Voyage en terres lybiennes avec Hisham Matar

C’est pour un éprouvant voyage en terres libyennes que les lecteurs de Babelio ont été conviés le mercredi 18 janvier, dans les salons de Gallimard, afin de rencontrer Hisham Matar, l’auteur de La terre qui les sépare. Dominique Chevallier, interprète, s’est chargée d’assurer les échanges entre l’écrivain et le public.

 

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Hisham Matar a dix-neuf ans lorsque son père, Jaballa Matar, disparaît. Celui-ci, après avoir trouvé refuge en Égypte avec ses proches, est enlevé et emprisonné en Libye pour s’être opposé au régime de Kadhafi. Vingt et un ans plus tard, lors de la chute de Kadhafi, en 2011, le peuple prend les prisons d’assaut et libère les détenus. Mais Jaballa Matar est introuvable. A-t-il été exécuté lors du massacre d’Abou Salim qui a fait 1 270 victimes en 1996? La détention l’a-t-elle à ce point affaibli qu’il erre quelque part, libre mais privé de souvenirs et d’identité ? Hisham Matar va mener l’enquête pendant des années, relatant l’histoire de cette disparition dans la presse internationale, se rendant à la Chambre des lords en Angleterre et s’adressant aux personnalités les plus inattendues, de Mandela au fils de Kadhafi.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Un voyage difficile

C’est après 33 années passées loin de sa Libye natale qu’Hisham Matar a pu fouler à nouveau la terre de ses origines. Accompagné de sa femme et de sa mère (disposition certes dangereuse, comme il prend soin de le souligner en souriant), il embarque en 2011 pour un long voyage sur les traces de son père disparu : “Ce voyage a été merveilleux. L’occasion pour moi de replonger au cœur de ma famille et dans mes souvenirs d’enfance. J’ai été littéralement submergé par ces lieux et pour combattre cette forte émotion, j’ai décidé de tenir un journal quotidien.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Un livre qui faillit ne jamais voir le jour

Une fois rentré chez lui après un mois de séjour, Hisham Matar est perturbé : “Pour la première fois de ma vie, je n’ai rien écrit pendant trois mois. Rien, pas même une lettre, ce qui était inconcevable jusqu’alors.” Croyant d’abord à la fin de sa vie d’écrivain, il prend son mal en patience, n’ayant jamais considéré l’écriture comme une carrière. “Peu de temps après, j’ai rendu visite à un ami italien, et sans trop savoir pourquoi, j’ai mis dans ma valise le carnet de mon voyage en Libye. Une fois là-bas, j’ai eu envie de le relire, tout en m’efforçant de l’aborder avec un regard neuf, afin de créer une distance, un espace imaginatif me permettant de retrouver l’enthousiasme et la curiosité d’une première lecture.” S’il  craint un manque d’intérêt pour l’histoire de sa famille  et de son pays, Hisham Matar sent dans son histoire personnelle une propension à l’universel et c’est pour cette raison qu’il décide finalement de se pencher une nouvelle fois sur ses notes.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Du journal au livre

Décidé à exploiter les notes prises pendant son voyage, Hisham Matar s’attaque à la rédaction d’un article. Repéré par le journal le New Yorker, il se rend bien vite compte qu’il doit aller plus loin : “L’éditeur du NewYorker m’a demandé de prolonger mon article de 5 000 mots, ce que j’ai fait. En réalité, nous étions en train d’assister à la naissance d’un livre. C’est là que j’ai su que je devais me lancer.” Hormis les deux premières phrases du roman, ce dernier se détache du journal de voyage, qui n’a en réalité servi par la suite à l’écrivain qu’à se remémorer quelques noms et détails : “Après avoir copié les deux premières phases du carnet je me suis arrêté et demandé ce que pourrait être la troisième phrase si je devais l’inventer. Très vite, le livre s’est naturellement imposé et mon écriture est allée toute seule.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Sauvegarder l’intime

Contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant son récit, Hisham Matar n’est pas à l’aise lorsqu’il s’agit pour lui de raconter ce qui a trait au domaine privé : “Je préfère rester discret sur ce qui relève de l’intime. Je n’apprécie d’ailleurs pas les autobiographies où l’auteur se place au centre de l’attention. Je me suis donc beaucoup demandé comment écrire un tel livre tout en restant personnellement en dehors de la lumière.” On l’imagine, écrire un témoignage sur la disparition de son père n’est évidemment pas chose aisée. L’écrivain précise d’ailleurs les difficultés qu’il a ressenties lors de l’écriture : “Au début, je ressentais de violents élans qui me poussaient à m’arrêter ; je trouvais ce texte beaucoup trop privé. Je ne peux encore aujourd’hui pas relire tous les passages en public, certains m’émeuvent trop.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Apprendre à regarder

C’est avec un regard de photographe qu’Hisham Matar rédige ses descriptions, notamment grâce à son sens aigu du détail. Pourquoi une telle précision dans sa plume ? “Lors de mon premier jour à l’école d’architecture, on m’a donné trois heures pour dessiner un arbre. Je n’avais jamais rien regardé pendant aussi longtemps. Je me suis à cet instant rendu compte qu’il n’était pas si simple de regarder les choses avec une telle attention. Je n’ai depuis jamais perdu cette minutie lorsqu’il s’agit d’observer le monde qui m’entoure.” Scrupuleux, l’écrivain a pourtant dû, dans sa démarche, faire appel à la fiction : “J’ai tenté d’être le plus fiable quant aux faits, mais mon texte est plein d’éléments manquants que je ne pourrai jamais connaître. D’ailleurs mon livre évoque cette notion d’ignorance que les hommes ont vis-à-vis de leur passé. Chaque jour, nous devons tous composer avec une histoire personnelle incomplète. Sauf qu’en Libye, il y a énormément de trous à combler à cause de la dictature dans l’histoire de chacun.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Combler les vides du passé

Malgré des problèmes persistants, Hisham Matar se montre plutôt optimiste quant à l’évolution de son pays d’origine : “ La révolution libyenne a été l’aboutissement d’un enchaînement complexe d’événements. La lenteur du pays à progresser aujourd’hui provient du fait que nous subissons encore les conséquences de la dictature, comme de fortes lacunes dans notre système éducatif, ou encore la malédiction que constitue le constant flux de pétrole qui traverse nos terres.” Fréquentant les artistes et intellectuels de son pays, l’écrivain évoque sa foi en la jeune génération : “Je place un grand espoir dans les jeunes artistes, professeurs et bureaucrates qui travaillent d’arrache-pied et dans de terribles conditions pour relever ce pays.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Fiction ou non-fiction ?

Témoignage personnel empreint de fiction : dans quelle catégorie doit-on placer le dernier ouvrage d’Hisham Matar ? Selon l’écrivain, la catégorie n’a pas grande importance : “J’ai toujours été sceptique quant aux différences entre les genres. Dans mon quotidien de lecteur, je ne sais pas si la distinction entre fiction et non-fiction m’aide véritablement. En littérature, quelle qu’elle soit, j’attends qu’un récit s’occupe des affects tout autant que de la pensée. Si je trouve ces deux dimensions, peu m’importe le genre. Cela dit, en tant qu’auteur, je me considère en mon for intérieur avant tout comme un romancier. ”

 

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Un monde ouvert 

Son souci d’authenticité par rapport aux événements qu’il rapporte, Hisham Matar l’explique par le fait qu’il ne considère pas le monde comme une entité fermée : “Ce que l’on appelle la résolution ne m’intéresse pas vraiment. Les choses du monde sont à mes yeux ouvertes, elles n’ont pas de conclusion définitive et c’est pourquoi j’ai cherché dans mon livre à les rapporter de la façon la plus authentique possible, afin que chacun puisse les entendre de la façon la plus appropriée qui soit. En tant que lecteur, je déteste que l’on me donne trop d’éléments, je préfère comprendre les choses par moi-même et c’est ce que j’ai essayé d’offrir à mes lecteurs dans ce roman.”

 

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Bien que pris par un emploi du temps éminemment chargé, Hisham Matar a malgré tout pris soin d’échanger par la suite rapidement avec chacun de ses lecteurs, lors d’une séance de dédicace emplie d’émotions.
Retrouvez La terre qui les sépare, d’Hisham Matar, publié chez Gallimard.

3 réflexions sur “Voyage en terres lybiennes avec Hisham Matar

  1. Les magasins Leclerc vend des CDz NecroPedoSadoMaso ! Une honte ! NecroPedoSadoMaso est un projet du groupuscule SEWER, un collectif composé de Swagg Man, Amine Mojito et Morsay ! Tapez « NecroPedoSadoMaso SEWER » dans Bing et vous trouverez en première page une photo de Morsay en train de se rentrer un trombone dans le CUL !!! Quant à Amine Mojito celui-là même qui disait il y a peu « je suis le nouveau Mohamed Merah » alors qu’il fouettait une franc-maconne avec sa ceinture Gucci !!!! « On va faire pire que Adolf Hittler » disait-il !!! Et les propos de l’album NecroPedoSadoMaso ne sont pas plus appropriés à en croire le groupe SEWER. « Il faut enfoncer des grenades dans la chatte d’Océane 12 ans et demi » « je sperme mon sperme sur les saloeps francaises » disait Swagg Manb !!!! tapez « Swagg Man NecroPedoSadoMaso » et vous verrez bien !!!! Marine 2022, ça urge !!!

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