Dans le métro londonien avec Clare MacKintosh

Que feriez-vous si vous voyiez votre photo publiée dans les petites annonces d’un journal ? C’est ce qui arrive à Zoé Walker, l’héroïne de Je te vois, le dernier roman de Clare MacKintosh. Après l’avoir suivie dans son enquête de plus de 400 pages, ce sont dans les locaux de Babelio que se sont retrouvés trente lecteurs le jeudi 30 mars dernier, pour échanger avec l’auteur autour de cet angoissant thriller psychologique.

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Une ancienne flic fan de polars

Grande lectrice de polars et peut-être légèrement parano, Clare MacKintosh est surtout une ancienne flic qui se nourrit de cette expérience pour construire ses romans : “Quand j’étais flic, j’écrivais les histoires des victimes et essayais de les écrire avec mes mots. Le livre, c’est comme un procès, sauf que je ne donne pas mon bouquin à un juge.” Après avoir passé douze ans dans la police de Londres, elle se consacre maintenant à l’écriture de thrillers, qu’elle juge d’ailleurs beaucoup plus intéressants que les polars : “Je veux savoir pourquoi on commet un crime et quels sont ses effets, je ne veux pas savoir qui l’a commis.”

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Du métro parisien au Tube londonien

Bien que le roman se déroule à Londres, c’est à Paris qu’en est née l’idée : “Quand j’habitais dans le 9e arrondissement de Paris, je travaillais aux Champs-Elysées et je prenais le métro tous les matins. Un jour, j’ai remarqué que je passais toujours les portiques entre une femme et un homme, et que si j’étais en retard, je brisais cette routine.” Des années plus tard, à Londres, c’est une de ses amies qui lui indique à quel endroit du quai se placer pour être face aux portes lorsqu’elles s’ouvriront. Clare MacKintosh prend alors conscience des habitudes quotidiennes qui nous entourent et du sens que l’on met dans chacun de nos gestes : Je te vois est né.

Entre quelques balades avec son chien qui lui ont permis de trouver le ton du roman et la voix de son personnage principal, une mère de famille sans histoire, Clare MacKintosh n’a pas hésité à se rendre dans le métro londonien pour mener ses recherches, ce qui lui a d’ailleurs valu quelques anecdotes amusantes : “Quand je faisais des recherches dans le métro à Londres, je prenais des notes sur la personne en face de moi et je décrivais tout ce que je voyais. Une fois, mon voisin m’a pris en flagrant délit, j’étais tellement gênée que j’ai écrit “je suis écrivaine” sur mon cahier !”

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Des thèmes contemporains

Si ce second roman est un pur produit de son imagination, Clare MacKintosh s’est en revanche inspirée de ses rencontres avec des victimes de harcèlement : “J’ai vu les effets que peuvent avoir ce crime. On a tendance à le négliger alors que de nombreuses personnes en sont victimes et sont terrorisées.” Le réalisme et la précision sont ainsi les deux critères qu’elle s’impose dans son écriture : “Je ne suis pas agacée par les erreurs de procédures mais par les personnages invraisemblables : c’est important de créer un monde authentique.”

Davantage que les personnages, c’est le sujet du livre qui s’est d’abord imposé à l’auteur : “J’avais l’histoire en tête et je savais ce qui allait se passer.” Les lecteurs ont d’ailleurs été très interpellés par les thèmes actuels qui jalonnent le roman, tels que le harcèlement, un crime particulièrement difficile à prouver, la surveillance quotidienne via les caméras de surveillances, et les réseaux sociaux. Sans en avoir peur, Clare MacKintosh reconnaît être agacée des situations confuses dans lesquelles ces nouvelles technologies du quotidien nous mettent parfois “On peut nous prendre en photo facilement et sans qu’on le sache, cela a un côté énervant.”

Parmi ses influences, Clare MacKintosh cite volontiers la vague de séries télé dramatiques venues du Nord telles que The Killing ainsi que celles produites par la BBC comme Happy Valley ou Line of Duty, des séries noires très réalistes.

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Pas de James Bond en jupe

Une fois l’intrigue posée, Clare MacKintosh s’est alors intéressée aux personnages : “Je crée les personnages en me demandant quelles seraient leurs motivations pour commettre le crime, puis je parsème les indices.”

Pour incarner cette histoire, c’était une femme « normale » que voulait Clare MacKintosh, pas une héroïne à talons ni une “James Bond en jupe”, c’est pour cela qu’elle a choisi Zoé pour personnage principal. Puisque c’était la victime, Clare MacKintosh voulait alors la faire parler à la première personne afin de créer un récit plus immersif et pour que le lecteur ait l’impression d’être dans sa tête. Pari réussi pour l’auteur s’il on en croit les commentaires des lecteurs présents : “j’étais en panique complète”, témoigne une lectrice Babelio, “comme elle, on a l’impression d’être suivi”, avoue une autre, “On a peur car c’est plausible, ça sonne juste”, résume enfin un lecteur.

Quant à Kelly, la policière torturée et poursuivie par son passé, elle n’était pas dans la première version du roman dans laquelle c’était un homme qui enquêtait : “Je n’aimais pas, ça ne marchait pas. J’ai quand même envoyé le roman à mon éditrice, qui m’a dit que si le personnage ne fonctionnait pas, c’est parce qu’il s’en foutait, qu’il n’était pas lié au cas. Kelly était déjà là, mais elle était en retrait. J’ai décidé de réécrire le roman avec Kelly, et je suis fan, j’adore. Si je devais faire une série, ce serait avec elle.”

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Une fin en apothéose

De nombreux lecteurs se sont entendus sur le fait que la fin déconcertante appelait une suite. Pour Clare MacKintosh en revanche, l’histoire de Kelly s’arrête là : “C’est frustrant, mais j’aime bien laisser les lecteurs imaginer la suite.” L’écriture d’une série qui mettrait en scène Kelly comme personnage récurrent n’est donc pas d’actualité : “C’est dur d’écrire une série, il faut une nouvelle histoire à chaque fois. Je suis jalouse des autres écrivains qui ne repartent pas de zéro à chaque fois, tout en faisant évoluer leurs personnages.”

Il faut croire que le twist final de Je te vois a beaucoup marqué les lecteurs ! Ceux-ci ont d’ailleurs demandé à l’auteur si elle connaissait la fin avant d’écrire le roman : “Oui, mais je l’ai changée. Quand on a l’histoire dans sa tête, c’est simple, mais quand on écrit, les personnages deviennent réels et ne veulent pas faire ce qu’on leur dit de faire, ils se rebellent. Un de mes personnages ne voulait pas faire quelque chose, alors j’ai dû changer la fin.”

Si Paris a une place spéciale dans son coeur, son prochain roman se déroulera en revanche près de la mer. Au programme : des grandes falaises et une femme dont les parents se sont suicidés, et qu’on empêche d’accéder à la vérité…

Avant de repartir, les lecteurs ont enfin pu échanger directement avec l’auteur et faire dédicacer leur exemplaire de leur livre.

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Retrouvez Je te vois de Clare MacKintosh, publié aux éditions Marabout.

4 réflexions sur “Dans le métro londonien avec Clare MacKintosh

  1. En effet j’ai bien aimé la rencontré avec cette auteure, de la même manière j’ai beaucoup apprécié son livre

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