Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Jérémie Guez

En partenariat avec les éditions 10-18, certains lecteurs de Babelio ont eu la chance de rencontrer l’auteur Jérémie Guez à l’occasion de la sortie de son nouveau roman  Le dernier tigre rouge. Après plusieurs romans noirs parisiens, ce quatrième roman de l’auteur nous entraîne cette fois ci dans un univers totalement différent et dépaysant, celui de la  guerre d’Indochine. Entre roman policier, roman de guerre et roman noir, « Le dernier tigre rouge » raconte la quête obsessionnelle d’un légionnaire lors de cette guerre. A travers les personnages de Charles Bareuil et Joseph Botvinnik, Jérémie Guez nous transporte dans un pan de l’Histoire de France trop souvent passé sous silence. Qui sont ces deux hommes, quelles sont leurs histoires ? Jérémie Guez a répondu aux lecteurs de Babelio.

« Le dernier tigre rouge », roman noir sur la légion étrangère en Indochine

 

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Tout d’abord, les lecteurs interrogent Jérémie Guez sur le genre auquel appartient le roman. Un roman policier comme semble l’indiquer la quatrième de couverture et la collection « Grand détective » ?  Bien que le roman comporte une enquête, l’auteur avoue que l’intérêt du roman réside avant tout dans l’affrontement entre ses personnages. Pour lui, il s’agit de « dépeindre une petite histoire dans la grande ». Finalement, son roman est une porte d’entrée dans le conflit de la guerre bien que l’auteur entend être jugé pour la qualité de son intrigue plus que pour celle de sa documentation.

Les questions se portent alors sur le cadre du roman : l’Indochine. Le héros, Charles Bareuil, s’engage dans la légion étrangère et rejoint les troupes françaises en Indochine. L’auteur explique qu’il est friand des histoires de décolonisation. L’histoire d’Algérie fait partie de notre éducation, mais celle de l’Indochine est un « creux de connaissances ». Il a donc voulu soulever le voile qui plane sur cette guerre. En s’y intéressant de plus près, il a redécouvert la Légion étrangère qui est devenue un point central de son roman.

 

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La Légion étrangère est une spécificité de l’armée française. Elle est composée de ressortissants étrangers souhaitant s’engager dans l’armée française. Les  particularités de la Légion font sa force : il y a très peu de légionnaires français, les soldats sont très unis et, malgré leurs nationalités diverses, forment certainement les soldats les plus républicains de l’Armée. La Légion ne prend pas en compte le passé de ses soldats ; pour beaucoup il s’agit ainsi d’une seconde chance. Le fait que d’anciens soldats Allemands ou Résistants pouvaient s’y côtoyer et faire la guerre ensemble l’a fasciné. Jérémie Guez raconte qu’il a pu accéder aux informations concernant la Légion très facilement car de nombreux soldats ont laissé des témoignages. Il lui a été beaucoup plus dur de récupérer les informations vietnamiennes car c’est encore un régime communiste.

Se pose alors la question du point de vue. Choisir comme cadre la légion étrangère et comme héros un français est plutôt paradoxal ! Dans un sourire, Jérémie Guez explique que c’est un choix conscient : « Je voulais aborder cette guerre par le prisme de ce personnage issu d’une minorité » explique-t-il. La vision qu’avaient les légionnaires de l’Indochine était très étrange : ils imaginaient une sorte d’Eldorado, ils rêvaient de paysages somptueux, de femmes et d’insouciance. La Guerre d’Indochine était alors vue comme une  « guerre de routine » avec peu d’affrontements jusqu’à ce que cela s’envenime peu à peu. Bareuil veut lui se rattraper de son engagement tardif contre les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale. Vivre l’histoire à travers Bareuil, c’était également essayer de comprendre ce personnage français au milieu des légionnaires, brasement social et culturel dans un pays qui n’est pas le sien.

Bareuil et Botvinnik, des personnages complexes

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Un fois les questions du cadre et du point de vue expliquées, Jérémie Guez est interrogé sur ses personnages. Tout d’abord, les lecteurs de Babelio souhaitent savoir si Charles Bareuil, le légionnaire et Joseph Botvinnik, l’occidental engagé chez les vietminh, vont devenir des personnages récurrents. La réponse ne se fait pas attendre « j’espère que oui» dit l’auteur, avant qu’il ne nuance ses propos « J’aimerais me pencher sur la passé de Bareuil, mais soyons honnêtes, il ne peut pas avoir vécu toutes les guerres ! ». Une fois rassuré sur le futur des héros, nous nous attardons sur Charles Bareuil, cet homme traumatisé qui a tout perdu lors de la seconde guerre mondiale. Il se retrouve, au sortir de la guerre, inapte au monde réel, ne pouvant plus trouver sa place dans cette société qu’il ne comprend pas, qu’il ne comprend plus. Son passé est esquissé dans Le dernier tigre rouge  mais il reste de nombreuses zones d’ombres : l’histoire de sa famille, le rôle de son père… Son passé trouble et compliqué fait de lui un personnage très intéressant, en quête d’identité. Quant à ses convictions politiques, il n’en a plus. Dégouté de la politique, Jérémie Guez le défini comme « Anarchique à la rigueur, mais sans la violence et le militantisme ; il est déçu de la politique et de l’engagement. Il cherche à fuir la vie civile. » Ni amer, ni naïf, Charles est un homme marqué par la vie et pourtant respectueux de cette dernière. Un lecteur demande alors s’il y a une part de Jérémie Guez dans Bareuil, ou de Charles dans Jérémie. « Peut-être répond l’auteur, Ce n’est ni un personnage idéaliste ni une brute épaisse.»  Sa force, c’est son espoir, son envie de rédemption. « Heureusement, ajoute l’auteur, je ne suis pas aussi cabossé que lui !»

Mais alors qu’en est-il de Joseph Botvinnik ? Jérémie nous parle de ce personnage, énigmatique, source de l’obsession de Charles Bareuil. Un Français qui se rebelle contre la France et qui rejoint les troupes Vietminh. Botvinnik est un personnage très intéressant, qui interpelle. C’est un anti-héros, traumatisé de la même façon que Bareuil. Ils ont vécu les mêmes choses, mais ont choisi des chemins différents. Jérémie Guez avoue que ce sont ces contradictions, ces ressemblances entre les deux personnages qui lui ont plu lors de la création de ses personnages.

 

A propos du travail d’écrivain

 

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A la demande des lecteurs présents, Jérémie Guez prend le temps d’expliquer sa méthode de travail. Pour ses recherches préalables,  Jérémie a lu de nombreux livres traitant de la guerre d’Indochine puis il s’est lancé dans l’écriture. Au cours de la rédaction, il vérifiait ses informations et relisait de temps en temps quelques ouvrages pour « remette les choses en perspective et sortir la tête du guidon ». Il a également effectué un gros travail de recherche sur les armes utilisées. Il explique qu’actuellement, les légionnaires ont tous la même arme contrairement à 1946 où chacun choisissait son arme de prédilection ou bien les armes abandonnées après la Seconde Guerre mondiale ; il lui a donc fallu plonger dans les écrits des légionnaires pour retrouver les modèles utilisés ! Enfin, il a visionné de nombreux films d’action portant sur la guerre d’Indochine, pour comprendre et s’imprégner de l’ambiance étrange qui régnait sur les troupes.  Il parle ensuite de son plan, très précis, mais qui peut évoluer en fonction de l’écriture et de l’évolution de ses personnages.

Interrogé sur le rapport qu’il entretient avec ces derniers, Guez nous avoue qu’il s’est fortement attaché à eux. Bien qu’il écrive de la fiction, il campe et défini ses personnages et se sent comme garant d’eux. Au sein même de la fiction, il n’a pas tous les droits sur les protagonistes, il doit respecter le caractère de ceux qu’il a créé. S’il décide de modifier l’un de ses personnages, il doit le justifier, l’expliquer, afin que cela soit crédible ; finalement, on ne sait plus qui guide qui !

 

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Enfin les lecteurs de Babelio posent des questions techniques à Jérémie Guez : qui a choisi le titre, la couverture, la carte géographique, les notes de bas de pages, les virgules, les points virgules… l’auteur répond qu’il a presque tout choisi. S’il n’y a pas de notes de bas de pages c’est parce qu’il ne les aime pas et les points virgules sont ses signes de ponctuation de prédilection !

Sur ce, le débat se clôture laissant place à une séance de dédicaces où chaque lecteur peut discuter avec Jérémie Guez.

Une très belle rencontre qui a permis à beaucoup de lecteurs de découvrir un jeune auteur très prometteur.

 

Découvrez Le dernier Tigre Rouge aux éditions 10/18.

 

Où l’on vous propose de gagner une "Babelio Box" sur Facebook !

Gagnez une Babelio Box

Vous serez bientôt 20 000 lecteurs, auteurs, éditeurs à nous suivre sur Facebook et partager nos humeurs livresques ! Pour fêter cela et vous remercier, nous offrons une "Babelio Box" surprise ( contenant des livres et des goodies  !) à l’un d’entre vous.

 

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Le règlement est simple : Nous effectuerons un tirage au sort parmi les gens qui partageront, aimeront ou commenteront ce statut Facebook !

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Voici un lien vers un aperçu de la Babelio Box gagnée par @Everbook1 lors de notre précédent concours sur Twitter : http://www.everbookautrement.com/22/post/2014/04/box-bablio.html

Fin du concours quand nous aurons dépassé les 20 000 membres !

Où l’on vous informe d’une nouvelle loi sur le livre

Une nouvelle loi sur le livre : polémique en vue ? 

C’est avec étonnement et, disons-le, un certain optimisme, que le milieu du livre avait reçu l’invitation ce midi à la première conférence de presse du nouveau premier ministre.

BERNARD BISSON/JDD/SIPA

Que l’édition française soit au cœur des préoccupations du gouvernement, voilà une nouvelle qui avait de quoi réjouir ces acteurs importants de l’économie française dont les recommandations sont trop souvent ignorées par les gouvernements successifs.

De fait, c’est avec un air grave et accompagné du ministre de la culture et du ministre du "made in France" Arnaud Montebourg que le premier ministre s’est adressé aux éditeurs pour leur signaler la proposition d’une nouvelle loi qui s’annonce des plus polémiques :
"Nous sommes partis d’un constat : les livres français ne se vendent plus autant qu’il y a quelques années. On ne parle même plus de grande littérature française contemporaine. Nos auteurs ont été supplantés par les écrivains américains et anglais." Et le premier ministre de citer le Salon du Livre comme exemple qui en est réduit à célébrer "l’Argentine, Shanghai et bientôt le Brésil, plutôt que la France".
Et pour faire face à ce constat terrible, le premier ministre fraîchement nommé ainsi que le ministre de la culture ont eu une idée  qui risque bien d’alimenter les discussions dans les cafés germanopratins : "Dans notre effort de soutenir le secteur de l’édition et les auteurs français, nous allons ainsi instaurer des quotas : 40% des auteurs publiés par une maison d’édition devront être français. Cela se fait à la radio depuis le début des années 1990 et il est temps d’appliquer cette mesure à l’édition."
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La mesure sera effective dès la prochaine rentrée de septembre et s’appliquera à toutes les maisons d’édition françaises, quelles que soient leurs lignes éditoriales.

Des réactions polarisées

 

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Un éditeur rencontré dans un célèbre café parisien mais qui a tenu a garder l’anonymat nous a fait part de ses craintes quant à cette mesure pour le moins inattendue : "C’est encore une mesure prise à la va-vite et qui n’a aucun sens. Mon programme de septembre, constitué de 60% d’auteurs anglo-saxons, est déjà bouclé. Comment voulez-vous que je le change maintenant ? "
Le syndicat des traducteurs n’a pas attendu pour monter au créneau : "Derrière cette annonce populiste se cache une véritable attaque contre le métier de traducteur, le maillon déjà le plus fragile de la chaîne de l’édition."
Loin de ces réactions hostiles, un célèbre auteur rencontré près du CNL ne cache pas son enthousiasme : "Enfin une bonne nouvelle ! Je publie un roman par an. Avec cette nouvelle mesure, je vais en publier tous les deux ou trois mois et peut-être envisager de gagner ma vie avec mon métier d’écrivain."

Votre avis

Cette annonce est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle selon vous  ? Cela permettra-t-il à de nombreux français de proposer leur manuscrits aux maisons d’édition et espérer enfin être publiés ? Ou bien est-ce une terrible attaque contre la littérature ? Enfin, cela aura-t-il un impact significatif sur vos PAL ? Encore une fois, nous vous laissons l’opportunité, chers lecteurs, de participer au débat et de donner votre avis en commentaire.

Quand Babelio se montre au Salon du Livre 2014

Nous envahissons les stands des éditeurs grâce aux petits cartons orange de critiques de lecteurs

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C’était l’une des attractions du Salon du Livre l’année dernière, nous proposions sur les stands des éditeurs partenaires, des extraits de critiques de nos membres.  On remet le couvert cette année avec plus de 500 extraits  qui trôneront sur les stands de 93 éditeurs partenaires ! Saurez-vous retrouver votre critique parmi ces extraits ? Pour le savoir, rendez-vous au salon du livre et recherchez les cartons oranges sur les stands des éditeurs.

Les stands des éditeurs partenaires : 

A dos d’âne, Actes Sud, Actes Sud Junior, Adabam, Albin Michel, Alexandrines, Alma, Alzabane, Atelier de l’Agneau; Au Diable Vauvert, Audiolib, Autrement, Auzou, Balivernes, Belin – jeunesse, Bruno Doucey, Bulles de Savon, ça et là, Calmann-Lévy, Cherche Midi, Chèvrefeuille Etoilée, Clochette, Critic, Delcourt, Denoël, Des Femmes, Des Syrtes, Diane de Selliers, Don Quichotte, Dunod, Ecole des Loisirs, Editions Dialogues, Editions du Chat Noir, Editions du Lampion, Editions Générales First, Editions Jouvence, Editions Millefeuille, Editions Nomades, Editions Tensing, Flammarion, Flammarion jeunesse-Casterman jeunesse-Autrement, Grasset Jeunesse, Gulfstream, Harlequin, J Editions, J’ai lu, Kero, La Grande Ourse, La Martinière, La Martinière / Seuil Jeunesse, La Musardine, Le Passage, Les Ardents, Les Editions de la Cerise, Les impressions nouvelles, Les P’tits Bérets, Les Petits Platons, Libella, Livre de Poche, Luce Wilquin, Mama Editions, Marabout, Mauconduit, Media et médiations, Mercure de France, Metailié, Mnémos, Nobinobi, Odile Jacob, Ombres Noires, Pascal Galodé, Philippe Rey, Philosophie Magazine, Place des Editeurs, Plon-Perrin, Points, PUF, Rageot, Rebelle Editions, Riveneuves éditions, Robert Laffont, Rouergue Jeunesse, Séguier, Serge Safran Editeur, Soleil, Synchronique Editions, Tabou, Taïfu, TDO Editions, Thierry Marchaisse.

Retrouvez toutes les infos concernant les stands des éditeurs sur le site du Salon du livre.

Notre table ronde

Lundi à 16h30, retrouvez Pierre Fremaux alias Petit Ours, l’un des 3 fondateurs de Babelio lors de la table ronde "Les communautés de lecteurs" animée par Sarah Polacci avec Françoise Fernandes, Laetitia Joubert, Marion, Aurelia Szewczuk, Lucie Elbe et Thomas Schrameck.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Salon du livre.

Un salon du livre international 

Cette année, l’Argentine est le pays mis à l’honneur et Shanghai est la ville invitée.

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Une délégation de quarante-six écrivains argentins sera présente à la trente-quatrième édition du Salon du Livre de Paris. On vous propose de réviser dès maintenant vos connaissances de la littérature argentine grâce à notre liste de livres sur la littérature argentine.

Cette année, c’est également le centenaire de la naissance de Julio Cortazar, auteur argentin de la fin du XXe siècle dont on vous invite à (re)découvrir les meilleures citations.

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Dix-sept auteurs de Shanghai seront également présents, certains déjà traduits en français, d’autres écrivant exclusivement en chinois (pour le moment). Vous retrouverez une librairie thématique et un programme de tables rondes dédiées – dont plusieurs avec de grands auteurs français –, à l’actuelle scène littéraire shanghaienne. Nous vous avons pour l’occasion préparé une liste présentant les principales oeuvres de ces auteurs trop peu connus en France.

Pour les plus jeunes d’entre nous, on vous recommande de partir à la rencontre d’Antoon Krings, l’auteur des Drôles de petites bêtes qui vous attend sur la Grande Scène (U6) de 14h30 à 15h30 le vendredi 1er mars. En attendant, on vous propose un jeu : trouver le bon prénom des célèbres bêtes dans la liste proposée (attention, quiz marathon de cinquante questions !).

Les 40 ans de Yakari

C’est avec deux événements à célébrer que Derib est venu au Salon du Livre 2014. Le premier est la sortie de Yakari et la tueuse des mers, le 38 ème album des aventures de Yakari, le jeune héros sioux préféré des enfants.
Mais si cette nouvelle aventure mérite que l’on s’y attarde autant, c’est qu’il marque les 40 ans du héros, né en 1974 sous la plume de Job et Derib.
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Invité à présenter sa nouvelle aventure ainsi qu’à répondre aux questions de ses jeunes lecteurs, Derib s’est présenté sur la Grande Scène devant une cinquantaine d’enfants tout heureux de pouvoir parler avec le dessinateur, le voir dessiner en direct et lui poser  quelques questions sur Yakari, l’indien qui sait parler aux animaux.

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James Bond au Salon du Livre

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Lorsque le créateur de James Bond, Ian Feming, passe l’arme à gauche en août 1964, il laisse derrière lui un oeuvre immense, un héros orphelin et un roman inachevé :  "L’Homme au pistolet d’or".
A la demande des ayants droits qui ne souhaitent pas laisser tomber la série -lucrative- des James Bond, l’écrivain et grand connaisseur de l’oeuvre de Ian Fleming, Kingsley Amis corrige le manuscrit de "L’Homme au pistolet d’or" et publie, quatre ans après la mort de Ian Fleming, une nouvelle aventure de l’espion intitulée "Colonel Sun". Le roman ne rencontre pas le succès escompté mais marque une étape importante : si le personnage de James Bond a assez bien survécu à la mort de son créateur grâce aux succès répétés de ses aventures au cinéma et ses nombreux succès au box-office, l’espion survivra également dans la littérature.

S’ensuivent plusieurs romans signés par différents auteurs : à Kingsley Amis succèdent John Gardner, Raymond Benson, Charlie Higson, Sebastian Faulks , Jeffery Deaver et William Boyd, auteur d’un tout récent Solo dans laquelle James Bond visite un continent qu’il connait peu : l’Afrique.

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William Boyd était ainsi présent ce 23 mars au Salon du Livre pour s’entretenir, dans un superbe français (c’est que cet auteur anglais possède une vigne en France) avec Eric Neuhoff au sujet de cette dernière aventure. L’occasion pour l’auteur anglais de revenir sur son intérêt pour James Bond autant que pour Ian Fleming.

"Ce sont les ayants droits de James Bond qui sont venus me voir, a t-il  affirmé au public de la Scène des Auteurs. Ils connaissaient mes romans d’espionnage et mon intérêt pour Ian Fleming, un auteur complexe qui est presque aussi fascinant que son personnage de James Bond. J’ai accepté car ils ne me demandaient pas de faire un pastiche. Ma voix est présente dans ce roman."
Questionné sur le cahier des charges imposé par les détenteurs de la licence James Bond, William Boyd a répondu que si celui-ci était effectivement imposant, il a tout fait pour oublier les films de la série afin de respecter le plus possible le personnage de James Bond tel que décrit par Ian Fleming dans ses romans.
Tout de même interrogé sur une éventuelle adaptation du livre au cinéma, William Boyd a botté en touche. Il a situé l’action en 1969 alors que James Bond a 45 ans, un âge charnière pour l’espion. Le fait de situer l’action à cette époque empêche selon lui toute adaptation au cinéma car les films sont toujours situés dans un cadre très contemporain. Il ne voit pas les producteurs situer l’action aussi loin dans le passé.

Avez-vous quant à vous aimé cette version Boydienne de James Bond, et souhaiteriez-vous la voir adapté au cinéma ? Partagez votre avis sur Babelio !

Valérie Tong Cuong et Grégoire Delacourt, ces auteurs qui nous veulent du bien

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Deux des plus grands auteurs de best sellers actuels étaient invités cette année par le Salon du Livre pour s’entretenir autour du thème "des livres qui nous veulent du bien." Grégoire Delacourt, l’auteur de La Liste de mes envies et La première chose qu’on regarde ainsi que Valérie Tong-Cuong, auteur de L’Atelier des miracles  étaient ainsi sur scène pour parler de leurs livres et de ce qui les rapproche tous les deux dans l’écriture de leurs romans.

Tous les deux plébiscités par les lecteurs de Babelio, les romans de Valérie Tong-Cuong et Grégoire Delacourt partagent effectivement de nombreux points communs dont celui de rendre leurs lecteurs particulièrement heureux.

Des feel good books ? Grégoire Delacourt s’en défend pourtant : "C’est simplement une étiquette utilisée par des journalistes. Il ne faut pas mettre les livres dans de telles cases. Moi ce qui m’intéressait avec mes deux romans, c’était simplement de parler d’amour, de désir. C’est important d’en parler aujourd’hui." Un sentiment partagé par Valérie Tong-Cuong qui refuse également d’être rattachée à cette étiquette de feel good books. Elle précise qu’elle ne commence jamais un roman avec l’objectif de rendre les lecteurs heureux. Elle ne sait d’ailleurs jamais tout à fait comment ses romans vont se terminer. Avec L’Atelier des miracles, son objectif était simplement d’interroger la notion de l’aide : "Jusqu’où peut-on aller pour aider l’autre ?" c’est ce qui m’intéressait."

Le best-seller La Liste de mes envies étant bientôt adapté au cinéma, Grégoire Delacourt n’a pas pu éviter de répondre à quelques questions autour de cette sortie. S’il a eu un droit de regard total sur cette adaptation, il a déclaré ne pas s’en être servi. Le film sortira le 14 mai ! Irez-vous le voir ?

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Autre scoop de la rencontre, Grégoire Delacourt a dit ne pas vouloir écrire de nouveaux livres. Son éditrice n’est évidemment pas du même avis ! Pensez-vous que La première chose qu’on regarde sera ainsi son dernier roman ?

Nous espérons que vous avez passé un bon Salon. N’hésitez pas à partager toutes vos impressions du Salon et vos photos sur le forum ou sur le twitter de Babelio !

Où l’on vous présente RecycLivre

Connaissez-vous Recyclivre.com ?

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Recyclivre.com est un site internet de vente de livres d’occasion original qui crée un lien solidaire entre ses clients et les populations défavorisées. Le destin d’un livre dont on souhaite se séparer n’est ni la cave, ni la poubelle jaune, ni la déchetterie. RecycLivre offre aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités un service gratuit de récupération de livres d’occasion, et leur donne une deuxième vie en les proposant à la vente sur internet.

Donnez vos livres d’occasion

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RecycLivre a été créé en 2008 par David Lorrain avec une idée bien précise : donner une seconde vie aux livres. « Tout est venu d’un constat, explique-t-il au journal La Croix, Personne n’aime jeter un livre déjà lu mais, en même temps, les appartements parisiens sont petits, étroits, et vite encombrés par des livres qui méritent mieux que la poubelle jaune ou la déchetterie ».

Vous avez ainsi, avec le temps, accumulé un certain nombre de livres et vous souhaitez vous séparer de certains d’entre eux ? Pas de problème, l’équipe de RecycLivre s’engage à venir les chercher chez vous gratuitement lors de ses tournées pour l’instant parisiennes et bordelaises.

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Avec RecycLivre, il est très simple  de donner vos livres : l’équipe arrive chez vous avec tout le matériel. Nul besoin d’emballer vos livres, Recyclivre s’occupe de tout !

Un geste solidaire

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 RecycLivre une entreprise responsable.
 « Chez Recyclivre.com, l’humain et la préservation des ressources naturelles sont mis au centre de la création de richesses » déclarait son créateur en mai 2013.

Par l’intermédiaire du site et à l’occasion de chaque vente, les clients sont sensibilisés à  la  démarche  solidaire  de  l’entreprise  en  faveur  de  l’éducation  :  la  lutte  contre  l’illettrisme commence par la remise en circulation de livres d’occasion.

Cet engagement se concrétise également grâce aux projets menés conjointement par RecycLivre et Aide  et  Action.  10% des ventes réalisées par le site sont en effet redistribuées à l’association Aide et Action. Après  avoir  aidé  les  villages  indiens  de  la  région  de  Prathiba,  Aide  et  Action intervient désormais dans les districts de Madhubani et de Samastipur situés dans l’état du Bihar.

Comme il est indiqué sur le site, 180521.75 euros ont été à ce jour reversés à l’association Aide et Action

Alors qu’attendez-vous pour donner vos anciens livres ? 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Mallock

En partenariat avec les éditions Fleuve noir, certains lecteurs de Babelio ont eu la chance de rencontrer Jean-Denis Bruet-Ferreol alias Mallock à l’occasion de la sortie de son nouveau thriller  Les larmes de Pancrace. Apparu pour la première fois en 2010 dans le roman Les Visages de Dieu, le commissaire Amédée Mallock commence à devenir une figure incontournable de la littérature policière ! Qui est donc ce Mallock qui semble être sur tous les fronts ? Une quarantaine de lecteurs de Babelio sont là pour le découvrir.

 

Amédée Mallock vs Jean-Denis Bruet-Ferreol alias Mallock

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Immédiatement interrogé sur les liens troubles qui le rattachent à son héros éponyme, l’écrivain JD Ferreol alias Mallock se confie aux lecteurs : Amédée Mallock est né sous sa plume au début des années 2000 et a été conçu à l’origine comme un second rôle. L’auteur explique cependant qu’il s’est peu à peu attaché à ce commissaire et que, prenant de plus en plus de plaisir à écrire sur lui, il décide d’en faire le pion central de ses autres romans.  Pensé au départ comme le contraire de lui-même, comme «un être à part, entre brusquerie et douceur », Mallock se rend compte, à sa grande surprise, que les lecteurs sont touchés par ce personnage et que nombreux sont ceux qui retrouvent le visage de l’auteur dans son commissaire.  Il décide donc de continuer sa route avec le personnage d’Amédée, le développant petit à petit.

A la demande des lecteurs présents, Mallock prend le temps de nous dépeindre son personnage. Amédée donc, commissaire de police d’une cinquantaine d’années, a perdu son fils très tôt, ce qui en fait un homme blessé et meurtri. Les lecteurs de Babelio demandent alors à l’auteur pourquoi le passé du héros est si noir. Mallock explique qu’il a créé cet enquêteur à la naissance de son second fils ; une époque à laquelle il avait peur, peur de perdre ses enfants. C’était ainsi sa façon d’expulser ses angoisses de père. Il a fait le choix de donner un visage résolument humain au commissaire, avec des vices, comme la drogue qu’il prend pour faire taire sa douleur ou désinhiber son esprit. Donc oui, Mallock le commissaire, Mallock le héros est un drogué. Un homme fait de faiblesses et conscient de ses limites, mais aussi un homme qui évolue comme on évolue dans la vie. Au fil des livres, il retrouve sa joie de vivre et recommence à rire. L’auteur souligne que dans chaque roman, une histoire particulière est proposée autour d’Amédée pour permettre au lecteur de mieux le comprendre.

La question se pose alors : quels sont les points communs entre l’auteur et son personnage ? Pourquoi prendre l’alias de son héros ? L’auteur nous répond sans détour, avec un petit sourire : «  pour des raisons pratiques. » Après avoir publié ses premiers romans en tant que Jean-Denis Bruet-Ferreol, il remarque que la longueur de son nom lui porte préjudice. Il choisit donc de le remplacer par le patronyme de son commissaire, dans un souci de facilité. Ainsi, pas de confusion. L’auteur se sent même porté par le nom d’Amédée car apprécié du lectorat. Il précise cependant qu’ils n’ont ni la même vie, ni la même histoire. En fin de compte, Mallock et Amédée Mallock ont des similitudes de caractères mais sont deux personnes à part entière. D’ailleurs, l’auteur nous avoue avoir de grands projets  pour son héros : « Il sera vraiment différent dans le dernier livre. Je veux qu’il y ait une réelle évolution dans la saga. »

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Mallock et la construction d’un roman policer

Une fois ces questions d’Amédée / Mallock tirées au clair, les lecteurs se sont intéressés aux pratiques de l’écrivain, de la recherche du sujet à l’écriture du roman. Parce que les livres policiers de Mallock semblent très documentés, les lecteurs lui ont demandé combien de temps il passait à potasser ses sujets et comment il s’y prenait exactement. L’auteur a répondu que si c’est beaucoup plus simple aujourd’hui grâce à internet, ce n’était pas la même chose il y a 20 ans. Il nous raconte ses débuts, lorsqu’il devait acheter les livres médico-légaux, chercher dans les bibliothèques et  attendre que des ouvrages sortent. Il a ainsi accueilli Google comme une bénédiction. Il faut préciser que les recherches de Mallock pour chaque roman durent environ une année. Il se renseigne donc le plus possible, dans les moindres détails et souvent, emporté par son travail de recherche, il découvre ce qu’il appelle des « cadeaux de l’histoire ». Ces cadeaux, ce sont des coïncidences, des correspondances, des événements ou une chronologie qui l’aident dans la construction de son roman. Par exemple, dans les larmes de Pancrace une partie de l’action se déroule au quatorzième siècle grâce à l’un de ces « cadeaux de l’histoire ». Pendant ses recherches, Mallock a en effet découvert une anecdote à propos du Pape et de son goût pour le vin et a donc posé son cadre spatio-temporel dans un vignoble bordelais en fonction de cette trouvaille.

Se pose alors la question de la vérification des informations qui s’avère être bien pensée et bien appliquée.
Dans un premier temps, Mallock vérifie ses dires en recoupant toutes ses informations et en multipliant ses sources. Concernant le domaine médico-légal, il nous avoue avoir acquis de réelles compétences tout en  restant à l’affut des avancées technologiques pour ne pas se faire dépasser.  En termes de géographie, l’auteur avoue quelques faiblesses mais déclare pouvoir s’appuyer depuis quelques années sur Google Earth qui lui permet de se promener virtuellement dans la ville pour repérer les bâtiments, rues et architectures qui lui serviront dans le roman.
Dans un second temps, le service de correction de l’éditeur vérifie tous les détails : les dates sont-elles tout à fait exactes, le temps des trajets en voiture sont-ils réalistes ? Le plus important nous dit-il, c’est d’aller assez loin dans ses recherches pour pouvoir lever l’incrédulité du lecteur et de pouvoir l’emmener toujours plus loin, à la limite de l’étrange et du fantastique.

Interrogé sur les personnages aux très forts caractères qui peuplent son dernier roman, Mallock raconte comment ses personnages se forment et comment il les présente, sans jamais les décrire mais grâce à des petits gestes ou habitudes : Félicien, un personnage important de son dernier roman a ainsi une manière très particulière de rouler ses cigarettes et le juge garde dans ses poches de bien mystérieuses gerbilles. Il préfère suggérer les personnages au lecteur pour qu’il se fasse sa propre image d’eux plutôt que de lui imposer son idée.
« Je ne triche pas » déclare Mallock. Trois jours durant, il rêve d’eux, envisage chaque aspect de leurs personnalités, puis les couche sur papier avant de demander à sa femme de relire et de critiquer.  Mallock nous livre au passage un de ses petits secrets de travail : « J’écris des plans détaillés de 50 pages avant de commencer à rédiger. J’ai aussi des grandes feuilles A3 sur lesquelles j’ai le plan global de mon roman. Je travaille sur un cycle de trois ans : la première année je fais des recherches, la deuxième j’écris, la troisième je relis. Si vous calculez, en ce moment, j’écris ma cinquième enquête et je fais mes recherches sur la sixième ! Donc je sais ce qui va arriver à Amédée ! »

Suite à cette révélation, un babelionaute lui demande si les critiques et avis des lecteurs peuvent faire évoluer son plan. Si la réponse est négative, il concède cependant qu’il est très attaché à son travail d’écriture et qu’il peut être fortement affecté par une critique négative. Car écrire c’est se livrer sans tricher, se mettre à nu devant un lectorat et attendre les impressions de chacun. C’est un moment dur car il s’expose totalement au regard d’autrui, sans carapaces ni faux semblants. Cet auteur, il nous fait un peu penser à Amédée non ?

Enfin, Mallock nous parle de son écriture qui est presque bipolaire : un style poétique et sophistiqué pour illustrer le quatorzième siècle et un plus détendu pour les dialogues. Il joue sur le décalage, tout en veillant à ne pas perturber la lecture de ses adeptes. Le langage familier lui permet simplement de mettre en valeur les passages plus littéraires.

Le mélange des arts

Mallock est auteur, mais aussi peintre, photographe, designer, inventeur. Nous l’interrogeons donc sur ses rapports avec le cinéma. S’il est vrai que le lecteur peut se targuer d’avoir l’impression d’être devant un film, Mallock n’écrit pas pour autant un scénario. Bien que féru du septième art, il nous dit aimer travailler de façon autonome, voir solitaire, chose très compliquée à faire en tant que scénariste ou réalisateur. Si, un jour, ses livres sont adaptés au cinéma, il choisira une personne de confiance et la laissera porter entièrement le projet.

En attendant, son penchant pour cet art se retrouve dans ses livres car il s’interroge toujours sur l’aspect visuel en écrivant une scène.

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Sur ces belles paroles, le débat se clôture laissant place à une séance de dédicaces où Mallock prend le temps de répondre aux questions plus personnelles des lecteurs.

Un joli moment de partage qui nous permet de mieux connaitre cet auteur hors du commun.

D’autres comptes-rendus de la soirées sont disponibles sur les blogs de leslivresdemavie et de karo-no-hon.

Découvrez Les larmes de Pancrace de Mallock, aux éditions Fleuve noir

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Où l’on vous propose de gagner une "Babelio Box" sur Twitter !

Gagnez une Babelio Box !

Vous serez bientôt 10000 lecteurs, auteurs, éditeurs à suivre l’actualité littéraire sur la page twitter de Babelio ! Pour fêter cela, nous offrons une "Babelio Box" surprise ( contenant des livres , des goodies et des surprises !) à l’un d’entre vous.

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Le règlement est simple : Nous tirerons au sort un de nos followers qui aura partagé ce tweet :  "Bientôt 10000 followers sur @Babelio ! Partagez ce tweet et gagnez peut-être une Babelio Box surprise !  http://wp.me/p3Y9n-1bF " !

Résultats le lundi 10 mars à 11h !

Où Babelio rencontre l’un des dix-huit fondateurs des éditions Delpierre

Dans le cadre de notre série d’entretiens avec des éditeurs, nous avons posé quelques questions à Jean-Christophe Delpierre qui vient de fonder, avec dix-sept autres grands noms du monde de l’édition, une nouvelle maison qui porte son nom : les Editions Delpierre.

De la ligne éditoriale aux problématiques de 2014, Jean-Christophe Delpierre nous présente sa maison et les enjeux de cette nouvelle aventure.

Jean-Christophe Delpierre

Notre entretien avec Jean-Christophe Delpierre

Comment sont nées les Éditions Delpierre ?

Je travaille dans l’édition depuis l’âge de 20 ans à peu près. J’en ai 58 aujourd’hui et je pense en avoir fait presque  tous les métiers : maquettiste,  journaliste, éditeur, commercial, directeur général, directeur artistique… J’ai reçu une éducation de lettres classiques, et j’ai eu la chance de passer trois ans à l’Ecole Estienne, où j’ai appris à aimer les livres en tant qu’objets magiques.

"Cela s’est imposé comme une évidence : il fallait repartir de zéro et créer une maison pour publier des livres en prenant le temps nécessaire."

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Puis les hasards de la vie ont fait que j’ai la plupart du temps travaillé dans l’univers de la communication , de la presse et de l’édition. ; j’ai par exemple eu une agence de communication visuelle (Point-Virgule), où je faisais des couvertures de livres au tout début de ma carrière, puis j’ai été chez J’ai lu du temps de Jacques Sadoul. J’ai dirigé Fluide Glacial pendant douze ans, au sein de Flammarion, Beaux-Arts, SF Mag, Vivre Plus, etc. dans le groupe Media Participations.

J’ai ensuite dirigé des maisons comme Dargaud et Les Editions Chroniques, que je suis toujours très fier de diriger aujourd’hui, à l’ère du numérique. C’est ainsi que par petites touches j’ai pu constituer une expérience, un savoir, des amitiés.

Il y a deux ans, des amis m’ont approché pour fonder une nouvelle maison. De fait, à force de parler d’édition avec certains amis, nous nous sommes rendu compte que nous étions tous arrivés à un certain niveau de responsabilités  qui nous éloignait peu à peu du cœur de notre métier. Nous sommes en effet devenus des gestionnaires ne disposant guère de temps pour entretenir de vraies relations avec les auteurs ou les libraires.

Nous nous sommes ainsi retrouvés parce que c’était dommage d’avoir perdu ce contact, d’avoir oublié nos vrais métiers. Cela s’est imposé comme une évidence : il fallait repartir de zéro et créer une maison pour publier des livres en prenant le temps nécessaire.

"Je préfère qu’on se trompe plutôt que de dépenser du temps et de l’argent dans de multiples réunions suivies d’études de marché."

Les éditions Delpierre ont la particularité d’avoir été fondées par des personnalités importantes du monde de l’édition. Combien de personnes se sont réunies pour fonder cette maison et quels sont leurs profils ?

Il y a dix-huit personnes en tout. Chacun a un profil différent.

Chacun des associés a dirigé des équipes, des entreprises,  ou en dirige toujours.

Ils sont plus ou moins jeunes mais ont tous une réelle expérience : un patron d’une boîte de distribution, un directeur commercial d’une maison d’édition, deux directeurs commerciaux de deux groupes différents ; on a également des éditrices, une responsable de fabrication, des directeurs artistiques, une traductrice, un libraire.  De l’éditorial au commercial en passant par la diffusion et la distribution, à peu près tous les métiers de l’édition sont représentés. Cette chaîne-là, cette agrégation de savoirs et d’expériences, c’est un luxe qu’une jeune maison d’édition traditionnelle ne pourrait pas se payer.

Dix-huit personnes de l’édition qui ont entre trente et soixante ans, qui, à des degrés divers ont édité,  fabriqué, vendu des milliers d’ouvrages de tous les genres, ont forcément un avis intéressant et raisonné sur les livres. Quand ils jugent une couverture, ils savent de quoi il s’agit. Nous pouvons parler d’un livre sans avoir à faire une réunion marketing avant. Je préfère qu’on se trompe plutôt que de dépenser du temps et de l’argent dans de multiples réunions suivies d’études de marché.

Le seul élément qu’on a soigneusement évité dans notre tour de table, c’est un auteur ! Je dis cela en plaisantant mais c’est vrai qu’il n’y a aucun auteur parmi nous. Il n’est jamais bon d’être juge et partie.

Aviez-vous déjà tous travaillé ensemble ?

Oui, nous nous connaissions déjà tous et avions déjà travaillé ensemble, d’une manière ou d’une autre. Nous avons depuis longtemps des liens de confiance, de respect professionnel, de complicité.

On imagine qu’à dix-huit, cela doit être assez compliqué de choisir les livres que vous voulez tous éditer. Avez-vous tous votre mot à dire ?

Evidemment nous n’aimons pas tous la même chose et nous avons des univers assez différents. Mais nous nous sommes aperçus que cela était une vraie richesse.

Les dix-huit associés forment le comité de lecture. On a évidemment tous notre mot à dire. Prenons par exemple un livre que l’on peut classer dans les romans historiques féminins qui va sortir en mars. C’est un genre souvent décrié, mais que nous voulons défendre avec de beaux livres très bien écrits qui peuvent s’adresser à tous les lecteurs, hommes ou femmes. Nous avions fait imprimer et relier 18 jeux d’épreuves.  Tout le monde chez nous a donc pu lire ce livre et chacun a eu son expertise, ses remarques, du directeur commercial au libraire. Cela est une vraie force. Nous donnons tous de notre  temps pour nous parler et partager nos compétences. Celui qui est directeur artistique nous aide par exemple sur les couvertures, tout comme le libraire pour la diffusion..

C’est agréable d’éditer les livres de A à Z avec ses copains et de savoir que tout le monde peut donner son avis de manière assez franche. On arrive à nous mettre d’accord. Il n’y a pas de questions d’égo mais un vrai respect mutuel.

"Qu’est-ce qui nous a guidés ? Nos goûts pour la littérature populaire."

Concrètement, comment sont proposés les livres et comment les retenez-vous ?

Les livres sont souvent proposés par certains des associés, par d’autres  éditeurs, des amis, des agents qui commencent à nous connaitre et nous soumettent des livres. De nombreuses propositions viennent également directement d’auteurs que nous connaissons depuis longtemps. Et puisque nous sommes une maison d’édition généraliste, que nous aimons la littérature populaire, nous essayons de dénicher des perles rares.

Pour vous donner un exemple, une de nos associées me téléphone : « Ce matin, j’ai lu un livre anglais incroyable dans le métro. Ce livre, il est pour Delpierre, il est pour nous. Il faut que tu le lises ».  Je le lis et le transmets en même temps à deux lecteurs qui me font des fiches de 8 à 12 pages. Après avoir consulté ces avis et après avoir beaucoup parlé avec eux, je décide s’il faut continuer l’aventure ou pas. C’est un premier filtre assez traditionnel sauf que dans de plus grandes maisons, par manque de temps, il est difficile  de faire des fiches aussi détaillées et de prendre ce temps de la discussion. Nous, on a décidé de prendre ce temps-là.

Quelle sera la ligne éditoriale des Editions Delpierre ?

Logo Delpierre

On va essayer de faire une maison d’édition généraliste. Qu’est-ce qui nous a guidés ? Nos goûts pour la littérature populaire. De même, nous aimons tous les livres d’évasion dans lesquels le paysage est un personnage à part entière. C’est dans cette variété qu’il faut trouver notre ligne éditoriale,  même si, pendant deux ans, nous allons essayer pas mal de choses assez différentes. On part du principe que l’on peut aimer plusieurs genres : des polars durs comme des lectures plus légères ou des documents incroyables.

"Le seul moment où l’on peut être un peu hétéroclite, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est au début."

En deux ans, nous allons essayer de montrer toute la palette de notre catalogue pour que les libraires puissent s’habituer au fait que, chez Delpierre, nous allons publier des romans ésotériques, des romans policiers, des documents ou, pourquoi pas, des beaux-livres. Le seul moment où l’on peut être un peu hétéroclite, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est au début.

Quels genres ne souhaitez-vous pas aborder ? Avez-vous fixé quelques limites ?

Aucune. Nous n’avons aucun a priori et on ne s’interdit rien. On essaie simplement de faire des choses pour lesquelles on se sent  meilleurs que les autres. Il y a des genres qui sont moins encombrés que d’autres et pour lesquels nous allons tenter d’apporter notre savoir-faire.

Combien de livres par an allez-vous publier ?

La première année, nous allons publier dix livres. Trois livres français et sept traduits.
Les mises en place seront raisonnables, nous tiendrons vraiment compte des libraires. Pas de surproduction chez nous, pas de coups non plus : Nous sommes là pour construire une maison, un catalogue.  Nous avons le temps.

Tous nos livres seront également intégralement disponibles en version dématérialisées grâce à e-Dantès, le diffuseur de livres numériques.

"Cette maison d’édition n’invente rien si ce n’est une autre façon de faire de l’édition." 

Tout de même, n’est-ce pas risqué de lancer une maison d’édition en 2014, en pleine crise du livre ?

Si, bien sûr. C’est une période de crise non seulement dans l’édition mais dans tous les commerces et dans la société en général. On sait que c’est la tempête mais on sait aussi que les gros bateaux ont plus de mal à infléchir leur cap que les petits bateaux comme le nôtre. On essaie simplement de se mettre en retrait de l’ébullition habituelle et de trouver du temps. Du temps pour lire et pour préparer, pour améliorer.

Il est difficile de  lutter contre la surproduction actuelle de livres. On sait que les linéaires des libraires sont déjà bien remplis et qu’ils n’ont pas le temps de tout lire ; alors nous allons essayer des choses comme par exemple leur envoyer les premiers chapitres de nos livres.

Cette maison d’édition n’invente rien si ce n’est une autre façon de faire de l’édition. Il y a de nombreuses maisons indépendantes qui se lancent et on partage avec elles ce goût de découvrir des livres, des auteurs, d’être sur des sentiers moins rebattus mais on a je pense quelque chose de plus : toutes les compétences, de haut niveau, dès le premier jour au sein de la maison elle-même et ça c’est redoutable.

Dans ce contexte actuel, comment se faire remarquer auprès des lecteurs ?

On a beaucoup discuté du format des livres. Faut-il être original ? Doit-on se faire remarquer sur les étals des libraires ? Mais est-ce que cela veut dire qu’il faudra aller dans la surenchère pour chaque nouvelle couverture ?  Nous avons plutôt opté pour du classique. On sait que les formats et les maquettes, ce sont des modes qui changent.

Nous avons réfléchi au dénominateur commun de tous nos livres tout en nous différenciant. Pour la couverture nous avons choisi un vernis « soft-touch » que l’on a envie de caresser car il est très doux et nous avons opté pour un  grand format qui sera le même pour nous nos livres. Nous voulions en effet que l’image de la couverture explose. Les livres auront également tous le même prix : 20 euros.
Enfin toutes nos couvertures auront un cadre, noir pour les polars et de différentes couleurs  pour les romans et en harmonie avec la couverture.

Pourquoi ce nom des éditions Delpierre et pourquoi ce logo ?

Le logo est simple et sobre. C’était notre volonté.

Pour le nom des éditions, nous pensions au départ à un prénom et un nom de famille car cela personnifie bien les maisons d’édition. C’est très compliqué d’inventer un « faux nom » qui fasse vrai. Autant en prendre un vrai. Certains associés ont proposé « Delpierre ». C’est un nom basique qui sonne aussi bien pour un Français ou un anglo-saxon. Tout le monde était d’accord alors pourquoi pas. Moi, j’étais très flatté et très fier bien sûr. Aujourd’hui, je peux le prononcer de façon très détachée.

Quels seront vos diffuseurs ?

Nous avons choisi La Diff, une maison de diffusion indépendante qui nous ressemble. Ils sont douze et ont déjà de nombreux petits éditeurs à leur catalogue. Ce qui nous intéresse c’est de grandir ensemble. Ils seront notre deuxième cercle d’associés. Avec eux, nous allons tester tout ce qui est possible et imaginable,en matière de diffusion et de forces de vente.
En Belgique nous sommes diffusés par Média Diffusion, en Suisse par Dargaud Suisse, toutes deux de belles maisons,  et au Canada par La Boîte de Diffusion, une jeune et ardente entreprise.

Quels sont les premiers livres que les lecteurs vont trouver en librairie ?

Vous allez découvrir de nombreux auteurs dès le 21 février !

P.D. Viner est un auteur anglais, un dramaturge. Le Dernier hiver de Dani Lancing est son premier roman. Il s’agit d’un thriller pur assez dur qui ravira les amateurs du genre. Le romunan a été traduit par Mélanie Fazi.

Olivier Descosse a publié de nombreux thrillers et est déjà bien  connu par les lecteurs mais il voulait aborder d’autres genres. Avec L’autre, il a écrit l’histoire d’un pilote d’avion un peu arrogant et à la vie facile qui est victime d’hallucinations. Il décide de ne rien dire à personne et de chercher en lui-même comment domestiquer et comprendre ses malaises. C’est un superbe roman sur une rédemption racontée par un auteur de thriller, qui ne dédaigne pas  une petite touche de fantastique.

Ce livre ne rentre pas vraiment dans une case précise  Aujourd’hui, c’est un vrai risque car les libraires ont parfois du mal à le vendre. On va essayer avec eux de casser ces étiquettes. L’autre est un roman. Point.

Suzon

En avril, nous allons publier Suzon. C’est le premier titre d’une grande épopée d’aventures et d’Histoire. Louise Bachellerie, l’auteur du livre, est absolument hors normes. Il s’agit d’une ancienne professeur de français qui a déjà publié de nombreux ouvrages mais aucun éditeur n’était vraiment tombé amoureux d’elle. Avec nous, elle est en train d’écrire une vraie saga. Il s’agit de portraits de femmes dans lesquels l’Histoire a une grande importance. C’est un univers très riche et  très original.

Claire North est le pseudonyme d’une auteure britannique très connue. Elle publie chez nous Les quinze premières vies d’Harry August, un roman fantastique très original.

L’année prochaine nous allons publier une jeune auteure croate qui écrit en anglais des bouquins qu’elle envoie sur internet comme on jetterait une bouteille à la mer. Elle en a écrit un qui est absolument génial et que nous allons publier.

"Nous n’avons aucun a priori et on ne s’interdit rien. On essaie simplement de faire des choses pour lesquelles on se sent  meilleurs que les autres." 

Vous nous parlez d’un auteur remarqué sur internet. Passez-vous du temps sur les blogs ou les réseaux sociaux à repérer des nouveaux auteurs ?  

J’ai appris beaucoup de choses ces derniers temps autour de la lecture et Internet. Mon assistante Marianne m’a par exemple appris l’existence de ces fans-fictions, de ces lecteurs qui écrivent la suite de leurs films, séries ou romans préférés. Marianne me dit que si tout n’est pas bon, loin de là, on peut parfois y trouver des choses épatantes.

C’est un phénomène assez  touchant. On trouve beaucoup cela aux États-Unis ou dans les pays de l’Est. Evidemment, il y a beaucoup d’éditeurs qui vont fouiner sur internet mais cela demande du  temps et il y a  des déchets. Là encore, nous pouvons nous le permettre, on peut prendre ce temps-là. Voilà un exemple de notre liberté.

Les entretiens de Babelio avec les éditeurs : voir celui de Philippe Robinet, éditeur de Kero, de Louis Chevaillier, éditeur de Folio, de David Vincent et Nicolas Étienne des Editions de l’Arbre Vengeur, de Diane de Selliers de la maison d’édition éponyme et d’Isabelle Varange des éditions Milady. 

Où l’on vous parle d’Angoulême

Pour la première fois de sa jeune histoire, l’équipe de Babelio s’est rendue à Angoulême où se tient depuis aujourd’hui le 41 ème festival de la Bande dessinée.

Revue de Presse

Gare Montparnasse 06h40…

Le voyage à Angoulême commence par une petite revue de presse. A tout seigneur tout honneur, on commence par le Libération d’aujourd’hui « Spécial Angoulême » dont les dessins de divers dessinateurs (dont quelques pointures comme Bastien Vivès,Willem,…) remplacent les traditionnelles photos. De même, le supplément « Livres » est l’occasion de voir les coups de cœur du journal : Hawkeye  de Matt Fraction,  David Aja et Javier Pulido, qualifié « d’objet pop, drôle et rafraichissant » ou encore Mauvais genre le bijou de Chloé Cruchaudet qui concoure cette année pour le fauve d’or.

Libération n’est pas le seul aujourd’hui à honorer la BD. Célébrant tout à la fois les deux ans du Huffington Post et l’ouverture de la 41ème édition du festival d’Angoulême, le pure player français a décidé d’ouvrir ses portes aux dessinateurs pour illustrer ses articles. « Pas de photos  aujourd’hui sur la home du Huff Post, annonce la directrice éditoriale Anne Sinclair, des dessins beaux, surprenants, novateurs, et une véritable gageure pour ces artistes qui ne sont pas des dessinateurs de presse. »

Mafalda fête ses 50 ansC’est à la désormais cinquantenaire Mafalda que s’est intéressé L’Express. Un anniversaire célébré en grandes pompes par le festival à travers une exposition à l’Espace Franquin « Mafalda, une petit fille de 50 ans ». Mais qu’a-t-elle de si spéciale, cette petite fille créée par le dessinateur argentin Quino le 29 septembre 1964 ? « La prouesse de Quino est d’avoir trouvé une veine humoristique redoutable en mettant dans la bouche de son héroïne ingénue des questions inquiétantes : « Maman, la capacité de triompher ou d’échouer dans la vie est-elle héréditaire ? ». explique Delphine Peras dans les colonnes de L’Express.

L’hebdo Télérama nous propose quant à lui -de pénétrer dans l’atelier de Willem, Grand prix de la ville d’Angoulême 2013 et président de cette édition 2014 : « Loin du monde [sur l’île de Groix en Bretagne], mais pleine de souvenirs, de livres et d’objets, l’antre serait un brin austère, n’était le bar d’origine et les bouteilles de vin qui s’y trouvent ». Le célèbre collaborateur de Libération ou  Charlie Hebdo se confie sur son art et ses influences : « Si je réfléchis trop à un dessin, je ne le fais pas. C’est une urgence, un besoin, une humeur, quelque chose que je dois  faire sortir, évacuer, avant que ça ne s’envenime. Une fois que c’est fait, je passe à autre chose et je n’aime pas y revenir. »

Une exposition des œuvres de Willem a justement lieu ce jeudi à l’Hôtel Saint-Simon, ce sera l’objet de notre première visite.

L’exposition Willem

L’exposition consacrée à Willem a donc lieu dans le superbe hôtel Saint-Simon, le "seul édifice de la Renaissance ayant subsisté à Angoulême"(source). Splendide entrée en matière donc.

Un entrée en matière quelque peu gâchée par une terrible nouvelle : on apprend en effet la mort de François Cavanna, le fondateur d’Hara-Kiri au moment même où l’on se rend à l’exposition. La presse lui rend un bel hommage : vous pouvez retrouver ici celui du Huffington Post et ici celui de Libération.

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C’est dans les pages de l’Enragé puis dans l’hebdo Hara-Kiri justement que Bernhard Willem Holtrop alias Willem a fait ses débuts. en France. Chose trop rare dans une exposition, c’est l’artiste lui-même qui nous guide à travers ses dessins, en replaçant dans leurs contextes les oeuvres exposées grâce à quelques indications…

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On retrouve lors de l’exposition quelques uns des premiers croquis du dessinateur ainsi que des planches, des affiches et des unes plus récentes. C’est au final plus de 40 planches qui sont exposées, retraçant un parcours sans compromis. "Le style de Willem, déclare Stéphane Jarno dans Télérama, laisse rarement indifférent. Sans doute parce qu’il met mal à mal le corps," Difficile en effet de rester de marbre devant cette collection de dessins tous plus impressionnants les uns que les autres.

Le mauvais esprit qui caractérise ses dessins ne l’a pas empêché de remporter le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2013. C’est d’ailleurs le premier Néerlandais à le recevoir. "Quand il est arrivé en France en 1968, avec son graphisme très dur, très sec, très expressionniste allemand, autant les gens d’Hara Kiri  lui ont sauté au visage autant le public est resté très sage" rappelle Jean-Pierre Faur, le maître d’oeuvre de cette exposition dans le numéro spécial de Libération distribué à l’entrée de l’hôtel Saint-Simon.

"Noël, la fête des tout-petits"

"Noël, la fête des tout-petits"

On quitte l’exposition avec regrets mais il est désormais temps de découvrir la ville…

Une ville entière consacrée à la BD

A Angoulême, au delà des quatre jours de festival, la ville entière semble vivre aux couleurs de la BD. Petite géographie des lieux.

DSC_1809Au 121 rue de Bordeaux se trouve la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, un musée protéiforme ouvert toute l’année et qui regroupe, outre le musée, une bibliothèque, une résidence d’artistes, un cinéma et une librairie. Un véritable centre culturel inauguré en 2008. Toutes les informations. 

HergéAu coeur d’Angoulême, non loin de l’hôtel de ville, les Angoumoisins et visiteurs de passage peuvent emprunter la rue Hergé.  C’est en 2003 que cette rue du centre-ville fut baptisée. Une consécration autant pour le dessinateur belge que pour la BD même si ce n’est pas la première rue au monde à porter le nom du créateur de  Tintin puisque une rue de Céroux-Mousty porte déjà son nom depuis quelques années.

Rue Goscinny

Pas de jaloux pour les irréductibles Gaulois. Le papa d’Astérix et Obélix a lui aussi donné son nom à une rue d’Angoulême. Cette rue Goscinny qui prolonge ainsi la rue Hergé a été inaugurée en 2007 en présence de la fille du scénariste.

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Autre lieu dédié à la BD et ouvert toute l’année, l’espace Franquin accueille le public pour des manifestations culturelles diverses. C’est aussi l’un des QG du festival.

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La ville a également la particularité de faire référence à la BD dès que l’occasion se présente : entre le restaurant "le Lotus Bleu", les menus "spécial BD" et des dessins exposés à même les murs un peu partout dans les rues, les magasins ou les ruelles, les bulles sont omniprésentes et font le régal des amoureux du 9ème art, que ce soit à l’occasion du festival ou pas.

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Flashback : Le Festival à proprement parler a été fondé en 1974 alors que la ville n’est pas encore forcément portée sur la BD. C’est Hugo Pratt qui en signe la première affiche. Peu à peu, le festival s’installe dans le paysage culturel au point de devenir l’un des événements les plus importants consacrés à la Bande Dessinée.

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Après ses quelques déambulations dans la ville et son histoire, direction la cité de la BD pour découvrir l’expo consacrée à la "Putain de guerre " de Tardi…

Tardi et sa "putain de guerre"

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"Putain de guerre ! Il sera difficile de sortir de l’expo Tardi, installée au rez-de-chaussée du vaisseau Moebius, avec autre chose en tête", prévient la Charente libre. De fait, impossible, lors de la visite de cette incontournable expo de ne pas être secoué par les dessins de l’auteur des aventures d’Adèle Blanc-Sec et lauréat du grand prix d’Angoulême en 1985. C’est toute la violence de la guerre de 14-18 et sa terrible absurdité qui éclatent à nos visages.

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L’exposition nous met en condition : à peine a-t-on franchi les portes de cet étrange vaisseau Moebius que l’on se retrouve directement dans l’horreur de la der des der : les dessins de Tardi sont en effet exposés sur des planches en bois, façon tranchées. Et sur 600 m2 d’expo, il y a peu de chances que vous ayez le temps de prendre votre souffle. La quasi totalité des dessins des albums Putain de guerre  ainsi que les textes de l’historien spécialiste de la guerre de 14-18 Jean-Pierre Vernay  sont ainsi reproduits en intégralité et en double : les dessins originaux en noir et blanc sont affichés à côtés des versions couleur.

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D’autres planches sont issues de l’ouvrage C’était la guerre des tranchées. Le résultat est impressionnant de détails et d’émotion. « Mes livres ne racontent pas la guerre, il y a des ouvrages d’historiens pour cela, explique-t-il au Monde. Je me fiche des dates, des chiffres, des kilomètres parcourus, du poids des obus, des stratégies mises en place… Ce qui m’intéresse, c’est la vie du pauvre type qu’on a envoyé au casse-pipe. Comment a-t-il pu endurer tout cela ? ». C’est cette question qui obsède l’auteur depuis une quarantaine d’années, comme le site officiel d’Angoulême nous le rappelle dans un long et bel article :« Hanté depuis toujours, à travers son histoire familiale et son parcours d’artiste, par la dimension effroyable de la Guerre de 1914 – 1918, cette « Grande Guerre » qui devait être la « Der des der » pour tout ceux qui l’avaient vécue dans leur chair ou même seulement approchée, Jacques Tardi a commencé voilà presque quarante ans à en faire la matière d’une partie significative de son oeuvre. Son intérêt pour le sujet ne s’est jamais démenti depuis. »

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Les commémorations du centenaire de la guerre 14 18 ne pouvaient commencer avec un plus bel événement que cette exposition qui a été prolongée jusqu’au 8 mars. 

On saute une ou deux étapes pour vous parler maintenant d’une passionnante rencontre dessinée avec Jean-Marc Rochette, le dessinateur du chef d’oeuvre "Transperceneige" que le monde entier à redécouvert à l’occasion de son adaptation ciné. 

Plus d’infos. 

"Du Transperceneige à Snowpiercer"

le_transperceneige-bdLa sortie du film The snowpiercer a changé le destin d’une bd ainsi que celle de l’un de ses auteurs. Qui connaissait Jean-Marc Rochette en 2012 ? Ce génial dessinateur ne le savait peut-être pas encore mais le chef d’oeuvre qu’il avait créé avec les scénaristes Jacques Lob puis Benjamin Legrand et qui était tombé au fil des années dans un oubli quasi-général allait revenir sur le devant de la scène de la plus belle des manières et conquérir son statut d’oeuvre culte.

Découvrant en 2004 la BD en version pirate dans une librairie de Séoul, le réalisateur réalisateur coréen Bong Joon-ho décida de réaliser une adaptation de cette bd française méconnue. La sortie du film, son triomphal succès à travers le monde et l’acharnement du réalisateur à rendre hommage à Rochette lors des différents festivals où fut projeté le film acheva de rendre toute sa légitimité à ce dernier.

Si Jean-Marc Rochette fut souvent négligé ces dernières années, le festival a décidé cette année de rendre hommage à la fabuleuse aventure du Transperceneige à travers une très belle quoique assez courte exposition qui se focalise sur le passage de la BD à l’écran.

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Dessins et peintures inédits forment le corpus principal de cette exposition qui fait continuellement le lien entre la bd et le film qui s’en inspire. Le site officiel nous donne quelques précisions sur le rôle de Jean-Marc Rochette dans l’élaboration non plus du roman graphique mais du film lui-même : "Fasciné par l’allégorie tragique qu’incarne ce train, grand lecteur de bande dessinée quand il ne dessine pas lui-même, le cinéaste convainc Rochette de réaliser une série d’images inédites qui seront utilisées sur le tournage du film, et que l’on voit fugacement apparaître à l’écran."

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Un documentaire contenant une longue et passionnante interview du dessinateur est également diffusé. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur les années de vaches maigres vécues par le réalisateur vers le milieu des années 1990 ainsi que sur sa renaissance à l’occasion de la sortie du film de Bong Joon-ho. Il se murmure même que l’auteur serait en train d’en préparer la suite

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Toutes les infos sur l’exposition "Du Transperceneige à Snowpiercer"

Cette exposition, à l’image de la bd originale puis du film est si passionnante que l’on se rue vers la "rencontre dessinée" de Jean-Marc Rochette à l’Odéon…

Une "Rencontre dessinée" avec Jean-Marc Rochette

Les rencontres dessinées, voilà une des marques de fabrique du festival. Cela consiste en une rencontre chaleureuse entre un dessinateur et un public restreint constitué d’une soixantaine de personnes. Le dessinateur réalise sous les yeux du public un dessin et explique son processus tout du long.

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Passionnés par ceux de Rochette, c’est ce dernier que nous allons voir afin d’en savoir un peu plus sur son processus créatif. La rencontre commence quand Rochette nous lit une page du scénario d’un tome remanié de "L’or & l’esprit" qu’il vient de recevoir des mains de Benjamin Legrand. Rochette venant de sortir du train (ce n’est pas une blague), il la découvre en même temps que nous et la lit à tout le public : un dialogue débouche sur une scène de rêve. En découvrant les dialogues, importants, le dessinateur se rend vite compte que c’est l’emplacement des bulles qui va décider de la mise en scène des dessins : "Pour le dessin, c’est la bulle qui est le plus important. Avant de commencer à dessiner, il faut placer le texte afin d’avoir une idée de la taille qu’il va prendre. C’est une histoire d’emplacement, de mise en scène. "

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Rochette écrit les textes sur chacune des cases et esquisse les dessins rapidement afin d’avoir un plan, une "composition globale" de la page. Au cinéma, on appellerait ça un storyboard. Le dessinateur se focalise ensuite sur quelques cases particulières, dont un gros plan sur l’héroïne et la case ultime, qu’il va retravailler en grand format.

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Dans cette scène, une jeune fille voit ce que pense l’une des héroïnes de la bd et ces visions terribles lui font peur. Rochette a déjà une vision assez nette de la scène. La jeune fille se tiendra à gauche dans la pénombre et la vision à droite au dessus et plus ou moins autour d’une femme. "Cela n’a pas besoin d’être très précis à cette étape. Il faut juste que j’ai l’ambiance de la scène."

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"Cette étape de l’esquisse assez chaotique est très classique. Tous les dessinateurs passent par là pour rechercher leurs dessins, pour donner un peu de mouvement. C’est un conseil que je donne aux jeunes dessinateurs : si vous recherchez directement la précision et la rigidité, vous allez perdre beaucoup d’idées."

Rochette lit ensuite les indications de Legrand : dans la vision, il doit dessiner un monstre sous la tempête. Le scénariste semble s’être lâché dans sa description (une tempête, un monstre, des incendies ). L’occasion pour lui de revenir sur les rôles du dessinateur et du scénariste : "Ce qui est le plus important c’est le scénario même si le scénariste n’est certainement pas le chef. Le chef, en tout cas dans mon cas, c’est le dessinateur. Je me suis parfois acharné sur des cases sans comprendre pourquoi je n’arrivai pas à les dessiner. Au bout d’un moment tu te rends compte que c’est simplement la case décrite qui ne va pas, le scénario qui doit être affiné."

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En regardant le superbe dessin qu’il vient de réaliser, Rochette réalise tout de même que quelque chose cloche. Le public lui demande alors de préciser et peu à peu il arrive à mettre le doigt sur ce qu’il estime être problématique : "Je pense que la fille a trop d’importance dans ce dessin. On n’a pas le temps de le refaire ici, mais il est possible que je la mette un peu plus dans la pénombre car il ne faut pas qu’on la voit trop. De même, je ne veux pas que la fille soit trop affective. Je veux qu’elle soit plus neutre. Là on voit une petite fille avec son nounours… Je sais que le public aime ça mais je trouve que c’est un peu trop sucré. Je la dessinerais peut-être plus de dos, afin d’éviter ce sucre. Alex Toth, l’un de mes dessinateurs préférés était très fort pour cela, pour supprimer le sucre, le superflu. Justement, à cause de cela, si c’est l’un des dessinateurs les plus respectés au monde, le grand public l’ignore complètement."

Malgré ses réserves, Rochette est tout de même content de cette première mouture qui lui permet d’avoir une idée plus précise de ce qu’il faut dessiner par la suite. Chaque case fera l’objet d’un travail similaire avant d’aboutir à la version finale.

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Voilà une rencontre marquante qui a enchanté le public. Il y aurait encore mille choses à dire sur les dessins et les commentaires de Jean-Marc Rochette. Ce sera peut-être,un jour, l’objet d’un autre post ! Et pour finir avec cet événement, voici le résultat final du dessin en gros plan (avant qu’il ne le retravaille pour la BD) :

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La polémique du festival

Aucun festival n’est épargné par les polémiques et les scandales et celui de la ville d’Angoulême n’échappe pas à la règle. Passons sur les controverses liées au scrutin et la fronde de certains jurés pour nous attaquer à une polémique plus politique concernant le Japon et la Corée du Sud.

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Au théâtre de l’Odéon, des auteurs Sud-Coréens on présenté des œuvres portants sur un sujet délicat et peu connu du public occidental : celui des jeunes femmes Coréennes enlevées par l’armée japonaise pour en faire des prostituées à destination des troupes nippones. L’exposition montre ainsi plusieurs témoignages et récits de cet épisode de la seconde guerre mondiale. A l’entrée de l’exposition, par exemple, un court métrage animé, enregistré avec la voix d’une ancienne "femme de réconfort", raconte le destin de l’une d’entre elles. émotion garantie et… protestations énergiques de l’ambassadeur japonais ainsi que de quelques auteurs.

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Pour Yumiko Yamamoto, qui a, selon Libération, mené le mouvement de protestation, les chiffres avancés par les Coréens sont faux : «elles n’étaient ni 200.000, ni enlevées, ni forcées par l’armée impériale japonaise !».

S’il est difficile de se faire un avis après visite de l’exposition, celle-ci aura au moins eu le mérite de porter à la connaissance du public européen des faits pour le moins ignorés.

Pour en savoir plus sur l’exposition «Fleurs qui ne se fanent pas» : http://www.bdangouleme.com/394,exposition-coree-fleurs-qui-ne-se-fanent-pas

Le Grand Prix attribué à Bill Watterson

C’est le papa de Calvin et Hobbes qui a remporté la distinction suprême du festival. Dans une compétition internationale de haut vol avec Alan Moore et Katsuhiro Otomo face à lui, Bill Watterson a finalement succédé au français Willem.

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Cette attribution prestigieuse devrait cependant, selon le quotidien Le Monde, faire grincer quelques dents du fait de la très grande discrétion du lauréat : "Quand un Grand Prix est désigné, celui-ci dessine en effet l’affiche de l’édition suivante et préside le jury qui décerne les prix attribués aux meilleurs albums de l’année écoulée. La très probable absence de Watterson devrait, du coup, entraîner une réforme de l’institution."

Pas sûr néanmoins qu’un Alan Moore eut été plus disponible

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Bonus musical

Petit bonus en guise de conclusion : au stand Polar SNCF, il était possible de lire ses bds préférées ou récemment achetées  tout en écoutant de la musique !

C’est la fin de notre reportage sur Angoulême, à bientôt pour de nouvelles aventures !

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Jacques Ravenne

En partenariat avec Fleuve éditions, quelques lecteurs de Babelio ont eu la chance de rencontrer Jacques Ravenne à l’occasion de la sortie de son nouveau roman Les sept vies du Marquis. Le coauteur  des aventures du commissaire Antoine Marcas s’est penché dans cette publication sur le cas du très célèbre Marquis de Sade. C’est dans ce contexte qu’une vingtaine de lecteurs s’est réunie dans les locaux de l’éditeur pour un moment de partage avec l’auteur sur son expérience d’écriture et sa connaissance de la vie de Donatien de Sade.

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Les vies du Marquis de Sade

Connu habituellement pour ses thrillers ésotériques, Jacques Ravenne s’est tourné avec ce nouveau roman vers le genre historique, un genre assez proche du polar selon lui car basé sur une succession de rebondissements. Et le Marquis de Sade est l’écrivain du 18ème siècle dont la biographie a connu le plus de rebondissements ! Mais la volonté d’écrire sur cet illustre personnage n’est pas uniquement liée à ce fait. Jacques Ravenne a fait la connaissance de Sade lorsqu’il avait une vingtaine d’années au Château de Lacoste dans le Luberon. C’est en visitant la demeure du Marquis qu’il s’est pris de passion pour l’écrivain trop souvent injustement décrié.

Avec ce roman, l’auteur a voulu montrer que derrière la légende il y avait l’homme. Pari réussi puisque les lecteurs présents dans la salle ont salué le talent de Jacques Ravenne à « faire ressurgir la dimension humaine » du personnage. Et c’est notamment en choisissant de ne pas faire apparaître de scènes de débauches dans son livre qu’il a pu se concentrer sur les autres vies du marquis et porter à la connaissance des lecteurs d’autres facettes de son existence. A la question « Quel Sade aimez-vous le plus ? », Jacques Ravenne répond « Le Sade qui a été aimé ! » Les passions amoureuses du Marquis sont en effet assez peu connues. On sait que celui-ci a aimé deux femmes qui lui ont toutes deux brisé le cœur.

Il subsiste cependant peu de zones d’ombres et de mystères sur la vie de Sade. Seuls 6 mois de l’existence du marquis restent flous pour les chercheurs. Le reste de sa vie a été archivé. On recense notamment 1200 lettres signées de sa plume. A ce jour, seuls trois de ses livres restent inconnus et ses plus grands adeptes rêvent un jour de mettre la main dessus. Parmi ceux qui sont connus, Jacques Ravenne a conseillé aux lecteurs présents de découvrir l’écrivain en lisant La philosophie dans le boudoir et Justine, les deux plus beaux écrits selon lui.

L’expérience d’écriture

Après ces quelques anecdotes et conseils de lecture sur Sade, les lecteurs se sont intéressés à l’écriture du roman et ont questionné Jacques Ravenne sur son expérience d’écriture en solo. Habitué à écrire en duo avec Eric Giacometti, l’auteur a confié qu’il y avait en effet de nombreux inconvénients à écrire seul et notamment qu’il était plus risqué de sortir du cadre de l’histoire. D’autant qu’écrire une biographie nécessite davantage de travail sur les références historiques pour éviter l’anachronisme. Ayant choisi de travailler la vie de Sade sous forme de roman et non de biographie historique, il a en effet été difficile pour lui de « calibrer à la fin le personnage historique et le personnage créé au fil du roman ».

L’expérience de l’écriture historique et biographique a toutefois beaucoup plu à Jacques Ravenne qui souhaite se pencher prochainement sur les destins de Fouché et Talleyrand. Parallèlement à cela, il travaille avec Eric Giacometti à la poursuite des aventures du commissaire Marcas. Et il a annoncé aux lecteurs qu’il s’est également lancé dans un nouveau projet de roman basé sur l’écriture à la première personne.

C’est donc sur cette note que s’est clôturé le débat laissant place à une séance de dédicaces des plus chaleureuses où chaque lecteur a eu l’occasion d’échanger quelques mots avec l’auteur.

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Découvrez Les sept vies du Marquis de Jacques Ravenne, chez Fleuve Editions

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