Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Fabio Mitchelli

Seuls, frigorifiés et poursuivis par un infâme tueur en série qui les traque depuis des heures… Voilà à quoi ressemblaient les lecteurs du dernier roman de Fabio Mitchelli, Une forêt obscure, publié chez La Bête Noire, avant de se retrouver dans les locaux de Babelio, le lundi 10 octobre dernier.

Lorsqu’en mai 2010 le corps d’une adolescente, en Alaska, est retrouvé aux abords de la légendaire forêt de Tongass, le capitaine de police Jake Nelson ne peut imaginer qu’il s’agit de celui de sa fille.

Deux ans plus tard, à Montréal, Luka Ricci torture des animaux et diffuse les images sur le Web. Porté par sa folie, il assassine son amant à coups de pic à glace. Louise Beaulieu, une jeune enquêtrice accro au poker, est en charge de l’affaire. Mais elle est loin de se douter qu’elle va devenir le pion d’un jeu d’échecs, manipulé par le tueur en série Daniel Singleton du fond de sa cellule.

En parallèle, à Juneau, deux jeunes filles sont découvertes en état de choc, au bord de la route qui longe la forêt de Tongass. Sous les ordres de Jake Nelson, le lieutenant Carrie Callan prend en main le dossier et va vite réaliser que certains secrets doivent rester enfouis. Les deux affaires finiront par se rejoindre, menant Louise et Carrie sur une seule piste : une terrifiante affaire de mœurs avec prostitution, pédophilie, tortures et séquestrations.

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Un profil particulier

L’intérêt de Fabio Mitchelli pour les tueurs en série et surtout leur psychologie ne date pas d’hier : “Depuis mes vingt ans je m’intéresse à la personnalité de Jeffrey Dahmer, un meurtrier effrayé par la solitude. Il n’a jamais cessé de me fasciner depuis et il me semble avoir consulté à peu près toute la documentation existant à son sujet.” En revanche, c’est Luka Magnotta qui a inspiré Une forêt obscure à Fabio Mitchelli : “Je suis tombé sur un article par hasard, qui m’a alors beaucoup intéressé. Cet homme était en recherche absolue de célébrité : tout était bon pour que l’on parle de lui. Appelé le “criminel 2.0”, il avait plus d’une centaine d’avatars sur les réseaux sociaux qui lui permettaient de manipuler son entourage. Toujours en quête de célébrité, il a massacré l’une de ses victimes à coup de pic à glace, un morbide hommage au film Basic Instinct, avant de pratiquer la nécrophilie.”

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Expliquer mais pas excuser

Loin d’essayer d’excuser ces criminels, Mitchelli s’intéresse plutôt à leur évolution psychologique  : “Je ne cherche pas à comprendre ces tueurs. Je sais simplement qu’à un moment de leur vie, ils ont été des enfants comme les autres, des petits êtres sans vice et qui ont basculé dans l’incroyable. Les comprendre n’est pas mon métier, mais j’essaye d’apporter ma vision de leur parcours. Je crois que beaucoup de choses se jouent à l’adolescence, car il s’agit du moment où nous avons le plus besoin de nos parents et si tout ne se passe pas dans le calme, alors tout peut arriver.”

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Le goût des salops

Le point commun entre  Fabio Mitchelli et son confrère Romain Slocombe ? L’amour pour les anti-héros bien sûr ! “Je prends du plaisir à donner de l’épaisseur à mes personnages. J’aime faire en sorte que des criminels connus, comme Robert Christian Hansen (dans mon livre Daniel Singleton) par exemple, s’incarnent dans mes personnages, bien que j’aime leur faire perdre quelque peu leur extravagance afin qu’ils ressemblent le plus possible au commun des mortels.” Si l’auteur d’Une forêt obscure tient tant à ce que les criminels nous ressemblent, c’est parce que pour lui, nous portons tous en nous une part d’ombre : “ Nous avons tous nos failles et personne n’est à l’abri de la folie. Il existe beaucoup de situations qui peuvent nous faire basculer, il faut en avoir conscience.”

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L’avant crime

On a souvent reproché à Fabio Mitchelli de révéler l’identité des tueurs dès les premières pages de ses romans. Pourtant, c’est bien là pour lui tout l’intérêt de l’écriture : “Je n’écris pas pour faire jouer le lecteur aux devinettes ; trouver le coupable n’est pas pour moi une fin en soi. D’ailleurs, je trouve cela quelque peu lassant de toujours attendre la dernière page pour découvrir l’identité du meurtrier. Ce jeu du chat et de la souris n’est pas le but principal du roman.” Grand amateur de la série Columbo, l’écrivain souligne que c’est plutôt la décomposition du mécanisme du crime qui l’intéresse, avant sa résolution.

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Musique et obscurité

D’ailleurs, comment s’y prend l’écrivain pour construire ses romans et plonger ainsi dans la psyché de ces grands meurtriers ? D’après lui, un roman démarre toujours sur une idée, qui lui permet, grâce à des recherches documentaires, de construire l’ossature de son roman, à la manière d’un synopsis : “ Après ce scénario, j’écris le déroulé du récit, chapitre par chapitre, et pour chacun d’entre eux je détaille la situation géographique, les personnages présents et l’événement principal. Ensuite, je laisse macérer toutes ces informations et ne prends la plume que plus tard.” Et pour rentrer dans l’esprit des tueurs ? Fabio Mitchelli a sa formule bien à lui : “J’aime écrire chez moi, dans la pénombre. Je tire les rideaux même en plein mois d’août. J’ai besoin de cette obscurité. Je m’isole d’autant plus que j’écoute au casque les musiques que je raccroche à l’histoire. Cette playlist figure d’ailleurs à la fin de mon roman.”

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Soleil sur l’Alaska

S’il ne s’est pas rendu sur les lieux de son intrigue, Fabio Mitchelli a néanmoins pris soin de bien les appréhender, et ce, grâce au cinéma. “Je voyage grâce aux films et à Google Maps. J’ai toujours été inspiré par le cinéma ; il influence beaucoup mon écriture. Insomnia, de Chistopher Nolan et sorti en 2002, présente un Alaska où le soleil ne se couche jamais. Je ne voulais pas tomber dans le cliché du froid, de la neige et de la nuit et c’est pour cela que mon roman se déroule à la belle saison, pour reproduire cette ambiance déroutante que l’on retrouve dans le film. L’autre long métrage qui m’a beaucoup aidé pour l’écriture de ce film est Suspect, un film de Scott Walker, sorti en 2013, et qui raconte l’histoire du tueur en série, Robert Hansen, dont on retrouve également l’avatar dans Une forêt obscure.”

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Réchauffés et rassurés, les lecteurs de Fabio Mitchelli ont ensuite pu poursuivre leurs échanges avec l’auteur autour d’un verre. Mais attention, il y a toujours une bête tapie quelque part et prête à faire de vous sa prochaine victime…

Le buffet salé a été proposé par le traiteur Cuizeen et les cupcakes par Call me cupcake

Retrouvez Une forêt obscure de Fabio Mitchelli, publié chez La Bête Noire.

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