Littératures de l’imaginaire : le lecteur disséqué

L’Imaginaire ayant pris le pouvoir en librairie pendant tout le mois d’octobre, c’est à ses lecteurs que nous nous sommes intéressés pour la douzième conférence de notre cycle destiné aux professionnels du livre qui vise à explorer les pratiques des lecteurs.

Fantastique, science-fiction, fantasy… Portées ces dernières années par de nombreux best-sellers et des adaptations à succès sur le grand et le petit écran, les littératures de l’imaginaire s’ouvrent à un public sans cesse plus large, tout en restant les grandes absentes des colonnes de la critique traditionnelle.

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Qui est le lecteur d’imaginaire ? Quelle place accorde-t-il au genre dans ses lectures ? Comment se forment ses choix, ses fidélités, ses découvertes ?

Pour tenter d’en savoir plus sur ces lecteurs qui sont tout sauf imaginaires, nous avons mené une enquête du 5 au 11 septembre 2017 auprès de 3 428 lecteurs présents sur internet. Nous avions d’ailleurs déjà mené une enquête en 2015 sur ce lectorat. S’est-il métamorphosé en deux ans ? Quels changements, quelles évolutions peut-on évaluer ?

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Présents à nos côtés pour interpréter les résultats de notre étude présentée par Octavia Tapsanji, responsable relations éditeurs de Babelio, nous avons convié Thibaud Eliroff, directeur des collections Nouveaux Millénaires et J’ai Lu SFMathias Echenay, fondateur des éditions La Volte ainsi que Stéphane Desa, directeur des collections Fleuve et Pocket Editions SF /Fantasy.

Les frontières sans cesse repoussées de l’Imaginaire

Comme nous le rappelions lors de la présentation de notre précédente étude sur ses lecteurs, « l’imaginaire » est une littérature difficile à définir. Sont inclus en effet sous cette appellation différents genres littéraires tels que le fantastique, la fantasy, la science fiction, mais aussi de multiples sous-genres comme l’uchronie, le steampunk, le space-opera, l’urban fantasy, la dystopie et la bit-lit. Sous-genres qui peuvent également eux-même se diviser à l’envie. Si la théorie du « multivers », c’est-à-dire celle qui suppose des univers multiples qui existeraient simultanément, est particulièrement appréciée de certains auteurs de science-fiction, peut-être faut-il parler des littératures de l’imaginaire comme d’un « multi-genre » !

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C’est sans doute cette diversité intrinsèque à cette littérature qui explique le flou qui l’entoure. Nous avons demandé aux lecteurs de classer différentes œuvres dans le genre imaginaire. Il apparaît que seuls 30% des lecteurs identifient comme appartenant « tout à fait » au genre des ouvrages tels que Les Fourmis de Bernard Werber, La Métamorphose de Kafka ou Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Et comme d’habitude, nous avons inclus dans la liste des titres pièges. Les Ecureuils de Central Park de Katherine Pancol a été identifié comme un roman issu des littératures de l’imaginaire par 4% des répondants. 

Pour Stéphane Desa, ces résultats confirment ses soupçons : le genre de l’imaginaire est toujours aussi mal identifié et c’est un vrai problème pour les éditeurs. Pour lui comme pour chacun des intervenants, c’est un travail que tous les éditeurs du genre doivent inlassablement fournir : réussir à mieux communiquer auprès du grand public alors que des grands noms de l’imaginaire sont proposés en France dans des collections « blanches », c’est à dire qui ne relèvent pas d’un genre. L’imaginaire doit-il pour autant avoir un rayon qui lui serait consacré en librairie, afin peut-être, de mieux l’identifier ? C’est, pour Mathias Echenay, une véritable interrogation dont il ignore la réponse : « Certains livres doivent être placés dans un rayon « imaginaire » mais d’autres livres dans un rayon de littérature « blanche ».

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Reste que le lecteur de Babelio, ou plutôt la lectrice – puisqu’elles sont très largement majoritaires sur le site -, est un grand lecteur et, surtout, un grand lecteur d’imaginaire. 89% des répondants à notre sondage s’identifient au genre.

Pourquoi lire ou ne pas lire de l’imaginaire

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Ceux qui disent ne pas lire ce type de littérature, c’est à dire  11% des lecteurs interrogés, montrent une certaine méconnaissance du genre. Ils parlent ainsi d’une « littérature enfantine » trop rattachée à la jeunesse : « J’en ai lu dans ma jeunesse, a répondu un lecteur, désormais je lis des romans plus classiques. » En écho à ce sentiment, certains jugent le genre trop simpliste avec des personnages « pas assez fins » et des intrigues « immatures ». D’autres estiment qu’ils ne sont pas suffisamment accompagnés dans la découverte de cette littérature, que ce soit à travers leurs études, ou en librairie. D’autres enfin préfèrent aux livres d’autres médias comme le cinéma : « L’imaginaire pour moi, c’est le cinéma ».

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Si ces réponses sont minoritaires dans notre sondage, elles reflètent tout de même une réalité à laquelle est confrontée la littérature de l’imaginaire aujourd’hui. Alors que la culture pop a envahi les médias et que le cinéma de super-héros engrange chaque année des bénéfices record au cinéma, cela n’a nullement profité à la littérature. Prenons George R.R. Martin, par exemple. Pour Thibaud Eliroff, « l’immense succès de ses romans Le Trône de fer puis de la série télévisée tirée de ses livres n’a aucunement bénéficié à ses autres ouvrages ni, dans une plus large mesure, à la fantasy en général ». Une situation qui s’explique peut-être, pour Stéphane Marsan, directeur éditorial et littéraire mais aussi co-fondateur de la maison d’édition Bragelonne, par un malencontreux « hara-kiri » des éditeurs eux-même : à force d’augmenter la qualité de leur production, à travers les couvertures, les traductions ou encore la présence des auteurs en France, peut-être que les éditeurs ont raté le « massif », le grand public. Celui-ci a trouvé d’autres médias que les livres pour découvrir l’imaginaire.

La grande majorité des lecteurs ayant répondu au sondage a – heureusement – une vision plus positive du genre. Ils sont nombreux à lire régulièrement des ouvrages qui se rattachent à cette littérature. Pour ces lecteurs, ce genre est une manière de « s’évader », de « sortir de leur quotidien ». De même, ils louent la grande créativité des auteurs de SF, de fantasy ou de fantastique. L’évasion recherchée et la créativité des auteurs appréciée ne signifient pas pour autant un rejet du réel : ces différentes littératures leur permettent souvent, au contraire, de « réfléchir sur le monde présent », de « questionner les sociétés actuelles ».
Pour d’autres encore, à moins qu’il ne s’agisse également des mêmes lecteurs, les littératures de l’imaginaire sont tout simplement un genre littéraire comme un autre, aussi légitime et intéressant que peuvent l’être les romans policiers ou les romans dits de « littérature blanche ».

Comparer les résultats de notre étude avec celle de 2015 nous a permis de voir que la part de l’imaginaire avait légèrement progressé en 2 ans.

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Ces résultats nous montrent qu’il existe en outre deux types de publics : un public de « puristes » (44% des répondants) pour qui l’imaginaire est un genre majoritaire et un public de « curieux » qui lisent de l’imaginaire mais également de nombreux autres genres littéraires. L’existence de ces deux publics pose question : comment s’adresser justement à ces différents types de lecteurs ?

Pour les éditeurs présents lors de la conférence, la question ne se pose pas en ces termes, il s’agit simplement d’essayer de communiquer l’enthousiasme qu’ils ont pour un livre à des lecteurs qui ne sont pas forcément le public du livre. Avec les couvertures de ses livres, Mathias Echenay essaie, chez La Volte, « de faire en sorte qu’elles correspondent à un goût supposé des gens qui pourraient aimer le livre ». Pour Stéphane Désa et Thibaut Eliroff, il s’agit avant tout de « choisir un texte ». Ils savent que le livre va avant tout s’adresser à une certaine cible. Il y a ensuite, à travers la couverture notamment, un équilibre à trouver entre cette cible et le plus grand public. Tous s’accordent à dire qu’il faut des médiateurs entre le livre et le public pour que celui-ci soit correctement informé. Un rôle que doivent (ou devraient) tenir les médias mais aussi les libraires. Il apparaît cependant que les libraires qui ont un rôle de guide auprès des lecteurs, ne sont pas forcément tous connaisseurs du genre.

Donnée intéressante qui ressort du sondage, il semble que les femmes privilégient le fantastique quand les hommes préfèrent plus largement la science-fiction même si la majorité des lecteurs apprécient différents genres. 59% d’entre eux lisent deux ou trois genres de l’imaginaire.

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Pour ce qui est de l’appartenance du genre à une nationalité, notre étude montre que les lecteurs sont une majorité à associer les littératures de l’imaginaire aux auteurs anglo-saxons. La part des auteurs français a toutefois légèrement progressé en deux ans, passant de 7% à 9%. A noter d’ailleurs, qu’1 lecteur sur 4 lit en version anglaise originale.

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Sur la question du type de livres à travers lesquels les lecteurs lisent de l’imaginaire, on voit que les one-shot (publications en un volume) et les sagas sont les formats les plus populaires, des résultats identiques à notre étude de 2015. On note cependant que la part des recueils de nouvelles a augmenté en 2 ans, passant de 20% à 25%. Précisons d’emblée qu’ils ne sont par ailleurs que 57% à privilégier le poche, alors que le poche est, pour tout autre type de littérature, plébiscité par les lecteurs. Ceci est une vraie spécificité des littératures de l’imaginaire, qui s’explique par le fait qu’il s’agit d’un public de connaisseurs fidèles et attachés à leurs auteurs ainsi qu’à l’objet livre. C’est devenu, pour Stéphane Marsan, un véritable problème pour le secteur car le grand format s’adresse avant tout à une niche. Les éditeurs devraient être plus efficaces en poche.

47% des lecteurs interrogés lisent par ailleurs en numérique, un chiffre en progression par rapport à 2015. Ils étaient alors 38%.

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Les portes d’entrée du genre

Nous avons demandé aux lecteurs avec quel livres ils avaient découvert les littératures de l’imaginaire. On trouve dans la liste des classiques du genre comme Harry Potter de J.K. Rowling ou  Le Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien mais aussi des classiques d’école comme 1984 de George Orwell ou Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Les lecteurs citent également des ouvrages plus récents comme Hunger Games de Suzanne Collins ou A la croisée des mondes de Philip Pullman. D’autres ouvrages sont plus anciens : Voyage au centre de la Terre de Jules Verne ou Le Horla de Guy de Maupassant. A noter que sur la liste des 38 livres, les auteurs français représentent un quart des réponses même si le classement est largement dominé par les auteurs anglo-saxons.

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Thibaud Eliroff trouve positif que les grands classiques comme 1984  soient des portes d’entrée au genre mais tous jugent dommage que malgré la présence d’ouvrages « jeunesse » tels que Harry Potter dans la liste, beaucoup de lecteurs aient abandonné l’imaginaire passé l’adolescence. La mission des éditeurs est peut-être justement de récupérer ceux qui ont quitté les terres de l’imaginaire après avoir dévoré Hunger Games. Pour Mathias Echenay, l’imaginaire reste pour beaucoup une littérature de jeunesse ou bien un « péché mignon ». Les lecteurs de 18-20 ans ne se retrouvent pas dans la SF ou le fantastique alors qu’ils ont adoré de nombreux ouvrages de Young adult ou bien Harry Potter. Mathias Echenay déclare ainsi avoir longtemps attendu, en vain, les enfants d’Harry Potter. Ils ne se sont jamais manifestés. Pire, le Young adult, qui comporte une large section imaginaire, s’est depuis quelques années imposé à tel point qu’il a occulté le reste de la production de SF ou de fantastique. Les jeunes lecteurs de Hunger Games sont restés lecteurs de Young adult et rares sont ceux à aller un peu plus loin en librairie pour trouver d’autres types de lectures qui pourraient pourtant les séduire. C’est là encore un travail que doivent effectuer de concert les éditeurs, les libraires et les médias.

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En février dernier, nous avions mené une enquête sur les adaptations de livres au cinéma. Il ressortait de cette étude que 70% des lecteurs avaient découvert un livre après avoir apprécié le film adapté. En est-il de même pour l’imaginaire ? Il semble que ce soit effectivement le cas, même si le résultat n’est pas aussi marqué : 59% des lecteurs sont « entrés » dans la littérature de l’imaginaire par un film.

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Lesquels ? On leur a également posé la question et ce sont majoritairement des films récents qui sont cités. On constate également qu’il y a un recoupement entre les oeuvres citées ici et la liste des romans qui leur ont fait découvrir le genre. Ceci témoigne du fait que ce sont des univers forts qui ont permis aux lecteurs d’entrer dans l’imaginaire, que ce soit par le texte ou par l’image. On note par ailleurs, sans grande surprise, que l’adaptation réussit plutôt bien à Stephen King, qui voit cinq de ses œuvres citées dans la liste (et le sondage a été réalisé avant la sorti du film Ça 🙂 )

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Comment les lecteurs de l’imaginaire se procurent-ils leurs livres ?

La librairie occupe une place de choix pour les lecteurs et est en progression depuis 2015 (30% il y a deux ans contre 34% aujourd’hui). Les lecteurs multiplient cependant leurs sources d’acquisition, avec les librairies donc mais aussi les grandes surfaces culturelles, internet et les bibliothèques.

Quant à la question de la découverte de nouveaux romans, on constate que les lecteurs multiplient les supports, que ce soit en ligne ou en magasin. Chose étonnante, les médias occupent la quatrième place du classement alors que l’imaginaire est assez peu traité dans les médias traditionnels.

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En terme de prescription toujours, les lecteurs semblent privilégier le bouche à oreille à travers Babelio, leur entourage, les blogs mais aussi l’avis des libraires.

Comme nous l’avions vu en 2015, les lecteurs sont peu attachés aux maisons d’édition ou aux collections même si certaines semblent bien identifiées. Les lecteurs témoignent par la même occasion d’un fort attachement aux maisons indépendantes comme l’Atalante, Les Moutons électriques ou Mnémos qui arrivent assez haut dans un classement dominé par Bragelonne.

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Les prix littéraires restent de leur côté assez peu connus même si le Grand prix de l’Imaginaire ainsi que quelques autres prix ont gagné en notoriété depuis 2015.

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C’est, sans grande surprise, le thème du livre qui reste l’élément essentiel dans le choix d’un ouvrage. Le nom de l’auteur ou la maison d’édition sont des éléments secondaires.

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De manière générale, les lecteurs sont contents du travail des éditeurs et les encouragent à poursuivre leur travail. Certains regrettent toutefois que les couvertures soient trop apparentées au genre et aimeraient qu’ils s’ouvrent à un nouveau public.
Ils aimeraient également que la place accordée aux auteurs français soit plus importante.
De même, ils regrettent souvent le découpage des séries qui ne reprend pas toujours la tomaison originale.

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Des perspectives d’avenir

On constate que le Mois de l’Imaginaire, une initiative lancée en ce mois d’octobre 2017 par un collectif d’éditeurs, connaît une notoriété naissante. Un quart des personnes interrogées connaissaient l’opération, ce qui montre qu’il y a une bonne communication auprès du public.

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La concertation des éditeurs est pour Stéphane Marsan, la vraie « lumière au bout du tunnel » pour le genre. C’est cette concertation qui a abouti au Mois de l’Imaginaire. Une nouvelle perspective pour mieux communiquer auprès du grand public ?

 Retrouvez l’intégralité de notre étude sur Slideshare

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de romans en bandes dessinées

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les “pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le jeudi 4 mai à Paris une étude sur les adaptations de romans en bandes dessinées, révélée une première fois au festival Quais des bulles en 2016.

Comment les lecteurs perçoivent-ils les adaptations ? Préfèrent-ils qu’elles soient fidèles au texte ou qu’elles s’en affranchissent ? Aiment-ils se plonger dans un univers connu ou au contraire découvrir de nouveaux auteurs ?

Pour répondre à ces questions, Babelio a mené une enquête auprès de 3 859 répondants au sein de sa communauté de lecteurs en septembre 2016.

Trois intervenants étaient sur place pour partager leurs points de vue face aux résultats : Frédéric Lavabre, directeur des éditions Sarbacane, Vincent Brunner, auteur et journaliste spécialisé en bande dessinée ainsi que Cédric Illand, éditeur chez Glénat.

L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio avant de passer la main à Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, pour animer le débat qui lui faisait suite.

De gauche à droite : Frédéric Lavabre, Vincent Brunner, Cédric Illand, Octavia Tapsanji et Guillaume Teisseire

Proust, Nestor Burma, Camus mais aussi Le Petit Prince ou Millenium, il y a longtemps que les cases ne sont plus réservées à l’Oncle Tom. L’adaptation de roman est un genre florissant, d’une grande diversité, allant des mises en images les plus fidèles aux relectures les plus originales, en passant par la rencontre d’univers textuels et visuels parfois inattendus. Et ce ne sont pas les lecteurs de Babelio qui répondront le contraire.

De grands lecteurs de bandes dessinées

La communauté Babelio a pour particularité d’être composée de grands lecteurs. En effet, plus de neuf Babelionautes sur dix (93%) lisent plus d’un livre par mois contre 16% de la population française. La bande dessinée n’échappe à la règle : sept lecteurs sur dix déclarent avoir lu une BD au cours des douze derniers mois, un lecteur sur deux lit même plus d’une BD par mois.

Lorsque l’on regarde de plus près les adaptations, on constate qu’un peu plus de la moitié des lecteurs (54%) lisent des bandes dessinées adaptées de romans. Toutefois, ce nombre pourrait être revu à la hausse puisqu’un quart des lecteurs déclarent ne pas toujours savoir si les bandes dessinées qu’ils lisent sont des adaptations.

Preuve en est que les lecteurs ne maîtrisent pas encore totalement la bande dessinée. Toutefois, cela n’est pas à mettre sur le compte d’une quelconque méprise vis à vis du neuvième art : près de trois lecteurs sur quatre (77%) n’établissent aucune hiérarchie entre roman et BD. Pour eux, aucun des deux n’est plus noble que l’autre et réciproquement.

Leur rapport à la découverte

Lire une bande dessinée adaptée peut être un formidable moyen de découvrir l’œuvre originale dont elle est issue. Pourtant, seuls 17% des lecteurs interrogés admettent avoir découvert un roman grâce à son adaptation. Ce résultat s’explique surtout du fait que la communauté de grands lecteurs forme un public majoritairement adulte pour qui la BD n’est pas un outil pédagogique permettant de s’initier aux romans.

Néanmoins, en s’intéressant de plus près à ces 17%, on remarque que les adaptations leur ont fait découvrir des romans classiques comme A la recherche du temps perdu de Proust, contemporains par exemple Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel ou bien policiers avec Shutter Island de Dennis Lehane.

Les adaptations en mangas

La bande dessinée ne s’arrête pas aux frontières franco-belges. Avec ses 36 000 critiques, le manga est un genre lui aussi très bien représenté sur Babelio. Si la population de lecteurs de ces œuvres nipponnes est plus réduite que celles des lecteurs de BD, on compte tout de même plus d’un lecteur sur deux (54%) lisant des mangas. 37% annoncent même en avoir lu au cours des douze derniers mois.

Parmi eux, seul un lecteur sur trois lit des adaptations en mangas de romans quand près de la moitié des lecteurs déclarait lire des adaptations BD. Si, au premier abord, ce nombre paraît peu important, il faut tout de même garder en tête que la production de mangas adaptés de romans reste moins importante qu’en BD.

Lorsqu’on interroge ces lecteurs sur ce qui les amènent à lire des mangas adaptés, près de neuf sur dix (89%) déclarent les lire car ils ont apprécié le roman qui en est à l’origine. En règle générale, ces lecteurs sont fans d’un univers et aiment découvrir toutes les formes d’expression autour de celui-ci, de la BD jusqu’au film.

Les forces des adaptations

Contrairement aux idées reçues, la BD n’est pas perçue par les grands lecteurs comme une menace mais bel et bien comme un outil pédagogique auprès du jeune public. Pour sept lecteurs sur dix, une BD adaptée peut conduire les enfants à lire des classiques.

En ce qui concerne la fidélité que doit tenir une BD vis à vis de l’œuvre originale, les avis sont plutôt mitigés. Si 44% préfèrent que la BD reste fidèle au texte du roman, 43% n’y accordent pas d’importance et voient ces adaptations comme des œuvres indépendantes. Il n’y a donc aucune tendance nette sur ce point.

Vincent Brunner tient à souligner cette “tendance qui se contredit” : autant de lecteurs attendent d’une adaptation son émancipation que sa fidélité à l’œuvre d’origine. Pour Cédric Illand, l’adaptation doit s’affranchir du récit original : “Hitchcock disait que pour faire un bon film, il fallait un mauvais roman. Il savait tirer d’un roman sa substantifique moelle et faisait ce qu’il voulait par la suite. Au bout du compte, ce que l’on va voir, c’est un Hitchcock, pas une adaptation. Pour moi, la BD fonctionne de la même manière.” Cependant, Frédéric Lavabre est moins catégorique. Pour lui, certains points du récit doivent subsister, en particulier l’écriture : “Lorsque j’ai adapté L’Astragale, j’ai d’abord lu le roman pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur et où la langue était intéressante. Tout le challenge était là : il fallait malgré tout que l’adaptation devienne autre chose. On a essayé de ramener L’Astragale au monde contemporain en restant fidèle au texte sans que cela donne un ton trop dramatique, mais quand on a la chance d’avoir le texte d’Albertine Sarrazin, c’est dommage de tout mettre de côté.”

En revanche, la tendance est nettement plus dessinée en ce qui concerne l’apport d’informations additionnelles en fin de volume. Plus de trois quarts des lecteurs apprécient les adaptations enrichies de compléments traitant de l’œuvre originale, à l’instar de certaines des publications de la collection Ex-Libris de chez Delcourt.

Les lecteurs et la production de BD

Afin d’en savoir davantage sur le niveau de connaissances des lecteurs sur les adaptations, nous leur avons soumis une liste de romans en leur demandant s’ils savaient si ces œuvres avaient été adaptées en BD ou non. D’emblée, l’on remarque que mise à part le cas de l’adaptation du Petit prince par Joann Sfar, peu de lecteurs sont au fait de la production d’adaptations. Il y a donc une réelle méconnaissance de cette production.

Nous leur avons ensuite demandé quels genres semblaient être pour eux les plus propices à l’adaptation. On retrouve sans conteste les littératures de l’imaginaire et les romans d’aventure, tous deux dotés d’un univers fort, facilement adaptable visuellement. Viennent ensuite les romans policiers, les romans historiques, la littérature classique et contemporaine pour finir avec la romance.

La production actuelle

Nous avons ensuite confronté ces résultats à la production actuelle. Pour ce faire, nous avons extrait les 130 adaptations les plus populaires sur Babelio pour faire ressortir les genres les plus représentés. Arrivent en tête le fantastique et le policier, ce qui conforte le ressenti des lecteurs. En revanche, la littérature classique vient en troisième position quand bien même le genre n’était pas considéré comme véritablement propice à l’adaptation pour les lecteurs auparavant.

Moins surprenant, lorsque l’on s’intéresse à l’origine des romans adaptés, on constate que la majorité de ces 130 titres est tirée de romans français et américains. Autre tendance qui se dessine dans la production actuelle : plus les romans sont récents, plus ils sont adaptés. Même si nous n’avons mentionné jusque là que les classiques, 45% des titres de notre échantillon concernent des œuvres adaptées de romans publiés après 1980.

A première vue, travailler sur l’adaptation d’un auteur récent peut s’avérer compliqué mais Cédric Illand nous prouve le contraire en nous contant la genèse de L’attentat, adapté du roman éponyme de Yasmina Khadra : “Au départ, l’auteur a demandé à avoir la main sur l’adaptation BD. On a alors monté un rendez-vous pour parler de la vision que l’équipe avait de l’adaptation avec les différents partis. Il s’est senti en confiance, rassuré et a finalement laissé carte blanche aux auteurs. Il a même apporté son soutien en venant par exemple aux dédicaces avec les auteurs.”

Quand les lecteurs lisent à la fois le roman et la BD

Nous nous sommes également intéressés aux œuvres que les lecteurs avaient à la fois lues en roman et en BD. De ce classement ressort d’abord un grand nombre de classiques comme Le petit prince ou L’étranger. Mais ces œuvres sont tellement lues que la probabilité qu’un lecteur ait pu lire les deux est très forte. D’autre part, on note aussi beaucoup d’œuvres provenant de la littérature jeunesse ou de l’imaginaire pourvues d’univers forts dont les fans aiment découvrir toutes les productions, comme nous l’avons vu précédemment. C’est par exemple le cas de La quête d’Ewilan, des Chevaliers d’Émeraude, d’Assassin royal ou en ce qui concerne la jeunesse de Quatre sœurs, Cherub ou Léa Olivier.

Toujours en gardant notre échantillon de 130 titres, nous avons comparé la popularité des adaptations avec les romans dont elles sont issues. D’une manière générale, il en ressort que plus le roman est populaire, plus l’adaptation l’est aussi. Nous avons cependant isolé trois groupes distincts.

Le premier groupe rassemble les bandes dessinées adaptées qui ont rencontré plus de succès que le roman dont elles sont issues. C’est par exemple le cas de Largo Winch dont on a oublié la série de romans écrite par Jean Van Hamme à l’origine de la BD ou bien de Mauvais genre tiré d’un essai de Fabrice Virgili et Danièle Voldman sur la question du genre.

Le deuxième cas regroupe les adaptations aussi populaires que le roman d’origine. Cela concerne majoritairement les grands classiques qui ont à la fois connus le succès en roman et en bulles, comme nous l’avons déjà expliqué plus haut. On trouve parmi ceux-là Le petit prince de Joann Sfar ou L’étranger de Jacques Ferrandez, qui ont tous deux la particularité d’avoir été portés par des auteurs dont l’univers graphique est fort et reconnu. Leur notoriété a donc contribué à celle de l’œuvre.

Troisième et dernier groupe : le roman reste plus populaire que l’adaptation qui, elle, a connu un succès plutôt confidentiel. On note par exemple dans cette catégorie La planète des singes ou bien Dracula. Cela montre que le succès de l’œuvre originale ne garantit pas le même destin pour son adaptation.

Frédéric Lavabre nous rappelle à ce propos que le “risque zéro n’existe pas” : “On peut se louper et c’est d’autant plus risqué quand il s’agit d’une adaptation d’un auteur connu ou qui a toujours des ayants droits proches”.

Les adaptations rêvées des lecteurs

Pour conclure cette étude, nous avons demandé aux lecteurs quels étaient les romans qu’ils rêveraient de voir adaptés en bande dessinée. Si leur choix est très varié, c’est sans surprise que la saga désormais culte Harry Potter occupe la première place du podium, suivie d’autres titres jeunesse comme La passe-miroir ou Divergente. Les lecteurs mentionnent aussi de grands classiques comme Les Misérables ou bien Madame Bovary ainsi que des titres de littérature imaginaire tels que Le Seigneur des Anneaux. Néanmoins, on trouve tout de même en septième position dans la liste Les Hauts de Hurle-Vent alors que ce titre a déjà été adapté en 2009 dans la collection Ex-Libris. Ce dernier point confirme qu’il y a bel et bien une méconnaissance de la production et une attente d’une offre qui existe en réalité déjà de la part des lecteurs.

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat en présence de nos différents intervenants. Pas de surprise pour eux au regard de ces résultats, tous partagent le même sentiment de “confirmation”.

Face au nombre de productions qui voient le jour chaque année, on peut se demander quel élément est à l’origine d’une adaptation. Pour certains cas, c’est une volonté proche de l’évidence et motivée par l’éditeur qui lui donne naissance, comme en témoigne Cédric Illand  : “L’attentat de Yasmina Khadra a été pour moi un véritable coup de cœur. Je le lisais en me projetant des images mentales. J’en ai rapidement acheté les droits et ai monté une équipe. C’est une adaptation qui s’est vraiment faite sous le coup de l’impulsion.” D’autres fois, ce sont les auteurs et scénaristes qui viennent le voir avec un projet précis : “La collection autour des adaptations d’H.G. Wells m’a été proposée par un scénariste. Il m’a d’abord proposé une adaptation de La guerre des mondes puis d’autres ont suivi. Tout est né d’une discussion avec les auteurs.”

Toutefois, l’adaptation résiste à toutes les règles : il est difficile de déceler l’ADN du roman adaptable même si certains points ont leur importance. La longueur du récit d’origine d’abord, comme l’évoque Frédéric Lavabre : “La difficulté, c’est la taille du roman d’origine par rapport au volume livré. Cela implique nécessairement des coupures, c’est un choix fort. Certains romans seraient formidables à adapter mais cela aurait un rendu de 1000 pages.”

D’autre part, si Frédéric Lavabre aime l’idée “de ramener une qualité de texte à l’univers graphique” d’une BD qui a par essence une “écriture assez blanche”, comme il l’a fait pour L’Astragale, les romans très littéraires n’ont pour Cédric Illand que peu d’intérêt à être adaptés : “L’intérêt principal de ces romans, c’est leur langue et non l’histoire. C’est précisément ce qui fait leur qualité littéraire qui les rend difficilement adaptable car tout se joue au niveau du texte. Je pense notamment au Nouveau Roman des années 1960/70. Sarrazin possède certes des qualités de langue mais son roman reste une histoire que l’on peut adapter. Alors qu’on imaginerait mal une adaptation de La disparition par exemple.”

En ce qui concerne la part de liberté que doit laisser un auteur au scénariste de l’adaptation elle ne fait aucun doute pour nos intervenants : une adaptation doit nécessairement amener quelque chose à l’œuvre originale. “L’auteur doit disparaître”, commence Vincent Brunner. “Il faut qu’il fasse preuve d’humilité et qu’il sache se mettre au service des idées bien plus que de son égo.” Frédéric Lavabre poursuit en évoquant le cas de Pereira prétend : “Le scénariste tenait à apporter de la poésie au personnage là où d’autres lui auraient donné une couleur nettement plus politique. Il a fait beaucoup de recherches visuelles, il est même parti à Lisbonne pour s’imprégner de la ville. Il s’est réellement emparé de l’œuvre pour en faire la sienne.” Cédric Illand a vécu la même expérience durant l’adaptation de L’attentat : “Le scénariste était autant imprégné du livre mais voulait lui amener au contraire une vision politique. C’est d’ailleurs amusant de comparer les choix menés pour l’adaptation du film avec ceux de la BD quand bien même tous deux suivent le livre.”

Néanmoins, il faut savoir parfois coller au plus près du récit original pour ne pas le trahir. Frédéric Lavabre, qui travaille en ce moment sur l’adaptation de Dans la forêt de Jean Hegland, n’a par exemple pas hésité une seule seconde à contacter l’auteure pour avoir des indications sur un des points clés de l’œuvre : “Dès le début, il y a cette scène où deux filles se cachent dans un séquoia géant. Le dessinateur avait dessiné un séquoia debout, le dessin était très fort mais la symbolique n’était pas là. On a contacté l’auteure pour avoir une image de cette souche de séquoia car c’est la clé du roman. Il s’avère que l’interprétation du dessinateur était mauvaise alors que cette souche est centrale dans l’histoire. L’adaptateur doit être libre lui aussi mais sur certains points de détails, il est important de respecter le roman.”

Vincent Brunner conclut en citant Le rapport de Brodeck adapté par Manu Larcenet qui, selon lui, est un parfait exemple d’adaptation : “Pour moi, il s’agit d’une véritable réussite. J’ai lu le roman de Philippe Claudel après l’adaptation, Manu Larcenet a énormément respecté l’œuvre originale tout en y apportant sa vision.”

C’est sur ces dernières paroles que s’est achevé le débat qui a fait place à un buffet auquel tous les participants ont été conviés. Merci encore à nos trois invités pour leur intervention.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’étude sur SlideShare.

Où Babelio présente sa nouvelle étude de lectorat sur le polar

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs » et à l’occasion du festival Quais du Polar à Lyon, Babelio a présenté le 31 mars dernier une nouvelle étude sur les lecteurs de polar. Pourquoi lisent-ils des romans policiers ? Font-ils la différence entre roman noir et thriller psychologique ? Qui sont leurs enquêteurs préférés ?

Pour répondre à ces questions et en savoir plus sur ce lecteur accro aux frissons, Babelio a mené une enquête du 20 au 27 février 2017, auprès de 4 771 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs. Les résultats, présentés par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs, et Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, ont notamment été mis en parallèle avec les résultats obtenus grâce à une précédente étude effectuée trois ans plus tôt, en 2014.

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Des lecteurs conquis et curieux

Comme de coutume dans les enquêtes sur le lectorat de Babelio, on trouve chez les répondants une majorité de femmes (80%) et d’adultes : 60% des lecteurs interrogés ont entre 25 et 54 ans. La première chose que l’on constate est que le polar est un genre très répandu auprès des lecteurs puisqu’ils sont 93% des répondants à affirmer en lire. Les 7% qui n’en lisent pas, qui représentent un peu plus de 300 personnes, ont donné plusieurs raisons à cela : alors que certains préfèrent suivre des enquêtes policières à la télévision ou au cinéma, d’autres admettent qu’ils connaissent mal le genre, lui en préfèrent d’autres ou ont un besoin de s’évader auquel les polars ne répondent pas. Quelques critiques ont également été émises concernant le genre policier, qui a été jugé trop lassant et répétitif, et parfois trop violent.

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Les lecteurs interrogés sont également de grands lecteurs : 95% d’entre eux lisent un livre par mois et 40% un par semaine. Pour plus d’un tiers des lecteurs, le polar représente plus de 50% de leurs lectures. Un autre tiers des lecteurs est quant à lui un public curieux, puisque les romans policiers représentent moins de 25% de leurs lectures.

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Pourquoi lire du polar ?

C’est d’abord la construction des romans policiers qu’apprécient les lecteurs, puisqu’ils se dirigent en majorité vers le polar pour le suspense des enquêtes et pour leurs intrigues. En second lieu, ce sont les personnages et leur psychologie atypique qui plaisent aux lecteurs. Ils sont également nombreux à apprécier la dimension sociétale des romans policiers et à aimer se plonger dans des géographies et milieux différents. Enfin, si les lecteurs apprécient ces enquêtes, c’est également parce qu’elles leur permettent de s’évader et leur offrent un vrai divertissement.

Quelques réponses surprenantes ont aussi été relevées, qui reflètent de manière très anecdotique une certaine fascination pour les meurtriers : 1275 âmes m’a aidé à ne tuer personne”, avoue ainsi un répondant.

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Le polar ou les polars ?

Loin d’être un sous-genre, pour 55% des lecteurs interrogés, le polar est devenu un genre littéraire reconnu par tous. Pourtant, 40% des personnes interrogées pensent que sa reconnaissance s’améliore progressivement ou reste à acquérir.

75% des enquêtés font la différence entre les genres et sous-genres de polar : historique, roman noir, thriller psychologique, fantastique… On peut ainsi noter une légère différence de lectorat pour les romans noirs, qui séduisent davantage les hommes que les autres sous-genres.

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Si les polars français sont les plus appréciés des répondants, suivis de près par les polars américains, scandinaves et anglais, c’est surtout la variété que semblent apprécier les lecteurs : quelques pays plus inattendus ont également été mentionnés par les lecteurs, comme le Japon et l’Afrique du Sud.

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Enfin, ce sont essentiellement les grandes figures du polar qui ont introduit les lecteurs aux romans policiers, comme en témoignent les auteurs classiques Mary Higgins Clark, Georges Simenon, et Arthur Conan Doyle, et les auteurs contemporains Fred Vargas et Harlan Coben, qui occupent le haut du classement. Ils sont cependant distancés, et de loin, par Agatha Christie, qui a introduit 1 336 répondants au polar : cela représente près de 10 fois l’auteur qui arrive en seconde position, Mary Higgins Clark (186 citations). Étonnamment, Enid Blyton, l’auteur du Club des cinq, fait également partie des auteurs ayant amené les lecteurs vers le roman policier.

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Des lecteurs de plus en plus tournés vers la lecture numérique

Si les lecteurs Babelio sont des lecteurs connectés, ce sont avant tout de grands lecteurs qui multiplient les lieux d’achat sans être exclusifs : la librairie, les grandes surfaces culturelles et les sites de vente en ligne sont ainsi les trois réseaux d’achat privilégiés par les enquêtés. Cette distribution des ventes est relativement similaire à celle des autres genres.

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur le format de leurs lectures, et notamment sur la part du format poche et numérique. Tandis que deux tiers des lecteurs lisent majoritairement en poche, ils sont 42% à lire du polar en numérique : parmi les différents sujets testés dans l’étude de 2017, c’est celui pour lequel on mesure l’évolution la plus importante en comparaison avec l’étude de 2014, puisqu’ils n’étaient que 28% des répondants il y a trois ans.

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Concernant le prix attendu des romans, on constate tout d’abord que les attentes des lecteurs n’ont pas varié en trois ans : ils s’attendent toujours à acheter un polar en poche au prix de 8 € et en grand format au prix de 19 €. En revanche, il n’y a pas de consensus sur le prix du livre numérique -sinon que les lecteurs ne veulent pas le payer plus cher qu’un grand format.

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L’importance du bouche-à-oreille

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur la façon dont ils découvrent de nouveaux romans policiers. Pour la plupart d’entre eux, c’est le bouche-à-oreille qui est le principal vecteur de découverte, puisqu’ils s’appuient surtout sur Babelio et sur les avis de leur entourage. Les médias traditionnels viennent en troisième position, suivis par la librairie. Les lecteurs de polars de Babelio n’étant pas exclusifs, les sites et forums spécialisés n’ont été que très peu cités.

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Très informés, ces grands lecteurs ne ressentent pas nécessairement le besoin de se fier aux prix littéraires ; de fait, seul un tiers des lecteurs interrogés y est attaché. Si les principaux prix littéraires (Prix Polar SNCF, Prix Quai des Orfèvres, Prix Polar de Cognac, Prix Quais du Polar) sont bien connus des répondants, on note en outre une légère progression dans la connaissance des prix, par rapport à 2014. Le Prix Polar SNCF est ainsi connu de 76% des lecteurs, alors qu’ils étaient 60% à le connaître en 2014.

Finalement, les critères principaux auxquels sont attachés les lecteurs lorsqu’ils choisissent un livre sont l’univers du livre, son sujet, le résumé et le nom de l’auteur. En revanche, la maison d’édition semble avoir peu d’influence sur le choix des lecteurs puisque seul un tiers d’entre eux y accorde de l’importance. Alors que les maisons d’édition et collections emblématiques sont les plus connues des lecteurs (Actes Sud, Rivages, Babel Noir, Points, 10/18 et Sonatine), quelques nouvelles maisons d’édition et collections se distinguent également, notamment La Bête noire de Robert Laffont.

D’Adamsberg à Cormoran Strike

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur une figure emblématique du roman policier : l’enquêteur. Ils sont ainsi 58% à indiquer être attaché à un personnage récurrent. Sur le podium, trois personnages classiques séduisent les lecteurs : Jean-Baptiste Adamsberg, le héros de Fred Vargas, Kurt Wallander, le commissaire créé par Henning Mankell, et le détective belge Hercule Poirot, d’Agatha Christie.

Si plus de la moitié des lecteurs restent attachés à la figure d’un héros récurrent, ce nombre a cependant baissé par rapport à 2014, où ils étaient 66%. Si le succès de certains one shot tels que La Fille du train ou Les Apparences peut expliquer cette baisse, il semblerait tout de même que l’émergence de nouveaux enquêteurs et de nouvelles séries à succès soit encore possible, comme en témoigne l’entrée dans le classement de Yeruldelgger, le héros créé par Ian Manook, et de Cormoran Strike, le détective privé de Robert Galbraith, alias J.K. Rowling.

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Du noir vers la blanche

Enfin, les lecteurs ont été interrogés sur les publications croisées et plus particulièrement la publication d’auteurs de romans policiers dans des collections de littérature blanche. Pour cela, l’exemple de la saga Malaussène de Daniel Pennac, passée en 30 ans de la Série Noire à la Blanche de Gallimard, a été proposé aux lecteurs interrogés. Les réponses sont très partagées : tandis que certains répondants s’accordent à dire que cela peut amener de nouveaux lecteurs vers le polar et apprécient ce décloisonnement des genres ainsi que la légitimité que cela donne aux romans policiers, d’autres regrettent ce manque d’identification. En effet, ils trouvent bon que les polars soient identifiés comme tels et déplorent le manque de caractère des couvertures de littérature générale.

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Suggestions et conclusions

Par rapport à l’étude réalisée en 2014, la progression de la lecture numérique est finalement la principale évolution constatée, puisque le polar s’impose, avec la romance, comme le genre le plus lu sous ce format. Les lecteurs ont par ailleurs souhaité encourager les maisons d’édition de romans policiers à communiquer davantage sur les réseaux sociaux et à y être plus présents.

Très informés et en capacité de choisir entre les différents sous-genres, les lecteurs de polars invitent logiquement les éditeurs à soigner leurs couvertures et quatrièmes de couvertures, à y être éclairants tout en faisant attention à ne pas y dévoiler des éléments clés de l’intrigue.

Enfin, malgré leur préférence persistante pour les polars français, anglo-saxons et scandinaves, ils ont souhaité encourager les éditeurs à publier plus d’auteurs de nationalités moins représentées par le genre.

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de polar

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de livres au cinéma

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs », Babelio a présenté le 23 février dernier une nouvelle étude sur les adaptations de livres au cinéma. Quel est le rapport des lecteurs aux adaptations ? Savent-ils toujours qu’un film est tiré d’un livre ? Quel chemin font-ils du livre au film ou du film au livre ?

Adaptations de livres au cinéma

Pour répondre à ces questions et en savoir davantage sur les amoureux du cinquième et du septième art, Babelio a mené une enquête durant la dernière semaine de janvier auprès de 2 262 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs.

table des invités

Quatre intervenants étaient présents pour nous aiguiller et partager leurs avis face aux résultats : Caroline Bismuth-Dardour, présidente de Silenzio (agence de publicité spécialisée dans les sorties cinéma),  Nathalie Cerdin, responsable marketing de Bayard Jeunesse, Manuel Soufflard, chef de groupe marketing chez J’ai Lu ainsi qu’Alexis Mas, président de Condor Entertainment (compagnie d’édition et de distribution cinématographique). L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, puis suivie d’un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio.

Nos participants

De gauche à droite : Caroline Bismuth-Dardour, Manuel Soufflard, Nathalie Cerdin et Alexis Mas

Cinéma et littérature se mêlent et s’entremêlent, si bien que depuis quelques années, on ne peut que constater que le premier a tendance à se nourrir de la seconde, et ce quel que soit le genre de l’œuvre en question. Du fantastique, en passant par la romance ou par le polar, sans oublier les adaptations de bandes dessinées, les livres forment une source d’inspiration intarissable. Pour preuve, parmi les films ayant dépassé les 100 000 entrées en salle en 2016, un sur quatre était adapté d’une œuvre littéraire.

L’enjeu de telles adaptations est double : pour les producteurs et distributeurs, les lecteurs forment un public de fans de l’œuvre à conquérir ; pour les éditeurs, une adaptation peut donner un second souffle à un ouvrage qui trouvera alors un nouveau lectorat. De fait, le lecteur occupe une place prédominante dans la promotion du projet, ce pourquoi il est capital de le connaître un peu plus.

Le profil des lecteurs

Une fois encore, la grande majorité des répondants sont des lectrices. Elles sont, pour cette étude, 84% à s’être prêtées au jeu. Cette caractéristique reflète la communauté des inscrits sur Babelio puisqu’on ne compte pas moins de 80% de femmes sur le site et s’accorde avec le lectorat français qui a une forte propension féminine. Néanmoins, cette particularité tend à s’estomper si l’on s’intéresse au trafic du site qui génère « seulement » 60% de femmes.

proportion homme femme

Tous les répondants font partie d’un public adulte mais l’on note tout de même qu’un sur deux a entre 25 et 45 ans. Jeune et féminin, notre panel est aussi composé d’une écrasante majorité de grands lecteurs. 94% d’entre eux déclarent lire plus d’un livre par mois, contre 16% de la population française et près de la moitié (47%) lisent au moins un livre par semaine.

Les interroges sont de grands lecteurs

Près de sept interrogés sur dix sont aussi de précieux prescripteurs qui n’hésitent pas à recommander des ouvrages aux plus jeunes en tant que parents, professeurs, bibliothécaires ou tout simplement en qualité de lecteurs. Ce point est d’autant plus important que près de neuf personnes sur dix (88%) considèrent que les adaptations amènent les enfants à la lecture.

lecteurs prescripteurs

Le niveau d’information des lecteurs sur les adaptations

Si l’on sait les grands lecteurs extrêmement bien informés sur les différentes parutions en librairie, qu’en est-il de leur niveau d’information sur les adaptations cinématographiques ? Pour le savoir, ils ont été soumis à une série d’affiches à partir desquelles ils devaient indiquer s’ils savaient ou non que ces films étaient tirés de livres.

On constate d’emblée que même si les lecteurs ne savent pas systématiquement qu’un film est une adaptation, ils sont tout de même plus au fait que les spectateurs. Par exemple, plus de la moitié des répondants (54%) sait que le film d’animation Ma vie de Courgette est tiré d’une œuvre littéraire, mais il y a fort à parier que les résultats n’auraient pas été les mêmes si la question avait été posée à des spectateurs à la sortie du film. Cependant, même chez les grands lecteurs, on note que cette connaissance dépend surtout de la notoriété de l’œuvre originale. D’autre part, pour tester la bonne foi des lecteurs, Mad Max : Fury Road était aussi proposé dans la liste bien que le film ne soit évidemment pas une adaptation… sauf pour 322 lecteurs.

Les lecteurs ne savent pas ce sont des adaptations

On note aussi que les grands lecteurs sont globalement mal informés de la sortie des adaptions quand bien même tout laisse à penser qu’ils forment le public cible. Si l’on met de côté Un sac de billes dont plus de quatre lecteurs sur cinq (83%) savent que le livre a été adapté au cinéma, on constate un flagrant déficit de notoriété auprès du public des grands lecteurs. En effet, moins de 30% d’entre eux savent par exemple que Seul dans Berlin a été adapté sur grand écran. Cela est d’autant plus dommage lorsque l’on sait que 36% de ces lecteurs seraient allés voir le film s’ils avaient eu connaissance de sa sortie.

Les lescteurs sont mal informés des sorties

La consommation des lecteurs

Pour les grands lecteurs, lire le livre qui va être ou a été adapté pousse à voir l’adaptation. En effet, neuf lecteurs sur dix déclarent être allés voir un film parce qu’ils avaient appréciés le livre d’origine.

Parmi les films les plus vus après avoir lu l’ouvrage, on trouve une large variété de genres. Nombreux sont ceux à avoir cité des œuvres fantastiques comme les séries Harry Potter, Hunger Games, Le Seigneur des Anneaux ou encore Divergente. Mais la littérature générale avec Elle s’appelait Sarah ou La couleur des sentiments, le polar avec Gone Girl ou la saga Millenium et même la littérature classique avec Jane Eyre ou Gatsby le Magnifique ne sont pas en reste. Exception faite pour les puristes (qui représentent une minorité de 4%), les lecteurs apprécient de savoir qu’un roman qu’ils ont particulièrement aimé va être adapté et sont prêts à aller voir le rendu sur grand écran.

Films les plus vus après la lecture du livre

Réciproquement, la très grande majorité des lecteurs (97%) a déjà lu un livre après avoir vu le film dont il a été adapté. C’est donc un parfait exemple de fertilisation croisée où la découverte se fait dans les deux sens : le public du livre élargit celui du film et inversement.

Livres les plus lus après visionnage du film

La lecture de romans à suspense après le visionnage du film ne semble pas retenir les lecteurs puisqu’ils citent de nombreux thrillers qui ont la particularité d’avoir un twist final important comme Shutter island ou Ne le dis à personne. Toutefois, on note une certaine préférence des lecteurs à lire l’œuvre avant de la voir puisque les trois quarts préfèrent dévorer l’ouvrage avant de foncer dans les salles obscures.

Lire le livre avant le film

Et si l’on compare l’original et l’adaptation ?

Lorsque l’on interroge les lecteurs sur les adaptations qui les ont agréablement surpris, on distingue clairement des films qui ne sont pas des adaptations au pied de la lettre du livre mais qui, au contraire, proposent un regard particulier sur celui-ci. C’est le cas par exemple de Shining ou de  Gone Girl qui ont su séduire même si elles étaient éloignées du texte original. Manuel Soufflard va lui aussi dans ce sens : « Je ne pense pas que vous seriez capable de me donner dix titres d’adaptations meilleures que l’original, et si elles le sont, elles sont en général totalement dissociées de l’œuvre. Dans des cas comme cela, où les deux œuvres sont éloignées, est-ce vraiment intéressant pour l’éditeur de faire la filiation ? Après, il s’agit d’un nombre de cas restreints où l’éditeur ne pouvait pas s’appuyer sur le livre, par exemple s’il était très peu lu comme Chuck Palahniuk pour Fight Club. À l’inverse, si le film fonctionne, il peut être intéressant de communiquer dessus pour relancer le livre ».

Bonnes adaptations

À l’inverse, on note parmi les adaptations qui ont le plus déçu les lecteurs de nombreux films fantastiques comme Eragon, Divergente, À la croisée des Mondes ou Miss Peregrine. Ces titres ont en commun le fait d’avoir des univers forts dont la représentation visuelle n’a peut-être pas été à la hauteur des espérances des lecteurs.

Pour Alexis Mas, le point noir est plutôt à chercher du côté du manque de profondeur de ces adaptations : « Ce n’est pas tant la mise en images qui déçoit les lecteurs car le budget alloué à cela est suffisamment conséquent mais la retranscription du récit et des caractérisations du livre. Elles sont souvent ratées et cela donne des films froids, sans âme. »

À noter, le cas particulier de la saga Harry Potter pour qui les lecteurs sont partagés puisqu’elle figure dans les deux catégories.

Mauvaises adaptations

Pourtant, les lecteurs s’accordent à dire que les littératures de genre semblent propices à l’adaptation, en particulier le fantastique et les littératures de l’imaginaire (59%), le polar (79%) et le roman historique (66%). En revanche, la littérature générale se place dans les dernières positions avec 32%, devançant ainsi les BDs, comics et mangas (18%).

Les genres propices à l'adaptation

Les changements engendrés par les adaptations

Les éditeurs capitalisent souvent sur la sortie du film pour refaire la couverture d’un livre adapté avec l’affiche de celui-ci. Quel que soit le genre en question (jeune adulte, chick-lit, polar, classique), les grands lecteurs préfèrent la couverture originale à celle reprise de l’affiche bien que certains titres comme Cosmopolis ou Un long dimanche de fiançailles fassent figures d’exception. D’ordinaire, cette reprise est plutôt destinée à conquérir un public de nouveaux lecteurs et cela se confirme dans les réactions des grands lecteurs : 38% d’entre eux n’apprécient pas les couvertures reprises d’un film bien qu’un quart admet tout de même que cela est une bonne chose en plus de pouvoir attirer l’attention.

Les grands lecteurs préfèrent la couverture originale

Pour Manuel Soufflard, la couverture des livres qui ont bien fonctionné a tendance à se figer dans l’esprit du lecteur. Pour ceux qui n’ont pas eu le même succès, la couverture qui reprend l’affiche peut être un vrai levier : « Shining reste très attaché à l’affiche du film par exemple. » Nathalie Cerdin ajoute : « Les droits de conserver la couverture d’un livre sont très courts. On les obtient pour la sortie du film au cinéma, puis pour sa sortie DVD. Mais un an après, dans la majeure partie des cas, on retrouve la couverture d’origine, ce qui devrait consoler les grands lecteurs. » Cependant, elle voit une certaine contradiction entre ce désamour de la couverture tirée de l’affiche et le manque d’informations précédemment abordé dont disposent les grands lecteurs sur les sorties d’adaptation : « La couverture est une vraie vitrine pour faire le relai entre le cinéma et le livre ».

Inversement, voir le titre d’un livre sur l’affiche d’un film n’est pas gage de qualité pour les grands lecteurs mais cela attise la curiosité de près de trois quarts d’entre eux.

Mention du livre sur l'affiche

Pour ce qui est des changements de titres engendrés par une adaptation, les lecteurs ont des avis quelque peu partagés. En général, moins le livre est populaire, moins l’attachement à son nom d’origine est fort. Par exemple, pour le livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck adapté au cinéma sous le nom de La confession par Nicolas Boukhrief, seuls 35% des interrogés auraient préféré que le titre du roman soit conservé tandis que 46% aurait préféré que le film Mister Ove d’Hannes Holm garde son titre d’origine Vieux, râleur et suicidaire.

la confession

mister owe

Les causes de ces changements de noms sont multiples. Pour Nathalie Cerdin, ils sont parfois nécessaires pour ne pas induire en erreur le public qui découvre l’adaptation  : « Pour le film Le septième fils de Sergey Bodro, le titre choisi est différent de celui de la saga d’origine, qui est L’épouvanteur. Ce nom évoquait plutôt un film d’horreur. Puisqu’ils ont été dissociés, cela a été à nous de faire se rejoindre les deux, mais rien n’a été changé sans l’accord de l’auteur. En général, quand il y a un changement de titre, il faut arriver à mettre l’original sur l’affiche. »

Alexis Mas partage cet avis : « Le médecin d’Ispahan, qui a été adapté sous le nom de L’oracle, avait des lecteurs avant sa sortie en salle. Il a fallu les faire revenir, surtout que l’adaptation était bonne, mais sans utiliser le même titre qui ne crée pas d’envie lorsque l’on n’a pas ce rapport au livre. Il y a donc eu un retitrage au niveau français pour le titre du film afin qu’il soit plus large et plus fédérateur. À cela, on a ajouté des informations pour ne pas couper le lectorat d’origine. On a par exemple gardé le même visuel pour le livre et le film, mais pas leur nom ».

Invités

Manuel Soufflard invoque quant à lui une autre raison : « Il y a aussi un effet dû à la mondialisation : quand le titre n’est pas le même en français, il faut réussir à suivre. Depuis peu, on voit s’accentuer le fait de garder le nom anglais, même en français, voire même de mettre les deux titres (français et anglais) sur la couverture. Il vaut quand même mieux garder le titre anglais si le film est plus populaire que le livre ».

Les livres que les lecteurs rêveraient de voir adaptés au cinéma

Dans leurs rêves les plus fous, les grands lecteurs aimeraient voir adaptée en salles obscures une gamme de genres, là encore, très variée. On y trouve par exemple La nuit des temps de René Barjavel  ou La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Plus surprenant, on trouve des titres de littérature générale comme L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ou Chanson douce de Leïla Slimani quand bien même les lecteurs n’avaient pas jugé le genre propice à l’adaptation auparavant.

Les livres que les lecteurs rêvent de voir adaptés

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat autour de l’enquête.

Caroline Bismuth-Dardour prend la parole la première pour exprimer sa surprise « en bien » de la réciprocité du lien entre livre et film. Pour elle, l’adaptation de film crée une relation entre cinéma et littérature plus forte qu’elle ne l’aurait imaginé. Manuel Soufflard est lui aussi ravi de cet effet double. « Hélas, nous dit-il, cela ne peut pas fonctionner automatiquement. Il n’y a pas de lien systématiquement établi entre les deux mais c’est réjouissant quand ça l’est ». Nathalie Cerdin est, quant à elle, un peu plus catégorique : « Dès la bande annonce, on sent si le lecteur d’origine va accrocher. Et cela permet aussi de faire découvrir le livre à un nouveau lectorat ».

Nos participants

En ce qui concerne le rôle du grand lecteur dans le lancement d’une adaptation, il en est pour Caroline Bismuth-Dardour l’acteur capital : « Les grands lecteurs sont des ambassadeurs qu’on va chercher très tôt et en même temps, on les craint car on a très peur du bouche à oreille défavorable. On commence la communication autour d’un film très tôt. On va donc chercher le public acquis, c’est-à-dire les lecteurs, et il faut le rassurer avec des éléments de communication et des informations distincts. C’est ce qui est fait par exemple autour de la sortie de Valérian où Jean-Claude Mézières accompagne Luc Besson pour créer une filiation autour de la BD. En revanche, lorsque le film est très mauvais, on ne va surtout pas les chercher. »

Manuel Soufflard partage le même avis : « Pour des projets d’adaptations de livres de genre comme l’imaginaire ou le policier, la communication se fait très en amont et repose sur le livre. Ce qui compte pour une sortie cinéma, c’est le jour de la sortie. Il n’y a donc rien de mieux pour démarrer un film que de préparer une communauté de lecteurs acquise en amont. » Il va même plus loin pour le cas particulier des adaptations de long-sellers : « Pour les cas des long-sellers, il ne faut surtout pas perdre la communauté relais mais faire une passerelle entre les deux œuvres. Pour ce faire, il y a de multiples leviers, la couverture n’est que la pointe de l’iceberg : on peut faire des campagnes d’affichage, faire passer l’information sur les réseaux commerciaux, les réseaux sociaux, mettre des affiches en librairie, sur les communs. Tout dépend surtout du budget ».

Notre public

Cependant, selon Alexis Mas, miser uniquement sur le fait que l’œuvre soit une adaptation n’est plus pertinent aujourd’hui : « Les grands lecteurs sont en général au courant de la sortie d’une adaptation. Les mentions « inspiré d’une histoire vraie » ou « adapté de » sont devenues très galvaudées et trop récurrentes pour générer de l’envie. » Manuel Soufflard étaye d’ailleurs cette idée avec ces chiffres : « Au Livre de Poche par exemple, il y a 700 titres sur 6 500 en vue pour être des adaptations. Mais en réalité, à peine 10% de ce chiffre verront le jour. C’est sûrement le même cas sur le catalogue poche de Folio. »

En revanche, tous s’accordent à dire qu’ils doutent que l’œuvre originale puisse être un élément gênant dans la communication autour de tel projet. Il faut toutefois savoir, dans une seconde étape, s’en détacher, comme nous l’explique Manuel Soufflard : « Une fois la filiation rappelée, il faut à un moment donné s’affranchir du livre pour montrer l’apport du film sinon cela n’a pas vraiment d’intérêt. Et puis cela permet aussi de s’élargir à ceux qui n’ont pas lu le livre ou ne le connaissent pas du tout ».

C’est sur ce consensus que s’est terminé le débat, après quoi tous nos participants ont été conviés à un buffet où se sont prolongées les conversations. Merci à nos quatre invités pour leur intervention.

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Qui sont les lecteurs de séries et sagas ? Etude de lectorat

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Dans le cadre de son cycle de conférences sur “les pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le 23 juin 2016, sa dernière étude de lectorat, portant sur les séries et sagas littéraires. Plus précisément, le réseau social s’est intéressé aux pratiques de ces lecteurs : comment choisissent-ils leurs lectures ? Que recherchent-ils précisément ? Quelle image véhicule ce type de publication ? Quels en sont les prescripteurs ?

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L’étude a été menée du 1er au 6 juin 2016, auprès de 4 874 internautes.

Comme à l’accoutumée, étaient réunis autour d’une table ronde, trois professionnels du livre, invités à apporter leur éclairage sur les résultats de l’enquête :

Églantine Gabarre, responsable du pôle marketing digital du groupe Delcourt

Florian Lafani, responsable du développement numérique et éditeur aux éditions Michel Lafon

Antoinette Rouverand, directrice marketing aux éditions Jean-Claude Lattès

Une fois le tour de table réalisé par Guillaume Teisseire, cofondateur de Babelio, les résultats ont été présentés par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs chez Babelio.
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La part que représentent les séries dans l’ensemble des lectures des internautes interrogés est relativement variable : un quart des sondés lisent majoritairement des séries alors que 10% n’en lisent pas du tout. Plus précisément, les séries représentent une proportion variée en fonction des genres littéraires lus. Par exemple, les séries représentent 50% des lectures pour les amateurs de fantasy et de littérature jeunesse, alors qu’elles ne correspondent qu’à 20% des lectures des amateurs de littérature ou de polar. En revanche, ce dernier chiffre montre que ces deux genres sont malgré tout susceptibles de séduire des lecteurs de séries alors même que peu de romans policiers ou de littérature générale sont publiés sous forme sérielles.

Les séries représentent donc un genre majoritairement lu par les interrogés, ce que souligne Antoinette Rouverand : “ On sait que les séries ont un public. La preuve en est que si un one shot, un roman en un seul tome, se vend bien, comme Nos étoiles contraires de John Green, les autres titres de l’auteur réalisent ensuite des scores de ventes tout aussi élevés.” Florian Lafani poursuit : “Les séries sont à double tranchant : elles sont celles qui peuvent réaliser les plus gros succès mais également devenir un énorme poids pour les éditeurs. C’est un très gros risque pour nous car en cas d’échec, nous sommes confrontés au problème de l’arrêt en cours de série, qui déçoit énormément les fans. Il est d’autant plus difficile de prédire le succès des séries que certaines qui connaissent un succès indéniable aux États-Unis ne trouvent au contraire pas leur public en France. De plus, lorsque la série américaine fonctionne, elle multiplie ses tomes et nous éditeurs, face à un public absent, ne pouvons absolument pas nous permettre de les suivre.”

Face à ce constat, nous avons interrogé les lecteurs sur leurs motivations et leurs réticences à la lecture de séries. Si certains lecteurs ne s’y aventurent pas, c’est en premier lieu parce qu’ils manquent de patience, relative au temps de parution de chacun des tomes. Par ailleurs, ils craignent pour la qualité de l’écriture (qui serait moins bonne que sur un livre en un seul tome) et c’est davantage la nouveauté qui attise leur curiosité.

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Qu’apprécient alors les lecteurs de séries dans ce format ? Selon les résultats obtenus lors de l’enquête, il semblerait que l’univers soit l’attrait principal d’une série. Ainsi, si les lecteurs sont nombreux à vouloir connaître la suite d’un roman, ils soulignent majoritairement leur attachement à l’univers du roman, d’autant plus lorsque ce dernier est bien développé. Le format des séries convient par conséquent mieux aux lecteurs aimant se plonger dans un univers complexe, qui se développe sur plusieurs tomes.

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Face à ces résultats, Églantine Gabarre voit dans les réseaux sociaux, une des raisons qui expliquerait ce constat : “Les réseaux sociaux ont complètement bouleversé les pratiques des lecteurs et leurs rapports aux éditeurs. Les réseaux constituent un nouveau mode d’accès à l’univers d’une série.” Travaillant notamment sur la série The Walking Dead, elle cite l’exemple du formidable succès de la bande dessinée : “Pour ce genre de séries littéraires, le succès ne surgit pas dès la parution du premier tome. Il a fallu ici, et c’est souvent le cas, attendre la programmation du premier épisode de la série à la télévision aux États-Unis pour voir l’engouement des fans se concrétiser en librairie. Pour The Walking Dead, lorsqu’est sorti le premier épisode de la série télévisée, les stocks ont été vidés en quelques jours. Nous n’avions aucune idée de combien il fallait en réimprimer, ce cas était complètement nouveau pour nous. Cela uniquement parce que les fans, grâce aux réseaux, ont partagé l’engouement américain pour l’arrivée de la série et ont pu connaître la date de programmation des épisodes télévisés. Cette adaptation a sonné le top départ du succès en librairie en France, qui dure aujourd’hui depuis 25 tomes” . Plus encore qu’une possibilité d’accroître les ventes du papier, le phénomène des réseaux a complètement modifié le travail des maisons d’édition, ce que souligne Églantine Gabarre : “L’actualité fait véritablement partie de notre travail désormais. Nous devons tout surveiller, partout dans le monde. Nous ne devons pas nous faire surprendre, ce qui nous est arrivé avec The Walking Dead à l’époque. Nous devons effectuer un travail de veille incessant, ainsi que développer notre proximité avec les lecteurs, beaucoup plus qu’il y a quelques années.”

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Les lecteurs ont ensuite été interrogés à propos de leurs séries préférées, par le biais d’une question ouverte. Nous avons choisi de lister ci-dessus, les 72 séries les plus populaires. Trois genres semblent se démarquer dans cette liste : le Young Adult et la Bit Lit, regroupés pour les besoins de l’étude, représentent 25% des séries citées, la jeunesse 20% et la SF/Fantasy, 20%. Au global, nous avons pu constater que sur ces 72 séries, 41 d’entre elles ont été l’objet d’une adaptation à l’écran. Il semble en effet exister une véritable communication entre ces deux supports, série littéraire et cinéma puisque 90% des interrogés déclarent aller voir les adaptations des séries lues, dont un quart systématiquement. La série littéraire dépasse dans ce cas son support d’origine, ce qui concorde avec le fait que l’univers de la série apparaît comme l’attrait majoritaire des séries pour leurs lecteurs, ce que nous avons vu précédemment. Antoinette Rouverand précise : “Il est indéniable que les adaptations contribuent au succès des livres papier. Les meilleures ventes ont été atteintes par des séries adaptées au cinéma. De plus, il convient de rappeler que les ventes du livre sont souvent coordonnées avec l’annonce d’une date de parution du film. J’ai travaillé au lancement de la série Twilight, et c’est seulement au moment de la parution du tome 4 que le succès est véritablement venu, alors que la presse évoquait les débats concernant le casting du premier film. Les réalisateurs ont créé un buzz qui a été très bénéfique pour les ventes papier. Seuls les comics ont un public si particulier que la parution d’un nouveau volume suffit à créer l’engouement. Le plus dur avec les séries finalement, c’est de les lancer sans film.”

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La notion de licence semble dès lors constitutive d’une série réussie, ce qu’explique par la suite Églantine Gabarre : “La licence permet de faire vivre l’univers. L’enjeu principal d’une série est selon moi de construire un univers suffisamment complexe pour permettre d’entretenir l’intérêt des lecteurs dans la durée et parfois même, au delà de la publication du dernier tome. La licence apparaît lorsque la série atteint le stade “d’univers” à proprement parler, lorsqu’elle s’émancipe du simple cadre du livre. Bien sûr, cette notion est encore aujourd’hui plutôt anglo-saxonne et existe en France surtout dans le manga, qui parviennent pour certains à se déployer sur soixante tomes et tout autant d’animés. En bande dessinée, on peut dire que la série en est la forme de prédilection, par nature, c’est ainsi que la bande dessinée est née et nous comptons donc sur une certaine appétence des lecteurs à ce découpage en différents volumes d’une même histoire, comme pour le manga. En revanche, notre difficulté, commune avec le roman, c’est le recrutement de nouveaux lecteurs à parution de chaque tome. Voilà l’angle que nous cherchons à améliorer au quotidien.”

Nous avons ensuite interrogé les lecteurs sur leur mode de consommation des séries littéraires. En effet, si les séries télévisées invitent à une consommation que nous appellerons “en continu”, cela ne semble pas être le cas des livres. On note que pour les séries parues dans leur intégralité, plus de la moitié des lecteurs entrecoupent la lecture de la série avec d’autres livres. Par ailleurs, les intégrales sont achetées par 40% des interrogés.

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Si 60% des lecteurs interrogés ont déjà abandonné la lecture d’une série en cours, les raisons de cette démission sont multiples. Ils évoquent notamment le temps d’attente trop long entre la publication de chaque tome, le fait que la série comporte trop de volumes ainsi que le manque d’intérêt pour le tome précédent.

Églantine Gabarre explique, d’un point de vue éditorial, tout l’enjeu que représente la publication d’une série, vis à vis du public : “L’investissement communicationnel pour une série est définitivement plus important que pour un one shot car il faut communiquer à chaque parution. L’essentiel est de parvenir à disposer d’une base de lecteurs de départ, qu’il s’agira de faire grossir par la suite.” Elle évoque à ce sujet l’idée d’un empilement. Quelle recette pour recruter continuellement des lecteurs ? Pour elle, il s’agit de faire vivre l’univers au maximum  : “Si l’on poursuit l’exemple de The Walking Dead, les producteurs sortent à présent une deuxième série, afin de poursuivre le recrutement de nouveaux lecteurs tout en satisfaisant les fans. Cette série représente un bel enjeu pour nous. Voilà quel est en définitive notre enjeu marketing principal : chercher continuellement de la matière à fournir au public, déjà lecteur ou non. Je crois que pour ce faire, la meilleure méthode est d’interroger subtilement les fans pour savoir ce qu’ils souhaitent lire de plus que ce qu’ils savent déjà.”

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Antoinette Rouverand évoque à son tour le rôle du poche dans le recrutement de nouveaux lecteurs : “En Young Adult, le poche ne sort que très tard par rapport au grand format. Harry Potter est l’une des seules séries à avoir combiné la sortie poche et grand format et même si cela n’est pas la seule raison de son succès planétaire, je pense que cela a joué de façon non négligeable sur les ventes. La parution en poche permet de séduire un nouveau type de lectorat.” Florian Lafani confirme : “Oui, le poche créé une synergie avec le grand format, on sait qu’il est bénéfique pour les ventes, que les séries marchent ou non. Je pense notamment aux jeunes qui n’ont pas le budget pour s’offrir le grand format.”

Le poche apparaît effectivement comme une bonne solution pour recruter de nouveaux lecteurs. Antoinette Rouverand évoque à cette occasion la publication numérique, qui apparaît alors comme une alternative à la version poche : “Nous sortons systématiquement les ouvrages en format ebook, au même prix qu’en version de poche. Le numérique ouvre le champ des possibles en termes éditoriaux, beaucoup plus que le livre papier. Ainsi, nous pouvons par exemple proposer des offres promotionnelles sur un tome 1, au moment de la sortie du tome 2, ce qui est impossible avec le papier. Nous pouvons également jouer sur le prix des intégrales. Cela dynamise beaucoup les ventes, même si cela n’a pas le même effet qu’un inédit car le public du livre numérique est encore quelque peu restreint. Ce levier de ventes seul ne suffit pas, il est en revanche un très bon accompagnateur.” Florian Lafani ajoute : “Il est vrai que lorsqu’il s’agit de numérique, tout est question de public. Les jeunes par exemple, alors qu’ils sont les plus connectés, n’achètent pas sur ce support. Même les séries best seller ont du mal à décoller en ebook.”

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Et la bande dessinée, bénéficie-t-elle d’un autre genre de traitement ? “Nous travaillons sur des intégrales également afin de recruter de nouveaux lecteurs mais malheureusement leur effet est relativement mineur en termes de ventes” explique Églantine Gabarre “Nous réfléchissons à  publier des versions en plus petit format à prix réduit, dans une optique parallèle à celle du livre de poche. Pour le moment, en ne sortant qu’en grand format, certains lecteurs sont gênés par le prix. Nous sommes justement en plein débat en ce moment chez Delcourt.”

En revanche, si les lecteurs sont susceptibles de stopper la lecture d’une série en cours de route, l’arrêt d’une publication du côté de l’éditeur est un geste extrêmement mal perçu par le public, ce qu’explique Églantine Gabarre : “L’arrêt des séries n’est pas toujours dû à l’éditeur, il arrive que cela vienne de l’auteur et ça, les lecteurs n’y pensent pas assez. Pour éviter cela, en bande dessinée, nous l’avons compris, nous privilégions les séries en 4 à 5 tomes, afin de ne pas nous trouver confrontés à ce cas trop souvent.”

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Comme nous l’avons vu précédemment, certains lecteurs, au contraire, cherchent à réduire le temps de parution entre chaque tome, quitte à lire les ouvrages dans leur langue originale, ce qui est le cas d’un quart des sondés. Parmi les lecteurs interrogés, 80% déclarent trouver ce temps de parution entre deux tomes trop élevé à leur goût. Selon eux, le délais ne devrait pas excéder 3 à 6 mois. Antoinette Rouverand, partage à ce sujet ses ambitions : “De mon côté, j’aspire à renforcer ma collaboration avec les auteurs français, afin de diminuer ce temps de parution, en supprimant la traduction. Je pense notamment au Messager des vents, paru chez nous en 2015. Le délai entre chaque tome n’a jamais excédé 6-7 mois et nous l’avons ressenti au niveau des ventes. De plus, nous pourrions travailler directement avec l’auteur et imaginer de nouvelles possibilités relatives au public, comme faire intervenir les lecteurs dans le déroulé de l’histoire. U4 a également été un joli succès : les 4 tomes sont parus simultanément, cela n’avait jamais été fait. Nous réfléchissons à nous lancer dans des projets similaires car je pense que l’on se dirige vers une consommation à la Netflix, une consommation d’un seul coup, comme avec les séries. Je souhaiterais véritablement pouvoir aider les auteurs français à percer pour toutes ces raisons.” Florian Lafani complète : “Les lecteurs de version originale nous sont également très utiles car ils jouent le rôle de défricheurs, ils permettent de déceler des succès à venir dans les autres pays, avant que nous ne soyons au courant. Nous évoquions le travail de veille un peu plus tôt, et ces lecteurs en font partie intégrante.”

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Nous avons ensuite interrogé les lecteurs à propos de leur fidélité aux séries. Parmi les plus populaires précédemment citées, nous avons étudié la proportion de lecteurs ayant lu au moins 3 tomes d’une série et avons cherché une constante. Il ne semble cependant par exister de série type, qui permettrait de favoriser la lecture de tous ses tomes, comme le montre le graphique ci-dessus.

Selon Florian Lafani, cette problématique est une question de communication : “Un éditeur ne doit jamais s’arrêter de communiquer sur une série, même si il ne peut évidemment pas se permettre de mettre le même budget sur chacun des tomes. Il faut toujours parler de la série en cours de publication, même si c’est peu. Il faut ensuite tenter de varier les supports afin de renforcer l’engouement des lecteurs pour l’univers de la série, ce que fait très bien une adaptation en BD ou en film par exemple.” Antoinette Rouverand précise ensuite : “Il faut évidemment porter une grande attention à la qualité lorsque l’on décide de développer un univers. Beaucoup de spin off de séries, c’est-à-dire de séries dérivées d’autres séries, sont franchement critiqués par les fans. Il ne faut pas oublier que ces produits éditoriaux dérivés sont immédiatement comparés à l’oeuvre d’origine, souvent difficile à égaler. Je pense qu’il ne faut pas abuser de ce système et surtout ne pas trop s’éloigner de l’univers de base lorsque l’on choisit d’emprunter cette voie.”

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Florian Lafani évoque à son tour la notion de communauté, liée selon lui à la réussite d’un livre : “L’idée de communauté a beaucoup évolué ces dernières années ; Auparavant, nous devions les créer de toute pièce grâce à des sites dédiés à des séries. Aujourd’hui, ce phénomène nous dépasse complètement et de véritables communautés de lecteurs se créent, souvent autour de plusieurs séries littéraires sur un même support, sans que nous ayons à les pousser. Ces communautés participent à faire vivre les séries par delà la simple publication de tomes et c’est très bénéfique pour le bouche à oreille.”

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Les sondés ont par ailleurs été interrogés au sujet de la prescription qui s’applique au monde des séries. Les points de vente physiques ainsi que Babelio apparaissent comme les deux moyens privilégiés par les lecteurs pour choisir leurs lectures. Les médias apparaissent comme la troisième source de découverte de séries. Nous avons ensuite comparé ces résultats à ceux des études que nous avons précédemment effectuées et avons pu constater que la série littéraire se comporte comme le polar au niveau prescriptif, alors que la romance et les littératures de l’imaginaire privilégient les blogs au détriment des médias traditionnels.

Le lecteur de séries littéraires apparaît comme très attaché à la recommandation entre fans : trois quarts des interrogés échangent des avis dans la vie réelle ainsi que sur internet. Nous avons pu constater que les conseils de l’entourage sont éminemment prescripteurs pour les lecteurs de séries puisqu’il s’agit selon eux de la première source d’incitation à l’achat. On note également que le conseil du libraire occupe la troisième place du classement.

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Qu’en est-il de l’attachement aux marques ? Nous avons interrogé les lecteurs au sujet de leur fidélité aux maisons d’édition. Pour faciliter la lecture des résultats, nous avons choisi de faire ressortir les marques fortes, d’où la distinction entre des collections et des éditeurs (Collection R et Robert Laffont). Plus de la moitié des sondés disent suivre avec attention le catalogue d’une maison d’édition après la lecture d’une série qu’ils ont appréciée. Antoinette Rouverand apporte un éclairage sur la question : “Je pense effectivement que les lecteurs portent une attention particulière à une maison suite à une lecture agréable. J’ai participé au lancement de la série Twilight dans la collection Black Moon. Après le succès des romans, j’ai remarqué la hausse des ventes des autres titres de la collection, moyennant une couverture faisant écho à celle de Twilight. La fidélité était réelle. Nous avions l’impression que tout roman parlant de vampires aurait pu se vendre chez nous à l’époque. Les lecteurs accordaient une certaine confiance à la marque Black Moon, il y voyaient un gage de qualité. Évidemment, une fois que tous les éditeurs nous ont rejoint sur le créneau, Black Moon a perdu son privilège dans l’esprit des lecteurs.”

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Églantine Gabarre poursuit : “ Je pense qu’au contraire, l’auteur n’a pas d’importance aussi marquée en bande dessinée. Les auteurs de The Walking Dead par exemple, ne vendent pas aussi bien leurs autres albums alors même que Robert Kirkman est un immense auteur par ailleurs. La maison d’édition n’est pas pour nous non plus un levier particulier de fidélité. Nous travaillons plus nos personnages et nos séries que notre marque, pour la simple raison que nous publions de tout. Les Carnets de Cerise par exemple, au lieu de mettre en avant la marque Delcourt, nous avons privilégié les personnages en organisant un concours de dessin qui permettait au gagnant de se voir apparaître dans le prochain tome de la série. Il n’y a rien de mieux en bande dessinée pour fidéliser le lecteurs que de l’impliquer dans le processus éditorial. J’ai conscience que cela n’est pas applicable à tous les supports.” Florian Lafani complète : “Nous travaillons un peu notre logique de marque chez Michel Lafon, mais nous privilégions l’univers des séries dans notre communication ; cela est sans doute dû à l’absence de collection.”

Pour conclure, il n’existe pas de lecteur de série type et les pratiques de ce lectorat sont très variées. Les lecteurs qui abandonnent une série le font pour des raisons qualitatives et d’indisponibilité. Le temps d’attente entre deux tomes est en effet jugé comme trop long pour la majorité des sondés qui aimeraient ne pas le voir dépasser 6 mois. Les lecteurs découvrent de nouvelles séries principalement grâce au bouche à oreille ainsi que dans les points de vente physiques. Les maisons et collections sont des marques fortes : quand une série plaît aux lecteurs chez un même éditeur, ils aiment découvrir les autres publications de la maison. Enfin, les lecteurs sont critiques envers certains aspects éditoriaux : l’arrêt anticipé d’une série ainsi que la découpe abusive exercée par rapport à la tomaison originale les gêne, comme la différence marquée entre les couvertures française et originales, qu’ils trouvent souvent plus belles.

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Babelio tient une nouvelle fois à remercier ces trois intervenants ainsi que les nombreux internautes d’avoir répondu présents lors du sondage.

L’étude est à retrouver en intégralité sur notre slideshare.

 

Où Babelio présente une étude de lectorat sur la romance

Dans le cadre de son cycle de conférences sur “les pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le 12 janvier dernier une nouvelle étude sur un type de lecteur bien spécifique, l’amateur de romance. Comment choisit-il ses lectures ? Qui sont ses prescripteurs ? Quelle image véhicule ce genre auprès des lecteurs ?

Pour tenter de répondre à ces questions et décrire ces nouveaux amateurs d’histoire d’amour, Babelio a mené une enquête durant la deuxième quinzaine de décembre auprès de 3 023 personnes au sein de sa base de donnée utilisateurs.

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Trois intervenants étaient présents afin de partager leurs réactions face aux résultats de cette enquête : Isabelle Solal, éditrice chez Hugo & Cie, Karine Lanini, directrice éditoriale chez Harlequin et Karine Bailly de Robien, éditrice chez Charleston. Le débat a été animé par Pierre Fremaux, co-fondateur de Babelio, à la suite de la présentation de l’étude faite par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio.

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De gauche à droite : Karine Bailly de Robien, Isabelle Solal et Karine Lanini

Littérature sentimentale moderne dont l’intrigue repose sur une relation amoureuse au dénouement souvent heureux, la romance est un genre en pleine expansion. Composée de nombreux sous genres, parmi lesquels la romance paranormale, historique, policière ou encore la chick lit, elle est vaste et c’est pourquoi l’étude de son lectorat représente un enjeu de taille à l’heure où certains ouvrages réalisent des scores de ventes plus élevés que jamais.

Historiquement, c’est la maison Harlequin qui fut la première en 1978 à importer dans l’hexagone ce genre littéraire, jusqu’alors purement anglo-saxon. S’il a quelque peu tardé à acquérir ses lettres de noblesse, le genre est actuellement hautement diversifié. La parution et le succès phénoménal de la saga 50 nuances de Grey a jeté une lumière toute nouvelle sur le genre dont l’édition n’a pas tardé à s’emparer. Possédant désormais ses collections propres dans plusieurs maisons et au coeur de nombreuses questions relatives à son positionnement, nous avons choisi de nous intéresser à ce genre dynamique situé au coeur de la scène littéraire actuelle.

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De façon plus marquée encore que dans nos dernières études, le lectorat de la romance est à une écrasante majorité féminin. Bien que le lectorat Babelio soit déjà hautement féminin (80%), il s’agit là d’un fait bien plus accentué pour ce genre. Femme, le lecteur de romance sur Babelio est également jeune puisque 57% des interrogés ont déclaré avoir moins de 35 ans, ce qui différencie ce genre du polar par exemple. Ce lecteur est également un très grand consommateur de livres puisque 95% des interrogés ont  déclaré lire plus d’un livre par mois. Évidemment, cette spécificité propre à la communauté Babelio peut éventuellement avoir entraîné des biais à notre étude qu’il a justement été intéressant de commenter lors de la discussion avec les éditeurs.
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Comme évoqué en introduction, l’étendue des sous-genres recouverts par la dénomination “romance” est telle que la définition de ce genre reste un exercice difficile pour les lecteurs, comme le montrent les résultats ci-dessus. En tant que “romance”, le sondage montre que des genres tels que le Young Adult (représenté par Twilight dans le sondage) et le roman érotique (représenté par Cinquante nuances de Grey) sont pour la plupart des lecteurs considérés comme de la romance. Si cette dernière est difficile à définir avec précision, les lectrices savent en revanche très bien pourquoi elles en lisent. Les raisons de ces lectures sont clairement identifiées par notre panel de répondants : besoin de rêver, recherche d’un happy end, histoire d’amour… Bref, la romance apparaît comme une lecture plaisir, une lecture “doudou” selon les dires  de Karine Bailly de Robien.
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“Le lecteur de romance lit de tout”

Loin d’être exclusive à la romance ni homogène, la population interrogée se détache des autres lectorat par la diversité de ses lectures. En effet, la romance représente moins de 50% de lectures pour 76% des interrogés. Attention, loin de signifier que le grand lecture que représente le lecteur Babelio, ne lit pas de romance, ce chiffre révèle plutôt que ce lecteur est en revanche susceptible de lire de tout.

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C’est à ce sujet qu’Isabelle Solal, éditrice chez Hugo & Cie, prend la première la parole. Selon elle, cette diversité dans les lectures de l’amateur de romance est loin d’être nouvelle. “Les lectrices de romance sont des personnes qui aiment lire. Si auparavant elles tentaient de cacher ce type de lecture, elles l’assument pleinement aujourd’hui, en partie grâce à des succès comme Cinquante nuances de Grey.” La lectrice de romance pourrait donc très facilement passer d’un genre à un autre, car son intérêt se porterait avant tout sur l’univers ou encore le texte. “Dans l’écriture de la romance, c’est l’installation de l’univers le plus important” rappelle Isabelle Solal. D’ailleurs, puisque la romance comprend de nombreux sous-genres, elle pénètre plus facilement d’autres genres littéraires, ce qui expliquerait la propension élevée des lecteurs à ne pas se borner à un seul genre littéraire.

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Si pour elle, comme le montre notre étude, la romance apparaît comme une sorte de pause parmi des lectures plus éclectiques, Karine Lanini, directrice éditoriale chez Harlequin, ne semble pas de cet avis : “La romance appartient à la littérature grand public ; il est par conséquent normal que les lectrices lisent de tout. On ne doit pas pour autant parler de lecture de remplacement.” En revanche elle confirme : “Je ne suis que moyennement surprise par ce chiffre car en effet, la lectrice de romance peut désormais s’assumer et plus encore se regrouper avec d’autres pour partager cette passion, ce qui n’était absolument pas envisageable quelques années auparavant.”

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Malgré leur nombre important, les lecteurs de romance semblent faire la distinction entre les différents sous-genres de la romance. Ce constat apparaît comme une donnée invariable au fil de nos études, ceci pouvant être expliqué par l’extrême appétence de nos utilisateurs pour la lecture. La romance historique, la new romance et la romance paranormale apparaissent comme les sous-genres les plus identifiés par les répondants. Pour Karine Lanini, la segmentation de l’offre est très bien connue des lecteurs qui savent aller chercher ce qui leur convient et justement, la largesse de l’offre permet de pouvoir toucher tout le monde : “Il y a forcément un roman Harlequin pour vous” déclare-t-elle.

Par-delà leur simple identification, quels sont les genres préférés des lecteurs ? Loin de pouvoir répondre directement à cette question, il semblerait que notre panel exprime une préférence pour les romances dites “softs” que pour les romans aux contenus plus érotiques. Déconcertant résultat compte tenu des ventes astronomiques atteintes par la trilogie d’E.L James ces dernières années. Surprises par ce chiffre, les éditrices tentent alors d’y apporter une explication.

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“Cinquante nuances de Grey a lancé un pavé érotique dans la marre de la romance”

Pour Isabelle Solal ce résultat  montre une acceptation généralisée de l’érotisme dans la romance. “Je pense que l’érotisme fait partie intégrante de la romance, qu’il fait au contraire partie de l’attrait de ce type de lecture”. Dès lors, puisqu’elle est admise et intrinsèquement liée au genre, il n’est pas nécessaire que les éditeurs appuient sa présence dans un roman. Karine Lanini rajoute “Il y a toujours eu de la sensualité dans nos romans, et c’est moins discriminant aujourd’hui pour cette même raison. Voilà comment j’interprète ce chiffre.” Une intervention d’Aurélie Charron, éditrice chez Bragelonne et présente dans le public, confirme cette analyse : “Les genres totalement dépourvus d’érotisme se vendent d’ailleurs très mal en France, pensons notamment à la romance historique ou la romance inspirationnelle (religieuse). Même si les lectrices demeurent quelque peu discrètes sur le sujet, les romances érotiques se vendent beaucoup.”

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Concernant l’origine de la romance, seulement ⅓ des interrogés considèrent le genre comme anglo-saxon, face à 46% qui n’y associent aucune nationalité particulière. Ce constant permet d’émettre l’hypothèse que l’attachement à la notion d’auteur demeure moindre pour ce genre littéraire et que l’univers est un élément bien plus décisif dans le choix des lectures. Notons tout de même que 3% des lecteurs  associent le genre à des auteurs francophones et nous verrons d’ailleurs plus loin qu’il s’agit là d’une tendance que ces derniers souhaitent voir se développer.

Une nouvelle fois surprises, les éditrices rappellent à juste titre que la romance est très longtemps restée un genre exclusivement anglo-saxon. A ce sujet, Karine Lanini précise que c’est l’entrée des éditions Harlequin dans l’édition numérique avec la collection HQN qui lui a permis d’ouvrir son catalogue aux auteurs de romance français.

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Au sujet du lieu d’acquisition des ouvrages de romance, la grande surface culturelle apparaît comme le premier lieu d’achat, passant devant la librairie pour la toute première fois depuis le début de nos études de lectorat. Pour le polar et les littératures de l’imaginaire, la librairie demeurait bien en tête dans le classement. Ce chiffre, bien qu’apparaissant spécifique au monde de la romance n’a pas surpris les éditrices, au courant d’une telle tendance et soulignant bien la particularité de ce constat au genre de la romance.
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“C’est la première fois que la grande surface passe en tête”

Concernant la répartition des achats entre poche et grand format, pas de profil type concernant le lecteur de romance qui se procure à 59% ses ouvrages en poche ; chiffre très proche de celui concernant les littératures de l’imaginaire mais un peu plus élevé que pour le polar. Sans doute de façon corrélée à son lieu d’achat, le lecteur de romance est prêt à mettre un prix moyen de 7.7 euros dans un roman poche, alors qu’il en mettait 8.2 en moyenne pour le polar. Ce chiffre est également intéressant dans le sens où il est identique pour le format numérique. En effet, contrairement à toute attente, les lecteurs semblent enclins à dépenser autant pour du papier que pour un format numérique.

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A propos du numérique, 49% des interrogés déclarent avoir déjà lu sur un support numérique, une moyenne se situant entre celle de l’imaginaire et du polar. Toutefois, ce support est minoritaire, malgré la présence d’une population “d’addict” , puisque pour 15% des lecteurs, l’ebook est un support majoritaire à plus 75%.

Karine Bailly de Robien, éditrice chez Charleston dévoile pourtant sa déception au sujet de l’édition numérique : “Nous déplorons chez Charleston l’absence d’explosion du numérique. Nous exploitons cependant la formule du préquelle en téléchargement gratuit sur notre site, ce qui permet d’entraîner le public vers la lecture de l’ouvrage complet à parution.” Ce que l’éditrice ne manque par ailleurs pas de souligner, c’est la théorique propension du genre de la romance à s’adapter à un format numérique “On imagine facilement les lectrices exiger de connaître la suite des aventures de leur héroïne sans attendre et par conséquent beaucoup plus télécharger les ebooks que les lecteurs d’autres genres, pour les avoir à disposition rapidement. La romance demeure à mes yeux assimilable à une lecture pulsion.”

Chez Hugo & Cie, le constat est pourtant autre d’après Isabelle Solal. Dans sa maison, les ventes en numérique représentent près de 18% des ventes globales, ce que l’éditrice considère comme un chiffre important dans le milieu. “Les lectrices de romance se constituent très facilement en communautés sur les réseaux sociaux, elles sont beaucoup plus connectées que d’autres communautés littéraires, voilà pourquoi elles peuvent être tentées plus facilement par la lecture numérique.”

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“Le numérique est définitivement une manière de toucher un nouveau lectorat”

Précurseurs de l’aventure numérique, les éditions Harlequin ont décidé il y a quelques années de faire le pari du numérique, notamment en créant la collection HQN. Karine Lanini confie à ce sujet être actuellement très contente du résultat obtenu par cette gageure face à l’avenir  : “Le numérique représente aujourd’hui plus de 20% de notre chiffre d’affaire. Notre premier ebook est paru en 2008 et aujourd’hui, la totalité de notre catalogue est disponible en version numérique. En mettant à disposition l’intégralité de notre offre en numérique, nous avons pu constater que les ventes papier ne baissaient absolument pas. Le numérique nous a donc apparu comme une manière efficace pour toucher un nouveau lectorat.” Selon l’éditrice, le support n’est pas la principale préoccupation des lecteurs de romance, plutôt attachés selon elle à la disponibilité de la suite de l’histoire, comme Karine Bailly de Robien le soulignait précédemment. D’autres arguments en faveur du numérique sont également abordés lors de la discussion entre les éditrices : le gain de place par rapport au papier pour les grands lecteurs et surtout la disponibilité sur le long terme du catalogue, ce qui n’est absolument pas possible lorsqu’il s’agit du papier. “Le numérique permet d’accéder à une offre absolument gigantesque” souligne un nouvelle fois Karine Lanini.
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Le web est fortement représenté lorsqu’il s’agit pour les lecteurs de désigner les supports de découverte des ouvrages de romance qu’ils se procurent. En comparaison aux autres études menées par le passé sur Babelio, le web ne représentait que 18% des premiers choix pour le polar et 23% pour l’imaginaire. Comme expliqué un peu plus tôt, si l’on considère les lectrices de romance comme une population hyper connectée, il devient facile d’expliquer la part importante du numérique dans les supports de découvertes utilisés. Cette fois, les éditrices nous ont confié être confortées dans leurs impressions concernant cette question de la prescription.

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Les critères d’achat les plus mentionnés lors de notre étude concernent le thème du roman ainsi que le résumé et l’univers du récit. L’auteur, comme mentionné précédemment, n’apparaît que plus loin dans les résultats. Contre toute attente, l’étude montre également que la maison et la collection des ouvrages n’entrent que très peu en compte lors du choix de lecture des interrogés. En effet,19% seulement des interrogés se disent attachés aux maisons d’éditions contre 30% pour l’imaginaire et 32% pour les lecteurs de polar. Ce chiffre, somme toute surprenant, n’a pas manqué d’engendrer un débat animé entre les éditrices.

Confortant notre étude, Karine Bailly de Robien explique que chaque livre possédant sa logique propre, il est normal que la maison d’origine du récit n’importe que peu les lecteurs : “La littérature reste une sorte d’artisanat et chaque livre se lit à un moment donné dans une humeur précise. C’est pour cette raison d’ailleurs que les romans Charleston ne possèdent pas de charte de couverture.”

Présentes dans le quatuor de tête des maisons les plus identifiées, Harlequin (4e position) et Hugo & Cie (3e position), derrière Milady et J’ai Lu ont de leur côté souhaité exprimer leur désarroi face à ce chiffre : Isabelle Solal explique “Je suis étonnée par le résultat car nous sommes assez bien identifiés auprès de nos lecteurs et je pense que les lectrices suivent les nouveautés au sein de notre catalogue, notre marque servant de garantie de qualité.”
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Karine Lanini poursuit : “Je pense que les lectrices ont au contraire un réel attachement envers notre marque. L’identité d’un éditeur est également notre garantie et plus encore, c’est par l’intermédiaire de la “marque” que de nouveaux lecteurs arrivent chez nous, car elle est historique et très bien identifiée dans le genre de la romance.” Elle rajoute “Et si les lecteurs ne sont pas attachés aux maisons, ils le sont au moins aux séries qu’ils entament.” Sur ce sujet, les avis resteront tranchés.
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Un autre chiffre a suscité l’étonnement chez les éditrices : l’attente marquée des interrogés pour un renouvellement du genre. Comme nous l’avons dit précédemment, la baisse de la part de l’érotisme dans les romans est encore une fois soulignée ici, ainsi que l’augmentation de la part de romans francophone dans les parutions. Reconnaître cette envie de renouvellement est une chose mais y remédier en est une autre. C’est sur ce point que les éditrices invitées ont échangé par la suite. Isabelle Solal a exposé sa théorie selon laquelle la romance est en plein renouveau car elle explore depuis peu de nouveaux univers, comme la boxe ou le football. Plus encore, la romance est selon elle de plus en plus ancrée dans nos sociétés modernes, ce qui lui permet de proposer de nouvelles choses à son public.

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“Les thèmes exploités par la romance sont les mêmes depuis l’existence du genre”

De son côté, la représentante des éditions Charleston complète : “Les lectrices évoluent et souhaitent désormais trouver dans les romans des héroïnes pleines d’ambivalence dans leur féminité, incarnant leur réflexion personnelle sur la place des femmes dans la société” ce qui selon elle, n’était pas le cas auparavant. La modernité de la romance résiderait donc dans les destins des héroïnes, moins dociles que par le passé.

“Ces thèmes existent depuis toujours dans la romance” rétorque Karine Lanini, loin de partager l’avis de ses deux partenaires. “Et c’est justement parce que ces romans font réfléchir sur la place de la femme dans la société qui l’entoure que les hommes ne s’y intéressent pas. Si les femmes aiment la romance c’est parce qu’elles peuvent s’y reconnaître.” Pour la directrice éditoriale des éditions Harlequin, si la romance connaît un renouvellement, ce dernier passe davantage par la taille des textes : “Nous sommes passés d’un format relativement court avec des schémas plus ou moins identiques dans la construction du récit mais le succès de Cinquante nuances de Grey nous a montré que des histoires plus longues avec des personnages plus fouillés pouvaient trouver leur place sur le marché. Nous avions du mal à y croire avant de voir le phénomène se réaliser.”

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“C’est par l’ampleur des textes que la romance a acquis ses lettres de noblesse”

Le débat est suivi par une intervention d’ Isabelle Varange, éditrice aux éditions Milady  pour qui la new romance serait avant tout marquée par la multiplication des points de vue, permettant d’apporter une dimension légèrement moins féminine aux récits, loin de déplaire à l’ensemble du lectorat.

Isabelle Solal argue à ce propos que l’ajout de la voix de l’homme dans la trame narrative de la romance est effectivement un élément très contemporain qui marche une scission entre la romance d’antan et la new romance.

Karine Lanini explique : “L’alternance des points de vue n’est pas nouvelle, elle existait bien avant aujourd’hui. Cependant, c’est le renversement des rapports entre les personnages qui change la donne. C’est parce que le point de vue masculin a changé qu’il est désormais possible de le divulguer dans un récit sans casser l’intrigue et permettre le tant coutumier twist final des récits de romance.” En résumé, le rapport de domination entre l’homme et la femme s’étant réduit avec les années, les personnages n’en sont devenus que plus complémentaires les uns avec les autres, permettant la mise en place de romans chorale. Aurélie Charron de rajouter : “ Tout comme le présent de l’indicatif et l’utilisation de la première personne du singulier dans les récits, fournissant au lecteur une position supérieure vis à vis du déroulé de l’histoire.”

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“La solution d’enrichissement adéquate n’a pas encore été identifiée”

La question des innovations technologiques a également posé question aux éditrices présentes lors de la conférence, toutes trois relativement d’accord sur le fait que cette direction n’était pas leur priorité. Isabelle Solal exprime d’ailleurs son étonnement face à ce manque de projets car selon elle, la romance est le genre idéal pour expérimenter des méthodes d’enrichissement : “ Les lectrices se manifestent d’ailleurs beaucoup sur les communautés et s’adressent aux éditeurs beaucoup plus de pour les autres genres littéraires. C’est donc un bon vivier d’expérimentation digital.” Elle rajoute par ailleurs que de leur côté, les auteurs de romance sont également très attachés à leur fan system et pourraient en théorie être prêts à leur laisser davantage la parole dans le processus de création des ouvrages.

Karine Lanini exprime de son côté davantage de réticences face à ce type de procédés : “A mon avis, la solution d’enrichissement adéquate n’a pas encore été trouvée. Nous nous sommes souvent posé la question chez Harlequin mais nous concluons systématiquement que cela n’apporte pas grand chose en termes d’expérience de lecture.” D’ailleurs, il ne faut selon elle pas se focaliser sur la segmentation de la publication des récits en chapitres comme peuvent le faire certains réseaux américains, pour la simple et bonne raison qu’il ne s’agit pas d’une nouveauté : “Ce principe de publication par morceaux existait déjà au XIXe siècle ! Il s’agissait des romans-feuilletons qui paraissaient dans les journaux et ces derniers ont été progressivement remplacés par les romans complets comme nous les connaissons aujourd’hui. Bref, nous n’avons pas encore trouvé la bonne formule.”

C’est sur ce rappel historique que la conférence s’est achevée, laissant alors la place à un buffet offert à tous les participants, où les discussions ont continué de bon train.

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Merci à nos trois invitées

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de romance.

Où Babelio présente une étude sur les littératures de l’imaginaire

Dans le cadre de son cycle de conférences sur “les pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le 29 juin dernier une nouvelle étude sur un type de lecteur bien particulier, l’amateur de littératures de l’imaginaire. Comment choisit-il ses lectures ? Qui sont ses prescripteurs ? Quelle image véhicule ce genre auprès des lecteurs ?

Pour tenter de répondre à ces questions et décrire ce lecteur du troisième type, Babelio a mené une enquête du 1er au 16 juin 2015 auprès de 3 717 personnes au sein de sa base de donnée utilisateurs, ce qui constitue un chiffre record dans le cadre des sondages menés jusqu’ici auprès de la communauté.

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Trois intervenants étaient présents afin de partager leurs réactions face aux résultats de cette enquête : Stéphane Marsan, directeur éditorial de chez Bragelonne, Charlotte Volper, éditrice chez ActuSF et Florence Lottin, directrice éditoriale  chez Pygmalion. Le débat a été animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, à la suite de la présentation de l’étude faite par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs  de Babelio.

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Rencontre avec les lecteurs du troisième type

De style protéiforme, les littératures de l’imaginaire réunissent plusieurs genres, le fantastique, la fantasy et la science fiction, ainsi que leurs sous-genres, parmi lesquels l’uchronie, le steampunk, le space-opera, l’urban fantasy, la dystopie et la bit-lit. Jadis assimilés à des romans de mauvais genre, les littératures de l’imaginaire se sont aujourd’hui émancipées à la faveur des grosses productions littéraires et cinématographiques touchant dès lors un public élargi. En revanche, ces genres demeurent très discrets dans les librairies et peinent à s’imposer aux non-lecteurs de genre. D’origine anglo-saxonne, ces littératures de l’imaginaire ont dû attendre les années 1980 et l’apparition d’une collection Fantasy chez PocketSF pour s’introduire sur le marché français. Véritable défi pour les maisons d’édition, ces littératures questionnent beaucoup les éditeurs et c’est pourquoi Babelio a tenté d’en savoir davantage sur le profil de ces lecteurs de l’imaginaire.

Parallèlement à ce que l’on a pu constater au cours de nos derniers sondages, le lecteur imaginaire Babelio est à plus de 80% une lectrice, et même une très grande lectrice puisque 96% des interrogés ont confié lire plus d’un livre par mois, une moyenne bien plus élevée que la moyenne globale française. Cette grande lectrice est également jeune, la moyenne d’âge des lecteurs se situant entre 25 et 34 ans, légèrement inférieure à la moyenne des utilisateurs de Babelio. De plus, les lecteurs sont près de 70% à préférer lire les sagas que les recueils de nouvelles, privilégiées par seulement 20.5% des lecteurs de l’imaginaire. Enfin, ce sont des lecteurs avertis qui disent faire la distinction entre les sous-genres de l’imaginaire, et ce à plus de 63.6%.

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Florence Lottin ouvre la discussion après l’exposé des premiers chiffres, pour confirmer que l’étude la conforte dans ses positions actuelles. Le profil du lecteur imaginaire Babelio n’est en effet pas différent de celui avec qui travaille chaque jour l’éditrice. Elle précise cependant que le genre imaginaire est aujourd’hui très fortement marqué par les parutions des dernières années et qu’il faut savoir en tenir compte.

Stéphane Marsan rebondit sur cette intervention pour souligner l’absence totale de la mention de la plupart des sous-genres de l’imaginaire en librairie, alors même que les lecteurs sont capables de les différencier selon l’étude. Pour lui, c’est une conséquence de ces grandes parutions qu’évoquait Florence Lottin un peu plus tôt. Le mélange entre le Young Adult et la science fiction par exemple est presque un lieu commun aujourd’hui dans les commerces, alors que les deux genres sont hautement différenciables.  Au contraire, les lecteurs de Babelio, au travers de l’étude, ont confié maîtriser les différences entre les sous-genres, ce qui n’a pas manqué de surprendre les éditeurs présents autour de la table.

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Pénétrer dans l’imaginaire : le cas du cinéma

L’étude a pu montrer que le cinéma constitue un excellent point d’entrée pour  les littératures de l’imaginaire puisque 60% des interrogés disent avoir découvert des oeuvres littéraires suite au visionnage de leur adaptation à l’écran . Parmi les adaptations les plus citées on retrouve en tête et sans surprise, Le Seigneur des anneaux, Hunger Games, Harry Potter, Le Trône de fer ou encore Divergent. Stéphane Marsan rouvre la discussion sur ce point, hautement surpris par ce chiffre, trop important selon lui. En effet, il considère que si le marché de l’imaginaire avait bénéficié d’un aussi haut taux de récupération, sa santé ne serait pas celle qu’on lui connaît aujourd’hui. Il ne nie en aucun cas l’existence d’un bon taux d’absorption mais avoue ne pas avoir imaginé l’ampleur de ce phénomène.

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Charlotte Volper rajoute que la plupart des titres bénéficiant d’une adaptation  à l’écran réalisent déjà des ventes conséquentes en amont et que le cinéma permet justement d’apporter un nouveau public à ces ouvrages. Elle précise que les adaptations ne permettent cependant pas d’attirer les lecteurs vers les autres titres d’un auteur, s’appuyant sur l’exemple du Trône de Fer de G. RR Martins qui reste le seul titre de l’auteur à réaliser des ventes très importantes.

Le danger de ces sagas qui soulèvent l’engouement de générations entières comme Harry Potter ou Twilight sont selon elle une véritable menace pour les auteurs. Elle mentionne à ce titre le monde du cinéma ou de la musique, au sein desquels les petites productions, complètement écrasées par quelques superproductions,  peinent à bénéficier d’une visibilité digne de ce nom. La librairie est à ses yeux l’endroit où les productions de toutes tailles doivent pouvoir trouver leur place. Le débat s’oriente alors naturellement vers la question de la prescription.

La librairie, les grands absents de l’imaginaire

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Plusieurs motivations amènent les lecteurs vers les littératures de l’imaginaire et le sondage a permis d’en identifier cinq majoritaires dont l’envie de se détacher du réel, les conseils des proches, l’envie de découverte d’un nouveau genre, la prolongation d’une passion contractée à l’enfance et enfin la lecture des classiques du genre en tant que valeur sûre d’une oeuvre de qualité.

Ce qui saute aux yeux de Stéphane Marsan, c’est l’absence de la librairie dans ce panel de réponses. Il affirme que malheureusement, les librairies sont très peu influentes, ce que l’étude confirme. Selon lui, l’un des éléments explicatifs de ce phénomène est la sous représentation du genre chez les libraires, marquant un fort décalage entre l’appétence des lecteurs envers ce genre et sa représentation en librairie.

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Guillaume Teisseire remarque de son côté que pour la première fois les interrogés ont cité Babelio avant la librairie comme lieu principal de prescription. Cet élément vient confirmer une autre conclusion apportée par les éditeurs présents lors de la rencontre : le lecteur imaginaire multiplie les supports de découverte. Babelio et les blogs figurent en effet dans le trio de tête de ces lieux de découverte, ce qui constitue une différence notable avec les autres genres littéraires. De nombreux lecteurs interrogés ont en effet cité les booktuber, ces lecteurs/prescripteurs qui utilisent les vidéos YouTube comme canal de communication,  comme source de prescription et ce phénomène est relativement répandu dans les littératures de l’imaginaire.

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A la question “où vous procurez-vous vos livres ?”, seuls 30% des interrogés citent la librairie comme première source d’acquisition. Le constat est clair : alors qu’elle est le lieu privilégié des achats, un lieu apprécié des lecteurs, la librairie n’est aujourd’hui pas en mesure de servir le genre. Autre élément de surprise pour les professionnels, la présence en quatrième position de la bibliothèque qui constitue le lieu privilégié d’acquisition des littératures de l’imaginaire pour 24% des interrogés. Compte tenu des chiffres, il est tout à fait possible de conclure que les lecteurs multiplient leurs sources d’acquisition, ce qui n’est encore une fois pas le cas dans tous les genres littéraires.
Charlotte Volper partage ce sentiment. Le genre est effectivement très absent des petites et moyennes librairies et seules les spécialisées proposent une palette intéressante de titres de lectures de l’imaginaire. Elle cite à ce sujet La dimension fantastique qui a récemment ouvert à Paris. La dimension communautaire est à ses yeux la caractéristique première de ce genre de littérature, l’imaginaire étant un monde où auteurs, lecteurs et blogueurs bénéficient d’une certaine proximité bénéfique. D’ailleurs les éditeurs de littératures de l’imaginaire ont été parmi les premiers à ouvrir leurs comptes Twitter.

Une littérature de fond

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Concernant les stratégies de ventes des littératures de l’imaginaire, l’étude a permis de révéler que 90% des lecteurs ne sont pas attachés à la date de parution d’un livre et que cette dernière n’est pas le facteur déclenchant leur achat, dont 35% ne prêtant absolument aucune attention aux nouvelles parutions. Charlotte Volper poursuit son explication :  “La littérature de science-fiction est une littérature de fond contrairement à ce qu’exigent les libraires en termes de ventes”. Si la littérature générale représentait le lièvre de La Fontaine avec ses ventes  vertigineuses en des temps record, les littératures de l’imaginaire s’apparentent davantage à la tortue, se vendant sur le fond. Aujourd’hui, les librairies ont du mal à offrir un espace sur le long terme aux littératures de l’imaginaire, alors que c’est exactement ce dont elles ont besoin selon l’éditrice. Stéphane Marsan rajoute qu’alors qu’un livre vendu sur sept est une littérature de l’imaginaire, l’espace qui leur est offert est loin d’atteindre le septième de la surface disponible en librairie.
Une difficulté culturelle

Un constant s’impose concernant les littératures de l’imaginaire : tout comme l’a souligné Charlotte Volper, les littératures de l’imaginaire vivent grâce à un fort esprit communautaire entre professionnels et amateurs. Les Utopiales, le festival nantais qui leur est dédié, rassemble chaque année un peu plus de 40 000 visiteurs. Or, à l’heure actuelle, aucun grand média ne s’y est intéressé. Stéphane Marsan rajoute que les festivals de l’imaginaire sont même encore loin de représenter l’engouement qui peut exister autour de ce genre littéraire. Il déplore d’ailleurs que ces littératures soient si peu représentées dans des festivals comme Étonnants Voyageurs à Saint-Malo : “Tout cela est une mascarade, une amnésie terrifiante des grands maîtres français qui n’ont aujourd’hui plus rien” . Pour lui, si le genre est sous représenté en France, c’est relatif à un problème d’ordre culturel.

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En effet, l’étude révèle que seul 8% des interrogés attribuent les littératures de l’imaginaire aux auteurs francophones alors qu’ils sont 52% à les associer à des auteurs anglo-saxons. De plus, ¼ de lecteurs disent lire occasionnellement des ouvrages de l’imaginaire en anglais.

Ce problème culturel n’est pas limité à la France seule selon Stéphane Marsan. On constate même quelques phénomènes inexpliqués comme par exemple le fait que  le pays où se vend le plus Terry Pratchett après la Grande-Bretagne soit la République Tchèque. “En France, les gens ont du mal à prolonger l’imaginaire dans leur vie”. Ce qui le surprend davantage, c’est l’appétence du public français pour les thriller, alors que cette même population s’attriste souvent dans les sondages d’une trop grande noirceur de son environnement médiatique.
Un public de puristes et de curieux

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L’étude révèle également que le lecteur imaginaire à plus de 40% limite ses lectures à ce seul genre. En réaction, Stéphane Marsan précise que les réseaux sociaux, en démultipliant les possibilités d’échanges entre les lecteurs de tous les genres, auraient pu constituer un très bon moyen pour ouvrir les littératures de l’imaginaire à de nouveaux publics. Cependant nous sommes aujourd’hui encore bien loin de ce résultat. L’élan des blogs envers les littératures de l’imaginaire est pourtant notable, mais leur influence reste faible. Selon Stéphane Marsan c’est leur audience qui n’est pas la bonne : “ Ils parlent entre convaincus. Les fans éprouvent une grande difficulté à partager leur passion et à la répandre. Dans l’imaginaire, la découverte se fait aussi en lisant, en se confrontant directement à l’univers et il est très difficile de l’expliquer à un lecteur non initié .”

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En effet les chiffres le montrent, l’univers apparaît comme l’élément le plus déterminant dans le choix d’une lecture pour les interrogés. Comme l’explique Stéphane Marsan “Il n’est pas évident de décrire un univers fait de hobbits et d’elfes à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler.”

La question de l’étiquette

Présent dans l’assemblée, Pascal Godbillon,responsable éditorial chez FolioSF intervient au sujet de la visibilité des collections SF au sein des maisons d’édition. En effet il explique que souvent, lorsqu’un titre marqué SF fonctionne, il est très fréquent qu’il soit déplacé dans une collection plus générale afin de pouvoir toucher également les non-lecteurs de genre. Alors que les adaptations cinématographiques pourraient constituer un excellent moyen de faire rentrer la science-fiction en librairie, l’estampille est supprimée dès lors que le livre commence à se vendre. Stéphane Marsan rebondit en rajoutant qu’en effet les auteurs de genre aujourd’hui ont presque tous vocation à ne plus en être. Conscient de l’existence d’une réelle résistance de la part du public à ce genre littéraire qu’est l’imaginaire, il constate que la victoire d’un genre consiste en sa disparition. “Aujourd’hui, on ne parle plus du genre de l’aventure qui s’est avec le temps disséminé dans le mainstream. Les genres disparaissent à mesure qu’ils deviennent populaires”.

Charlotte Volper insiste de son côté sur la confiance qu’elle a envers les lecteurs concernant la curiosité entre les genres. Elle cite l’exemple de Maxime Chattam dont la communauté de fans l’a suivi du thriller à la fantasy. “C’était un pari risqué, il l’a relevé avec brio. Très disponible pour ses fans il a servi de locomotive, de relais”. Parfois il n’en faut pas plus…

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L’imaginaire, le genre de prédilection du numérique

En effet à l’heure actuelle, les littératures de l’imaginaire constituent un des genres les plus lus en numérique. L’étude confirme : plus de 38% des interrogés affirment lire sur des tablettes, même si ces lectures représentent moins de 25% du total pour 40% d’entre eux. Le genre de l’imaginaire est très marqué par le numérique et selon Charlotte Volper il faut à ce sujet remercier les éditeurs qui ont réalisé un véritable travail de fond pour aider les lecteurs à franchir le pas. Petites, les structures ont néanmoins été très réactives face à cette nouvelle tendance et ont réussi à faire de ce genre le premier à franchir le pas.

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Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de l’imaginaire.

Où Babelio présente une étude sur le lecteur de polar

Dans le cadre de son cycle de conférences sur « les pratiques des lecteurs » organisées au Centre National du Livre, Babelio a présenté, le 11 décembre dernier, une nouvelle étude sur un type de lecteur très particulier : l’amateur de polar.

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Avec près de 16 millions d’exemplaires vendus en 2013 et 1820 titres publiés, le genre du polar semble bien se porter dans un marché du livre pourtant en repli. le réseau social Babelio a souhaité en savoir plus sur les amateurs du noir. Qui est le lecteur polar ? Quelle place accorde-t-il au genre dans ses lectures ? Comment se forment ses choix, ses fidélités, ses découvertes ?

C’est à ces questions qu’ont tenté de répondre Marie-Caroline Aubert, directrice de la collection Seuil policiers, Alice Monéger, responsable éditoriale des éditions du Masque, Céline Thoulouze, directrice éditoriale pour le domaine français des Editions Belfond dans un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, d’après une étude présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditoriales de Babelio.

Le polar, un genre majeur

C’est en amoureux passionné du genre que Vincent Monadé, président du Centre National du Livre et ancien libraire spécialisé, a tenu à introduire la conférence par une brève histoire du polar afin de souligner son importance dans l’édition française.

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Vincent Monadé explique que c’est dans les années 1980 que le polar explose en France, en partie grâce aux actions cumulées des éditeurs et des libraires qui mettent alors en valeur les ouvrages d’un genre qui, dans le sillage d’auteurs tels que James Ellroy (Le Dahlia noir), Thomas Harris (Le Silence des agneaux) ou encore Mary Higgins Clark (La Nuit du renard), s’est grandement renouvelé et diversifié depuis la première moitié du 20e siècle. On voit en effet apparaître la mode du thème du tueur en série, très populaire auprès des lecteurs et, plus généralement, des romans policiers d’une plus grande violence. L’offre devient dès lors prolifique et les ventes gigantesques. De nouveaux nombreux éditeurs se créent et de nouvelles collections spécialisées  (la collection Grands détectives chez 10/18 par exemple, créée en 1983 ou encore Rivages/Noir lancée chez Rivages en 1986) se lancent afin de satisfaire une demande du public de plus en plus grande. Malgré le succès commercial continu et la place de plus en plus importante que prend le genre dans le paysage éditorial français, les médias traditionnels gardent cependant une certaine distance avec le polar qu’ils traitent avec le mépris réservé aux genres les plus populaires malgré la qualité intrinsèque de certains auteurs. « Aucun auteur de polar n’aura de prix Nobel même si certains sont des écrivains majeurs qui ont la reconnaissance du public » , constate ainsi, amer, Vincent Monadé qui en profite pour faire l’éloge du lecteur polar et de sa curiosité : « Quand on lit du polar, on ne peut pas être un petit lecteur. Avec la littérature policière, on devient complètement boulimique, on entre dans un environnement dont on sort difficilement ».

Le lecteur polar, la contre-enquête

Le lecteur polar justement, qui est-il en 2014 ? Octavia Tapsanji prend le relais de Vincent Monadé pour présenter les conclusions d’une étude menée auprès de la communauté de lecteurs de Babelio.

C’est une étude à laquelle 3714 lecteurs ont répondu, ce qui constitue un chiffre record dans le cadre des sondages menés par Babelio auprès de sa communauté. Un signe que, plus que tout autre genre, le polar mobilise.

Mais qu’entend-on par « polar » ? Octavia Tapsanji précise que ce terme renvoie à un genre global qui regrouperait plusieurs sous-genres tels que le roman policier, le roman d’espionnage, le thriller, le roman à suspense, le thriller, le roman noir ou encore le roman policier historique.
De ces différents sous-genres regroupés sous la bannière « polar », 93% des sondés déclarent en être lecteurs. Signe que parmi les grands lecteurs qui constituent les membres de Babelio, il n’existe pas de fermeture envers le polar. En d’autres termes, le genre, n’est pas « méprisé » par les grands lecteurs.

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Les grands lecteurs étant de grandes lectrices, on note que 81% des lecteurs déclarés de polar sont également des lectrices. Ceci n’est pas une surprise même si la population majoritairement féminine de Babelio a probablement accentué la proportion donnée dans cette étude.

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L’étude indique également que deux lecteurs de polar sur trois ont plus de 35 ans (64%), un chiffre à mettre en corrélation avec les lecteurs inscrits sur Babelio qui ne sont que un sur deux à avoir plus de 35 ans (47%). Le lecteur type de polar est donc une femme de plus de 35 ans.

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Après ces quelques généralités, il convient de distinguer plusieurs types de lecteurs polar : à côtés des puristes (35% d’entre eux), pour qui la lecture de polar constitue la majorité des lectures, il existe un public de curieux qui lisent à la fois du polar et d’autres types de lectures. On remarque que ces lecteurs font la distinction entre les différents sous-genres du polar que sont les thrillers, romans à suspens ou autres romans policiers historiques. Ainsi, à la question de savoir s’ils attachent de l’importance à la distinction entre ceux-ci, ils sont près de 75% à répondre par l’affirmative. Ceci peut apparaître comme une certaine surprise dans le sens où, dans les différents médias, les termes désignant chacun de ces sous-genres sont souvent amalgamés. Les grands lecteurs font eux la différence et attachent une certaine importance à leur distinction.

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Autre idée reçue mise à mal dans notre étude, les lecteurs ne sont que 2,4% à lire uniquement des polars pendant leurs vacances et 11,4% à en lire plus durant ces périodes. Ils sont donc une écrasante majorité (86,2%) à lire des polars toute l’année. En d’autres termes, il n’y a pas, comme on le croit trop souvent, de saisonnalité pour la lecture de polars.

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Autre constatation intéressante qui ressort, le personnage principal du roman est un élément clef du choix d’un polar. Certes, comme pour le choix de n’importe quel type de roman, le sujet ou le thème du livre restent essentiels, mais contrairement à d’autres types de littératures qui privilégient d’autres éléments, pour le polar, le personnage revêt une importance grande importante pour 82% d’entre eux. A titre de comparaison, « seuls » 69% des lecteurs de livres jeunesse accordent une importance au personnage principal alors qu’ils sont près de 80% à considérer les illustrations comme primordiaux dans leurs choix du livre.

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En creusant encore un peu la question, on s’aperçoit que deux lecteurs sur trois sont attachés à des personnages récurrents, grande tradition des romans policiers.

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De manière moins surprenante, on remarque que le polar étranger, et notamment scandinave, suscite encore et toujours l’engouement des lecteurs. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France -tout de même-, la Suède et l’Islande sont les pays dont les lecteurs lisent le plus de polars. On retrouve cette géographie dans les noms de héros récurrents favoris des lecteurs :  Harry Bosch de l’américain Michael Connelly, Hercule Poirot de la britannique Agatha Christie ou encore Jean-Baptiste Adamsberg de la française Fred Vargas côtoient Erica Falck, l’héroïne de la suédoise Camilla Läckberg.

Contrairement aux personnages récurrents, les lecteurs ne sont pas attachés à des éditeurs spécialisés et à des collections spécifiques dédiées au polar. Le lecteur de polar picore partout pour satisfaire sa gourmandise littéraire.

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Des lecteurs peu attachés à l’objet livre, mais le numérique n’en profite pas encore

Concernant les pratiques de lecture, il ressort de l’étude que les lecteurs restent attachés à la librairie pour se procurer des polars (30% les achètent en librairie) même s’il ne s’agit pas d’une source exclusive : les lecteurs se les procurent également en bibliothèques (pour 27% d’entre eux, c’est en effet d’abord en bibliothèque qu’ils vont se procurer des livres). On remarque donc un moindre intérêt pour la possession de l’objet livre. Cause ou conséquence, les lecteurs de polar lisent majoritairement (66% d’entre eux) au format poche. Dans son introduction, Vincent Monadé rappelait que les lecteurs polar étaient des lecteurs curieux, parfois « boulimiques ». Cette boulimie ne peut en effet être uniquement nourrie de grands formats, sensiblement plus chers. 

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Le numérique n’est pas pour autant porté par ce faible attachement à l’objet livre. Seuls 28,2% des lecteurs sondés lisent en effet au format numérique. Plus éloquent encore, 68% des lecteurs numérique lisent tout de même majoritairement au format papier.  Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il n’y a pas de consensus net sur le prix moyen de l’ebook. Il s’agit d’un marché en cours de calibrage. Les choses sont ainsi certainement amenées à évoluer dans les années à venir.

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Une prescription par le bouche à oreilles

A travers l’étude, Babelio a voulu savoir comment les lecteurs de polars découvraient leurs prochaines lectures. D’après les résultats du sondage, trois supports de découvertes s’imposent : le réseau social de lecteurs Babelio, les points de ventes que sont les librairies ou la Fnac, et la médias, qu’il s’agisse de la presse, de la radio ou encore de la télévision.

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Si la forte place occupée par Babelio peut s’expliquer par le fait que les répondants consultent tous ce site, il est assez surprenant de voir que les médias occupent la troisième place sachant que le genre semble assez mal couvert par la presse généraliste et que l’on compte peu de revues spécialisées. Les librairies restent de vrais lieux de découverte et les tables de libraires, sur lesquels ceux-ci vont  mettre en avant leurs coups de cœur, sont ainsi perçus comme des conseils silencieux respectés des lecteurs même si ces derniers ne vont pas forcément leur parler pour demander conseil. Ces sont les avis des autres membres de Babelio,de leur entourage et, dans une moindre mesure, les critiques parues dans les médias qui vont en premier lieu les inciter à acheter un polar. C’est donc par le bouche à oreilles que se fait la prescription pour le polar.

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Alors que les différents prix littéraires organisés autour du polar sont, pour certains, assez médiatisés, on remarque que seuls 28% des sondés déclarent y être attachés. Le signe d’un certain snobisme des lecteurs qui préfèrent découvrir les livres par eux-mêmes ? Ou bien d’une faible importance des prix littéraires auprès des grands lecteurs ? C’est une interrogation qui revient constamment lors des différents sondages de Babelio auprès de sa communauté de lecteurs qui accorde rarement une grande importance au prix.

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Cette étude fait ainsi le portrait du lecteur de polar en lecteur averti, qui multiplie les sources d’acquisition de ses lectures mais pour qui le numérique reste un support minoritaire. Le polar étranger, et notamment scandinave suscite son engouement même si ce sont surtout les personnages principaux et récurrents qui vont le motiver à choisir ses lectures. Le bouche à oreilles constitue sa principale source de prescription.

Guillaume Teisseire a ensuite invité les participantes à commenter cette étude. Ont-ils eu quelques surprises en découvrant ses conclusions ?

Table ronde autour du polar

Invités à réagir, les participantes de la table ronde, toutes éditrices de polar, sont revenues sur les différents points évoqués dans l’étude à commencer par cette faible importance accordée par les lecteurs aux différents prix littéraires. Les chiffres données ne surprennent pas Marie-Caroline Aubert, directrice de la collection Seuil policiers. Si le prix SNCF, de loin le plus connu des lecteurs, a eu un impact sur les ventes, ce n’est aujourd’hui plus systématiquement le cas. Toutes s’accordent pour relativiser la médiatisation des prix littéraires et ne sont donc pas surprises que les lecteurs ne connaissent pas la plupart des prix littéraires consacrées au polar, Prix SNCF et Prix Quai du Polar mis à part.

Autre sujet de concorde, la très faible médiatisation du genre. Toutes regrettent que les grands médias soient de moins en moins prescripteurs en ce qui concerne le polar. Peu de papier dans la presse écrite, peu d’émissions de télévision et quelques rares émissions de radio couvrent ce qui est considéré comme un sous-genre, malgré les très bonnes ventes de certains auteurs. Pour Alice Monéger et Céline Thoulouze, la place réservée au polar tend même à se restreindre.

En ce qui concerne les données concernant la forte féminisation du lectorat de polar, les éditrices ici réunies semblent prudentes. Les éditeurs éditent-ils des livres en pensant à ce lectorat féminin ? Certainement pas. Pour Marie-Caroline Aubert, il ne manquerait plus qu’elle édite en fonction d’un lectorat homme ou femme même s’il est possible que les profondes modifications du polar au fil des années aient attiré un public plus féminin. Si les technos-thrillers de Tom Clancy, très populaire au cours des années 1980,  s’adressaient par exemple avant tout aux hommes, les polars suédois ou mêmes français plaisent aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Des auteurs femmes comme Patricia Cornwell mettant en scène des médecins légistes ont pu casser le genre dès les années 1990.

Enfin, si les participantes ne remettent pas en cause  le succès du polar scandinave, elles pensent que l’on devrait bientôt assister à un basculement de la production et de l’intérêt du public vers d’autres zones géographiques exotiques comme l’Afrique. Ainsi, pour Marie Caroline Aubert, l’intérêt presque exclusif des lecteurs pour le polar scandinave semble « enfin » en train de reculer et pour  Céline Thoulouze, les auteurs français montent en crédibilité dans différents sous-genre du polar.

Les éditrices semblent en tout état de cause optimistes quant à l’avenir du polar en France même s’il est forcément amené à évoluer dans les prochaines années.

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de polar.

Où Babelio présente une étude sur les prescripteurs de la littérature jeunesse au Centre National du Livre

C’est le 16 juin dernier que se tenait la cinquième conférence organisée par Babelio au Centre National du Livre. 

Inscrite dans le cadre du cycle de conférences sur « Les pratiques des lecteurs », celle-ci portait sur le thème de la littérature jeunesse et de ses prescripteurs et réunissait autour d’une même table Guillaume Teisseire, co-fondateur du réseau social du livre Babelio.com, Octavia Tapsanji, responsable relations éditeurs chez Babelio.comNathalie Brisac, auteur et responsable communication de l’Ecole des Loisirs et Christian Delépine, responsable communication des Editions Nathan.

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La littérature jeunesse, un secteur privilégié

Si l’industrie du livre a dans son ensemble vécu une année 2013 et un premier trimestre 2014 moroses avec des ventes en recul, le contexte semble plus favorable et le bilan plus positif en ce qui concerne le secteur de la littérature jeunesse dont les ventes ne sont que légèrement en baisse au premier trimestre 2014 (de 0,5% contre 4% du marché global). Sa production est florissante et, fait quasiment unique en Europe, se retrouve parfois au cœur des débats politiques et sociétaux en France. 

Pour autant, la littérature jeunesse est menacée par la concurrence accrue des écrans, et même attaquée par certains sur son contenu. L’enjeu de la prescription reste donc central. Quelles sont les mécaniques de découverte et de recommandation ? Quelle importance revêtent les thèmes, les éditeurs ou les collections ? Quelles sont les autorités jugées légitimes ?

Le lecteur jeunesse Babelio : portrait robot d’un grand lecteur

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Pour introduire cette conférence sur le thème de la littérature jeunesse (i.e. destinée aux moins de 12 ans) et de ses prescripteurs. Octavia Tapsanji a présenté les résultats d’une étude menée du 19 mai au 2 juin 2014 sur 2671 grands lecteurs, membres de Babelio. Sans surprise, les lecteurs sont principalement des lectrices (près de 85 % des répondants) plutôt jeunes (la tranche d’âge « 25-34 ans » est la plus représentée) et grandes consommatrices de livres. 95% des lecteurs Babelio lisent ainsi plus d’un livre par mois contre 16% de la population française. 

Parmi ces lecteurs, 81% achètent des livres jeunesse et déclarent se les procurer en librairie, dans des grandes surfaces culturelles ou sur Internet via des librairies en ligne de type Amazon ou Priceminister. Si les lecteurs sont connectés, ils n’en oublient ainsi pas pour autant les points de vente traditionnels ou la bibliothèque.

Quels critères de sélection ?

selIl apparaît dans cette étude que le roman reste en tête des genres les plus lus en littérature jeunesse (87%), devant la bande dessinée/ manga (62%) et le livre illustré (58%). Parmi les critères de sélection d’un livre, on constate que si la collection à laquelle appartient le livre ou la maison d’édition dans lequel il est édité importe peu au lecteur, le sujet du livre, les illustrations, le résumé, la couverture et dans une moindre mesure le personnage principal sont quant à eux primordiaux dans le choix du livre. De manière peut-être plus étonnante, une majorité des lecteurs interrogés ont déclaré que leurs choix de livres ne différaient pas selon qu’ils se procurent un livre pour une fille ou pour un garçon.
La littérature jeunesse ne semble ainsi pas être une affaire de genre. De même 77% des lecteurs interrogés pensent qu’il n’y a aucun thème à bannir de la littérature jeunesse. Pour les 33% restants, ce sont les thèmes liés au sexe, à la drogue mais aussi à la politique qui ne devraient pas être présents dans cette littérature destinée aux plus jeunes.
 
Des parents lecteurs et vecteurs 
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Il apparaît assez clairement dans l’étude que la première communauté de prescripteurs est celle des parents. Pour 80% des sondés, ceux-ci constituent l’acteur principal de la transmission du goût de la lecture aux enfants. L’école n’est le vecteur principal que pour seulement  6,9  % des sondés. Des résultats à nuancer pour Octavia Tapsanji : si 34% des lecteurs sondés sont en effet des parents et 27 % des professionnels du livre, les enfants eux-mêmes pourraient citer plus volontiers le rôle de l’école dans la transmission du goût de la lecture. Pour Nathalie Brisac, qui a longtemps été professeur, cette absence remarquée de l’école dans la prescription des livres est révélatrice d’un mal plus profond : « les professeurs ne sont plus du tout formés pour accompagner les élèves » dans leur parcours de lecteur. C’est dommage car elle estime qu’ils ont un véritable rôle à côté des parents pour aider les enfants à aimer le livre. Il n’est pas sûr, selon elle, que l’avenir passe par le numérique. Les élèves ne prendraient pas plus goût à la lecture si on leur proposait des « tablettes pour être bons en classe ». Pour Christian Delépine, les éditeurs doivent s’efforcer à « communiquer directement auprès des enseignants, par des propositions éditoriales ». 

Des parents qui accompagnent les lectures de leurs enfants

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85% des parents déclarent lire de la littérature jeunesse et près de deux parents sur trois accompagnent leurs enfants dans l’achat de livres jeunesse :  67% d’entre eux choisissent ainsi certains livres quand leurs enfants en choisissent d’autres.
Des chiffres qui s’expliquent par le fait que pour une majorité d’entre eux, il est important que les parents puissent orienter les choix de lecture des enfants à travers leurs propres lectures même si, comme on l’a vu plus haut, une majorité de lecteurs pense qu’il n’y a aucun thème à bannir.
Maureen Dor, des éditions Clochette intervient dans la salle pour faire remarquer que « les parents tentent aujourd’hui d’imposer aux enfants des livres qu’ils ont lus plus jeunes et qu’il ne consacrent pas assez de temps à découvrir les nouveautés qui pourraient davantage plaire à leurs enfants : « Il faudrait que les parents lisent ce que leurs enfants lisent ! » fait-elle ainsi remarquer.  
 Les professionnels comme seconde communauté de prescripteurs
 
C’est à travers les points de vente traditionnels tels que les librairies et les grandes surfaces culturelles (31%) mais aussi les bogs (16%) ou réseaux sociaux littéraires comme Babelio (15%) que les parents déclarent découvrir de nouveaux titres de littérature jeunesse. Ils attachent par ailleurs autant d’importance à l’avis des professionnels qu’à l’avis des lecteurs. Ce sont ainsi autant les conseils des libraires et des bibliothécaires que ceux de leurs entourages ou des avis sur Babelio qui peuvent les inciter à se procurer un ouvrage de littérature jeunesse. 

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Christian Delépine déclare que Nathan consacre du temps pour présenter ses ouvrages aux blogueurs à travers des envois de livres ou une présence continue sur les réseaux sociaux. Nathalie Brisac confirme par ailleurs que de belles relations se créent parfois entre les auteurs et les lecteurs à travers les réseaux sociaux et les blogs.

Des parents peu attachés aux prix littéraires et aux maisons d’édition

Si près de 50% des professionnels interrogés sont attachés aux prix littéraires jeunesse, ce n’est pas le cas des parents qui ne sont que 34% à y accorder de l’importance.

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Le prix des Incorruptibles, pourtant le plus célèbre, n’est ainsi connu que de 46% des parents alors qu’ils sont près de 73% des professionnels à le connaître. Il en est de même pour les maisons d’édition puisque seuls 37% des parents sont attachés aux éditeurs contre près de 50 % pour les professionnels.  Des chiffrent qui déçoivent Nathalie Brisac et Christian Delépine sans qu’ils ne les étonnent outre mesure. Pour Nathalie Brisac, les prix littéraires jeunesse n’ont malheureusement pas la même influence que les prix littéraires tels que le Goncourt, c’est un manque d’intérêt du public et de la presse qu’elle déplore.

Une faible présence du format numérique

En conclusion de cette présentation, Octavia Tapsanji présente quelques chiffres concernant la littérature jeunesse et le numérique.

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S’ils sont 56% à n’avoir jamais lu de livres jeunesse au format numérique et 87% à n’avoir jamais téléchargé des applications mobiles ou tablettes de livres jeunesse, les 42 % qui ont d’ores et déjà adopté ce format y voient une manière ludique et interactive d’appréhender la lecture. Les réactions de certains professionnels du livre présents à la conférence semblent corroborer un état de fait : les applications et livres numérique jeunesse sont « extrêmement coûteuses à produire » et, si la presse s’enflamme régulièrement à leur sujet, ne rapportent quasiment rien.

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Le futur de la littérature jeunesse passera-t-il cependant par le numérique ? Peut-être dans un avenir lointain même si c’est c’est le format papier qui semble toujours avoir les faveurs des lecteurs et prescripteurs de la littérature jeunesse.

Retrouvez l’étude complète sur les prescripteurs de la littérature jeunesse

Sources : Le live-tweet d’Actualitté  ainsi que leur compte-rendu.

Où Babelio présente une étude sur le grand format et le livre de poche au Centre National du Livre

Le 3 décembre dernier s’est tenue la 4ème conférence organisée par Babelio au Centre National du Livre. Inscrite dans le cadre du cycle de conférences sur « Les pratiques des lecteurs », celle-ci portait sur le thème du grand format et du livre de poche. A destination des professionnels du livre, cette conférence avait pour but d’apporter un éclairage sur les perceptions et stratégies d’attente du lecteur par rapport à ces deux formats ainsi que sur les façons dont ceux-ci sont travaillés par les maisons d’édition.

Pour répondre à ces questions étaient présents Pierre Fremaux, co-fondateur de Babelio, Louis Chevaillier, responsable éditorial de la littérature contemporaine pour Folio, Audrey Petit, directrice littéraire du Livre de Poche et Béatrice Duval, directrice générale des éditions Denoël. Le tout animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio.

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Portrait-robot du lecteur Babelio

La conférence démarre par la restitution des résultats de l’étude menée auprès de 2 250 lecteurs Babelio sur leurs pratiques de lecture en grand format et poche. Pierre Fremaux débute sa présentation en faisant le portait robot du lecteur Babelio. Ce n’est pas un lecteur comme les autres : il s’agit majoritairement d’une lectrice, grande lectrice puisque 96% d’entre elles lisent plus d’un livre par mois (contre 16% de la population française). Elle est relativement jeune (un tiers déclare avoir entre 25 et 34 ans). A noter toutefois que la population de lecteurs qui appréhendent les outils sociaux s’élargit et se démocratise (en comparaison les plus de 34 ans représentaient 38% des lecteurs Babelio fin 2012 contre 48% fin 2013).

Pratiques de lecture

Concernant les pratiques de lecture, il apparaît que les genres les plus lus en poche sont les classiques, la poésie et le polar alors que la bande dessinée, les livres jeunesse et les livres pratiques sont davantage lus en grand format. L’achat de livres au format poche est majoritairement motivé par le prix et le poids, la taille alors que le confort de lecture et l’esthétique sont des critères de différenciation du grand format.

les plus lus en poche

Stratégies d’attente et achats d’impulsion

Etant de très grands lecteurs, les lecteurs Babelio sont extrêmement bien informés sur les différentes parutions en librairie. Ainsi ils sont près de 60% à attendre la sortie en poche d’un livre repéré en grand format. Et il apparaît qu’il existe 5 types de livres pour lesquels la sortie au format poche est attendue : les sagas et séries, les best-sellers, les titres de la rentrée littéraire, les livres dont l’auteur est inconnu du lecteur et ceux dont ils doutent de la qualité. Les lecteurs développent ainsi diverses stratégies d’attente selon que la qualité du livre est connue (sagas, best-sellers, rentrée littéraire) ou inconnue (auteur inconnu, appréciation incertaine).

A la question relative aux achats d’impulsion, il apparaît que seul un lecteur Babelio sur 5 achète sur un coup de tête un livre en grand format alors qu’ils sont plus de 6 lecteurs sur 10 à le faire pour le livre de poche.

les plus lus en poche

Maisons et collections

Les lecteurs sont plus de 60% à faire preuve d’attachement à une maison ou collection en grand format. Parmi les plus fréquemment citées, on retrouve Actes Sud, Gallimard, Albin Michel…Mais on constate également une surreprésentation de maisons de collection de genre (Bragelonne, Collection R), ou d’estime (Zulma, Minuit).

Concernant l’attachement à des maisons ou collections de poche, 95% des lecteurs citent au moins une maison qu’ils apprécient. On note toutefois un décalage entre le classement des appréciations déclarées et le classement des meilleures ventes en librairie. Par exemple, Folio ou Babel sont des marques suridentifiées par les lecteurs par rapport à leurs parts de marché.

Quand on regarde plus en détail quels sont les motifs d’attachement des lecteurs aux différentes maisons d’édition poche, on remarque que ceux-ci sont assez variables. Il apparaît que la nature du catalogue est importante chez Fleuve Noir (logique littérature de genre) ou chez Philippe Picquier alors que le prix n’est jamais mentionné pour ce dernier. Les couvertures sont très importantes chez Babel, l’appareil critique est plus souvent relevé chez Folio ou chez Rivages que dans d’autres collections.  Chez J’ai Lu, ou Milady le prix est un critère plus souvent relevé.

attachement maison collection

Le numérique, une alternative au livre de poche ?

L’étude se conclut sur la question du numérique et notamment du passage du poche à celui-ci. A cela, les lecteurs qui ont déjà opéré la transition répondent que le numérique permet un confort de lecture que le poche ne propose pas et qu’il permet de se constituer une véritable bibliothèque portable. Pour d’autres lecteurs, le numérique n’est pas une alternative au poche, les deux formats étant complémentaires. Par ailleurs, il apparaît majoritairement que le passage du poche au numérique ne peut être envisageable aujourd’hui  en raison de son prix encore jugé trop élevé.

C’est sur cette question sur l’avenir du poche que se termine la présentation de l’étude Babelio, pour laisser la parole aux représentants des trois maisons d’édition invitées.

conférence grand format poche

Passage du grand format au poche

Le débat commence par une question de Guillaume Teisseire sur la façon dont s’opère la parution d’un livre grand format en poche. Béatrice Duval, directrice générale de Denoël nous apprend qu’il existe des accords historiques de partenariat entre maisons grand format et poche en particulier lorsqu’elles appartiennent au même groupe. Les éditions Denoël travaillent par exemple régulièrement avec Folio, à qui certains titres sont proposés en exclusivité pour l’édition en poche. Il est toutefois également possible de travailler avec une maison hors groupe quand l’auteur a par exemple un historique avec une autre maison d’édition. Audrey Petit, nous révèle à ce sujet que le Livre de Poche a vocation à la diversification : la maison a un attachement au groupe Hachette mais il est « important de s’alimenter chez des maisons hors groupe ». Ce qui se traduit parfois par le démarchage direct des éditeurs grand format par les maisons poche.

Louis Chevaillier, quant à lui nous explique qu’il existe une nouvelle manière de travailler la parution d’un titre qui consiste en un engagement commun d’une maison grand format et d’une maison poche sur l’achat des droits d’un titre. Ce n’est donc plus la maison d’édition grand format qui porte seule toute la responsabilité de parution d’un titre mais celle-ci est partagée conjointement avec la maison poche.

Quand le poche se fait grand

Assiste-t-on donc à un rapprochement du grand format et du poche au sein des maisons ? demande Guillaume Teisseire en citant l’exemple de 10/18 qui s’est lancé dans l’aventure grand format avec une collection dédiée. Audrey Petit répond à la question en expliquant que la maison s’est lancée dans l’édition de titres en semi-poche avec « le besoin et la volonté de faire découvrir de nouveaux auteurs » car le travail d’édition n’est pas le même que celui de reprise de titres en grand format. « C’est retrouver le métier d’éditeur », précise-t-elle.

Béatrice Duval confirme que ce rapprochement est de plus en plus fréquent et cite l’exemple de Fleuve Noir, historiquement éditeur poche qui aujourd’hui s’est entièrement reconverti dans l’édition grand format.

Promotion du format poche

Comment s’opère la promotion d’un titre à sa parution en poche ? Est-elle similaire à celle qui a eu lieu pour le grand format ? Les trois intervenants s’accordent à dire que le poche souffre d’un oubli de la presse. En effet, celle-ci parle très peu de la parution de titres en poche. Louis Chevaillier nous précise que les maisons poche travaillent donc souvent en synergie avec les maisons grand format, par exemple lorsque que le poche du tome 1 sort au même moment que le tome 2 en grand format. Par ailleurs, la promotion se fait également par un travail sur les réseaux sociaux et le bouche à oreille.

Audrey Petit précise toutefois que le format poche jouit d’un certain avantage puisque sa diffusion commerciale est plus large. « Le poche peut être présent sur certains points de vente où le grand format ne peut être ». De plus, les maisons poche peuvent tirer des enseignements de l’expérience de parution du grand format pour réajuster leur communication à la sortie du titre en poche.

Ainsi il n’est pas rare que la parution en poche donne une seconde vie à succès à un titre, comme ça a été le cas pour L’île des oubliés de Victoria Hislop chez Livre de Poche ou Le Confident d’Hélène Grémillon chez Folio.

Durée de vie du poche

Le débat se conclut par quelques questions de l’assistance dont une sur la durée de vie des titres en poche. Audrey Petit répond en nous informant qu’il y a 20 000 références aux éditions Livre de Poche. La disponibilité des titres varie en fonction de différents paramètres : actualité cinématographique, sortie d’un nouveau titre de l’auteur en grand format, âge de l’auteur… Louis Chevaillier acquiesce en précisant que chez Folio 80% du catalogue est disponible.

C’est sur ces propos que se termine la conférence. Les lecteurs seront invités à répondre à une nouvelle enquête  sur leurs pratiques de lecture au printemps 2014 pour une nouvelle conférence qui se tiendra au CNL en juin 2014.

Retrouvez l’étude complète sur le grand format et le livre de poche