois de plus de développer les aspects les plus banals de l’existence, en tout cas à première vue.

Retrouvez notre interview de Jean-Philippe Toussaint

 

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Elisabet Benavent, Dans les pas de Valeria (L’Archipel)

 

En parallèle de la publication de nos entretiens habituels, nous vous proposons aussi des traductions des interviews publiées sur la version espagnole de Babelio. Aujourd`hui, la parole est à Elisabet Benavent, auteur du livre Dans les pas de Valeria, une comédie romantique madrilène dans laquelle il est question d’amitié entre filles & de relations amoureuses plus ou moins compliquées…

Retrouvez notre interview d’Elisabet Benavent.

 

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Youssef Abbas, bleu blanc brahms (Jacqueline Chambon/Actes Sud)

 

Comme beaucoup, vous vous rappelez sans doute où et avec qui vous étiez ce 12 juillet 1998, soir de la Coupe du monde de football. Cette soirée très spéciale dans la mémoire des Français, Youssef Abbas l`utilise en toile de fond de son premier roman pour raconter trois destins de banlieusards dont l`histoire va basculer ce jour-là. Ou comment redonner une voix et une histoire à une frange de la population qu`on entend trop peu par ailleurs.

Retrouvez notre interview de Youssef Abbas

 

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Mathieu Palain, Sale gosse (L’Iconoclaste)

Sale gosse, premier roman de Mathieu Palain, est né suite à un reportage à la Police Judiciaire de la Jeunesse à Auxerre, afin de raconter au plus près la vie d’un jeune délinquant qui cherche à s’en sortir. Né de l’envie, aussi, d’humaniser des individus trop souvent perçus uniquement à travers les délits qu’ils ont commis. Un livre qui nous présente comme un instantané de la France en 2019, avec ses problèmes sociaux, sa criminalité, mais aussi la possibilité de se créer une vie meilleure.

 

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Rentrée littéraire jeunesse : Auzou Romans

Le 9 septembre dernier, Auzou Romans venait présenter chez Babelio sa rentrée littéraire 2019. Une rentrée sous le signe des auteurs francophones, puisque l’accent était clairement mis sur la production hexagonale cette année. C’est donc en présence des auteurs Yann Rambaud, Yaël Hassan, Erik L’Homme et Eric Sanvoisin (accompagnés de leur éditrice Krysia Roginski) que l’on a pu en apprendre plus ce matin-là sur les 5 livres publiés en septembre dans cette collection.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette matinée de présentation

 

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Nadine Ribault, Les Ardents (Le Mot et le Reste)

C’est sans doute l’un des livres dont vous entendrez trop peu parler en cette rentrée littéraire 2019, et pourtant : Les Ardents envoûte comme un feu puissant. L’action se situe au XIe siècle, dans un Moyen Age des plus sordides et sombres. Isentraud dirige d’une main de fer le royaume de Gisphild, avec la plus grande cruauté. Quand son fils épouse Goda, une étrangère à l’allure « romaine », la marâtre voit rouge. Pendant ce temps, le mal des Ardents (ergotisme) se répand dans la région et dévore de l’intérieur la population, alors que la guerre s’approche inexorablement. Sous des airs de conte pour adultes terrifiant, Les Ardents peut aussi se lire comme un métaphore politique dans laquelle les royaumes maudits évoquent ces gouvernements qui provoquent leur propre chute, en dépit du bon sens.

Retrouvez notre interview de Nadine Ribault

 

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Marion Brunet, Sans foi ni loi (PKJ)

Bang bang ! Marion Brunet nous revient en cette rentrée littéraire avec un nouveau livre jeunesse, un western féminin intitulé Sans foi ni loi. Loin du rôle de faire-valoir face à des cowboys hirsutes, trop souvent observé dans le genre, les femmes tiennent ici une place centrale et décisive. L’auteure s’est prêtée au jeu de l’interview face caméra à travers 5 mots : « Liberté », « Femme », « Personnage », « Rencontre » et « Cinéma ». Découvrez ce livre à travers les mots de Marion Brunet.

 

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Sofia Aouine, Rhapsodie des oubliés (La Martinière)

Sur les pas d’Antoine Doinel dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, Sofia Aouine nous propose avec Rhapsodie des oubliés, son premier roman, de suivre le quotidien d’Abad, jeune garçon turbulent vivant dans le quartier populaire de la Goutte-d’Or à Paris. A travers des thèmes graves comme la précarité, la prostitution ou l’intégrisme, l’auteure signe une ode à la solidarité et à la part d’enfance qui reste en chacun de nous.

Retrouvez notre interview de Sofia Aouine

 

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Felix Macherez, Au pays des rêves noirs (Editions des Equateurs)

Dépité par le monde contemporain et sa vie parisienne, Felix Macherez décide en 2017 de partir sur les traces d’un de ses auteurs fétiches : Antonin Artaud. Un voyage qui le conduira au fin fond du Mexique, jusque chez les Tarahumaras, peuple qu’Artaud a côtoyé dans les années 1930. Entre récit de voyage et journal intime, Au pays des rêves noirs raconte une quête d’un monde perdu, un chemin spirituel et terrestre vers un absolu forcément inatteignable.

Retrouvez notre interview de Felix Macherez

 

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Jean-Baptiste Andrea, Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste)

Jean-Baptiste Andrea avait séduit de nombreux lecteurs avec son premier roman Ma Reine. L’ancien réalisateur revient en librairie avec un nouveau roman chez L’Iconoclaste intitulé Cent millions d’années et un jour, l’histoire d’un paléontologue qui décide de poursuivre un vieux rêve en gravissant la montagne – jusqu’à tomber dans la folie ? L’auteur nous présente dans cette vidéo son livre à travers 5 mots.

 

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Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail (Eyrolles)

Nous y passons la majorité de notre temps et de notre vie, mais peut-il être compatible avec notre sensibilité ? Le travail et l’ultrasensibilité sont au cœur du nouveau livre de Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail. Le mercredi 19 septembre dernier, l’auteur et psychanalyste est venu échanger autour de ce sujet avec 30 lecteurs Babelio : c’était l’occasion pour lui d’expliquer sa démarche et de donner des conseils pratiques à chacun, pour être plus libre et épanoui au travail.

 

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Jim Fergus, Les Amazones (Le Cherche-Midi)

Dans Les Amazones, ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus raconte la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Il vous propose de plonger dans une nouvelle épopée romanesque où il dresse des portraits de femmes inoubliables. Et si vous n’êtes pas encore convaincu, nous vous invitons à l’écouter en parler, dans cette vidéo réalisée juste avant la rencontre avec l’auteur qui avait lieu à Paris il y a quelques semaines.

 

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Adam Bielecki, Le gel ne me fermera pas les yeux (éditions Paulsen)

« Il y a souvent des gens qui affirment que les grimpeurs ne respectent pas la vie en la risquant pour rien. Je pense tout le contraire : pour apprécier quelque chose vous devez d’abord en sentir le manque. »

A l’occasion de la sortie de son livre Le gel ne me fermera pas les yeux aux Editions Paulsen, nous nous sommes longuement entretenus avec Adam Bielecki, l’un des plus audacieux himalayistes de sa génération. Il est question de sommets aussi bien montagneux que littéraires.

Retrouvez notre interview d’Adam Bielecki

 

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Philippe Delerm, L’Extase du selfie (Seuil)

À l’occasion de la parution de ses derniers « instantanés littéraires », L’Extase du selfie, Philippe Delerm est venu rencontrer 30 lecteurs Babelio le jeudi 26 septembre 2019. Il a ainsi pu échanger avec eux autour de Proust, des gestes qui nous trahissent et de ces instants de la vie quotidienne qu’il aime observer chez ses contemporains.

 

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Stéphane Heuet, A la recherche du temps perdu (Delcourt)

Adapter Marcel Proust en BD, pari impossible ? C’est pourtant celui que tient Stéphane Heuet depuis bientôt 25 ans. A l’occasion de la sortie du pénultième album de cette adaptation publiée chez Delcourt, le dessinateur est revenu sur son travail acharné autour d’une oeuvre réputée pourtant inadaptable. Un travail à découvrir à travers les 5 mots choisis par Stéphane Heuet dans cette vidéo.

 

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Akira Mizubayashi, Âme brisée (Gallimard)

Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs passionnés de musique classique occidentale (dont trois ressortissants chinois) sont soupçonnés de comploter contre le Japon, et arrêtés. Un enfant assiste à la scène, impuissant. Âme brisée d’Akira Mizubayashi est l’histoire de cet enfant, qui n’arrive pas à oublier cet événement traumatique. L’auteur nous parle de son livre dans cette vidéo, à travers 5 mots.

 

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Olivier Adam, Une partie de badminton (Flammarion)

« Il arrive que des lecteurs ou lectrices se reconnaissent tellement dans certains personnages que survient une forme de transfert. Ils se disent que l’auteur les comprend mieux que quiconque. Et que ça doit se vérifier en dehors des livres, dans la « vraie vie ». Ca peut parfois déraper. »

Dans cette interview à propos de son dernier livre Une partie de badminton, Olivier Adam se confie sur son métier d’écrivain à travers le personnage de Paul, son alter-ego qui cherche l’inspiration en Bretagne pour écrire son prochain livre.

Retrouvez notre interview d’Olivier Adam

 

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Kevin Lambert, Querelle (Le Nouvel Attila)

« Le sexe gai, décrit frontalement, a finalement pour moi une fonction militante : il s’agit de faire entrer dans l’imaginaire et dans le langage une sexualité minoritaire et marginale, dans l’objectif de resignifier la relation sexuelle privilégiée qui existe « naturellement » dans nos esprits et dans notre culture, qui est toujours hétéro. »

Querelle, de l’auteur québécois Kevin Lambert, a fait grand bruit lors de la rentrée littéraire – et remporté au passage le prix Sade. On vous propose dans cette interview de découvrir ce personnage de Querelle, et de comprendre les motivations de l’auteur lors de l’écriture de cette « fiction syndicale » sulfureuse.

Retrouvez notre interview de Kevin Lambert

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Editions Critic)

« Les situations catastrophiques et désespérées n’empêchent pas d’en rire. En fonction des personnages, ce peut être soit l’expression de la folie, soit le signe d’un désir profond de vivre. L’humour est peut-être le dernier rempart de la raison, un outil de survie presque aussi vital que les armes et la nourriture. »

Dans son deuxième roman, Rodolphe Casso poursuit sa description d’un Paris post-apocalyptique entamée dans Pariz. Cette fois, nous suivons le capitaine Franck Masson en mission pour prendre contact avec trois quartiers parisiens résistant aux morts-vivants : Montmartre, les Buttes-Chaumont et l’île de la Cité. Trois quartiers très différents dont l’auteur décrit avec intelligence et humour le destin post-apocalyptique. Nous avons posé quelques questions à l’auteur pour en savoir plus sur ce roman d’aventures dense et jouissif.

Retrouvez notre interview de Rodolphe Casso

Quand Babelio rencontre Mama Éditions

Fondé par Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain en 2000, Mama Éditions publie des titres sur des thématiques telles que le chamanisme, la spiritualité ou encore le jardinage en essayant d’y apporter un éclairage novateur et singulier. Après 19 années d’existence, la maison propose une soixantaine de titres qui tentent de « décrypter l’ouverture des consciences allant de pair avec les rapides mutations de notre société ». Mama Éditions est aujourd’hui présent à l’étranger, de l’Amérique jusqu’à l’Asie, et publie ses ouvrages dans une dizaine de langues. Nous avons posé quelques questions à Tigrane Hadengue sur sa maison d’édition et sur les domaines du développement personnel et de la spiritualité, qui connaissent un véritable essor ces dernières années.

 

  • Vous fêterez l’année prochaine les 20 années d’existence de Mama Éditions, quel regard portez-vous sur ces années passées et les objectifs que vous vous étiez fixés en créant la maison ?

Je vis une aventure bien plus surprenante que tout ce que j’aurais pu imaginer, où la magie des rencontres permet non seulement de dépasser ses objectifs, mais aussi d’en entrevoir de nouveaux encore plus beaux.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’édition de livres de développement personnel et de spiritualité ? 

L’envie d’amplifier mon bien-être et la soif de vivre une spiritualité dans mon activité même, en mariant mon évolution et ma profession.

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  • Quelles furent les étapes de votre cheminement professionnel, a-t-il été marqué par une rencontre marquante, un déclic ? 

Plusieurs rencontres d’auteurs, de Jeremy Narby à Laurent Huguelit, et d’autrices-éditrices, d’Anne Dufourmantelle à Michka Seeliger-Chatelain, en passant par le déclic de mon premier salon du livre en tant qu’attaché de presse, et où j’ai vu qu’il me fallait créer notre propre maison d’édition.

  • Le développement personnel connaît un succès grandissant depuis quelques années mais personne ne semble savoir exactement ce que c’est. Qu’est-ce que le développement personnel pour vous, quelles promesses d’épanouissement offre-t-il ? 

Le développement personnel regroupe bien des choses, du plus superficiel au plus essentiel, et de ce fait, ses promesses vont des plus creuses aux plus profondes. Dans tous les cas, il s’agit de s’épanouir par un travail intérieur.

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  • Comment expliquer son succès, et est-il symptomatique de notre époque ? 

Il est symptomatique de notre époque, et voué au succès puisque nous sommes plus que jamais déconnectés de la Nature (nous mettant, ainsi qu’elle, en danger), le développement personnel nous y ramène, pour nous permettre de mieux accoucher de nous-même. 

  • Avez-vous observé une évolution des mentalités à propos du développement personnel ? 

Oui : les mêmes personnes, privées ou professionnelles, et les mêmes médias, indépendants ou corporate, qui me traitaient d’utopiste en donnant à Mama Éditions un an d’existence tout au plus au moment de sa naissance, me demandent aujourd’hui consultations et exclusivités.

  • Développement personnel, spiritualité, new age… n’a-t-on pas tendance à tout mélanger dans ce type de littérature ? 

C’est souvent le cas, et c’est pourquoi Mama Éditions a tenu à distinguer clairement plusieurs collections, comme le chamanisme d’une part et les témoignages de guérisseurs d’autre part, ou comme les livres de Seth d’une part et les méthodes pratiques de channeling de l’autre. Ce sont des domaines si riches qu’ils méritent bien le respect de plusieurs avenues distinctes qui cependant s’épaulent les unes les autres, du théorique au pratique, ou du divin au quotidien.

  • Quels conseils donneriez-vous à un lecteur désireux de découvrir le développement personnel, mais qui ne saurait par où commencer pour trouver les livres qui pourraient l’aider, par peur d’être manipulé ? 

De commencer par Seth parle (Les livres de Seth / Jane Roberts), car c’est là qu’un nouveau décryptage, multidimensionnel, du visible et de l’invisible a été révélé pour les lecteurs de la fin du XXe siècle, puis de poursuivre par Abraham parle (Les livres d’Abraham / Esther Hicks), car c’est ensuite ici que l’on a reçu des outils de mise en pratique dévoilés à la portée de tous.

  • Comment partir en quête de sens tout en faisant preuve de discernement ? 

En intégrant aussi des livres pratiques comme La Voie du chamane, ou Caverne et Cosmos (de Michaël Harner), car ils nous guident jusqu’à notre boussole intérieure, le plus sûr des sonars, puis nous apprennent à l’utiliser avec un très grand discernement, fruit de traditions millénaires. 

  • Comment travaillez-vous avec vos auteurs ? 

En leur accordant la plus grande liberté tout en leur suggérant parfois d’approfondir telle ou telle facette.

  • Qu’est-ce qui préside à l’édition d’un texte chez Mama Éditions ?  

Il faut d’abord qu’il y ait un coup de cœur. La décision intellectuelle vient en second.

  • Avez-vous des thématiques qui vous séduisent plus que d’autres pour développer votre catalogue (peut-être regroupées dans vos collections Témoignages, Chamanismes, Mutations…) ou fonctionnez-vous au coup de cœur pour choisir vos manuscrits ? ? 

Nous privilégions les textes personnels, subjectifs, qui racontent un chemin, une découverte.

  • Combien de livres sont édités chaque année par votre maison ?

Douze. Nous avons à cœur de toujours privilégier la qualité sur la quantité, pour accompagner au mieux nos auteurs et nos livres.

  • Il existe encore peu de littérature destinée aux enfants sur ces domaines du développement personnel et de la spiritualité. Aimeriez-vous créer des livres de développement personnel ou de spiritualité pour enfants ? 

C’est fait ! Nous avons plusieurs titres et cycles de livres en préparation sur le sujet.

  • Quels sont les projets de Mama Éditions pour les années à venir ? 

Intégrer le jardinage bio et urbain au cœur de notre quotidien, offrir aux plus jeunes des voies d’accès à leurs propres pouvoirs, pousser plus loin la fabrication de livres écologiques, se développer à l’international comme dans les adaptations audiovisuelles, et porter le livre numérique vers un palier d’interactivité sans précédent.

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  • Si vous deviez nous conseiller trois livres pour découvrir Mama Éditions, quels seraient-ils ?  

Le Chamane & le Psy (de Laurent Huguelit, avec le Dr Olivier Chambon) ; Splendeur des âmes blessées (d’Agnès Stevenin) ; et Lorsque j’étais quelqu’un d’autre (de Stéphane Allix), n°1 des meilleures ventes de l’année 2018 en Ésotérisme et Spiritualité.

Retrouvez le catalogue sur le site Internet de l’éditeur.

Entretien réalisé par Coline Meret.