Quand les membres de Babelio rencontrent Philippe Besson

C’est dans les locaux de la maison d’édition 10/18 que Philippe Besson rencontrait, fin janvier, des lecteurs de son roman La Maison Atlantique, un drame familial sous la forme d’un huis clos en bord de mer. Pour cette occasion unique, c’est Nicolas Cauchy, responsable internet chez Univers Poche, qui a relayé les questions des membres les plus timides et passé le micro aux plus téméraires.

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© Steve Wells

La Maison Atlantique au format poche

L’actualité de Philippe Besson est double. Alors que vient de sortir Vivre vite, son roman consacré à James Dean, le voici dans les locaux de la maison d’édition 10/18 pour une rencontre autour de La Maison Atlantique, un livre publié en grand format il y a un an à peine. C’est qu’entre deux conversations sur l’acteur à la si brève et fulgurante carrière, Philippe Besson aime à se replonger aujourd’hui dans ce huis clos tragique. La distance avec la sortie originale du livre a ceci d’intéressant et même d’ « agréable » selon ses propres mots, qu’elle lui permet d’avoir un peu de recul avec celui-ci, d’en parler plus calmement et avec « plus d’affection » que lors de la période de sa promotion, périodes qui sont toujours par trop intenses pour savourer véritablement les choses.

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© Steve Wells

Si Philippe Besson a deux livres à promouvoir quasiment en même temps, même si l’un est une sortie poche, c’est qu’il ne peut s’arrêter d’écrire. D’où peut bien venir une telle suractivité ? « J’ai une envie d’écrire des livres, répond-il. C’est un besoin, un désir, une excitation, une curiosité, un enthousiasme, une ferveur. Appelez-ça comme vous voulez mais dès que j’ai terminé l’écriture d’un livre, je n’ai qu’une seule envie, c’est de replonger dans un autre. » Se plonger dans l’écriture d’un livre, c’est également se plonger dans la vie d’êtres de fiction, un exercice presque vital à l’écrivain : « Je m’attache toujours à mes personnages. Les perdre est une souffrance. Cela me rend malheureux. J’ai quitté certains personnages avec beaucoup de regrets même si certains me hantent toujours. J’ai besoin d’aimer mes personnages même quand ils ne sont pas tous sympathiques. Revenir à la vie ordinaire est parfois curieux même si l’on est toujours content ou tout du moins soulagé de terminer l’écriture d’un livre. »

L’œuvre de l’auteur, la part du lecteur

Si Philippe Besson parle d’« êtres de fiction », son utilisation de la première personne pourrait faire penser à un livre en partie autobiographique. Dans quelle mesure peut-il bien se cacher derrière ses personnages ? « J’utilise souvent la première personne dans mes romans alors on me demande régulièrement si mes livres sont autobiographiques. Mais à cette question, je réponds systématiquement que je suis écrivain, que je fais fiction. Il y a bien entendu un peu de moi dans les personnages de ce roman. Car on glisse forcément une part de soi-même dans un livre. On ne peut pas écrire un livre en faisant abstraction de ce que l’on est, de ce que l’on éprouve. Un romancier vole, il vole des choses aux autres, il saisit des instants, des conversations, des images et les réutilise. Il entasse de la mémoire sentimentale et y puise dedans pour écrire des livres. Cela ressort de manière involontaire. »

On fait cependant remarquer à l’auteur que ses personnages ne sont que finement dessinés, jamais décrits avec détails. «Mes personnages ne sont jamais dessinés très précisément, c’est vrai. De manière générale, je décris assez peu car j’ai besoin que les lecteurs puissent projeter des choses, qu’ils se fassent leur place dans le roman, qu’ils soient actifs et non passifs. Le lecteur est ainsi obligé de mettre un peu de lumière dans les zones d’ombre. Il en est de même pour la géographie de ce roman, les lieux ne sont pas nommés. Les gens peuvent coller leur propre géographie intime sur la géographie du roman. C’est important pour un auteur comme moi qui joue sur les registres du sensible, de l’émotion afin que les lecteurs puissent rentrer dans l’histoire, qu’ils puissent se l’approprier, l’éprouver, la ressentir. Quand on lit un livre il faut que l’on soit traversé par les mêmes désirs, les mêmes colères, les mêmes angoisses, les mêmes remords que les personnages. » A la sortie du roman, François Busnel avait comparé l’auteur à Georges Simenon. Une comparaison bien trop élogieuse au goût de Besson et que ce dernier ne peut donc accepter même s’il croit savoir ce que voulait dire Busnel dans sa critique. Son livre baigne en effet dans une atmosphère provinciale inquiétante qui peut le rapprocher de l’oeuvre de Simenon. « J’avais d’ailleurs cet auteur en tête en écrivant ce roman»

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© Steve Wells

Si un personnage important du récit se prénomme Cécile c’est que de l’aveu même de Philippe Besson, ce roman emprunte si ce n’est à la narration tout du moins à l’esprit de Bonjour Tristesse de Françoise Sagan dont le personnage principal porte ce prénom : « Quelque chose qui est très important pour moi dans ce livre, c’est ce mélange entre légèreté et cruauté. Légèreté dans le sens où je mets en scène une sorte de petit con de 18 ans qui passe son temps à se promener sur la plage et cruauté dans le sens où j’annonce d’emblée que cela se terminera mal, que cela se terminera dans le sang.  C’est cet esprit que l’on retrouve chez Sagan. On ne se rend pas compte à quel point ses romans, sous couvert de légèreté, racontent des histoires épouvantables, affreuses. C’est cet esprit que je voulais avoir pour La Maison Atlantique. »

Une curiosité de ce roman est qu’il annonce dès la première page les drames à venir. «  Je trouvais cela intéressant d’annoncer dès la première page comment se terminera le roman même si évidemment la fin ne correspond pas tout à fait à ce que le lecteur pourrait attendre. Tout ce que l’on a cru à la première page se révèle faux même si tous les éléments sont présents sous les yeux du lecteur. On sait que le père n’est plus là et qu’il est question d’un garçon inconsolable. C’est le début d’un engrenage jusqu’au moment où tout se dégrade, que les hostilités se montrent au grand jour. »

La figure du père

Pour certains lecteurs, c’est la relation père-fils qui est au centre de ce roman qui a presque tout du polar sans en être véritablement un. Au centre de l’intrigue s’impose en effet la figure du père, un prédateur détesté par son fils qui, au grand désarroi de ce dernier qui pleure encore sa mère suicidée quelques années après son divorce, devient soudainement troublé par une jeune femme irrésistible et fragile. « Elle n’est évidemment pas libre, ce qui ne peut que l’attirer. Elle, de son côté, trouve chez cet homme quelqu’un qui peut la faire sortir de ce dans quoi elle s’est enterrée. Je pense qu’il y a une forme de sentiment violent entre eux. Il ne s’agit ni pour lui ni pour elle d’une simple passade. Il y a un intérêt mutuel de tomber amoureux. »

Interrogé une nouvelle fois sur les mœurs condamnables de ses personnages et notamment de ce père arrogant et cruel, Philippe Besson se refuse à tout jugement : « Aucun des personnages n’est vraiment sympathique mais je ne porte jamais de jugement moral sur mes personnages. Après tout, ils font ce qu’ils veulent et ce n’est pas à moi de les juger. Il est vrai que je pense que les lecteurs ont peut-être plus de sympathie pour le tueur que pour la victime. » Un sentiment partagé par les lecteurs présents qui s’interrogent tout de même sur les horreurs qui peuvent sortir de sa plume. D’où peuvent bien sortir ces personnages et ces situations ?  : « Je suis souvent surpris de ce qui sort de ma plume. Il y a des moments où surgissent dans mon écriture des choses qui m’étonnent moi-même et dont je n’ai absolument aucune idée de leur provenance. Il y a dans chaque roman la part de ce que l’on n’a pas décidé et cela me plaît infiniment. Mais je vous rassure, contrairement à certains de mes personnages, je n’ai encore assassiné personne ! »

De l’écriture d’un roman

Les lecteurs sont toujours avides de confessions d’écrivains à propos de leurs habitudes d’écritures et processus. Contrairement à ce que pensent certains, ce n’est pas le temps de la rédaction du roman qui est forcément le temps le plus long. La rédaction finale du roman parachève un long travail qui commence bien avant l’écriture de la première ligne. Pour les lecteurs de Babelio réunis autour de lui lors de cette rencontre, Philippe Besson résume les différentes étapes de l’idée du livre à sa rédaction : « Chaque écrivain a sa façon de faire. Pour ma part, j’accumule beaucoup d’écrits, de notes qui ne sont pas forcément liées entre elles. Puis survient une idée plus précise, une vision qui donne chair à mes notes. Pour Un garçon d’Italie, je voulais écrire un livre sur la double vie sans trop savoir encore comment écrire ce livre que je pensais alors situer à Paris. Puis il se trouve que je suis un jour parti à Florence, une ville que je connaissais bien. Je regardais l’Arno couler sous un pont et je me suis demandé si des gens se jetaient dans ce fleuve, si l’on y trouvait parfois des cadavres. Je me suis dit que cela devait arriver et cela a formé le début du roman. Si la police trouvait le cadavre de quelqu’un qui s’y serait jeté, la police allait enquêter sur ce mort et mettre à jour sa double vie. »

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© Steve Wells

« Une fois que j’ai la trame, je réfléchis à la forme narrative. J’aime l’utilisation de la première personne qui permet au lecteur d’être proche du narrateur. Ensuite il me faut trouver la première phrase, quelque chose qui lance le roman. Tant que je ne l’ai pas, j’ai du mal à me lancer totalement dans l’écriture du roman mais une fois que je la tiens, l’écriture du roman est plus facile. » Un écrivain écrit toujours un peu trop dans ses premiers jets et il est important d’élaguer au maximum son texte pour ne garder que l’essentiel : « Quand on écrit on se demande si l’on va bien être compris alors on en rajoute toujours des tonnes. De la même façon, on veut souvent faire son malin, montrer que l’on sait écrire. Quand je relis mon texte, j’enlève tout ce que je peux pour que cela forme un véritable roman, sans rien de superflu. Parallèlement, je dirais que j’aime les chapitres courts. Je ne me sens pas capable d’écrire un long roman de 1000 pages. J’ai besoin d’écrire court, d’écrire vite. J’ai du mal à « déployer », à être descriptif ».

Si certains auteurs ne savent pas toujours où le roman peut les emmener, ce n’est pas le cas de Philippe Besson qui a besoin de savoir où il va. Il sait comment l’intrigue va se dénouer au moment où il la commence : « J’aime quand le narrateur a un coup d’avance sur le lecteur ».

La rencontre se termine sur un débat passionné sur la culpabilité des personnages dont nous tairons ici la teneur pour ne pas dévoiler l’intrigue de La Maison Atlantique, disponible depuis peu au rayon poche aux éditions 10/18 !

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© Steve Wells

Découvrez les avis des lecteurs sur La Maison Atlantique de Philippe Besson, roman publié aux éditions 10/18.

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