Quand Babelio rencontre les éditions Critic

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2019 est une année très spéciale pour Critic. En plus de fêter ses 10 ans, la maison d’édition rennaise publie le deuxième livre très attendu de l’un de ses auteurs phares : Nécropolitains de Rodolphe Casso. Un deuxième roman qui porte à près de 100 parutions le catalogue de Critic. Pas mal pour un éditeur de l’imaginaire également libraire spécialisé à Rennes, à temps plein ! Nous avons rencontré Eric Marcelin pour en savoir plus sur sa fièvre d’éditer, mais aussi sur ses auteurs et les objectifs poursuivis avec sa maison d’édition. En 10 questions comme autant de bougies à souffler…

L’histoire de Critic a commencé au début du nouveau millénaire, avec l’ouverture en 2000 d’une librairie à Rennes. Neuf ans plus tard, vous lanciez la maison d’édition du même nom avec Simon Pinel. Qu’est-ce qui vous a poussé, en 2009, à tenter l’aventure ?

Pour la petite histoire, lorsque j’ai créé la librairie Critic (spécialisée en bande dessinée et littératures de l’Imaginaire) en août 2000, j’avais déjà cette idée en tête. Après avoir rendu viable cette première entreprise, après avoir commencé à créer une image de marque et après avoir fait la rencontre de Simon Pinel, qui a réalisé son master édition à Rennes, les éléments étaient réunis pour lancer cette maison d’édition, sous le même nom et logo que la librairie. Et puis les éléments étaient parfaitement alignés puisque j’avais déjà le texte à publier, promis par mon libraire et écrivain Xavier Dollo (Thomas Geha).

Pour tout dire, au départ, cette seconde activité ne devait être qu’une marotte. Le truc c’est que l’on se prend vite au jeu et, voilà qu’aujourd’hui, nous allons atteindre les 100 titres au catalogue.

Vous éditez aussi bien des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy et fantastique) que des polars. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces deux pôles (parfois appelés « mauvais genres ») ? Est-il plus fonction de contraintes économiques ou de votre appétit/vos découvertes du moment ?

Nous publions essentiellement des ouvrages sur coup de cœur, par rapport à nos appétences et selon quelques textes reçus. (La sélection est rude et il y a peu d’élus sur les plus de 1000 manuscrits reçus à l’année…) Nous avons essayé à une époque d’équilibrer entre SF, fantasy, polar… Mais il y a des années où il y a plus de science-fiction, ou de fantasy… Soit parce qu’il y a plus de textes de ce genre reçus sur une année soit, comme cela s’est déjà produit, des auteurs dont nous attendions un texte de SF qui ont finalement envie d’essayer un autre genre.

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Si j’ai bien suivi, Critic publie uniquement des auteurs français (francophones ?). Pourquoi ce choix ? Pensez-vous un jour ouvrir votre catalogue à des traductions ?

Oui, effectivement. Cela a tout de suite été la ligne de départ. Nous avons des auteurs français de grand talent, qui n’ont rien à envier aux Anglo-Saxons, et nous nous efforçons au fil des années de convaincre libraires, bibliothécaires et lecteurs de ce fait avéré.

Comme nous fonctionnons beaucoup au coup de cœur, nous ne  nous fermons pas à explorer la possibilité de publier des auteurs venant d’autres pays, du moment que le texte est intelligent, divertissant et qu’il emporte notre imaginaire. D’ailleurs nous sommes très fiers de notre premier texte traduit et de rendre de nouveau disponible à la vente la saga de Brian Stableford, Grainger des étoiles, dont la première intégrale arrive à la fin du mois et la deuxième en novembre.

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Comment découvrez-vous les auteurs que vous publiez ? Avez-vous une ligne éditoriale très arrêtée, au-delà du genre ?

Par connaissances, par connaissances interposées, les manuscrits que nous recevons… La ligne éditoriale est effectivement très arrêtée… Que des coups de cœur ! Ce qui laisse de la place pour des projets un peu à côté du genre, que nous publions en Hors Collection.

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui,  nous étions très inspirés de ce que pouvait faire la collection Fleuve Noir Anticipation, ou encore la collection Rivière Blanche des éditions Black Coat Press, et également de la fougue et créativité des éditions Bragelonne. Et le travers a éviter : ne pas s’emballer trop vite, garder la tête froide et le cap à tenir.

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Ce double métier de libraire et éditeur doit bien remplir vos semaines. Comment gérez-vous le temps passé à la librairie, et sur vos projets de livres ?

C’est un savant équilibre à trouver. Ne jamais paniquer, garder la tête froide (encore), se dire que tout va bien se passer. Il y a un côté schizophrénique que j’ai dû apprendre à gérer car il faut pouvoir passer d’un sujet à un autre en essayant de ne pas perdre le fil, décider quelle urgence à traiter est la plus « urgente »… Et tenter de ne rien oublier.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition, en 10 ans, et plus particulièrement de l’édition de littératures de l’imaginaire ?

Qu’il est toujours difficile de faire émerger de nouveaux talents, qu’il faut beaucoup d’efforts pour réussir à vendre plus de 1000 ex. d’un titre, qu’il faut toujours garder la passion de la découverte et rester curieux, que la littérature de l’Imaginaire est une littérature de niche. C’est un exploit, comme pour  beaucoup d’autres maisons d’édition, de toujours être là. Mais, on sent du changement, ne serait-ce déjà que par la volonté affichée par tous les éditeurs du domaine qui se sont, depuis 3 ans, réunis en association pour défendre et mettre en avant cette littérature lors du Mois de l’Imaginaire.

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Pouvez-vous nous dire quelques mots du nouveau et très attendu livre de Rodolphe Casso, Nécropolitains ? L’enjeu est-il cette fois très différent pour vous, par rapport à son précédent, PariZ ?

Achetez-le ! Offrez-le ! Nous avons décidé avec Simon Pinel d’en faire le livre porte bannière des éditions Critic. Parce que ce livre peut faire bouger les barrières et prouver que la « littérature d’Imaginaire » est tout simplement de la littérature, que l’on peut avoir des zombies dans un roman, qu’il peut y avoir eu l’apocalypse, et que ce ne soit qu’un prétexte à un roman social imaginant 3 modèles de sociétés au travers de 3 communautés qui tentent d’imaginer un avenir après la fin du monde. Le tout en ayant des répliques drôles, un rythme enlevé et un regard sarcastique sur notre monde actuel.

Ce n’est pas toujours ce que nous recherchons dans les livres que nous publions, mais une chose est certaine, comme l’indique notre slogan, nous voulons publier « des romans que vous ne lâcherez pas ! ». Facile à dire.

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Quel bilan tirez-vous de ces 10 ans d’édition, par rapport aux objectifs que vous vous étiez fixés ? Et quels sont vos projets avec Critic pour les années qui viennent ?

Le bilan est plus que positif, puisqu’au départ l’objectif de publier 2 à 3 titres par an, voire pas du tout si rien ne retenait notre attention, s’est transformé en une vraie et reconnue maison d’édition. Il y a 10 ans si une personne m’avait dit qu’il y aurait 100 titres à notre catalogue en 2019 j’aurais pensé qu’elle était folle. Et je pense qu’effectivement il faut être un peu dingue pour mener une librairie et une maison d’édition de front…

C’est pour ça, comme nous avons encore du temps… que pour les années à venir, vous allez voir la naissance dès 2020 de nos premiers titres BD en collaboration avec les Humanoïdes associés sous le double label des 2 maisons d’édition. Adaptation d’une partie de nos romans et quelques projets inédits dont « L’Histoire de la Science-fiction en bande dessinée » réalisée par Xavier Dollo au scénario et Djibril Morissette au dessin. Et, également, le lancement d’une nouvelle collection en numérique, sorte de laboratoire d’expérimentation, terrain de jeu, pour les auteurs.

Quoiqu’il en soit nous allons nous efforcer de continuer à publier des textes que « vous ne lâcherez pas ! ». Enfin, c’est le but.

Trois livres pour découvrir Critic

Alors là, voici une question bien cruelle, et puis cela va faire des jaloux… Je vous ai dit qu’on était un éditeur de coups de cœur… Bon… Puisqu’il faut trancher :

CVT_Des-sorciers-et-des-hommes_5058Je vous aurais bien dit Le Sabre de sang de Thomas Geha, notre premier livre, très emblématique de ce que nous sommes en tant qu’éditeur, mais l’intégrale ne paraîtra au final qu’en novembre 2020, aussi rabattez-vous sur Des sorciers et des hommes du même auteur. Je vous garantis du plaisir à suivre les aventures de Hent Guer et Pic Caram, deux antihéros qui vont entraîneront dans une fantasy sombre et cynique fort plaisante.

 

critic09-2013Point Zéro d’Antoine Tracqui, car ce manuscrit m’a tout de suite emporté par le ton donné. Antoine Tracqui, c’est un peu notre Jules Verne des temps modernes. Il nous entraîne dans des aventures dingues qui mélangent à la fois histoire, science-fiction, voyage et un côté super-héroïque complètement assumé et jubilatoire qui fait que même au bout de 900 pages, on en redemande ! Malheureusement, l’auteur se fait trop rare et nous attendons son troisième et dernier tome des aventures de la Hard Rescue avec impatience. Petite confidence… il arrive fin 2020 !

41aY-DMKdML._SX210_Dominium Mundi de François Baranger parce que lire ce dyptique complètement dingue de plus de 1300 pages, que l’auteur a mis 10 ans à écrire, c’est comme s’installer dans une spacieuse et confortable salle de cinéma, avec son Dolby atmos 7.1, et s’embarquer pour un space-opéra/planète opéra digne des plus grandes superproductions. Rien que le pitch donne envie. Imaginez une terre où le Pape est redevenu tout puissant et a réinstauré le Dominium Mundi… Où nous sommes revenus à un mode de vie médiéval, mais avec une technologie de pointe… Où des missionnaires découvrent, sur une planète indigène, les restes du Christ. Les vrais. Imaginez une nouvelle croisade… Un vaisseau capable d’accueillir un million d’hommes à son bord…Imaginez encore et encore, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

CVT_Gurvan-lintegrale_6534Et… Oui, je sais… Vous aviez dit trois titres mais, juste en quelques mots, car je suis également très heureux de proposer la réédition de l’œuvre de Paul-Jean Hérault. C’est un grand monsieur se la SF populaire française qui a fait les heures de gloire de la mythique collection Fleuve Noir Anticipation. Et, pour notre plus grande joie, il continue à fédérer d’anciens fans et continue de recruter des lecteurs. Quoi vous ne connaissiez pas encore… Eh bien, un conseil entrez dans l’univers P.-J. avec Gurvan ou encore Le Chineur de l’espace.

 

Merci à Eric Marcelin pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

5 romans d’imaginaire pour retourner vers le futur

Elles sont encore trop rares, ces librairies spécialisées dans les littératures de l’imaginaire comme Critic à Rennes, Omerveilles à Grenoble ou L’Octopus à Epinal. Et quand on sait la (minuscule) place laissée à la science-fiction, la fantasy et au fantastique dans les librairies généralistes, il y a vraiment de quoi invoquer Cthulhu… Pourtant, l’intérêt des lecteurs semble inversement proportionnel à ce manque de visibilité dans les circuits traditionnels.

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C’est pourquoi, en ce début de mois d’octobre qui voit s’ouvrir une troisième édition du Mois de l’imaginaire, nous sommes allés rendre visite à une autre fameuse librairie consacrée à ces genres « maudits » : La Dimension Fantastique à Paris. Depuis 2014, cette belle boutique du 10e arrondissement (au 106 rue Lafayette) défend avec conviction la SFFF dans ses rayonnages bien sûr, mais aussi à travers un club de lecture, de nombreuses dédicaces tout au long de l’année, et le salon Imagibière, associant littérature et orge malté, en association avec la Brasserie de l’Etre (réservez votre 19 octobre dès maintenant).

On a donc demandé à Julien de nous conseiller et présenter 5 romans sortis récemment. Auteurs français ou étrangers ; fantastique, SF ou fantasy ; one-shot ou trilogie… voilà une sélection variée qui devrait vous réserver de bonnes heures de lecture.

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Katherine Arden, La Fille dans la tour (Denoël Lunes d’encre)

« C’est le deuxième tome de la Trilogie d’une nuit d’hiver de cette auteure américaine, après son remarqué L’Ours et le Rossignol. On reste dans un récit fantastique qui s’inspire des contes et légendes russes, que Katherine Arden a beaucoup étudiés – elle a d’ailleurs vécu un temps en Russie. C’est vraiment rafraîchissant, bien écrit, on est plongés dans ces univers-là, c’est dépaysant aussi. On parle de trilogie mais chaque tome est indépendant et se lit comme une histoire complète, on ne sent pas forcément que ça donnera lieu à une suite quand on achève sa lecture. Le troisième tome sort l’année prochaine, si mes souvenirs sont bons. »

 

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Franck Ferric, Le Chant mortel du soleil (Albin Michel Imaginaire)

« Voilà un auteur français qu’on suit depuis quelque temps, chez plusieurs éditeurs. Son précédent Trois Oboles pour Charon avait été finaliste du Grand Prix de l’Imaginaire. Franck Ferric revient ici avec un récit autour des dieux, dans lequel on suit un groupe qui ressemble à une peuplade mongole, qui part affronter et tuer le dernier dieu existant. Il y a pas mal d’action et d’aventure, avec en même temps une réflexion métaphysique. C’est riche et bien écrit, plein de surprises, et on est content de retrouver cet auteur, l’un des rares français publiés chez cet éditeur. »

 

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Tade Thompson, Rosewater – Insurrection (Nouveaux Millénaires)

« Et pourquoi ne pas continuer avec un peu de SF, et le deuxième tome d’une trilogie ? L’action se passe en Afrique du Sud, et pour ceux qui l’ont vu ça rappelle immanquablement District 9, le film de Neill Blomkamp. Le premier tome mettait en place l’univers de manière habile, dans un style très fluide et original. Pour moi Tade Thompson fait partie de cette génération d’auteurs étrangers contemporains qui forment une sorte de Nouvelle Vague : dès le premier roman ils se lancent dans une trilogie, et dans le deuxième on a souvent de l’action à fond les ballons. C’est très prenant, on a hâte que le troisième sorte et heureusement l’éditeur ne nous fait pas trop patienter entre chaque volet. Au passage, l’auteur sera aux Utopiales cette année, et il aura certainement pas mal de choses à raconter. »

 

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Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

« Là on est sur une réédition, pas une vraie nouveauté. Pas sûr que ce livre soit très connu d’ailleurs, même des amateurs de l’auteure, puisqu’il était uniquement sorti chez J’ai Lu sous l’ancien nom de Sabrina Calvo, David, avant qu’il change de sexe. On a là un texte très fort, avec une certaine poésie, je suis content de le voir réédité et à nouveau en librairie. Il y a un petit côté roman noir, thriller avec un fond historique, le tout dans un univers fictif. Et toujours un fond étrange. Je le recommande souvent à mes clients. »

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

« Une jolie brique pour finir, qu’on attendait depuis un moment – même si on préfère évidemment que l’auteur prenne son temps pour aller vers un texte abouti. Il sort officiellement le 3 octobre, on fait le lancement le 4 à La Dimension Fantastique. L’éditeur est aussi libraire à Rennes, et fête ses 10 ans cette année, et pour eux c’est LA sortie de leur année anniversaire. On est dans la ligne directe en termes de style de son premier roman PariZ, mais ils peuvent se lire indépendamment sans problème. L’action se passe un an après les conflits qui ont ravagé Paris et l’invasion de zombies qui a secoué le monde. On va suivre trois bastions de survie dans la capitale, dans des quartiers assez différents, ce qui permet à l’auteur de jouer sur les codes et clichés autour de Paris, aussi bien du point de vue des Parisiens eux-mêmes que des provinciaux. Ca va sûrement faire partie des gros coups de cœur de fin d’année dans le genre, un peu partout ! »

 

Et pour continuer dans l’imaginaire, on vous propose de visionner ici notre vidéo regroupant 10 auteurs français contemporains de premier plan :

La rentrée littéraire Auzou romans, une collection jeunesse riche en découvertes

Lundi 9 septembre avait lieu chez Babelio la présentation de rentrée de la collection romans des éditions Auzou. Animée par la responsable éditoriale, Krysia Roginski, cette matinée fut l’occasion de présenter un catalogue audacieux et diversifié en présence de quatre auteurs prestigieux : Yaël Hassan, Erik L’Homme, Yann Rambaud et Eric Sanvoisin. Devant un public de lecteurs et de libraires, chaque écrivain a pu parler de son nouveau livre, le tout dans une ambiance conviviale et complice.

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Les éditions Auzou sont d’ailleurs particulièrement attachées à la création littéraire française, puisque leur catalogue compte 90 % d’auteurs francophones. Pour la responsable éditoriale, toute la particularité des éditions Auzou tient dans leur volonté de promouvoir un plaisir de lecture à travers des histoires fortes, émouvantes et drôles avec des illustrations attrayantes et de qualité. Retour sur les romans mis en avant.

Eric Sanvoisin, écrire une préquelle de fantasy

Eric Sanvoisin est notamment connu pour avoir imaginé la Saga des dragons. Son dernier roman L’Homme-dragon (paru le 22 août) en est la préquelle et raconte l’histoire des parents du héros de la saga dans un contexte de guerre acharnée entre les dragons et les hommes. L’Homme-dragon s’adresse aux jeunes lecteurs dès 9-10 ans. Le fait d’écrire une préquelle est une nouveauté pour lui : « Quand j’écris, j’aime bien me lancer des défis parce que ça m’aide à écrire et ça me donne encore plus envie d’écrireEcrire une préquelle, je n’ai jamais fait ça de ma vie. Je le fais parce que ça m’amuse. »

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Par ailleurs bibliothécaire en Bretagne, Eric Sanvoisin raconte sa double expérience : « En tant que bibliothécaire, forcément on a envie que les enfants aiment le livre, on sait bien que ce n’est pas toujours facile. Moi quand j’écris, l’idée que j’ai derrière la tête, c’est d’arriver à séduire des gamins qui n’aiment pas les livres. »

Yaël Hassan, deux romans jeunesse pour la rentrée

Pour cette rentrée, Yaël Hassan nous propose deux romans jeunesse dans des genres assez différents. Le premier, Mytho (paru le 22 août) est coécrit avec Pascal Brissy qui a proposé l’histoire de cette jeune fille menteuse, Yaël Hassan ayant, elle, créé le personnage de la vieille dame écrivaine. « C’est une belle rencontre, à la fois avec l’écriture de Pascal et avec cette histoire que j’ai beaucoup aimé écrire. J’aime bien faire des rencontres improbables. Quand deux personnes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, font un bout de chemin ensemble et se révèlent. »

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Avec Lilou ensuite (paru le 12 septembre), Yaël Hassan avait envie de s’adresser aux plus jeunes et inaugure une nouvelle tranche d’âge (9-11 ans) avec les aventures d’une petite fille en fauteuil roulant. « Je n’avais pas du tout envie de faire quelque chose de larmoyant, de pathétique. Je voulais que cette petite fille incarne la joie de vivre, soit extrêmement positive et se lance des défis inatteignables pour elle. » En écrivant les aventures de Lilou, l’auteure a décidé d’en faire une série pour continuer à décliner tous les objectifs que cette petite fille voulait atteindre. Vous pourrez retrouver prochainement Lilou dans d’autres tomes à paraître.

L’idéal sociétal de Yann Rambaud

L’idée derrière L’Epopée de Sem, dernier roman de Yann Rambaud (paru le 12 septembre), vient d’une nouvelle qu’il a écrite il y a quelques années. Avec ce roman, l’auteur développe cette idée avec un univers fantastique que l’on peut dater à l’Age de fer, où la nature reprend ses droits et où les humains sont plus des proies que des prédateurs. « J’ai l’impression que dans la littérature et les arts, il y a deux grands thèmes dont tout est dérivé : c’est l’amour et la mort, qu’on retrouve partout et qui nous agitent en tant qu’êtres humains. Dans Sem, le récit est devenu presque quelque chose de shakespearien, d’épique. »

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Bien que le cadre soit très primitif, le roman met en scène un personnage vivant dans une communauté d’environ trois cents personnes aux lois égalitaires : « Comme je suis travailleur social, j’avais envie de mettre dans cette société mon idéal au niveau sociétal, c’est-à-dire une parité parfaite, une solidarité, une tolérance… ». Le rapport à la nature est également très présent à travers la religion animiste, sur le modèle des peuples amérindiens. L’ouvrage est destiné aux enfants à partir de 10-11 ans mais également aux jeunes adultes et aux adultes grâce aux deux niveaux de lecture proposés. L’univers ainsi créé par Yann Rambaud se déclinera sur deux tomes dont vous pouvez retrouver le premier tome en librairie dès à présent.

Erik L’Homme ou comment conjuguer l’amour de la nature et la passion pour la littérature

Pour sa première contribution à un recueil de nouvelles avec Au cœur de la forêt, Erik L’Homme est très fier de participer à cet ensemble de textes sur le thème des arbres et de la forêt. Il s’agit en effet d’une thématique qui le touche particulièrement en tant qu’amoureux des arbres. Le recueil comprend un ensemble de dix nouvelles qui abordent la forêt et les arbres sous des angles très différents. Erik L’Homme a choisi lui de surprendre, et au lieu de choisir un genre fantastique a préféré écrire une nouvelle réaliste, inspirée d’une histoire vraie. « Ce qui me plaît dans ce thème de l’arbre et de la forêt c’est que l’arbre peut avoir un côté utile avec l’oxygène et l’ombre qu’il apporte, mais l’arbre c’est aussi bien davantage. Le jour où il n’y aura plus d’arbres, il n’y aura plus d’hommes. Je suis farouchement persuadé que l’homme reste humain grâce aux arbres. Il y a un petit peu de végétal au fond de nos gènes et ce n’est pas pour rien, nous sommes intrinsèquement liés aux arbres et à la forêt. »

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Les éditions Auzou s’inscrivent également dans une démarche écologique puisque l’ensemble des droits d’auteurs de ce recueil seront reversés à l’association Up2Green Reforestation qui œuvre pour la plantation d’arbres fruitiers en Inde. Selon Gauthier Auzou, directeur des éditions Auzou et également présent ce matin-là : « Le seul bémol du métier d’éditeur, c’est d’être obligé d’abattre des arbres pour publier des livres », d’où la volonté de s’impliquer davantage dans la protection de l’environnement à travers cette démarche.

Quelques conseils d’écrivains…

Réunir quatre écrivains autour d’une même table, c’était l’occasion rêvée pour parler d’écriture et partager quelques anecdotes amusantes sur le métier d’auteur.

Chaque auteur a sa propre méthode d’écriture. Yaël Hassan préfère écrire ses livres à la main : « J’ai toujours dit que le verbe « écrire » c’est tenir un crayon et noircir des pages. Sur un ordinateur on tape un texte. Moi je n’ai pas envie de taper mon texte, il ne m’a rien fait. C’est une torture de taper un texte. » Erik L’Homme préfère, quant à lui, écrire à l’ordinateur bien qu’il ait débuté l’écriture avec une machine à écrire : « Aujourd’hui ce qui est très amusant c’est que j’ai gardé toutes les habitudes que j’avais avec ces vieilles machines. Bien que je dispose d’un ordinateur dernier cri qui appelle l’effleurement des touches, je tape encore comme un malade ! En bibliothèque, ça me pose des problèmes et les gens viennent me voir pour me demander d’arrêter de faire du bruit. »

La rencontre se conclut avec la métaphore de l’architecte et du jardinier pour décrire les méthodes d’écriture de chacun. Explication : « On peut classer les écrivains en deux catégories même si l’on n’est pas forcément tout l’un ou tout l’autre. Le jardinier plante sa graine qui pousse sans que l’on ne sache où cela va aller alors que l’architecte ne démarre rien s’il n’a pas fait son plan avant. » Autour de la table, Yaël Hassan et Eric Sanvoisin s’identifient plus aux jardiniers tandis que Yann Rambaud et Erik L’Homme se considèrent comme des écrivains architectes… A chacun sa méthode !

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Revivez en images la matinée de rentrée des éditions Auzou avec notre vidéo :

Nos interviews de la rentrée littéraire 2019

En cette rentrée littéraire 2019, vous pouvez découvrir sur les tables des librairies plus de 500 romans français et étrangers parus entre août et octobre. Une moisson de bonnes feuilles impressionnante, dans lesquelles nous nous sommes plongés pour vous proposer une sélection aussi subjective que variée.

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Nous vous proposons ainsi de retrouver dans cet article nos interviews écrites et vidéo des livres que l’on a eu envie de lire et de vous faire (re)découvrir à travers les mots de leurs auteurs. Cet article sera actualisé régulièrement avec de nouvelles interviews et contenus jusqu’à la fin de l’année 2019, donc n’hésitez pas à visiter cette page régulièrement.

Et comme à chaque rentrée, on vous propose de tenter de lire ensemble tous les livres de la rentrée parus et à paraître (!), dans notre défi de lecture annuel. Puisque « l’union fait la force » et que Babelio compte désormais plus de 800 000 membres, voilà une mission qui semble loin d’être impossible. Alors bonnes lectures à vous !

 

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Miriam Toews, Ce qu’elles disent (Buchet-Chastel)

Le 21 juin dernier, nous recevions chez Babelio l’auteure canadienne Miriam Toews pour une soirée autour de son dernier livre. Un roman écrit après la découverte d’un fait divers effroyable : le viol de 130 femmes et filles au sein d’une communauté mennonite bolivienne, par d’autres membres de cette communauté. Avec Ce qu’elles disent, Miriam Toews – elle-même issue d’une famille mennonite – imagine un après pour ces femmes, à travers trois jours de discussions autour de l’avenir qu’elles décident de se choisir : ne rien faire ; rester et se battre ; partir.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette soirée lors de laquelle l’auteure a pu rencontrer 30 de ses lecteurs

 

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Irina Teodorescu, Ni poète ni animal (Flammarion)

 

Comment parler de ce qui fait les révolutions, des ferments qui poussent un peuple à se soulever contre un pouvoir en place ? A cette question, Irina Teodorescu répond dans son dernier livre en mettent en scène trois générations de femmes (une grand-mère, une mère et une fille) dans la Roumanie de 1989, peu avant la chute du couple Ceausescu. Un texte composite fait de comptes-rendus d’enregistrements, d’entretiens, et du récit de souvenirs pour raconter le destin d’un pays et d’une famille.

Retrouvez notre interview d’Irina Teodorescu

 

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Christophe Tison, Journal de L. (Editions Goutte d’Or)

 

Près de 65 ans après la publication en France du célèbre Lolita de Vladimir Nabokov, Christophe Tison donne enfin une voix à son personnage éponyme. Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, l’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 1950, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille. Un changement de perspective qui nous permet d’appréhender ce personnage différemment, loin de ce que le terme « lolita » laisse aujourd’hui entendre.

Retrouvez notre interview de Christophe Tison

 

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Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

 

Dans son premier roman, Olivier Dorchamps présente le deuil comme une sorte de voyage initiatique à travers le personnage d’un fils (Marwan) qui ne comprend pas pourquoi son père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Commence alors pour lui une quête des origines dans un pays qu’il connaît mal, et qui va pourtant lui permettre de comprendre d’où il vient et qui il veut être.

Retrouvez notre interview d’Olivier Dorchamps

 

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Victor Jestin, La Chaleur (Flammarion)

 

Le crissement des tongs sur le sable, la musique minable de la sono. Les couleurs criardes des tentes. Le bonheur factice des vacanciers. Voilà ce que Victor Jestin nous donne à voir d’un camping du Sud de la France, à travers les yeux d’un adolescent en pleine crise, mutique et hermétique aux plaisirs préfabriqués de l’été. Jusqu’à cette nuit durant laquelle il regarde mourir Oscar, avant de l’enterrer. Un premier roman houellebecquien, comme un frisson dans le dos en pleine canicule.

Retrouvez notre interview de Victor Jestin

 

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Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB (Editions de Minuit)

 

La Clé USB ouvre un nouveau cycle romanesque dans l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint. Voilà un livre qui se joue des genres et dévoile d’autres facettes du talent de l’auteur : s’il débute comme un roman policier avec un fonctionnaire de la Commission européenne qui mène l’enquête sur une fraude aux bitcoins, c’est finalement un événement bien plus intime qui clôt le récit. Pour dire le monde contemporain, l’auteur de La Vérité sur Marie choisit une fois de plus de développer les aspects les plus banals de l’existence, en tout cas à première vue.

Retrouvez notre interview de Jean-Philippe Toussaint

 

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Elisabet Benavent, Dans les pas de Valeria (L’Archipel)

 

En parallèle de la publication de nos entretiens habituels, nous vous proposons aussi des traductions des interviews publiées sur la version espagnole de Babelio. Aujourd`hui, la parole est à Elisabet Benavent, auteur du livre Dans les pas de Valeria, une comédie romantique madrilène dans laquelle il est question d’amitié entre filles & de relations amoureuses plus ou moins compliquées…

Retrouvez notre interview d’Elisabet Benavent.

 

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Youssef Abbas, bleu blanc brahms (Jacqueline Chambon/Actes Sud)

 

Comme beaucoup, vous vous rappelez sans doute où et avec qui vous étiez ce 12 juillet 1998, soir de la Coupe du monde de football. Cette soirée très spéciale dans la mémoire des Français, Youssef Abbas l`utilise en toile de fond de son premier roman pour raconter trois destins de banlieusards dont l`histoire va basculer ce jour-là. Ou comment redonner une voix et une histoire à une frange de la population qu`on entend trop peu par ailleurs.

Retrouvez notre interview de Youssef Abbas

 

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Mathieu Palain, Sale gosse (L’Iconoclaste)

Sale gosse, premier roman de Mathieu Palain, est né suite à un reportage à la Police Judiciaire de la Jeunesse à Auxerre, afin de raconter au plus près la vie d’un jeune délinquant qui cherche à s’en sortir. Né de l’envie, aussi, d’humaniser des individus trop souvent perçus uniquement à travers les délits qu’ils ont commis. Un livre qui nous présente comme un instantané de la France en 2019, avec ses problèmes sociaux, sa criminalité, mais aussi la possibilité de se créer une vie meilleure.

 

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Rentrée littéraire jeunesse : Auzou Romans

Le 9 septembre dernier, Auzou Romans venait présenter chez Babelio sa rentrée littéraire 2019. Une rentrée sous le signe des auteurs francophones, puisque l’accent était clairement mis sur la production hexagonale cette année. C’est donc en présence des auteurs Yann Rambaud, Yaël Hassan, Erik L’Homme et Eric Sanvoisin (accompagnés de leur éditrice Krysia Roginski) que l’on a pu en apprendre plus ce matin-là sur les 5 livres publiés en septembre dans cette collection.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette matinée de présentation

 

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Nadine Ribault, Les Ardents (Le Mot et le Reste)

C’est sans doute l’un des livres dont vous entendrez trop peu parler en cette rentrée littéraire 2019, et pourtant : Les Ardents envoûte comme un feu puissant. L’action se situe au XIe siècle, dans un Moyen Age des plus sordides et sombres. Isentraud dirige d’une main de fer le royaume de Gisphild, avec la plus grande cruauté. Quand son fils épouse Goda, une étrangère à l’allure « romaine », la marâtre voit rouge. Pendant ce temps, le mal des Ardents (ergotisme) se répand dans la région et dévore de l’intérieur la population, alors que la guerre s’approche inexorablement. Sous des airs de conte pour adultes terrifiant, Les Ardents peut aussi se lire comme un métaphore politique dans laquelle les royaumes maudits évoquent ces gouvernements qui provoquent leur propre chute, en dépit du bon sens.

Retrouvez notre interview de Nadine Ribault

 

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Marion Brunet, Sans foi ni loi (PKJ)

Bang bang ! Marion Brunet nous revient en cette rentrée littéraire avec un nouveau livre jeunesse, un western féminin intitulé Sans foi ni loi. Loin du rôle de faire-valoir face à des cowboys hirsutes, trop souvent observé dans le genre, les femmes tiennent ici une place centrale et décisive. L’auteure s’est prêtée au jeu de l’interview face caméra à travers 5 mots : « Liberté », « Femme », « Personnage », « Rencontre » et « Cinéma ». Découvrez ce livre à travers les mots de Marion Brunet.

 

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Sofia Aouine, Rhapsodie des oubliés (La Martinière)

Sur les pas d’Antoine Doinel dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, Sofia Aouine nous propose avec Rhapsodie des oubliés, son premier roman, de suivre le quotidien d’Abad, jeune garçon turbulent vivant dans le quartier populaire de la Goutte-d’Or à Paris. A travers des thèmes graves comme la précarité, la prostitution ou l’intégrisme, l’auteure signe une ode à la solidarité et à la part d’enfance qui reste en chacun de nous.

Retrouvez notre interview de Sofia Aouine

 

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Felix Macherez, Au pays des rêves noirs (Editions des Equateurs)

Dépité par le monde contemporain et sa vie parisienne, Felix Macherez décide en 2017 de partir sur les traces d’un de ses auteurs fétiches : Antonin Artaud. Un voyage qui le conduira au fin fond du Mexique, jusque chez les Tarahumaras, peuple qu’Artaud a côtoyé dans les années 1930. Entre récit de voyage et journal intime, Au pays des rêves noirs raconte une quête d’un monde perdu, un chemin spirituel et terrestre vers un absolu forcément inatteignable.

Retrouvez notre interview de Felix Macherez

 

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Jean-Baptiste Andrea, Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste)

Jean-Baptiste Andrea avait séduit de nombreux lecteurs avec son premier roman Ma Reine. L’ancien réalisateur revient en librairie avec un nouveau roman chez L’Iconoclaste intitulé Cent millions d’années et un jour, l’histoire d’un paléontologue qui décide de poursuivre un vieux rêve en gravissant la montagne – jusqu’à tomber dans la folie ? L’auteur nous présente dans cette vidéo son livre à travers 5 mots.

 

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Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail (Eyrolles)

Nous y passons la majorité de notre temps et de notre vie, mais peut-il être compatible avec notre sensibilité ? Le travail et l’ultrasensibilité sont au cœur du nouveau livre de Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail. Le mercredi 19 septembre dernier, l’auteur et psychanalyste est venu échanger autour de ce sujet avec 30 lecteurs Babelio : c’était l’occasion pour lui d’expliquer sa démarche et de donner des conseils pratiques à chacun, pour être plus libre et épanoui au travail.

 

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Jim Fergus, Les Amazones (Le Cherche-Midi)

Dans Les Amazones, ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus raconte la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Il vous propose de plonger dans une nouvelle épopée romanesque où il dresse des portraits de femmes inoubliables. Et si vous n’êtes pas encore convaincu, nous vous invitons à l’écouter en parler, dans cette vidéo réalisée juste avant la rencontre avec l’auteur qui avait lieu à Paris il y a quelques semaines.

 

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Adam Bielecki, Le gel ne me fermera pas les yeux (éditions Paulsen)

« Il y a souvent des gens qui affirment que les grimpeurs ne respectent pas la vie en la risquant pour rien. Je pense tout le contraire : pour apprécier quelque chose vous devez d’abord en sentir le manque. »

A l’occasion de la sortie de son livre Le gel ne me fermera pas les yeux aux Editions Paulsen, nous nous sommes longuement entretenus avec Adam Bielecki, l’un des plus audacieux himalayistes de sa génération. Il est question de sommets aussi bien montagneux que littéraires.

Retrouvez notre interview d’Adam Bielecki

 

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Philippe Delerm, L’Extase du selfie (Seuil)

À l’occasion de la parution de ses derniers « instantanés littéraires », L’Extase du selfie, Philippe Delerm est venu rencontrer 30 lecteurs Babelio le jeudi 26 septembre 2019. Il a ainsi pu échanger avec eux autour de Proust, des gestes qui nous trahissent et de ces instants de la vie quotidienne qu’il aime observer chez ses contemporains.

 

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Stéphane Heuet, A la recherche du temps perdu (Delcourt)

Adapter Marcel Proust en BD, pari impossible ? C’est pourtant celui que tient Stéphane Heuet depuis bientôt 25 ans. A l’occasion de la sortie du pénultième album de cette adaptation publiée chez Delcourt, le dessinateur est revenu sur son travail acharné autour d’une oeuvre réputée pourtant inadaptable. Un travail à découvrir à travers les 5 mots choisis par Stéphane Heuet dans cette vidéo.

Quand Babelio rencontre Mama Éditions

Fondé par Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain en 2000, Mama Éditions publie des titres sur des thématiques telles que le chamanisme, la spiritualité ou encore le jardinage en essayant d’y apporter un éclairage novateur et singulier. Après 19 années d’existence, la maison propose une soixantaine de titres qui tentent de « décrypter l’ouverture des consciences allant de pair avec les rapides mutations de notre société ». Mama Éditions est aujourd’hui présent à l’étranger, de l’Amérique jusqu’à l’Asie, et publie ses ouvrages dans une dizaine de langues. Nous avons posé quelques questions à Tigrane Hadengue sur sa maison d’édition et sur les domaines du développement personnel et de la spiritualité, qui connaissent un véritable essor ces dernières années.

 

  • Vous fêterez l’année prochaine les 20 années d’existence de Mama Éditions, quel regard portez-vous sur ces années passées et les objectifs que vous vous étiez fixés en créant la maison ?

Je vis une aventure bien plus surprenante que tout ce que j’aurais pu imaginer, où la magie des rencontres permet non seulement de dépasser ses objectifs, mais aussi d’en entrevoir de nouveaux encore plus beaux.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’édition de livres de développement personnel et de spiritualité ? 

L’envie d’amplifier mon bien-être et la soif de vivre une spiritualité dans mon activité même, en mariant mon évolution et ma profession.

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  • Quelles furent les étapes de votre cheminement professionnel, a-t-il été marqué par une rencontre marquante, un déclic ? 

Plusieurs rencontres d’auteurs, de Jeremy Narby à Laurent Huguelit, et d’autrices-éditrices, d’Anne Dufourmantelle à Michka Seeliger-Chatelain, en passant par le déclic de mon premier salon du livre en tant qu’attaché de presse, et où j’ai vu qu’il me fallait créer notre propre maison d’édition.

  • Le développement personnel connaît un succès grandissant depuis quelques années mais personne ne semble savoir exactement ce que c’est. Qu’est-ce que le développement personnel pour vous, quelles promesses d’épanouissement offre-t-il ? 

Le développement personnel regroupe bien des choses, du plus superficiel au plus essentiel, et de ce fait, ses promesses vont des plus creuses aux plus profondes. Dans tous les cas, il s’agit de s’épanouir par un travail intérieur.

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  • Comment expliquer son succès, et est-il symptomatique de notre époque ? 

Il est symptomatique de notre époque, et voué au succès puisque nous sommes plus que jamais déconnectés de la Nature (nous mettant, ainsi qu’elle, en danger), le développement personnel nous y ramène, pour nous permettre de mieux accoucher de nous-même. 

  • Avez-vous observé une évolution des mentalités à propos du développement personnel ? 

Oui : les mêmes personnes, privées ou professionnelles, et les mêmes médias, indépendants ou corporate, qui me traitaient d’utopiste en donnant à Mama Éditions un an d’existence tout au plus au moment de sa naissance, me demandent aujourd’hui consultations et exclusivités.

  • Développement personnel, spiritualité, new age… n’a-t-on pas tendance à tout mélanger dans ce type de littérature ? 

C’est souvent le cas, et c’est pourquoi Mama Éditions a tenu à distinguer clairement plusieurs collections, comme le chamanisme d’une part et les témoignages de guérisseurs d’autre part, ou comme les livres de Seth d’une part et les méthodes pratiques de channeling de l’autre. Ce sont des domaines si riches qu’ils méritent bien le respect de plusieurs avenues distinctes qui cependant s’épaulent les unes les autres, du théorique au pratique, ou du divin au quotidien.

  • Quels conseils donneriez-vous à un lecteur désireux de découvrir le développement personnel, mais qui ne saurait par où commencer pour trouver les livres qui pourraient l’aider, par peur d’être manipulé ? 

De commencer par Seth parle (Les livres de Seth / Jane Roberts), car c’est là qu’un nouveau décryptage, multidimensionnel, du visible et de l’invisible a été révélé pour les lecteurs de la fin du XXe siècle, puis de poursuivre par Abraham parle (Les livres d’Abraham / Esther Hicks), car c’est ensuite ici que l’on a reçu des outils de mise en pratique dévoilés à la portée de tous.

  • Comment partir en quête de sens tout en faisant preuve de discernement ? 

En intégrant aussi des livres pratiques comme La Voie du chamane, ou Caverne et Cosmos (de Michaël Harner), car ils nous guident jusqu’à notre boussole intérieure, le plus sûr des sonars, puis nous apprennent à l’utiliser avec un très grand discernement, fruit de traditions millénaires. 

  • Comment travaillez-vous avec vos auteurs ? 

En leur accordant la plus grande liberté tout en leur suggérant parfois d’approfondir telle ou telle facette.

  • Qu’est-ce qui préside à l’édition d’un texte chez Mama Éditions ?  

Il faut d’abord qu’il y ait un coup de cœur. La décision intellectuelle vient en second.

  • Avez-vous des thématiques qui vous séduisent plus que d’autres pour développer votre catalogue (peut-être regroupées dans vos collections Témoignages, Chamanismes, Mutations…) ou fonctionnez-vous au coup de cœur pour choisir vos manuscrits ? ? 

Nous privilégions les textes personnels, subjectifs, qui racontent un chemin, une découverte.

  • Combien de livres sont édités chaque année par votre maison ?

Douze. Nous avons à cœur de toujours privilégier la qualité sur la quantité, pour accompagner au mieux nos auteurs et nos livres.

  • Il existe encore peu de littérature destinée aux enfants sur ces domaines du développement personnel et de la spiritualité. Aimeriez-vous créer des livres de développement personnel ou de spiritualité pour enfants ? 

C’est fait ! Nous avons plusieurs titres et cycles de livres en préparation sur le sujet.

  • Quels sont les projets de Mama Éditions pour les années à venir ? 

Intégrer le jardinage bio et urbain au cœur de notre quotidien, offrir aux plus jeunes des voies d’accès à leurs propres pouvoirs, pousser plus loin la fabrication de livres écologiques, se développer à l’international comme dans les adaptations audiovisuelles, et porter le livre numérique vers un palier d’interactivité sans précédent.

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  • Si vous deviez nous conseiller trois livres pour découvrir Mama Éditions, quels seraient-ils ?  

Le Chamane & le Psy (de Laurent Huguelit, avec le Dr Olivier Chambon) ; Splendeur des âmes blessées (d’Agnès Stevenin) ; et Lorsque j’étais quelqu’un d’autre (de Stéphane Allix), n°1 des meilleures ventes de l’année 2018 en Ésotérisme et Spiritualité.

Retrouvez le catalogue sur le site Internet de l’éditeur.

Entretien réalisé par Coline Meret.

20 livres de poche à dévorer sans modération cet été

Comme chaque année, Babelio vous présente les livres de poche les plus appréciés des lecteurs. Découvrez notre sélection estivale des meilleurs petits formats à emporter dans vos valises cet été !

Entre science-fiction, essais, sagas familiales et romans feel good, le classement des 20 livres de poche de l’été n’entre dans aucune case et il y a fort à parier que certains titres de ce classement vous permettront de découvrir de nouveaux horizons de lecture. Voici l’occasion idéale pour (re)découvrir ces ouvrages et choisir ceux qui vous accompagneront cet été à l’ombre des palmiers, ou dans le métro parisien…

1 : Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

Couronné récemment par le prix Maison de la presse, l’histoire de Violette, gardienne de cimetière qui fait de ce lieu de tristesse, un immense jardin, a su toucher le cœur des lecteurs. Violette change l’eau des fleurs, et sa vie fleurit à nouveau. L’absence devient une présence silencieuse et bienfaitrice. Avec ce roman, Valérie Perrin livre un hymne au merveilleux des choses simples.

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Pour La_Bibliotheque_de_Juju, la force du récit tient avant tout à son personnage hors du commun : « Violette, c’est de la poésie, c’est la vie qui chante très fort au beau milieu des morts. » Malgré un sujet grave, Valérie Perrin livre un roman lumineux où elle démontre sa capacité incroyable à transcender la tristesse pour en faire une histoire optimiste et vibrante. La mort n’a jamais été si vivante.

Découvrez Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin, publié aux éditions Le Livre de Poche

2 : Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Livre-univers aux résonances multiples, œuvre steampunk décalée, ou hommage vibrant au romantisme slave, Célestopol est un objet littéraire inclassable, aventureux et inventif. Au fil de ce recueil de 15 nouvelles se situant à Célestopol, cité lunaire de l’empire de Russie, nous suivons des habitants en quête d’émancipation, rebelles, insoumis – à l’image de la métropole aux multiples visages -, qui portent en eux des colères intimes et des fêlures profondes.

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Célestopol est un recueil de nouvelles distrayant et unique en son genre qui ravira les amateurs de steampunk, d’uchronies, et d’aventures spatiales dans un cadre original et fabuleux : « Quelle merveilleuse aventure au cœur d’une cité lunaire remplie d’imprévisibles fantaisies ! » (Delap80).

Découvrez Célestopol d’Emmanuel Chastellière, publié aux éditions Libretto 

3 : La Note américaine de David Grann

Cette enquête de David Grann revient sur une série de meurtres qui décima la tribu des Indiens Osage, dans l’Oklahoma des années 1920. Brillant reporter pour le New York Times, David Grann livre ici une enquête rigoureuse racontée avec les armes de la fiction pour mettre au jour la stupéfiante et glaçante vérité.

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David Grann, en digne héritier du new journalism, renoue avec un journalisme littéraire qui se lit comme de la fiction, et livre sa propre résolution sur des enquêtes irrésolues et fascinantes. Pour Bazart, voici « Un livre en tous points captivant et salutaire »

Découvrez La Note américaine de David Grann aux éditions Pocket

4 : Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio

Après le succès du Gang des rêves et des Enfants de Venise, le Romain Luca Di Fulvio signe le troisième chapitre de son triptyque qui consacre plus que jamais son talent de conteur. Le Soleil des rebelles entraîne le lecteur au cœur d’une fresque historique et romanesque d’une rare intensité, sur les pas d’un prince de Saxe.

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Luca Di Fulvio embarque le lecteur dans la construction de cette Europe balbutiante, dans le sang et les larmes. Roman âpre mais lumineux, qui conserve toujours une lueur d’espoir, voilà, selon TheWind « Un roman qui donne envie de trouver le soleil la nuit ».

Découvrez Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio, publié aux éditions Pocket

5 : Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi

Un road-trip en Scandinavie, des portraits de femmes dressés avec humour et sensibilité, des instants de vie sublimés… Il n’en faut pas plus pour succomber au charme de ce roman feel good rafraîchissant, qui nous met le sourire jusqu’aux oreilles, ou plutôt jusqu’aux étoiles.

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« Un zeste d’humour, une pincée d’émotions, le tout agrémentant une famille qui cherche à se trouver et à ne plus se quitter. » Pour Ladybirdy, c’est certain, ce roman est idéal pour les vacances. Partir est parfois la solution idéale pour se retrouver.

Découvrez Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi publié aux éditions Le Livre de Poche

6 : Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase

Un manoir tapis de secrets, aux portes dérobées, un été tragique, des secrets de famille qui ne demandent qu’à être révélés, et quatre vies bouleversées à jamais… Voilà un cocktail prometteur qui ravira les amateurs de sagas familiales.

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Un manoir en Cornouailles est « Une très belle lecture qui se prête merveilleusement bien aux vacances d’été » selon TheBookCarnival, qui le conseille à tous ceux qui voudraient frémir à la lecture d’un roman dans la veine de Daphné du Maurier.

Découvrez Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase publié aux éditions 10/18

7 : Pourquoi écrire ? de Philip Roth

Il y a un peu plus d’un an, six ans après avoir arrêté d’écrire, Philip Roth nous quittait. L’une des figures majeures de la littérature américaine laissait derrière lui une œuvre riche et foisonnante, complexe et provocatrice. Tout au long de sa carrière, Philip Roth a réfléchi sur son art : il nous livre ses réflexions dans cet essai où l’écrivain contemple le fruit d’une vie d’écriture et se prépare au jugement dernier.

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Véritable plongée dans la vie d’écrivain, cette compilation d’essais, d’entretiens, d’articles, est « Un bouquin indispensable à tout amateur de l’écrivain et plus encore, pour tous ceux qui s’intéressent à l’écriture. » (Corboland78) Un livre qui contient également plus d’une centaine de pages jamais traduites en français jusque-là.

Découvrez Pourquoi écrire ? de Philip Roth, publié aux éditions Folio

8 : Tortues à l’infini de John Green

Avec Tortues à l’infini, le dernier roman de John Green, l’heure est une nouvelle fois à l’émotion. Inspiré par ses propres troubles compulsifs pour écrire ce roman, l’auteur décrit la quête d’identité d’une jeune fille souffrant de douleurs psychiques.

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Voici un roman qui nous fait passer du rire aux larmes, les personnages de John Green racontant la propre maladie de l’auteur, au cœur de sujets aussi intimes qu’universels : la peur de vivre, la quête d’identité. « John Green nous livre ici un roman touchant qui remue au plus profond de soi. » Saefiel

Découvrez Tortues à l’infini de John Green publié aux éditions Gallimard Jeunesse

9 : Idaho d’Emily Ruskovich

Ce roman polyphonique nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir au beau milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Les forêts sauvages et hostiles, toujours grandioses, sont la toile de fond de ce drame éloquent. 

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Les lecteurs saluent à l’unanimité ce premier roman d’une rare intensité : « Une tragédie bouleversante et inoubliable. » (marina53)

Découvrez Idaho d’Emily Ruskovich publié aux éditions Gallmeister

10 : Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim

Dans le Paris du début du XXe siècle, Jeanne Hébuterne brave les interdits pour vivre ses passions, artistiques et amoureuses. En nous brossant le portrait d’une femme courageuse et amoureuse jusqu’à la folie, Olivia Elkaim sort de l’oubli celle qui fut la muse de Modigliani.

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Les lecteurs ont apprécié cette immersion dans le Paris des années 1920, la vie de bohème et la passion dévorante des deux amants : « L’espace d’une lecture, elle a transformé mon salon en atelier de peinture, ma petite ville en Ville-Lumière, mon époque en temps de guerre. » (Croquignolle)

Découvrez Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim, publié aux éditions Points

11 : L’Or noir des steppes de Sylvain Tesson et Thomas Goisque 

Accompagné du photographe Thomas Goisque, Sylvain Tesson a entrepris un nouveau voyage étonnant :  il a en effet suivi le réseau des pipelines caspiens “jusqu’à Bakou, puis de Bakou jusqu’à la Turquie orientale via l’Azerbaïdjan et la Géorgie”. L’occasion pour l’écrivain voyageur/cascadeur et le photographe/aventurier de raconter “l’histoire millénaire de l’or noir des steppes”.

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C’est réussi pour Jeanraphael qui estime même que “c’est le meilleur livre de Sylvain Tesson. Un vrai récit de voyage, pur, concentré, affûté, descriptif et précis”.

Découvrez L’Or noir des steppes de Thomas Goisque & Sylvain Tesson publié chez J’ai Lu 

12 : Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez 

Déjà présent dans notre liste des livres les plus populaires de l’année 2018, Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez refait parler de lui pour sa sortie en poche. Il faut dire que ce roman policier dans lequel il est question de mémoire mais aussi d’écriture est parfait pour l’été.

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Comme le rappelle Jeanmarc30, le roman propose, en outre, un dépaysement garanti : “C’est tordu, oppressant entre les paysages de la côte d’Opale et les monts du Vercors ou des Alpes, et c’est savoureux à bien des égards.”

Découvrez Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez publié chez Pocket

13 : Underground Railroad de Colson Whitehead

Véritable phénomène littéraire qui a valu à son auteur une pluie de récompenses prestigieuses à travers le monde dont le prix Pulitzer, Underground Railroad raconte “l’odyssée d’une jeune esclave en fuite dans l’Amérique d’avant la guerre de Sécession« .

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C’est pour Maxun roman historique puissant, nécessaire, intemporel et montrant une facette de l’esclavage que je ne connaissais pas, il n’en faut pas plus pour en faire un très bon récit et l’obtention des diverses récompenses dont le Pulitzer sont amplement mérités. A lire d’urgence.

Découvrez Underground Railroad de Colson Whitehead publié au Livre de Poche.

14 : La Mémoire du thé de Lisa See

On vous propose cet été de partir en Chine à la découverte de l’ethnie des Akha qui vit dans la province du Yunnan depuis plusieurs siècles. Ce peuple vit par et pour le thé. Une vraie découverte pour de nombreux lecteurs. 

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Ce livre dégage cette senteur particulière [nous dit ainsi Asakocelle d’une feuille de thé. L’histoire est aussi profonde que le paysage dans lequel se déroule l’histoire. Cette histoire m’a émue, m’a fait pleurer tellement l’auteur de par ses mots nous fait voyager.

Découvrez La Mémoire du thé de Lisa See publié chez J’ai Lu. 

15 : Complot de Nicolas Beuglet 

Si la France connaît une vague de chaleur, on vous propose avec cette lecture, de vous rafraîchir quelque peu. Le récit commence en effet dans “un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents”. Un cadre idéal pour s’évader.

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Attention cependant, Nicolas Beuglet n’a pas l’intention de vous faire souffler. Complot est aussi et avant tout un thriller haletant, recommandé par de nombreux lecteurs et lectrices comme Sylvie71 : “C’est un thriller addictif, où l’on retrouve tous les codes du genre : secret, complot, violence. Entre fiction et réalité historique, j’ai été happée par cette histoire passionnante.

Découvrez Complot de Nicolas Beuglet publié chez Pocket

16 : Trois filles d’Ève de Elif Shafak 

L’auteure de L’Architecte du Sultan, Soufi, mon amour ou encore La Bâtarde d’Istanbul, autant de grands succès sur Babelio, revient avec un roman sur une femme turque qui plonge dans ses souvenirs. L’occasion pour Elif Shafak d’interroger la société stambouliote d’aujourd’hui. 

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Pour m3lani3, il s’agit d’un roman “riche et fluide qui nous donne à découvrir cette grande ville turque et la position des femmes dans cette société qui oscille entre tradition et modernité”. Pour Fanfanouche24, il s’agit également d’ “un roman haletant qui dit à quel point la littérature est porteuse d’espoir, de liberté et d’indépendance de pensée”.

Découvrez Trois filles d’Ève de Elif Shafak, publié chez J’ai Lu.

17 : La Beauté des jours de Claudie Gallay 

Dans son dernier roman intitulé La Beauté des jours, dans lequel il est notamment question de la célèbre artiste Marina Abramovic, Claudie Gallay interroge la façon dont l’art peut sauver ou sublimer nos vies. Un thème qui ne pouvait qu’intéresser nos lecteurs. 

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Cristy a adoré sa lecture, à la fois pour sa réflexion mais aussi par l’écriture de l’auteure : “Ce qui m’a beaucoup touché, c’est […] la façon dont l’auteur raconte son histoire, il se dégage une douce poésie de ce roman. Ce qui en fait un livre doudou, un livre dans lequel on a envie de se plonger et ne plus en ressortir.” 

Découvrez La Beauté des jours de Claudie Gallay, publié chez Babel

18 : Le Caillou de Sigolène Vinson 

Le pitch du roman de Sigolène Vinson est on ne peut plus simple : “Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.” Dans le texte, ce personnage s’exprime : elle aimerait devenir “Minérale, granitique, chateaubriandesque sur la mer, pour ne plus avoir peur”. Car le personnage, enseignante, a le sentiment de ne plus servir à rien. 

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Le roman, pardon pour le jeu de mot, n’a pas laissé ses lecteurs de marbre. Virginie_Vertigo a été enchantée malgré un thème difficile : “Une fois de plus, je retrouve une Sigolène qui parle de la difficulté d’être, du sens que l’on donne à sa vie. De son écriture sèche, dépouillée de tout artifice et pourtant si belle, elle évoque aussi la solitude, la vieillesse et l’art qui peut transcender une vie. J’aime ce côté absurde qu’elle émaille dans son récit. Et que dire de cette description de la Corse, de ses paysages qui donnent tellement envie d’y jeter l’ancre !

Découvrez Le Caillou de Sigolène Vinson, publié chez Le Tripode  

19 : June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton 

Premier tome d’une trilogie fantasy de la très appréciée Manon Fargetton, June, Tome 1 : Le Souffle a tout pour devenir une référence en la matière. Une quête épique attend en effet June, dernière héritière des Sylphes, et peut-être la seule personne  à pouvoir rétablir l’harmonie dans le monde.

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Le pari est remporté pour EloDesigns : “L’univers et l’atmosphère dans lequel le roman évolue, est à la fois complexe, travaillé et riche. Les créatures dont on parle, les Sylphes, sont originales et font rêver ; elles sortent vraiment de l’ordinaire et nous entraînent vers de nouveaux horizons. Tous les ingrédients sont réunis pour que la magie opère.

Découvrez June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton, publié chez Rageot Poche

20 : Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.” Voilà les premiers mots de la quatrième de couverture de ce roman de fantasy ambitieux. Non il ne s’agit pas de l’empire de Napoléon et Les Seigneurs de Bohen n’est pas un roman historique. Encore que… Si en quelque sorte, car Les Seigneurs de Bohen est l’histoire d’un Empire, le récit de sa gloire, mais aussi celui de sa chute.

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Grande amatrice de littératures de l’imaginaire, Selvegem a adoré cette lecture  : “Estelle Faye nous entraîne dans une histoire dense, solide, et remarquablement écrite du début à la fin ! C’est un récit très dense, mais que j’ai dévoré.” 

Découvrez Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye, publié chez Folio SF

Et vous, quels livres emporterez-vous en vacances ? Partagez vos impressions et coups de cœur poche de l’année 2019 en commentaire ! 

Et pour en savoir plus sur les habitudes des Babelionautes, vous pouvez consulter notre étude sur les lectures d’été, abordant autant le nombre de livres emportés dans la valise, que les genres les plus appréciés l’été, ou encore le format jugé comme le plus pratique. C’est juste ici !

Article rédigé par Pierre Krause et Coline Meret.

Et retrouvez également une sélection de 10 livres de poche à lire cet été en vidéo juste ici :

Prix des Lectrices 2019 : all you need is romance

Que seraient nos vies sans amour ? Pas grand-chose, probablement. D’où sans doute ce besoin de se nourrir autant de romcoms au cinéma, que de romance en littérature. Voilà un genre littéraire qui connaît en effet un succès grandissant ces dernières années, attirant un lectorat fidèle (eh oui !) et très largement féminin (comme souvent quand il s’agit de livres).

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Pour mettre ce genre en avant, et donner la parole à toutes les lectrices, Milady créait en 2014 le Prix des Lectrices. Une distinction qui récompense chaque année un livre ayant reçu le plus de votes parmi une sélection de 10 titres du catalogue Milady parus l’année précédente. En 2019, Jojo Moyes côtoyait ainsi Cecelia Ahern (lauréate du prix en 2018 pour Les Jours meilleurs, lire notre article à ce propos ici) ou Alice Peterson sur la liste des prétendants.

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Du 18 janvier au 24 avril, quelques milliers de votantes ont donc pu faire entendre leur voix sur le site dédié, et ainsi élire la sixième lauréate du Prix des Lectrices. Lors de la remise du prix le mardi 11 juin dans les locaux des éditions Milady (rue d’Hauteville, Paris 10e), Isabelle Varange paraissait particulièrement enthousiaste à l’idée de couronner Colleen Oakley pour La première fois qu’on m’a embrassée, je suis morte. Un avis que partagent d’ailleurs visiblement largement les Babelionautes, puisque ce livre compte 181 lecteurs sur la plateforme, et affiche une note moyenne à faire rougir d’envie pas mal d’auteures : 3,85/5 sur 81 notes.

510Pe2GquyL._SX195_« Jubilee Jenkins souffre d’un mal extrêmement rare : elle est allergique au contact humain. Après avoir été embrassée par un garçon au lycée, elle se retrouve aux urgences à la suite d’un choc anaphylactique. Dès lors, elle décide de ne plus sortir de chez elle pendant des années. Mais à la mort de sa mère, Jubilee doit affronter le monde et les gens. Un jour, à la bibliothèque, elle fait la connaissance d’Eric Keegan et de son fils adoptif, un petit génie perturbé. Bien qu’Eric ne comprenne pas pourquoi Jubilee le tient à distance, il est sous le charme… De manière inattendue, leur rencontre va permettre à ce trio irrésistible de s’ouvrir à la vie et à l’amour. »

Il faut dire que Colleen Oakley a plutôt « du métier » en ce qui concerne l’écriture, puisqu’elle signe de nombreux articles pour la presse américaine, et a été rédactrice en chef du magazine Women’s Health & Fitness. Parmi les critiques enthousiastes on retient sur Babelio ces quelques extraits pour parler de ce livre : « Un roman qui vous prends aux tripes. Une belle aventure humaine » (Samy10), « Ce livre est d’une beauté pure et hors du commun. J’ai pris énormément de plaisir à lire ces pages qui nous plongent dans un récit pour le moins étonnant et inattendu » (LesTentatrices), ou encore « Un magnifique roman, une belle leçon de vie, un livre qui m’a transportée dans la vie d’autrui, une histoire touchante, parfois bouleversante, et surtout teintée d’un humour, et ça, ça lui donne tout son charme » (zorrajess). Et celles et ceux qui ont déjà apprécié celui-ci se précipiteront probablement sur sa dernière parution, La première fois, c’était quand même plus marrant.

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Comme chaque année lors de la remise du prix Milady, l’équipe de la maison d’édition du même nom était aux petits soins pour nous recevoir, proposant notamment les traditionnels cocktails reprenant les titres (et l’esprit) des livres lauréats précédemment. On a ainsi pu déguster cette année un nectar inspiré du livre de Cecelia Ahern primé l’an dernier : Les Jours meilleurs. Avant de goûter l’an prochain au cocktail portant le titre du roman de Colleen Oakley, donc.

Et comme le dit la chanson de Michel Fugain : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est une romance d’aujourd’hui. »

5 livres qui ressuscitent Sherlock Holmes

téléchargementA l’occasion du mois du polar, nous avons décidé de vous présenter quelques unes des nombreuses réécritures de Sherlock Holmes, ce héros intemporel à l’origine d’un véritable succès éditorial et médiatique. Le mythe du célèbre détective est plus vivace que jamais si l’on en croit les spécialistes des récits holmésiens : on compte près de 2 000 réécritures des enquêtes de Sherlock Holmes depuis la parution du canon original d’Arthur Conan Doyle, sans compter les adaptations cinématographiques et télévisées. De simple personnage de fiction de l’époque victorienne, le fin limier est devenu un mythe littéraire mille fois réinventé, à l’écrit comme sur petit et grand écran, au XXIe siècle.

Au fil de ses innombrables mues et ses résurrections, Sherlock Holmes est devenu un avatar, au sens religieux du terme : il représente une figure foncièrement rassurante, dans une période troublée où le sentiment de sécurité s’amenuise. Il remet de l’ordre, du sens, rend le monde intelligible et cohérent pour ses comparses. Finalement, il représente une alternative au super-héros moderne pour ceux qui préféreraient encore le tweed au slip moulant, l’humour à froid, et un charme intrinsèquement britannique.

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Martin Freeman et Benedict Cumberbatch dans la série britannique Sherlock

 

Le personnage suscite toujours cette compulsion d’écriture, et il semble que la tendance s’intensifie depuis quelques années : avec les films de Guy Richie, la série anglaise de la BBC scénarisée par Steven Moffat/Mark Gatiss et celle de l’américain Robert Doherty, la figure du détective est renouvelée, et son public, rajeuni. La profusion de blogs geeks et de colloques universitaires dédiés au détective nous démontrent également que le mythe holmésien se porte à merveille et alimente toujours les presses universitaires. Les auteurs sont de plus en plus nombreux à oser le parti pris risqué de la réécriture de Sherlock Holmes : un exercice auquel il est difficile de se frotter.

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Dans Elementary, Jonny Lee Miller incarne Sherlock et Lucy Liu le Dr Watson

 

Pour vous aider à vous orienter dans la jungle des réécritures de Sherlock Holmes, nous vous proposons une sélection de 5 œuvres aussi originales qu’éclectiques : Au programme, on retrouve donc Le Diable et Sherlock Holmes de David Grann, un recueil de douze enquêtes bien réelles, Les Aventures de Charlotte Holmes de Brittany Cavallaro, une saga young adult transposée à notre époque, Sherlock Holmes aux enfers de Nicolas Le Breton, un pastiche halluciné qui nous plonge au cœur d’une enquête aux Enfers, Les Dossiers Cthulhu : Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovegrove qui met en scène la rencontre de deux univers classiques de la littérature, et enfin, Les Enquêtes d’Enola Holmes de Nancy Springer, une enquête policière sur fond de féminisme, pour jeune public.

Le Diable et Sherlock Holmes, de David Grann

Contrairement aux histoires narrées par Arthur Conan Doyle, il s’agit d’un recueil de douze enquêtes bien réelles. David Grann, reporter au New York Times livre ici quelques unes des histoires rocambolesques qu’il a croisées lors de sa carrière de journaliste et réalise un travail méticuleux raconté avec les armes de la fiction. On retrouve tout le plaisir que suscite un vrai polar, allié à celui du reportage. L’enquête d’ouverture, à laquelle on doit le nom du recueil, est liée à une affaire étonnante : la légende voudrait qu’Arthur Conan Doyle ait laissé à sa mort un mystérieux ensemble de documents que les grands spécialistes de l’auteur ont cherché toute leur vie. Lorsque l’un d’eux pense avoir acquis le Saint-Graal, il est retrouvé mort chez lui. Peut-être assassiné, mais par qui ? Pour chaque enquête, l’auteur réalise des entretiens avec des experts, des témoins, pour finir par révéler sa propre résolution de l’enquête. David Grann, en digne héritier du new journalism renoue avec un journalisme littéraire qui se lit comme de la fiction, et plonge le lecteur dans des enquêtes irrésolues et fascinantes.

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Le livre sortira le 7 avril 2019 dans les librairies. Nous sommes impatients de savoir ce qu’en penseront les lecteurs !

Découvrez Le Diable et Sherlock Holmes de David Grann, publié aux Éditions du Sous-sol

Les Aventures de Charlotte Holmes, de Brittany Cavallaro

Inventer des descendants aux illustres héros romanesques, voilà un exercice littéraire qui semble dans l’air du temps… Dans cette saga young adult, les deux jeunes descendants des lignées de John Watson et de James Moriarty font fi des conflits ancestraux pour enquêter sur la mort mystérieuse d’un étudiant. Scènes cocasses et comiques sont au rendez-vous pour ce pari audacieux de mettre en scène les arrières-petits-enfants de Sherlock Holmes, qui ont troqué la pipe en bois contre la cigarette. Un parti pris qui ne plaira sans doute pas aux puristes, mais qui ravira sûrement les adolescents. Bonne introduction à l’univers du détective légendaire, la saga des aventures de Charlotte Holmes est un incontournable young adult du moment.

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Transposer une des plus grandes sagas au XXIe siècle, c’est « un pari osé et rondement mené » selon Gaoulette. Voici une série de romans dans l’ensemble originale et bien adaptée selon les Babelionautes : « Brittany Cavallaro a brillamment adapté les capacités de déduction du célèbre détective à une jeune fille moderne. » (Maudylecture) Une affaire à suivre, donc…

Découvrez Les Aventures de Charlotte Holmes de Brittany Cavallaro, publié chez Pocket Jeunesse

Sherlock Holmes aux enfers, de Nicolas Le Breton

Dans ce thriller halluciné nourri d’occultisme, Sherlock Holmes entreprend une plongée au cœur des Enfers, territoire où nombre d’auteurs se sont déjà aventurés. On a tué, là où nul n’est censé mourir : mandaté par Lucifer lui-même, le détective et son fidèle acolyte sont chargés d’enquêter sur ces meurtres mystérieux. L’enquête cède place rapidement à un voyage initiatique où les questions philosophiques côtoient les paysages macabres des Enfers. Comme dans la Divine Comédie de Dante Alighieri, le héros romanesque croise des damnés célèbres, sans contraintes de temps ni de lieu. Nicolas Le Breton propose aux lecteurs une plongée dans les méandres de l’irrationnel, au plus profond des abîmes de la psyché humaine.

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Un cauchemar d’une beauté baroque qui a déconcerté de nombreux lecteurs par sa complexité, qui ont tout de même salué l’érudition de cette vision singulière des Enfers, comme sl972, pour qui « l’auteur réussit à faire passer des idées très élaborées sans perdre son lecteur et sans prendre une plume savante et des mots compliqués ». Une intertextualité qui ouvre le dialogue sur de nombreux questionnements, évoqués par AMR « ce roman interroge la condition du personnage romanesque, sa réalité, sa postérité et la responsabilité de son auteur […] D’où vient l’inspiration ? L’écriture n’est-elle que catharsis, que transposition d’événements traumatiques ? ». Voilà donc « une symphonie baroque » qui ne laisse aucun lecteur indifférent !

Découvrez Sherlock Holmes aux enfers de Nicolas Le Breton, publié aux Moutons Électriques

Les Dossiers Cthulhu : Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell, de James Lovegrove

Lorsqu’il trouve dans un même titre, « Sherlock Holmes » et « Cthulhu », n’importe quel adepte de la culture geek se retrouve déjà conquis. A la fois récit néo-lovecraftien et pastiche holmésien, James Lovegrove réussit le pari audacieux de respecter l’ambiance de Sir Arthur Conan Doyle tout en apportant l’atmosphère lovecraftienne cauchemardesque. Une enquête dans laquelle Sherlock ne pourra pas compter uniquement sur la froide et pure raison à laquelle il est tant attaché, et qui bousculera ses croyances et ses convictions profondes.

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Pour les Babelionautes, la rencontre entre deux univers classiques de la littérature anglo-saxonne est réussie, l’auteur est parvenu à réunir le meilleur des deux mondes dans son intrigue palpitante : « Mystère, déduction, passes d’armes, déguisements, baritsu mais aussi délires psychotiques, drogues, scènes macabres, mythologie occulte, incantations et créatures fantastiques. Fameux cocktail que voilà ! Et concocté d’une main de maître… » (Dariadgille) Voilà un pastiche fantastique de haute volée qui confronte l’esprit cartésien de Sherlock au surnaturel du « maître de Providence ».

Découvrez Les Dossiers Cthulhu : Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovegrove publié chez Bragelonne

Les Enquêtes d’Enola Holmes, de Nancy Springer

Une enquête sur fond de féminisme : c’est ce que propose la fameuse série de Nancy Springer, adaptée également en BD. Dans cette petite série policière « à la manière de Sir Arthur Conan Doyle », Nancy Springer prend la revanche de toutes les femmes en inventant au célèbre détective, une jeune sœur, tout aussi brillante et prometteuse. Du haut de ses 14 ans, l’auteur en fait une figure féminine extrêmement émancipée et autonome pour son époque. Un contrepied intéressant, lorsqu’on sait que Sherlock Holmes, dans le canon original, n’apprécie guère le « sexe faible » et en a même une véritable aversion.

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Le savant mélange de peinture sociale de la société victorienne et d’aventures a su plaire aux lecteurs, missmolko1 souligne d’ailleurs que l’intrigue « offre un vrai voyage dans le temps ». Avec une héroïne aussi attachante, qui a fait ses preuves depuis 2007, les réécritures de Sherlock Holmes semblent avoir encore de beaux jours devant elles : « Grâce à son intelligence et sa bravoure, Enola promet de tenir la dragée haute à l’éminent Sherlock Holmes ! » (belette2911) Ce roman jeunesse à partir de dix ans est donc à conseiller à tous les enfants pour leur donner envie de se plonger, peut-être un peu plus tard, dans les aventures de l’illustre Sherlock Holmes.

Découvrez Les Enquêtes d’Enola Holmes de Nancy Springer publié aux éditions Nathan

Et vous, quelle est votre réécriture préférée du détective intemporel ? N’hésitez pas à partager en commentaires vos récits et fanfictions favorites !

5 BD à lire en ce début d’année

A l’occasion du Mois de la BD, nous sommes allés à la rencontre de libraires parisiens passionnés pour connaître leurs récents coups de cœur. Ils nous ont présenté les dernières pépites du 9e art et ont partagé avec nous tout leur enthousiasme autour de ces quelques titres, dont certains figurent en sélection officielle du Festival d’Angoulême. Bienvenus dans leurs bulles !

Lucie, de La Rubrique à Bulles

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« J’ai choisi Malaterre, de l’auteur de Pereira prétend, que j’avais déjà beaucoup aimé. Dans ce subtil mélange de fiction et d’autobiographie, l’auteur nous propose de suivre l’histoire de Gabriel, un père violent qui resurgit dans la vie de ses trois enfants après des années d’absence. C’est une oeuvre profonde et viscérale sur un antihéros a priori détestable, antipathique et acerbe auquel on s’attache pourtant rapidement. Le caractère universel de l’histoire et de ses protagonistes hauts en couleur est ce qui m’a le plus séduit. Le personnage de Gabriel nous rappelle à tous quelqu’un, qu’on a connu de près ou de loin. J’ai également trouvé certains passages poignants, où l’émotion passe uniquement par le regard des protagonistes. Le regard de la fillette, lorsqu’elle réalise que son père est un individu abject, est bouleversant. C’est une fresque intimiste d’un homme égoïste, d’un connard qui apprend à devenir un père, imparfait et pourtant tellement attachant. Un véritable coup de cœur ! »

Pierre-Henry Gomont, Malaterre, Dargaud, 188 pages


Pablo, de BDnet

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« J’ai choisi Andy, un conte de faits de Typex. Cette bande dessinée hors-norme à la tranche métallisée nous propose un voyage introspectif dans l’esprit du pape du pop art. Chaque chapitre propose un traitement différent inspiré des artistes les plus iconiques de la pop culture qui se mêlent dans un tumulte de couleurs et de styles graphiques : on retrouve notamment l’influence de Lichtenstein. Avant chaque chapitre, on a une galerie de portraits des personnages de la culture populaire américaine que Warhol a croisés. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est ce voyage dans l’intériorité de Warhol ; on est dans l’esprit de l’artiste. On nous présente un portrait à contre-courant, un Warhol perdu, mal aimé, contesté, à un moment où il ne se sent plus en phase avec son époque. La bande dessinée retrace toute sa vie depuis son enfance et montre un Warhol multiple, intime. »

Typex, Andy, un conte de faits, Casterman, 562 pages


Jean, d’Opéra BD

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« J’ai adoré Révolution, tome 1 : Liberté de Florent Grouazel publié chez Actes Sud : c’est un chef-d’œuvre. On suit deux ou trois personnages durant la Révolution française. Le dessin est sublime, l’intensité est maintenue sur 300 pages. Des dessins en double-page montrent un souci du détail et une grande variété. On peut tous se projeter dans une ambiance, un paysage qu’on connaît. »

Florent Grouazel et Younn Locard, Révolution, tome 1 : Liberté, Actes Sud, 336 pages


Pierre, de La Rubrique à Bulles

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« J’ai choisi une BD classée en jeunesse, mais qui plaît aussi beaucoup aux adultes : Calfboy de Rémi Farnos. L’histoire de deux frères cowboys qui braquent une banque, cachent leur trésor, fêtent ça dans la foulée… et oublient où ils ont planqué le magot ! J’ai particulièrement apprécié le rythme de cette BD, notamment son inventivité dans son utilisation non linéaire des cases (douze cases, puis pleine page en face). Visuellement on est surpris, ça apporte quelque chose de vraiment nouveau à l’art séquentiel, avec parfois de l’action qu’on voit rarement en bande dessinée, une sorte de hors champ qui trouve ici sa place. Et puis c’est aussi très drôle, et derrière ce côté naïf des dessins, très créatif. Donc pour moi, Rémi Farnos fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs à suivre, qui essaient de bouleverser un peu la bande dessinée classique, avec des livres accessibles ET intelligents. »

Rémi Farnos, Calfboy, Les Editions de la Pastèque, 72 pages


Maryse, de La Tête Ailleurs

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« A mes yeux, l’événement BD de ces derniers mois, c’est Moi, ce que j’aime, c’est les monstres de Emil Ferris, un livre hors norme en tous points. On parle de roman-monde, j’ai envie de parler de roman graphique-monde pour celui-ci. Le lecteur est plongé dans le journal intime d’une fille qui raconte sa vie et celles de ses voisins à Chicago, récit qui se transforme vite en enquête policière et en drame familial. Graphiquement, on tient quelque chose d’époustouflant, avec des dessins entièrement réalisés au stylo-bille, témoignant d’un grand talent pour un premier livre, d’une vraie inventivité artistique et d’une capacité à donner vie à des sentiments, des peurs… Quand je lis de la BD, je cherche plutôt de la créativité, mais j’aime aussi qu’on me raconte une histoire, et là je m’y retrouve tout à fait. »

Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 416 pages

Retrouvez ici en vidéo l’ambiance du Festival d’Angoulême 2018 :

Brigitte Bouchard de Notabilia : l’édition comme une fenêtre sur le monde

photo brigitte bouchard (c) Jacek Jarnuszkiewicz

En seulement 5 ans d’activité et quelque 46 livres publiés, Notabilia a su s’octroyer une place de choix dans l’édition française. A travers des textes originaux, souvent dénichés dans des contrées littéraires encore peu explorées (Serbie, Taïwan, Norvège, Uruguay…), et une identité graphique bien affirmée, cette collection adossée à la maison d’édition Noir sur Blanc assume depuis ses débuts un rôle de défricheur. Et pour cause : sa directrice Brigitte Bouchard n’en est plus vraiment à son coup d’essai. Après avoir créé en 2001 Les Allusifs (dont elle partira en 2012 suite au rachat par Leméac), l’éditrice québécoise a su poursuivre chez le groupe Libella une ligne éditoriale curieuse et passionnée. En guise de bougies à souffler, nous lui avons posé 10 questions, soit 5×2 façons de souhaiter à sa collection longue vie.

Vous fêtez cette année les 5 ans de Notabilia. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos années passées aux Allusifs, et les objectifs artistiques que vous vous étiez fixés en créant la collection Notabilia chez Noir sur Blanc en 2013 ?

Quand Vera Michalski m’a proposé de créer une collection dans sa maison d’édition Noir sur Blanc, j’étais ravie qu’elle voie Notabilia comme une continuation de mon engagement aux Allusifs : une terre d’accueil pour écrivains visionnaires, capables de réinventer la langue et de réfléchir sur les dérives de ce monde.

Si beaucoup d’auteurs vous ont suivie des Allusifs jusque chez Notabilia (Sylvain Trudel, Antonio Ungar, Sophie Divry, Eveline Mailhot, Pierre Jourde), vous avez également le souci constant d’en découvrir d’autres. Comment les découvrez-vous ?

Sans doute, par ma curiosité insatiable qui m’amène hors des sentiers battus. Il m’est important de suivre mes auteurs mais aussi de découvrir de nouvelles voix qui me font vibrer. Un exercice d’émerveillement et de vertige littéraire qui me passionne.

Vos auteurs sont français, serbes, italiens, taïwanais, uruguayens, norvégiens… D’où vous vient ce goût pour la littérature internationale, et donc forcément traduite ?

Un goût de lectrice qui, grâce à des maisons d’éditions qui publient de la littérature étrangère, m’ont permis d’ouvrir des portes sur des univers dont je ne soupçonnais pas l’existence. Alors, quand j’ai créé les Allusifs à Montréal en 2001, j’avais en tête de ne pas miser seulement sur la littérature nationale et j’ai gardé le cap chez Notabilia.

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Comment travaillez-vous avec vos auteurs ?

Chez Notabilia, je mets plus l’accent sur la littérature française et ça me permet de travailler directement avec mes auteurs. Une fois le manuscrit accepté, je questionne l’auteur sur son œuvre et je vois si elle peut être augmentée ou transformée en leur apportant mes points de vue.  Je les interroge et m’interroge. Je remets en question des passages et s’ensuivent des strates superposées de dialogues avec l’auteur mais je ne perds jamais de vue que celui-ci maîtrise son univers romanesque.

Concernant, les romans en traduction, il s’agit de bien connaître les traducteurs et de s’informer de la place de l’auteur dans son pays. Et si l’auteur est vivant, je rentre en contact avec ce dernier afin de mieux cerner son univers romanesque.

Depuis 2014 vous publiez exactement 8 livres par an. Est-ce un rythme qui vous convient, et qui doit autant au budget alloué à Notabilia, qu’au temps que prend chaque projet ?

C’est un rythme qui convenait parfaitement les cinq premières années, le temps de faire connaître Notabilia, mais il est difficile à contenir car les auteurs de Notabilia sont prolifiques !

9782882503473-14e18L’aspect esthétique des livres Notabilia est à la fois très soigné et épuré : qu’est-ce qui préside au choix d’une illustration de couverture ?

L’atelier de design graphique Paprika a créé cette charte graphique facilement reconnaissable qui donne le ton aux livres publiés : des singularités narratives qui se distinguent par leur endurance. Car ce visuel construit et épuré traversera les années.

Est-ce que certaines maisons d’édition ou éditeurs continuent de vous inspirer aujourd’hui ?

Bien sûr, sans arrêt, je suis toujours ravie devant la grande diversité éditoriale offerte. Heureusement, car il y a tellement de pépites à découvrir.

Comment voyez-vous l’évolution de votre métier, et de l’édition en général depuis vos débuts dans les années 1990 ?

Malheureusement, le métier a pris, depuis plusieurs années, une tangente très commerciale et la lutte est féroce pour trouver une place sur les tables des libraires. Nous devons occuper le plus possible le terrain avec des soirées de lancement ou de présences des auteurs dans des festivals. Mais, en étant hébergée chez Noir sur Blanc, et plus largement chez Libella, j’ai la chance de travailler avec une équipe commerciale et de fabrication qui me permet de me concentrer plus sur mon travail éditorial.

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Vous dirigez également le festival Week-end à l’est, qui met à l’honneur chaque année une ville d’Europe de l’est à travers ses manifestations culturelles. Est-ce une respiration nécessaire à votre travail d’éditrice ?

Le festival a été créé avec Vera Michalski, fondatrice et directrice éditoriale de Noir sur Blanc et puisque mon bureau est situé à la Librairie Polonaise, c’était d’une certaine façon une adéquation entre mon lieu de travail et les éditions Noir sur Blanc qui se consacrent à la littérature de l’Est. Et oser des incursions dans des champs d’action qui m’échappent devient un défi qui convoque mes doutes et me motive, encore plus, à jouer mon rôle de passeur.

Quels sont vos projets avec Notabilia pour les années qui viennent ?

De continuer la route avec des auteurs qui nous aident à garder les yeux ouverts dans ce monde chaotique et de nous éloigner de tout dogmatisme.

 

Trois livres pour découvrir Notabilia

couv baumeDans la baie fauve de Sara Baume

J’ai découvert Sara Baume grâce à un libraire irlandais qui a su me convaincre de lire ce roman séance tenante et quel choc ! Sara Baume traque l’âme humaine comme personne dans cette  histoire d’amour atypique d’un homme, qui vit dans la marge, avec son chien borgne. Et pourtant même si le topo ne s’annonce pas des plus rêveurs, on se laisse happer totalement par cette histoire poignante, magnifiquement racontée, qui se déroule sur quatre saisons et évoque le sort ingrat des cabossés de la vie. Sara Baume est une écrivaine audacieuse qui invente de nouveaux territoires et sait conduire son récit avec beaucoup d’empathie et un sens du rythme inégalé.

Couv RobitailleDernier voyage à Buenos Aires de Louis-Bernard Robitaille (disponible au format poche chez Libretto)

Un roman envoûtant passé presque inaperçu parce qu’il faisait partie des premières publications de Notabilia. Jefferson Woodbridge  raconte son Paris des années soixante et son amour épisodique pour Magdelena, une allemande solaire, sosie de Jean Seberg, fantasque et insaisissable. Comme dans un rêve, il se souvient d’avoir vécu avec Magda la vie de bohème à Paris. Un jour elle avait disparu. Une plongée dans cette période de la Nouvelle Vague.

couv malmquistÀ tout moment la vie de Tom Malmquist

Le propos a dérouté les lecteurs car le speech n’est pas facile mais quel roman lumineux et profond sur la vie et la mort. Voici un livre sur l’énigme indéchiffrable de l’existence. À mille lieues du pathos et des poncifs sentimentaux, Tom Malmquist a ciselé un texte fort et vrai. Grâce à ses observations justes et fines, il évoque toute la gamme des nuances et des sensations qui restituent l’être aimé dans la mémoire et même dans la chair des jours.

 

Merci à Brigitte Bouchard pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht